Rapport annuel 2001 - Partie III

Sommaire

Troisième partie : Principaux rapports 2001 du Comité permanent de contrôle des services de police

Titre Ier : Enquêtes de contrôle

Chapitre Ier : Respect et protection des droits et libertés fondamentaux et efficacité

Section 1re : Application des articles 7 et 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques

1.      Généralités
2.      Principales constatations

2.1.       Statistiques générales relatives aux domaines visés
2.2.       Arrestations administratives et arrestations judiciaires
2.3.       Fouilles
2.4.       Infrastructure des cellules de passage, aussi dénommées chambres de sûreté ou amigos, dans les postes de police

2.4.1.       Législation en vigueur au sujet des cellules dans les postes de police
2.4.2.       Registre des arrestations

2.5.       Accès à des soins médicaux
2.6.       Accès à un avocat dès le début de la détention
2.7.       Droits des personnes détenues
2.8.       Abolition de mesures dictées uniquement par des impératifs administratifs
2.9.       Fourniture de boissons et de nourriture aux personnes détenues dans les cellules de passage des postes de police
2.10.     Formation des fonctionnaires de police chargés de la garde des personnes arrêtées
2.11.     Matériel qui devrait être mis à la disposition des préposés à la garde de détenus dans les services de police
2.12.     Responsabilité des officiers de police judiciaire et des officiers de police administrative

3.      Perspectives et projets

Section 2 : Centraux 101

4.      Genèse de l’enquête
5.      Conclusions et Recommandations

5.1.       Moyens humains
5.2.       Moyens matériels
5.3.       Procédures
5.4.       Satisfaction du citoyen
5.5.       Satisfaction du personnel
5.6.       Impact sur la société
5.7.       Résultats
5.8.       Direction
5.9.       Politique et stratégie

6.      L’avenir : Astrid
7.      Conclusion

Section 3 : La police et la prostitution dans quelques grandes villes belges

8.      Situation à Anvers

8.1.       politique menée à Anvers à l’égard de la prostitution

8.1.1.       Vers une politique intégrée à l’égard de la prostitution
8.1.2.       Mise en œuvre du projet pilote portant sur la politique de lutte contre la prostitution
8.1.3.       Directives pour la Cel Schipperskwartier

8.2.       Enquête sur le terrain

8.2.1.       Introduction
8.2.2.       Traitement des résultats de l’enquête

8.3.       Les services de police face au phénomène

8.3.1.       Fonctionnaire chargé de la problématique de la prostitution
8.3.2.       Visite de travail à la Zone West
8.3.3.       Visite de travail à la section mœurs du service de recherche

8.4.       Conclusions

9.      Situation à Ostende

9.1.       enquête sur le terrain

9.1.1.       Introduction
9.1.2.       Traitement des résultats

9.2.       Les services de police face au phénomène

9.2.1.       Recherche, cellule mœurs et traite des êtres humains
9.2.2.       Possibilités d’accueil
9.2.3.       Divers

9.3.       Conclusions

10.    Situation à Gand

10.1.     Enquête sur le terrain

10.1.1.      Introduction
10.1.2.      Traitement des résultats de l’enquête

10.2.     Les services de police face au phénomène

10.2.1.      Visite de travail à l’unité « MEPROSCH »
10.2.2.      Possibilités d’accueil
10.2.3.      Divers

10.3.     Conclusions

11.    Situation à Schaerbeek

11.1.     enquête sur le terrain

11.1.1.      Introduction
11.1.2.      Traitements des résultats de l’enquête

11.2.     Les services de police face au phénomène

11.2.1.      Contact avec la police de Schaerbeek
11.2.2.      Contact avec l’asbl Pag-Asa
11.2.3.      Contact avec la police fédérale
11.2.4.      Actions de la police de Bruxelles

11.3.     Conclusions

12.    Situation à Saint-Josse-ten-Noode

12.1.     Enquête sur le terrain
12.2.     Les services de police face au phénomène

12.2.1.      Contact avec la police de Saint-Josse-Ten-Noode
12.2.2.      Prise de contact avec l’asbl Espace P

12.3.     Conclusions

13.    Situation à Liège

13.1.     Introduction
13.2.     enquête sur le terrain

13.2.1.      Introduction
13.2.2.      Constatations
13.2.3.      Rencontres avec les prostituées

13.3.     Les services de police face au phénomène

13.3.1.      Contact avec la police de Liège
13.3.2.      Responsables du service judiciaire et des mœurs

13.4.     Conclusions

Section 4 : Mise en oeuvre du statut disciplinaire

14.    Introduction
15.    Constatations

15.1.     Généralités
15.2.     ConstaTAtions particulières

16.    Perspectives

Chapitre II : Coordination et efficacite

Section 1re : Gestion des indicateurs

17.    Genèse de l’enquête
18.    Déroulement
19.    Résultats de l’enquête

19.1.     Généralités
19.2.     Concept général
19.3.     Connaissance, attitudes et compétences
19.4.     Personnel concerné
19.5.     Valeurs et intégrité
19.6.     Gestion des dossiers d’indicateurs
19.7.     Compagnies d’assurances
19.8.     Gestion des indicateurs

19.8.1.      Définition
19.8.2.      Enquête approfondie sur l’indicateur
19.8.3.      Rédaction d’un rapport de contact
19.8.4.      Contact avec les indicateurs
19.8.5.      Encodage

19.9.     Structures et responsabilités
19.10.   Moyens

20.    Conclusions
21.    Recommandations

Section 2 : Trafic d’êtres humains

22.    Introduction
23.    Affaire de Douvres

23.1.     Généralités
23.2.     Conformité de l’intervention par rapport au cadre légal
23.3.     Possibilités de recherche proactive
23.4.     Conclusions

24.    Impact de la réforme des services de police

24.1.     Restructuration de la police de la navigation (SPN)
24.2.     Répartition des tâches
24.3.     Transmission et traitement de l’information

24.3.1.      Coordinateur priorités fédérales côte
24.3.2.      Carrefours d’information d’arrondissement (CIA)
24.3.3.      Service Traite des êtres humains

25.    Découverte d’illégaux dans un conteneur le 8 décembre 2001

25.1.     Constatations
25.2.     Problématique du contrôle des conteneurs

26.    Points faibles de la coopération avec d’autres services

26.1.     Introduction
26.2.     Douane
26.3.     Office des étrangers

26.3.1.      Transfert vers des centres fermés
26.3.2.      Bureau C
26.3.3.      Bureau de recherches

26.4.     Secteur privé

27.    Évolution

Chapitre III : Efficacité du fonctionnement général ou particulier d’un ou de plusieurs corps ou services de police

Section 1re : Corps de police d’une zone pluricommunale de la province d’Anvers

28.    Genèse de l’enquête
29.    Méthodologie

29.1.     Choix de l’instrument de mesure
29.2.     Préparation, exécution et traitement
29.3.     Interprétation

30.    Résultats de l’enquête
31.    Conclusions

31.1.     Introduction
31.2.     Conclusions particulières

31.2.1.      Module 1 : direction
31.2.2.      Module 2 : gestion du personnel
31.2.3.      Module 3 : politique
31.2.4.      Module 4 : moyens
31.2.5.      Module 5 : procédures
31.2.6.      Module 6 : satisfaction du personnel
31.2.7.      Module 7 : satisfaction du citoyen
31.2.8.      Module 8 : résultats
31.2.9.      Module 9 : communication interne
31.2.10.    Module 10 : relations extérieures
31.2.11.    Module 11 : capacité de changements

31.3.     Conclusions générales provisoires

Section 2 : Corps de police d’une zone monocommunale de la province de Liège

32.    Genèse de l’enquête
33.    Méthodologie
34.    Résultats de l’enquête
35.    Conclusions

Section 3 : Corps de police d’une zone monocommunale de la province de Flandre orientale

36.    Genèse de l’enquête

36.1.     Première phase
36.2.     Deuxième phase

37.    Méthodologie

37.1.     Généralités
37.2.     Préparation, exécution et traitement

38.    Résultats de l’enquête
39.    Perspectives
40.    Conclusions partielles

Section 4 : Corps de police d’une zone monocommunale de la province d’Anvers

41.    Genèse de l’enquête
42.    Méthodologie
43.    Résultats de l’enquête
44.    Conclusions

Section 5 : Corps de police d’une zone de police pluricommunale de l’arrondissement de Bruxelles-Capitale

45.    Genèse de l’enquête
46.    Déroulement

46.1.     Première phase

46.1.1.      Méthodologie
46.1.2.      Constatations

46.2.     Deuxième phase

46.2.1.      Introduction
46.2.2.      Méthodologie
46.2.3.      Constatations

47.    Conclusions

Section 6 : Corps de police d’une zone pluricommunale de l’arrondissement de Bruxelles-Capitale

48.    Genèse de l’enquête
49.    Déroulement
50.    Mesures préconisées
51.    Conclusions intermédiaires
52.    Traitement des plaintes

52.1.     Conditions de base pour le traitement des plaintes
52.2.     Traitement formel des plaintes
52.3.     Traitement des plaintes sur le fond

53.    Suivi

Section 7 : Corps de police d’une zone pluricommunale de la province de Namur

54.    Genèse de l’enquête
55.    Méthodologie et déroulement
56.    résultats de l’enquête
57.    Propositions et suggestions

57.1.     Propositions et suggestions initiales
57.2.     Développements
57.3.     Divers

Section 8 : Corps de police d’une zone pluricommunale de la province de Namur

58.    Genèse de l’enquête
59.    Déroulement
60.    Résultats de l’enquête
61.    Conclusions et recommandations

61.1.     Conclusions de la première phase
61.2.     Conclusions générales et recommandations

Section 9 : Corps de police d’une zone monocommunale de la province du Brabant wallon

62.    Genèse de l’enquête
63.    Méthodologie
64.    Résultats de l’enquête
65.    Conclusions

Section 10 : Corps de police d’une zone monocommunale de la province d’Anvers

66.    Genèse de l’enquête
67.    Résultats de l’enquête

67.1.     bijzonder bijstandsteam (BBT)

67.1.1.      Information de la police d’Anvers
67.1.2.      Constatations et considérations du Comité permanent P

67.2.     Maintien de l’ordre public
67.3.     Conclusions

Chapitre IV : Efficacité du fonctionnement général ou particulier d’un ou de plusieurs services à compétence de police

Section 1re : Police des chemins de fer

68.    Genèse de l’enquête
69.    Résultats de l’enquête
70.    Méthodologie
71.    Conclusions
72.    Recommandations

72.1.     Recommandations particulières
72.2.     Recommandations générales

Section 2 : Exercice de la fonction de police sur le réseau de la STIB

73.    Genèse de l’enquête
74.    Constatations
75.    Méthodologie
76.    Conclusions

76.1.     Conclusions particulières
76.2.     Conclusions intermédiaires

77.    Recommandations

Section 3 : STIB bis

78.    Introduction
79.    Exécution d’enquêtes
80.    Éléments examinés
81.    Exécution d’enquêtes
82.    Principaux résultats de l’enquête

82.1.     BRIGADE ANTI-VANDALISME DE LA STIB

82.1.1.      Fonctionnement
82.1.2.      Direction
82.1.3.      Ambiance de travail
82.1.4.      Formation
82.1.5.      Compétences
82.1.6.      Rapports
82.1.7.      Composition des équipes
82.1.8.      Exécution des missions d’observation
82.1.9.      Coopération avec les services de police

82.2.     Déroulement de l’opération pickpockets 2001/1008
82.3.     Coopération avec la police locale de Bruxelles
82.4.     Observations en dehors de Bruxelles
82.5.     Lien avec le terrorisme
82.6.     Suspect armé
82.7.     Fuites dans la presse
82.8.     Première enquête du Comité permanent de contrôle des services de police et de son Service d’enquêtes
82.9.     Enquêtes internes à la STIB et à la police de Bruxelles

82.9.1.      STIB
82.9.2.      Police locale de Bruxelles

82.10.   Principaux résultats de l’enquête

83.    Conclusions

83.1.     ÉLéMENTS concrets
83.2.     Fonctionnement de la brigade anti-vandalisme

Titre II : Autres questions

Section 1ère : Rapport sur le suicide au sein des services de police réguliers belges (1990-2000)

84.    Genèse de l’enquête
85.    Méthodologie
86.    Résultats pour la période 1998-2000

86.1.     Données chiffrées concernant le taux d’incidence du suicide dans les services de police
86.2.     Répartition géographique des cas de suicide

87.    Aperçu global du suicide dans la police entre 1990 et 2000

Section 2 : Escortes de transports de fonds

Section 3 : Dépannages

88.    Cadre général
89.    Analyse de la situation
90.    Recommandations

Section 4 : CONSIDÉRATIONS RELATIVES AUX DIFFICULTÉS ENGENDRÉES PAR LA RÉFORME DES POLICES

91.    LÉGISLATION ET RÉGLEMENTATION
92.    Difficultés

92.1.     Remarque préliminaire
92.2.     Statut
92.3.     Législation disciplinaire
92.4.     Capacité
92.5.     Soutien informatique et technique
92.6.     Légitimation et reconnaissance
92.7.     Action indépendante

93.    Perspectives

Section 5 : Capacité policière en matière de criminalité informatique

94.    Cadre général
95.    Situation en Belgique
96.    Après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi

96.1.     Réorganisation des services existants
96.2.     Problèmes constatés

97.    Recommandations

Section 6 : Euro

98.    Sécurité des transports de fonds
99.    Blanchiment et passage à l’euro
100.   Falsification d’euros
101.   Perspectives


Troisième partie : Principaux rapports 2001 du Comité permanent de contrôle des services de police


Titre Ier : Enquêtes de contrôle

Chapitre Ier : Respect et protection des droits et libertés fondamentaux et efficacité

Section 1re : Application des articles 7 et 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques [1]

1.                          Généralités

Le Comité permanent P est pleinement opérationnel depuis le 1er mai 1994, date à laquelle le chef et les membres de son Service d'enquêtes ont pris leurs fonctions. Seul, ou avec l'aide de son Service d'enquêtes, il mène des enquêtes de contrôle sur les services de police ou des enquêtes à la suite de plaintes ou de dénonciations. Le Service d’enquêtes, quant à lui, mène également des enquêtes judiciaires, en ce sens qu’il est amené à travailler, dans une large mesure, au profit des autorités judiciaires. Le Comité permanent P est également destinataire de nombreuses informations en provenance de la hiérarchie des services de police et des inspections et contrôles internes et des autorités judiciaires.  
Le nombre de plaintes et dénonciations adressées au Comité permanent P et/ou à son Service d'enquêtes n'a fait que croître au fil des ans. Dans son rapport d’activités 2000, le Comité permanent P a repris une analyse de l'ensemble des dossiers traités au cours des cinq dernières années, tant dans le domaine de la police judiciaire que dans celui du contrôle. Une distinction y est opérée entre les enquêtes judiciaires, les enquêtes de contrôle et les enquêtes à la suite de simples plaintes ou dénonciations.

2.                          Principales constatations

2.1.                      Statistiques générales relatives aux domaines visés [i]

En ce qui concerne les violences contre les personnes, les privations de liberté arbitraires et les actes arbitraires, le Service d'enquêtes du Comité permanent P a traité un certain nombre de dossiers judiciaires mettant en cause des fonctionnaires de police. Ces dossiers ont été transmis aux parquets compétents. Le relevé de ceux-ci est évoqué ci-dessous.

Type d’infraction

1996

1997

1998

1999

2000

Violences contre des personnes

77

65

76

110

111

Privations de liberté arbitraires

19

8

14

21

15

Actes arbitraires

47

60

77

99

103

Conformément à l'article 26 de sa loi organique [2] , le Comité permanent P a été avisé par les services de police eux-mêmes qu'ils avaient informé les autorités judiciaires des infractions suivantes, présumées commises par des fonctionnaires de police ; le nombre de dossiers de ce type est repris ci-dessous.

Type d’infraction

1996

1997

1998

1999

2000

Violences contre des personnes

133

175

188

147

115

Privations de liberté arbitraires

8

11

16

16

10

Actes arbitraires

27

59

101

71

79

Le Comité permanent P a constaté une augmentation constante du nombre de plaintes déposées au siège de l'institution contre des fonctionnaires de police dans ces trois domaines spécifiques alors que le nombre de plaintes actées par les services de police eux-mêmes diminuait. Ces trois domaines représentent quelque cinquante pour cent de l'ensemble des dossiers judiciaires traités par le Service d'enquêtes du Comité permanent P. Quant aux dénonciations pour brutalités policières à l'encontre de suspects en garde à vue – soit quelque vingt cas par année –, le bien-fondé de celles-ci reste difficile à démontrer car elles sont souvent contrées par un procès-verbal pour rébellion en cours d'interrogatoire ou de mise en cellule.                       
Le Comité permanent P est conscient du fait que certains fonctionnaires de police peuvent abuser de leurs fonctions et prérogatives, mais il constate aussi que beaucoup de particuliers s'adressent à l'institution dans le but de retarder des procédures judiciaires intentées contre eux (notamment à la suite de rébellions) ou de laisser planer un doute quant à l'opportunité de certaines interventions policières menées à leur encontre. Le classement sans suite par les autorités judiciaires de dossiers à charge de fonctionnaires de police est aussi important et significatif (quelque 35%). Seulement 2 à 3% des plaintes actées ont fait l'objet de jugements ou d'arrêts et 63% sont toujours en cours de traitement par les instances judiciaires.                                        
Il appartient à tous les niveaux de contrôle de veiller à ce que chaque fonctionnaire de police respecte scrupuleusement les droits fondamentaux des citoyens. Cependant, le fonctionnaire de police lui-même est parfois confronté à des impératifs infrastructurels et structurels sur lesquels il n'a aucune prise. Dans bien des cas, les moyens font défaut et le fonctionnaire de police est alors livré à lui-même, comme le démontrent les éléments soulevés ci-après.

2.2.                      Arrestations administratives et arrestations judiciaires

La durée des arrestations administratives, fixée par la loi sur la fonction de police [3] , ne peut en aucun cas dépasser 12 heures. Lors des événements importants qui ont marqué la Belgique ces dernières années (Euro 2000 et sommets européens dans le cadre de la présidence belge), les forces de l’ordre ont procédé à des arrestations massives de fauteurs de troubles. Certaines personnes arrêtées ont été détenues pendant un laps de temps supérieur à 12 heures dans des structures d’accueil non conçues à cet effet car leur maintien en détention relevait de la compétence de l'Office des Étrangers, qui devait statuer sur leur remise en liberté ou leur expulsion. Le Comité permanent P a reçu diverses plaintes à ce sujet et a analysé celles-ci, non pas sur le plan de la légalité de la durée de détention (réglée par la loi sur les étrangers), mais sur les questions traitées infra (cellules, repas, boisson, etc.).         
La durée des arrestations judiciaires, fixée par la loi sur la détention préventive, ne peut excéder 24 heures [4] . Il arrive cependant que ce délai soit dépassé en fonction de la détermination par certains officiers de police judiciaire du moment précis de la privation de liberté effective, qui, parfois, laisse à désirer. Il a notamment été constaté que des officiers de police judiciaire mettaient en « box de sécurité » des personnes appréhendées sans pour autant considérer qu'elles étaient privées de leur liberté. Des remarques et des recommandations ont été formulées à ce sujet et, dans certains cas, des poursuites disciplinaires ont été demandées.
Au travers de l’analyse des plaintes et dénonciations, ainsi que de l’analyse de certaines sources ouvertes, le Comité permanent P et son service d’enquêtes ont pu constater que les personnes arrêtées ou comparaissant détenues devant les juridictions sont régulièrement filmées et interviewées par les journalistes [5] .          
La loi sur la fonction de police [6] et plusieurs directives internes qui en rappellent le contenu insistent sur le fait que les fonctionnaires de police ne peuvent, sans nécessité, exposer à la curiosité publique les personnes arrêtées, détenues ou retenues ; qu'ils ne peuvent soumettre ou laisser soumettre ces personnes, sans leur accord, aux questions de journalistes ou de tiers, etc. Il arrive cependant que l'infrastructure des locaux des postes de police ou des palais de Justice soit telle que ce respect des personnes arrêtées n'est pas respecté. À l'instar de ce qui a pu être réalisé au palais de Justice de Bruxelles, des efforts en matière d’infrastructures devraient être consentis par les autorités pour éviter, autant que faire se peut, les déplacements des détenus menottés dans les couloirs des palais de Justice, et ce au vu et au su du public. Au palais de Justice de Bruxelles, des couloirs ont été aménagés, permettant d'emprunter des itinéraires réservés à ces déplacements [7] .

2.3.                      Fouilles [8]

Les fouilles de sécurité et les fouilles judiciaires semblent être acceptées bon gré, mal gré par le citoyen puisque les plaintes en la matière ne sont pas trop nombreuses. Certaines fouilles de sécurité et, surtout, les fouilles à corps, suscitent par contre des réactions. C'est la loi sur la fonction de police qui précise quand une fouille à corps peut être effectuée. À l'examen de différents dossiers, il est constaté que les fonctionnaires de police appliquent de manière non uniforme les prescriptions légales en matière de fouille [ii] . Il y a bien souvent confusion entre la fouille judiciaire – qui ne peut s'effectuer que lorsque les personnes font l'objet d'une arrestation judiciaire ainsi qu'à l'égard desquelles existent des indices qu'elles détiennent sur elles des pièces à conviction ou des éléments de preuve d'un crime ou d'un délit – et, notamment, la fouille à corps qui est effectuée avant la mise en cellule. Lors d'arrestations administratives, il arrive encore beaucoup trop souvent que des personnes soient obligées de se déshabiller complètement avant d'être placées en cellule entièrement dénudées ou vêtues d'un simple cache sexe, slip, etc. Ces personnes sont le plus souvent laissées dans cet état pendant toute la durée de leur détention sans pouvoir disposer de couvertures. Il faut encore noter que des caméras de surveillance sont placées dans les cellules de nombre de commissariats, d'où les personnes détenues en pareille tenue peuvent être vues sur les écrans de surveillance par les fonctionnaires de police : il y a là, sans conteste, une question qui doit être tranchée.          
Il est encore à noter que la loi sur la fonction de police [9] prévoit différents types de fouille d'une personne : la fouille de sécurité, la fouille judiciaire, la fouille à corps. Il est constaté, dans la pratique, que la supervision de la fouille par un officier de police judiciaire ou un officier de police administrative n’est pas toujours effective, bien que la fouille reste sous la responsabilité de celui-ci. Même si la jurisprudence est controversée à ce sujet, le Comité permanent P estime qu'il n'est pas opportun, notamment en cas de fouille de police administrative ou de fouille avant enfermement, d'imposer à la personne soumise à ce type de fouille des « flexions de jambes », alors qu'elle est nue, pour vérifier si elle n'a pas dissimulé un quelconque objet dans son ou ses orifices naturels si le motif de l'arrestation ne justifie pas pareille mesure.
Les pratiques évoquées ne sont que très rarement justifiables dans le chef de fonctionnaires de police qui, manifestement, humilient ces personnes en certains cas et les sanctionnent à leur manière [10] . Il est regrettable qu'aucune peine n'ait été expressément prévue pour sanctionner pareille attitude de la part de fonctionnaires de police. Il appartient cependant aux autorités hiérarchiques de ne pas tolérer ces pratiques et d'intenter des procédures administratives, statutaires ou disciplinaires à leur encontre.

2.4.                      Infrastructure des cellules de passage, aussi dénommées chambres de sûreté ou amigos, dans les postes de police

Le Comité permanent P a procédé fin 1997 et début 1998 à la visite de 243 cellules réparties sur 62 corps de police. Cette enquête a permis de rassembler certains éléments, qui ont été repris dans son rapport intermédiaire publié en juin 1998 [iii] . Depuis lors, des constatations ponctuelles sont régulièrement effectuées lors de visites de postes de police. Le Comité permanent P a aussi décidé de réactualiser, dans le courant de cet exercice, l'enquête sur les cellules de passage dans les zones de police locale nouvellement créées ainsi qu'à la police fédérale.

2.4.1.                Législation en vigueur au sujet des cellules dans les postes de police

Un projet d'arrêté royal [11] « a pour objet de définir les normes minimales des bâtiments de la police locale », en ce compris les normes minimales pour les cellules. Pour la police fédérale, les « normes minimales » seraient fixées par le ministre lui-même par la voie d'une circulaire. Si ce projet se concrétise, ce sera le premier texte réglementaire en Belgique imposant aux zones de police l'installation d'au moins une cellule (par tranche de 15 000 habitants). Un délai de cinq ans serait laissé aux zones de police pour se conformer aux prescriptions. Ce texte aura le grand mérite d'exister puisqu'il sera de nature à obliger les pouvoirs locaux à respecter des normes minimales, ce qui n'est toujours pas le cas actuellement. Donc, pour l'instant, aucun texte législatif ou réglementaire ne prescrit l'installation de cellules de passage. Chaque corps de police dispose pourtant de cellules et les « normes » qui régissent celles-ci trouvent leur origine dans des recommandations faites aux communes au XIXe siècle.

2.4.2.                Registre des arrestations

Le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) considère que les garanties fondamentales accordées aux personnes en détention seraient renforcées par la tenue d’un dossier unique et complet de détention, à ouvrir pour chacune des personnes concernées et consignant tous les aspects de la détention et toutes les mesures prises au cours de celle-ci : moment et motif(s) de l’arrestation ; moment de l’information sur les droits ; marques de blessures, signes de troubles mentaux, etc. ; moment auquel un proche, un avocat, un médecin, un agent consulaire ont été contactés et/ou ont rendu visite à la personne détenue ; moment des repas ; période(s) d’interrogatoires ; moment de la mise à disposition du magistrat compétent, de la remise en liberté ; etc. Pour différentes questions (par exemple, les effets personnels saisis, le fait d’avoir été informé de ses droits, de les faire valoir ou de renoncer à les faire valoir), la signature de la personne détenue devrait être requise et, si nécessaire, l’absence de signature devrait être dûment expliquée. L’avocat de la personne détenue devrait d’ailleurs, selon diverses instances, avoir accès à un tel dossier. Le CPT recommande aux autorités belges « d’étudier la possibilité d’introduire un tel dossier individuel de détention » [12] .       
Lors de l'enquête menée en 1997 et en 1998, le Comité permanent P a examiné les registres d'arrestation ce qui lui a permis de faire diverses constatations : (1) il n'existait pas de dossier unique et complet de détention ; (2) les services de police tenaient soit des registres de tous formats, soit des feuillets placés dans un classeur ; (3) les arrestations tant administratives que judiciaires, avec ou sans distinction concernant les ivresses publiques, y étaient inscrites ; (4) parfois, la durée de détention des personnes ivres était systématiquement de 12 heures alors que l’arrêté-loi [13] prévoit une détention de 2 à 12 heures. Cette pratique allait à l’encontre, aussi bien du prescrit de l’arrêté-loi que de la norme fixée pour les arrestations administratives en général [14]  ; une pratique similaire existerait à propos des prostituées ; (5) les mentions des registres ou feuillets étaient manuscrites et il n’était pas toujours aisé de les lire vu le peu de soin qui avait été apporté à leur rédaction. Des ratures apparaissaient souvent tandis que le visa de l’officier apparaissait rarement ; (6) la signature de la personne arrêtée était habituellement (mais pas toujours) apposée dans les registres, sauf en cas d’impossibilité ou de refus de la part de la personne elle-même, mais ce défaut de signature était rarement motivé par une note écrite et signée par un fonctionnaire de police.         
Au fil du temps, les remarques et recommandations formulées ont régulièrement été suivies d’effets. Lors des derniers contrôles ponctuels effectués, il a pourtant été constaté que la situation n'évoluait plus guère. Il convient néanmoins de souligner que les services de police sont en pleine restructuration depuis l’entrée en vigueur progressive de la loi du 7 décembre 1998 organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux [15] . Cette réforme des services de police est toujours en cours pour l'instant et progresse bien, par étapes et, parfois, par à-coups. Il conviendrait pourtant d'uniformiser les pratiques dans les plus brefs délais et d'utiliser dans tous les postes de police du pays le même type de registre. Le Comité permanent P sensibilise les autorités et les chefs à tous niveaux dans ce sens.    
Il est encore à noter que les enquêteurs du Service d’enquêtes du Comité permanent P s'étaient étonnés en 1997 et en 1998 que les cellules de passage de certaines grandes villes accueillaient encore des personnes démunies et sans abri qui demandaient asile. Le 10 janvier 2002, le Comité permanent P a, une fois de plus, appris qu'un « sans domicile fixe » (SDF) avait été finalement « hébergé » pour la nuit dans un commissariat de police de la Région bruxelloise – faut-il le dire, avec beaucoup de compréhension. Trois jours après son « admission », des fonctionnaires de police ont retrouvé ce « prisonnier volontaire » presque par hasard et déshydraté : il avait été complètement oublié ! Après quelques soins en milieu hospitalier, son état ne présentait plus d'inquiétude. Une enquête est en cours afin de préciser le déroulement des faits, de déterminer les responsabilités et de dégager d’éventuelles pistes de solution ou de réflexion.

2.5.                      Accès à des soins médicaux

Dans plusieurs villes et communes, des directives imposent aux services de police qui ont procédé à l'arrestation d'une personne, de passer en milieu hospitalier afin d'obtenir un certificat médical stipulant que la personne peut être incarcérée. Cette pratique n'est cependant pas généralisée, pour des raisons budgétaires notamment. Lorsque l'état d'une personne détenue dans une cellule de la police requiert une intervention médicale, il est le plus souvent fait appel à un médecin. Ce dernier n’est généralement pas choisi par la personne détenue mais par les fonctionnaires de police.

2.6.                      Accès à un avocat dès le début de la détention

La dernière loi en date qui précise les règles de la procédure belge, la loi dite « Franchimont » [16] , très méfiante à l’égard des services de police, n'impose pas la présence d'un avocat dès le début de la détention d'un suspect par les forces de l'ordre. C'est seulement lors de son passage devant le juge d'instruction que le prévenu peut en obtenir l'assistance, hormis sa mise au secret. Par contre, cette même loi impose des formes à respecter lors des auditions et interrogatoires de personnes entendues, qu'elles soient suspectes, témoins ou victimes.

2.7.                      Droits des personnes détenues

Dans certains complexes cellulaires de la police, les droits des personnes arrêtées sont affichés visiblement pour les personnes privées de leur liberté et donc détenues. Ce document est rédigé en plusieurs langues. Le Comité permanent P a encouragé et encourage la systématisation de cette pratique. Au palais de justice de Bruxelles, conformément aux recommandations du CPT [17] , certaines initiatives ont été prises par des fonctionnaires de police responsables de services. Dès son arrivée au poste de police du palais de justice, la personne mise à la disposition du parquet a la possibilité de s'entretenir avec le fonctionnaire de police préposé à sa garde et un document lui est remis. Ce document reprend, en substance, les mesures qui vont être prises à son égard ainsi que le déroulement de la procédure. Ce contact entre le fonctionnaire de police et la personne arrêtée a pour effet immédiat de créer une relation « humaine » susceptible, dans bien des cas, de diminuer les tensions et d'assurer un passage plus serein dans les cellules d'attente du poste de police [18]
Le Comité permanent P prendra les contacts nécessaires avec les autorités policières pour que ce principe se généralise.

2.8.                      Abolition de mesures dictées uniquement par des impératifs administratifs

La plupart des règlements d'ordre intérieur des cours et tribunaux prévoient des dispositions particulières lors de la libération de détenus à l'audience. Dans un souci d'humanisation des procédures judiciaires, lorsqu'une décision de libération est prise en faveur d'une personne comparaissant détenue, celle-ci devrait pouvoir quitter « librement » le tribunal, la chambre ou la cour. Cette pratique est admise par les autorités judiciaires de Bruxelles [19] , mais cela n'est pas encore le cas partout car, réglementairement, cette personne quitte la salle d'audience menottée et est reconduite, ainsi entravée, jusqu'à la prison pour qu'elle puisse y récupérer ses effets personnels. Le Comité permanent P s'engage à contacter les autorités judiciaires dans tous les arrondissements du pays, pour permettre la généralisation de cette procédure de libération effective à l'audience (tout en laissant à la personne libérée la possibilité de bénéficier du charroi de l'administration pour rejoindre la prison et y récupérer ses effets). Le Comité permanent P prendra les contacts nécessaires avec les autorités judiciaires du pays pour tenter d'uniformiser cette pratique.

2.9.                      Fourniture de boissons et de nourriture aux personnes détenues dans les cellules de passage des postes de police

Il arrive encore trop fréquemment que les personnes détenues par les services de police ne reçoivent ni boisson ni nourriture ; le Comité permanent P a dressé certains rapports à cet égard sur les autorités responsables. Dans beaucoup de corps de police, notamment locale, aucune procédure n'est prévue. Dans bien des cas, cette fourniture dépend du bon vouloir des fonctionnaires de police, qui paient de leurs propres deniers une boisson et/ou de la nourriture aux détenus. Cela étant, dans un commissariat d'une grande métropole, seule une gaufre était offerte et l’est peut-être toujours. Ce point fera bientôt l’objet de nouveaux contrôles. Si le corps de police ne dispose pas de cantine ou de mess, des accords doivent être pris avec des commerçants pour la fourniture de boissons et de nourriture aux détenus. Le remboursement des frais engagés se fera soit auprès de l'autorité judiciaire ou de l'autorité administrative, selon qu'il s'agit d'une arrestation judiciaire ou administrative [20] .         
Le Comité permanent P poursuivra ses efforts pour faire changer les mentalités et veille déjà à rappeler systématiquement les prescriptions réglementaires lors des contrôles effectués.

2.10.                  Formation des fonctionnaires de police chargés de la garde des personnes arrêtées

Il convient de distinguer les privations de liberté de quelques heures et celles qui nécessitent une incarcération de longue durée et, notamment, pendant la nuit. Si l'on ne peut exiger de tout fonctionnaire de police qu’il suive des formations à la fois en matière de secourisme, de psychologie carcérale, de sécurité, d'hygiène et de prévention de certaines maladies, etc., on peut concevoir que, dans les centres de détention des grandes entités, certains fonctionnaires soient spécialement formés et affectés à temps plein à cette tâche. À l'instar de ce qui est préconisé par la « Police Complaints Authority » en Grande-Bretagne, il importe de réduire les risques de blessures et de décès des personnes incarcérées mais aussi de préserver l'intégrité des fonctionnaires de police chargés de la garde des détenus. Dans ce but, le Comité permanent P recommande de créer des unités spécialisées dans le domaine de la garde des personnes arrêtées [21] .
La formation dans ce domaine, qui comprendrait divers modules, devrait être envisagée et dispensée au sein des écoles/académies de police et prévoir des cours dans des domaines aussi variés que la médecine (anatomie, comportement suite à l'absorption de substances diverses, psychologie, premiers secours, soins de santé, etc.), les mesures de sécurité à respecter, la déontologie, les droits de l'homme, etc. Les fonctionnaires désignés devraient répondre à un profil déterminé tenant compte précisément des aptitudes à la fonction.
Le Comité permanent P continue de tenter de faire évoluer les choses dans ce domaine spécifique.

2.11.                  Matériel qui devrait être mis à la disposition des préposés à la garde de détenus dans les services de police

Tout fonctionnaire préposé à la prise en charge d'une personne arrêtée devrait non seulement être initié à cette pratique, mais être constamment mis en garde contre les dangers de la routine. La fouille peut déjà présenter des risques et il est impératif que le fonctionnaire se prémunisse contre toute atteinte à son intégrité physique (port par la personne fouillée d'arme ou de seringue). Pour ce faire, un détecteur de masse métallique permettrait déjà une première vérification avant toute fouille par palpation. Le port de gants en matière synthétique s'impose avant toute palpation ; une trousse médicale devrait se trouver dans la pièce où a lieu la fouille de même que des produits désinfectants et désodorisants.                                                                             
Un extincteur à poudre et un tuyau d'arrosage devraient être prévus à proximité de la ou des cellules. Des instructions devraient aussi être données en ce qui concerne l'entretien et le remplacement des couvertures mises à la disposition des détenus. Une désinfection régulière des salles de détention devrait également être programmée.                                                                                                                    
Le Comité permanent P encourage les services de police à suivre ces principes.

2.12.                  Responsabilité des officiers de police judiciaire et des officiers de police administrative

Il est inconcevable d'abandonner une personne entièrement nue, ou vêtue simplement de sous-vêtements, dans une cellule de garde à vue. Cette pratique est proscrite et les quelques cas d'espèce qui ont été portés à la connaissance du Comité permanent P ont donné lieu à des rappels de la loi et à des prescriptions réglementaires ainsi que, si nécessaire, à des rappels à l'ordre, voire à des propositions de sanction.            
La privation de liberté est une mesure grave qui doit rester exceptionnelle. Le Comité permanent P estime qu'il relève de la compétence des officiers d'être constamment vigilants et sensibilisés à la responsabilité qui est la leur tant en ce qui concerne l'arrestation proprement dite, qu'en ce qui concerne le déroulement de la détention.

3.                          Perspectives et projets

La réforme des services de police, qui a vraiment débuté le 1er janvier 2002, entraîne des modifications sensibles du paysage policier belge. Ces changements fondamentaux nécessitent des aménagements d’infrastructures de tous ordres. Les préoccupations actuelles des autorités policières sont d'assurer, dans des locaux en cours d'adaptation, à la fois un confort minimum aux forces de l'ordre intégrées et le respect de la dignité des personnes incarcérées. Au cours de ses enquêtes ponctuelles − et, bientôt, lors de son nouveau contrôle des cellules dans les postes de police −, le Comité permanent P va rappeler leurs obligations aux autorités policières et sensibiliser les autorités politiques pour que tout soit mis en œuvre en vue de remédier aux manquements dénoncés.       
Dans le courant de l’année 2002, le Comité permanent P envisage de mener de nouvelles enquêtes à thème relatives, notamment, à l’usage de la force par les fonctionnaires de police (violence policière), aux arrestations administratives, aux fouilles et aux incarcérations, dans le but de susciter des réactions positives et d'améliorer le sort des justiciables.

Section 2 : Centraux 101

4.                          Genèse de l’enquête

À la demande du ministre de l’Intérieur, le Comité permanent P a été saisi d’une enquête de contrôle relative au fonctionnement des centraux 101 en Belgique.         
Le Comité permanent P a pris connaissance de cette demande [22] durant l’une de ses réunions plénières et a décidé d’y donner suite.      
Après une première analyse et une évaluation, le Service d’enquêtes P a expressément été chargé de « l’exécution d’une enquête de contrôle relative au fonctionnement actuel des centraux 101, en vue de préparer et d’optimaliser le fonctionnement des futurs centraux équipés du système ASTRID ».
L’enquête relative au fonctionnement des centraux 101 s’est déroulée en deux temps. Les résultats de la première phase ont fait l’objet d’un rapport « Rapport provisoire, partie 1 – Résultats de l’enquête » et « Partie 2 – Annexes » [iv] . Le présent « Rapport, partie 1 – Résultats de l’enquête » reprend les résultats de la seconde phase ainsi que les conclusions finales provisoires relatives au fonctionnement des centraux 101. Les informations pertinentes rassemblées en cours d’enquête ont été jointes au « Rapport final, partie 2 – Annexes » [v] .
Il est à remarquer qu’une partie de ces éléments a été présentée pour contradiction au service ou corps de police ayant fait l’objet de cet audit et qu’une autre partie, rendue publique, n’a pas suscité de réaction notable ou pertinente.

5.                          Conclusions et Recommandations

Les conclusions et recommandations du « Rapport provisoire, partie 1 – Résultats de l’enquête » présentant les résultats de l’enquête portant sur les centraux 101 d’Anvers, Liège et Bruxelles sont intégrées dans le présent chapitre.

5.1.                      Moyens humains

Le personnel des centraux 101 dispose généralement d’une large expérience en matière de fonction de police et se situe dans une tranche d’âge moyenne de 35-50 ans (estimation), avec une ancienneté de service de 15 à 25 ans. L’âge moyen (estimation) semble toutefois plus élevé dans les corps de police des grandes villes.           
Les membres des centraux 101 sont, hormis Anvers, Liège, Bruxelles, Gand et Charleroi [vi] , exclusivement composés de personnel du corps de police responsable de la gestion du central. Certains centraux 101 emploient du personnel détaché de la police fédérale ou d’autres corps de police locale. Les fonctions d’opérateur ou call-taker et de dispatcher sont respectivement exercées par des membres du cadre de base et du cadre moyen, avec le soutien éventuel d’un officier. Dans la pratique, les fonctions d’opérateur et de dispatcher sont exercées indistinctement par les deux catégories. Quelques rares corps de police (Bruxelles et Malines) emploient des civils et/ou des agents auxiliaires pour la fonction de call-taker.
Si l’occupation du service varie suivant qu’il s’agit du jour, de la nuit ou du week-end, elle est généralement fixée à l’avance. Seuls quelques centraux adaptent l’occupation en fonction de manifestations prévues et/ou de l’affectation de personnel additionnel à des missions judiciaires. L’horaire des membres du personnel est irrégulier et consiste généralement en shifts (de jour et de nuit) de 12 heures. Des pauses structurelles durant l’exécution du service ne sont pas toujours prévues.      
Il n’existe aucun lien entre les types d’horaires des différents centraux 101.
L’occupation dans les centraux est généralement suffisante, à l’exception des centraux qui couvrent les grandes villes. Ceux-là souffrent généralement d’un manque d’effectif.
Les policiers affectés à un central ne reçoivent généralement aucune formation spécifique préalable. La formation consiste en un apprentissage sur le terrain comme « doublure » d’un opérateur durant 10 à 14 jours. Les formations complémentaires dispensées aux membres du personnel se limitent souvent à des formations internes spécialisées, lesquelles portent sur des programmes informatiques existants et nouveaux et/ou sur l’utilisation de nouveaux équipements et sur l’accueil téléphonique. Des programmes externes de formation ne sont pour ainsi dire jamais dispensés.
Le personnel se compose exclusivement de volontaires, sélectionnés dans un premier temps sur la base d’un document définissant le profil de la fonction et les compétences requises. Les candidats sélectionnés sont ensuite soumis à un test écrit ou à un entretien. La connaissance d’autres langues (nationales) est jugée nécessaire, bien qu’il ne s’agisse pas toujours d’une obligation légale.

5.2.                      Moyens matériels

Les moyens spécifiques requis dans un central 101, à savoir les lignes 101, sont généralement suffisants pour traiter les appels. Une augmentation du nombre de lignes sans augmentation du nombre de membres du personnel serait dénuée de sens.                                                                                                       
L’enquête menée dans les grandes villes a permis de constater des limitations techniques ne permettant pas l’extension des moyens disponibles.                                                                                   
Il n’existe de liaison directe avec le service 100 que dans les chefs-lieux de province (Liège, Anvers, Bruxelles, Bruges, Gand, Namur et Hasselt). Les autres centraux sont équipés de lignes ordinaires que l’on peut utiliser au moyen d’une combinaison de numérotation abrégée via une ligne de téléphone ordinaire ou un central téléphonique directement en contact avec les centraux 100. Les liaisons entre les services 100 et 101 via le réseau public offrent toutefois les mêmes possibilités techniques de communication qu’une liaison directe.      
Certaines réponses ont souligné l’absence de moyens (appareils téléphoniques supplémentaires, ordinateurs et tables d’opérateurs), le fonctionnement déficient des moyens radio, l’absence d’un système GPS et la nécessité d’apporter certaines adaptations au niveau de l’infrastructure. L’impossibilité de suivre visuellement les équipes sur le terrain (GPS) (à l’exception des polices de Bruges et Anvers) est également considérée comme une entrave.                                                                                                                            
L’absence de ces moyens matériels est justifiée par des raisons techniques, des considérations financières et une faible propension à l’investissement vu la réforme future en centres d’appel provinciaux.
La plupart des centraux 101 (à l’exception de Charleroi) disposent d’une documentation manuelle qui répond aux besoins. Seul un faible nombre de centraux disposent de systèmes de documentation informatisés. Dans la plupart des centraux 101, la documentation manuelle générale et les dispositions en matière de planification des catastrophes et des interventions de crise répondent aux besoins des utilisateurs.

5.3.                      Procédures

Le traitement d’un appel ou « l’intervention » s’effectue suivant une procédure donnée et comporte diverses tâches, soit le «call-taking», le «dispatching», le «traitement» et «l’administration». À l’exception de cette dernière mission, le service 101 joue un rôle important dans l’exécution de ces trois tâches. La manière de traiter les appels s’effectue de manière quasi identique dans tous les centraux 101. Compte tenu des diverses applications informatiques utilisées pour enregistrer les appels, on ne constate que de faibles différences entre les centraux gérés par la police fédérale et la police locale. Ces applications permettent un dispatching de « soutien décisionnel » basé sur des règles de décision reprises dans les protocoles d’accord des services et des zones de police.
Les notions « d’appel urgent » et « d’appel non urgent » ne sont pas toujours identiques partout et sont interprétées de différentes manières. L’absence de procédure écrite réglant le traitement général (ou spécifique) des appels peut générer des traitements différents d’appels pourtant similaires. Il conviendrait donc d’y remédier.
Le temps d’attente présumé n’est pas toujours communiqué à l’appelant parce que l’opérateur ne dispose généralement pas d’informations suffisantes sur les possibilités d’engagement et le niveau de disponibilité des équipes d’intervention.
Les appels sont enregistrés dans une application informatique qui permet des recherches ad hoc et une restitution sur bande. Cette fonctionnalité enregistre non seulement les appels mais également les communications entre le central 101 et les équipes. Les possibilités d’application sont généralement limitées dans le temps. La durée moyenne des appels ainsi que le temps d’attente moyen avant que l’opérateur ne décroche n’est pas connu. En raison de défaillances techniques, l’appelant doit parfois attendre sept à huit sonneries avant que l’appel téléphonique ne soit entendu au central 101.
Le délai d’intervention moyen des équipes d’intervention n’est connu que dans un très faible nombre de centraux 101, bien que cette information soit primordiale pour le fonctionnement du corps. L’absence totale de données en la matière (pourtant essentielles) ne permet pas d’apporter des améliorations sur les plans politique et opérationnel. Les délais d’intervention sont (trop) longs dans certains corps. Ils doivent être réduits à des délais acceptables et rationnels pour tous les appels qui nécessitent l’extrême urgence.       
La disponibilité permanente d’un nombre minimum d’équipes d’intervention constitue une condition sine qua non au traitement des appels particulièrement urgents.

5.4.                      Satisfaction du citoyen

La satisfaction du citoyen concernant le travail des centraux 101 n’est pas mesurée directement (hors les cas de Bruges et Hasselt [vii] ). Elle est déterminée indirectement, sur la base des plaintes verbales ou écrites. La plupart des centraux ne disposent pas d’un inventaire des données chiffrées portant sur le nombre de plaintes relatives au fonctionnement du service, ce qui permet de supposer qu’il n’existe pas de management général des plaintes.       
Les statistiques en matière de plaintes n’ont été fournies par certains centraux qu’après force insistance. Qui plus est, il s’agit parfois d’estimations intuitives, qui ne permettent ni contrôle ni comparaison. Le supérieur hiérarchique veille à réserver la suite voulue aux plaintes verbales et/ou écrites.
Les mesures censées améliorer la satisfaction du citoyen sont peu nombreuses. La mise en œuvre systématique de mesures concrètes d’amélioration à la suite de constatations personnelles ou d’enquêtes internes n’a lieu que trop rarement. Une approche politique globale n’a pratiquement jamais été remarquée. L’application correcte – en fonction de directives claires – d’un système de refus d'intervention n’a lieu que sporadiquement (e.a. Gand).
Le délai d’intervention moyen des équipes d’intervention n’est pratiquement jamais répertorié (sauf à Anvers et à Gand). En outre, il s’agit généralement d’estimations chiffrées de sorte que l’on peut douter de l’exploitation de ces données dans une optique politique. La relation entre le délai d’intervention moyen et la satisfaction de l’appelant n’a pas pu être étudiée.

5.5.                      Satisfaction du personnel

Hormis quelques centraux 101, la satisfaction du personnel même des centraux et celle des membres d’autres services de police n’ont pas pu être directement évaluées. Une enquête de stress n’a été menée que dans certains centraux 101 (e.a. Anvers et Hasselt). Le personnel qui exprime la plus grande insatisfaction travaille dans les centraux des grandes villes.

5.6.                      Impact sur la société

Les personnes interrogées ne savent pas particulièrement comment le service 101 est perçu par les externes (média, autorités ou autres services de police). Qui plus est, elles considèrent cette question comme accessoire. Les personnes interrogées pensent intuitivement que ces externes considèrent le fonctionnement du service 101 comme généralement satisfaisant. Les centraux des grandes villes reconnaissent cependant une perception extérieure plutôt négative.

5.7.                      Résultats

Le manque d’inventaire systématique des données chiffrées relatives au nombre d’appels ne permet pas une exploitation approfondie. L’absence de données directement utilisables laisse supposer qu’elles ne sont pas encore exploitées dans une optique de politique. Cet inventaire systématique existe pourtant dans certains cas – à vrai dire relativement rares – et permet dès lors une approche axée sur la politique à suivre. Le succès croissant de la téléphonie mobile augmente d’autant le nombre d’appels, principalement dans les grandes villes.

5.8.                      Direction

Pendant l’exécution des tâches par les membres du personnel, on note la présence systématique d’un représentant du cadre moyen, qui a la qualité d’officier de police judiciaire et assure la direction générale. Un officier de police administrative n’est pas toujours physiquement présent mais il est toujours joignable et peut arriver sur place dans les délais requis. L’officier sera présent en permanence uniquement dans les centraux des grandes villes. La direction du corps responsable de la gestion du central 101 s’implique plus ou moins dans le fonctionnement du service en organisant, régulièrement ou sur demande, des réunions de concertation avec le chef et/ou les membres du service.   
L’étude des centraux des grandes villes a souvent montré qu’une approche politique globale ne se traduisait pas immédiatement par une amélioration notable et que les points négatifs avaient tendance à être chroniques. Si une évaluation périodique générale des membres du personnel est bel et bien prévue, il n’existe pas d’évaluation spécifique de la connaissance des procédures et/ou compétences requises dans les centraux.

5.9.                      Politique et stratégie

Les personnes interrogées ne peuvent généralement pas fournir beaucoup d’informations complémentaires concernant le développement de la politique et des projets d’avenir de leur propre service Cela étant, les réformes expliquent sans doute l’ignorance de l’existence ou l’absence d’un plan de politique générale et/ou de projets d’avenir. De même, elles pourraient être à la base de l’attitude plutôt attentiste adoptée par les membres des centraux 101. Les données chiffrées axées sur la politique à suivre concernant le fonctionnement du service sont insuffisantes et rarement disponibles. Or, le manque même de ces informations de base hypothèque toute approche globale digne de ce nom.

6.                          L’avenir : Astrid

La société anonyme ASTRID a été constituée en 1998 [23] en vue d’optimaliser les interventions des services de secours et de sécurité – qui dépendent de la qualité de la communication – et d’améliorer la rapidité, la flexibilité, la sécurité et la fiabilité de cette communication.                                                                 
Le projet ASTRID (All-round Semi-cellular Trunking Radiocommunication Network with Integrated Dispatching) a vu le jour – avec le soutien du pouvoir fédéral – en exécution de la loi du 8 juin 1998 relative aux radiocommunications des services de secours et de sécurité [24] . Par une synergie des quatre éléments de base d’ASTRID, à savoir un système de radiocommunication, un dispatching informatique de soutien, un appareillage final et un centre mobile d’opération, des nouvelles méthodes de travail seront utilisées pour le traitement des appels en général, y compris les appels 101.                                                                      
Le système de radiocommunication doit permettre d’entrer en communication de manière flexible, avec rapidité et en toute sécurité (cryptage) avec d’autres services de police et de secours. La nature numérique du réseau assure une couverture efficace sur l’ensemble du territoire ainsi que la fiabilité indispensable attendue d’un réseau radio.                                                                                                                     
Les dispatchings informatiques de soutien (CAD) permettent de répartir les appels 101 à partir d’un centre d'appel provincial et, conformément à des protocoles d’accord locaux conclus entre les services de police compétents, d’optimaliser le dispatching grâce aux nombreuses possibilités techniques. Enfin, ils permettent d'améliorer l'échange d’informations entre les services de police.                                        
L’appareillage final nécessaire se compose d’un réseau radio et de terminaux de sorte que l’échange de données relatives aux appels et aux incidents ainsi que la consultation des banques de données disponibles puissent s’effectuer sans difficultés.                                                                                    
Une importante plus-value apportée par les CAD sont les deux écrans dont l’opérateur dispose et qui lui fournissent d’une part une information géographique ainsi que la position des équipes d’intervention et la situation des incidents et d’autre part un aperçu des appels entrants et du statut opérationnel des équipes d’intervention [25] .                                                                                                                                        
La possibilité d’équiper les véhicules d’intervention d’un système GPS peut être considérée comme une plus-value. Les fonctionnalités prévues au centre d’opération mobile doivent également permettre de garantir la communication en cas de catastrophes et d’interventions de crise.
L’installation du projet ASTRID sera étalée dans le temps et devait démarer de manière effective et complète en 2001 en Flandre Orientale (Gent). Par la suite, toutes les provinces seront équipées de cette nouvelle technologie. La plus-value que représente le projet ASTRID dans le cadre d’une approche globale et orientée vers le futur semble être importante pour le fonctionnement des services de police en général et le traitement des appels 101 en particulier. Grâce à une structure uniforme, un réseau informatique unique et un système de communication qui répond aux conditions requises (rapidité, flexibilité, sécurité, fiabilité), ASTRID devrait, en principe et rebus sic stantibus, contribuer dans une large mesure à accroître l’efficacité des interventions des services de secours et de sécurité.

7.                          Conclusion

La présente enquête sur le fonctionnement des centraux 101 n’a pas seulement permis de relever des résultats intéressants à propos de l’objectif initialement fixé. Elle a également débouché sur un certain nombre de constatations dans des domaines qui influencent (in)directement le fonctionnement du service 101, ou sont une conséquence de ce fonctionnement. Les modalités d’organisation du service et des équipes d’intervention par les divers corps, les diverses priorités (du corps), la direction et le contrôle des équipes d’intervention, l’impulsion à la base de la mise en œuvre du système ASTRID et la réforme des services de police en cours exercent une influence incontestable sur le fonctionnement actuel des centraux 101. L’enquête relative au fonctionnement des centraux 101 de plusieurs grandes villes, telles Anvers, Liège et Bruxelles, a permis d’établir une comparaison et une vérification des précédentes conclusions de l’enquête dans le contexte de grands centres urbains. En outre, il n’a pas été suffisamment souligné que la mise en œuvre du système ASTRID modifiera en profondeur le fonctionnement des centraux actuels, en principe, dans le sens d’une amélioration. La manière dont les choses se dérouleront a brièvement été fixée et pourra être précisée par une description plus détaillée du système ASTRID.       
Les conclusions et recommandations provisoires résultant de cette enquête relative au fonctionnement actuel des centraux 101 visaient à préparer et à optimaliser l’implémentation des futurs centraux équipés du système ASTRID et ainsi, à mieux traiter à l’avenir les appels à l’aide du citoyen.

Section 3 : La police et la prostitution dans quelques grandes villes belges

8.                          Situation à Anvers [26]

8.1.                      politique menée à Anvers à l’égard de la prostitution

Depuis le 1er octobre se déroule dans le Schipperskwartier la dernière phase de la politique de lutte contre la prostitution de la ville d’Anvers axée sur l’élimination du crime organisé et la revitalisation de ce quartier.

8.1.1.                Vers une politique intégrée à l’égard de la prostitution

La ville d’Anvers a opté, dans le cadre de sa politique de lutte contre la prostitution, pour une approche coordonnée des diverses causes de l’insécurité et de la criminalité dans le quartier de la prostitution. Un des éléments caractéristiques de cette approche est une vision intégrée qui ne couvre pas seulement une approche au niveau de la police mais s’insère dans la politique de la ville (de la cité) par la voie d’un fonctionnaire chargé de la problématique de la prostitution (cf. infra). Dans sa recherche d’une solution structurelle durable et en vue de rendre à nouveau viable le Schipperskwartier en particulier, il a été décidé de prendre des mesures dans divers domaines : au niveau du trafic routier, sur les plans juridique, urbanistique, en matière de police, etc. 
Le Collège des bourgmestre et échevins a fait fermer, en trois phases, tous les lieux de prostitution situés en dehors d’une zone de concentration, à commencer par ceux qui étaient les plus éloignés de la zone de tolérance. La base légale de ces mesures se trouve dans des règlements de police communaux qui prévoient une zone de concentration comprenant trois rues et qui imposent des conditions auxquelles les carrées et les personnes qui désirent les donner en location doivent répondre dans le cadre d’une attestation de conformité. Afin de mieux garantir encore les conditions de travail et de vie des prostituées et de les protéger contre les trafiquants d’êtres humains et les autres formes de criminalité organisée, cette politique fut complétée par une quatrième phase qui se situe au niveau de l’action policière et au cours de laquelle l’accent a été mis surtout sur la prévention directe et la lutte contre l’exploitation de prostituées.      
Cette dernière politique a pour objet de limiter les inconvénients pour le voisinage au moyen d'attestations de conformité et d’actions visant à dissuader et à refouler les prostituées séjournant illégalement dans notre pays, de même que les formes de traite des êtres humains et d’exploitation de ceux-ci par la prostitution ainsi que la lutte contre la criminalité marginale. Cette dernière revêt notamment la forme de ventes à la sauvette illégales, d’urinoirs sauvages, de consommation et de commerce de drogues, de jeux illégaux tels que le bonneteau, de vols et de criminalité violente.

8.1.2.                Mise en œuvre du projet pilote portant sur la politique de lutte contre la prostitution

Les mesures qui ont été mises en œuvre par étape ont été élaborées par un groupe d’experts chargés de la politique de lutte contre la prostitution en concertation avec le parquet du procureur du Roi et l’administration communale. Grâce à une bonne articulation entre les missions de police administrative et judiciaire au sein du nouveau cadre qui a été créé par le nouveau règlement de police, il a été possible, au cours d’une première phase, de mener à bien la fermeture des carrées situées en dehors de la zone de concentration.         
Au début de juillet 2000 fut créée, en collaboration avec la gendarmerie, une équipe « Schipperskwartier » dont le premier objectif était de réaliser le plan prévu par la ville d’Anvers. Le 24 juillet 2000, le Schipperskwartier a été interdit à toute circulation et l’on a veillé à ce qu’il y ait une présence policière visible 24 heures sur 24. Les contrôles dans le quartier, qui comptait encore 17 rues dont 4 ont été interdites à la circulation, ont ensuite été repris par la cellule « Schipperskwartier » qui peut avoir recours à 14 personnes. Une phase suivante axée sur les carrées au sein de la zone de concentration, a été lancée en septembre 2000. Un problème s’est posé en raison d’une concurrence effroyable entre les jeunes femmes et les montants élevés déboursés par des Albanais pour des « vitrines ».

8.1.2.1.          Limitation de la prostitution à une zone de concentration

La prostitution en vitrine à Anvers se situait dans les rues suivantes : Godefriduskaai, Gorterstraat, Keistraat, Kraaiwijk, Kommekenstraat, Korte Schipperskapelstraat, Lange Schipperskapelstraat, Leguit, Oudemanstraat, Verversrui, Vingerlingstraat, Schippersstraat, Sint-Paulusplaats, Sint-Pietersvliet. La prostitution en vitrine était pratiquée dans 115 carrées, ce qui représentait un total de 283 vitrines.        
Depuis l’entrée en vigueur de l’article 62.1 du chapitre IV du Code des règlements de police communaux, le Schipperskwartier est scindé en deux parties : (1) la zone de concentration ou zone de tolérance qui comprend trois rues : Schippersstraat, Verversrui et Vingerlingstraat ; (2) les rues situées en dehors de la zone de concentration. Cette zone de concentration pour la prostitution en vitrine comportera encore 56 carrées avec un total de 132 vitrines.
À la date de notre enquête sur place, la Oudemanstraat faisait encore partie de la zone de concentration.

8.1.2.2.          Approche axée sur les carrées

Un certain nombre de contrôles administratifs ciblés et d’enquêtes judiciaires ont entraîné la fermeture de vitrines dans la Lange Winkelhaakstraat. Dès 1998 furent lancées des enquêtes judiciaires portant sur les propriétaires des carrées. Ces contrôles ont donné lieu à une première fermeture. Il fut également procédé à une enquête à charge d’une personne donnée, dont la condamnation pour bénéfices usuraires a entraîné la disparition de 20 vitrines.       
Le 19 juin 2000, le conseil communal a adopté deux arrêtés communaux relatifs à la prostitution en vitrine. Ils ne sont toutefois entrés en vigueur que le 27 janvier 2001, après le rejet d'un recours en annulation introduit auprès de la députation permanente de la province. Conformément au règlement sur l'attestation de conformité des carrées où se pratique la prostitution en vitrine, les propriétaires ne peuvent plus louer des vitrines qu’en faisant signer un contrat de bail et il leur est strictement interdit d’en louer à des « illégaux ». L’objectif est, grâce à des contrôles permanents, de contrôler l’exploitation des prostituées et d’ainsi mettre fin à la pression exercée par la criminalité organisée sur les propriétaires de ces locaux.       
Ceci devrait leur donner l’occasion, sans y être intimés, de rafraîchir leurs carrées de sorte qu’elles puissent satisfaire aux conditions prévues par l'attestation de conformité. Cette réglementation doit également contribuer à humaniser les conditions de travail des prostituées, du fait que les articles 6 et 7 fixent un certain nombre de conditions minimales relatives à l’aménagement des locaux affectés à la prostitution en vitrine.

8.1.2.3.          Approche axée sur la prostituée

La politique à l’égard des prostituées vise en premier lieu à refouler les prostituées séjournant illégalement dans le pays et en deuxième lieu à ce que les prostituées soient en possession des documents administratifs nécessaires pour exercer leur activité. La thèse sous-jacente à cette approche est que les prostituées sans document de séjour valable ne peuvent pas s’adonner légalement à la prostitution. En outre, on a également vérifié dans quelle mesure la prostitution peut être considérée comme un travail.           
Il ressort d’une concertation entre la police anversoise et le ministère des Classes moyennes que ce dernier adopte la thèse selon laquelle les activités exercées par une prostituée doivent normalement être considérées comme des activités professionnelles, ce qui les oblige à s’affilier au système d’assurances prévu par le statut social des indépendants. En outre, un étranger qui exerce une activité d’indépendant doit, conformément à la loi sur les étrangers, disposer d’une carte professionnelle. La plupart des étrangers que l’on rencontre dans le quartier font l’objet d’une annexe 26bis, c’est-à-dire d’un ordre de quitter le territoire. La majorité d’entre eux a entamé une procédure de recours contre cette décision, ce qui implique qu’en principe, ils ne peuvent exercer aucune activité lucrative. Un grand nombre d’étrangers disposent aussi d’un passeport – faux ou non – avec un visa de séjour limité ou un visa d’entrée qui leur permet de séjourner trois mois dans le pays. Eux non plus ne peuvent pas, conformément à la loi sur les étrangers, exercer la moindre activité professionnelle, étant donné qu’ils ne sont autorisés à séjourner dans le pays que pour des raisons de tourisme.   
L’hypothèse en l’espèce est qu’une situation aussi précaire en matière de séjour place la prostituée en position de faiblesse par rapport aux trafiquants d’êtres humains. Du fait que ne sont autorisées que les prostituées qui séjournent légalement dans notre pays et qui disposent des documents de séjour leur permettant d’exercer leur activité, les prostituées se sentiraient plus fortes à l’égard des personnes qui désirent les exploiter. Lorsque les prostituées sont refoulées du Schipperskwartier par la voie de contrôles ciblés, la criminalité organisée voit ainsi disparaître totalement les revenus de cette forme de prostitution et il n’est dès lors plus rentable pour eux de faire venir des prostituées de n’importe quel pays.
Pour les prostituées qui, par conséquent, ne sont plus autorisées dans le Schipperskwartier, il faut prévoir un bon accueil afin d’éviter qu’elles ne passent à d’autres formes de prostitution, telles que le « tapin » et « l’escort service ». Plus concrètement, un accord a été convenu avec l’Office des étrangers, de façon que les dossiers des prostituées illégales puissent être traités prioritairement. Toutefois, lorsqu’il ressort de l’enquête et des entretiens que les prostituées sont victimes de la traite des êtres humains, elles doivent être bien accueillies et ce, en étroite collaboration avec le parquet. Cet accueil s’effectue en collaboration avec l’ASBL Payoke
Enfin, l’on part aussi de l’hypothèse que les prostituées qui séjournent légalement dans le pays sont plus susceptibles de faire l’objet d’un suivi et d’un accompagnement médical (par exemple par l’ASBL Payoke). De cette manière, les prostituées peuvent se débarrasser de leur « image criminelle », de sorte qu’elles peuvent mieux s’armer pour obtenir un jour un statut légal de prostituée.

8.1.2.4.          Politique au niveau de la circulation

On a créé une zone piétonnière dans la zone de tolérance constituée par la Schippersstraat, la Verversrui et la Vingerlingstraat (Oudemansstraat). Cette mesure a pour but : (1) de mettre fin au carrousel automobile ; (2) de réduire le « tourisme voyeur » ; (3) de réduire les vols de véhicules et les effractions dans les véhicules ; (4) de faire reculer la criminalité violente.    
Cette mesure a été mise en œuvre à la mi-août 2000, en collaboration avec la police de la route, la cellule circulation de la zone West, la brigade canine et d’autres équipes de quartier de la zone West.

8.1.2.5.          Contrôles en rue

Des contrôles d’identité d’Albanais et d’autres Européens de l’Est qui traînaillent dans les rues, le contrôle de la prostitution illégale et de la prostitution des mineures ainsi que les contrôles portant sur la qualité de vie et la qualité de l’environnement doivent entraîner une diminution de l’exploitation de la prostitution, en particulier de mineurs, une diminution de la prostitution liée à la criminalité violente et un meilleur contrôle des phénomènes périphériques tels que le trafic de drogue, le commerce à la sauvette, le jeu du bonneteau, etc. Les contrôles ont lieu en collaboration avec l’Office des étrangers. Grâce à des réunions d’information via le Carrefour d’Information d’Arrondissement (CIA), des contrôles ciblés peuvent être effectués en vue de soutenir des enquêtes projetées ou en cours. Ces actions se font également en concertation avec le procureur du Roi, le tribunal de la jeunesse et Payoke. Le service de la propreté publique et les Witte Tornado’s (Tornades blanches) sont également associés au projet.   
Outre ces actions ciblées dans le cadre d’informations fondées sur l’analyse des infractions, chaque semaine ont lieu des actions ponctuelles (minimum 4 personnes) et des actions à une plus grande échelle les vendredi et samedi soir (minimum 10 personnes).

8.1.2.6.          Contrôle des établissements

En procédant à des contrôles de routine dans des établissements, des bars, des cafés, des magasins, des restaurants, etc., les affaires commerciales maffieuses sont découragées et l’on cherche à éliminer le travail au noir et la main-d’œuvre illégale. Chaque mois ont eu lieu au moins deux actions menées en collaboration avec l’Office des étrangers pour le rapatriement des illégaux, avec l’inspection sociale, l’inspection économique, les douanes et accises, l’inspection des denrées alimentaires, etc.

8.1.2.7.          Informations et enquêtes judiciaires

Afin de réduire l’exploitation de la prostitution et, en exécution des priorités fixées par le parquet, la ville mène une politique concrète de poursuites dans le cadre de laquelle il est procédé, en collaboration avec le service de recherche, à un inventaire de propriétaires d’immeubles affectés à la prostitution et à des enquêtes axées sur le dépistage de « profits anormaux ». De plus, une aide est fournie aux informations et enquêtes judiciaires effectuées par les services spécialisés.

8.1.2.8.          Permanence 24 h/24 dans le quartier

Le local de police qui sert aussi normalement pour le service d’ordre de la Sinksenfoor (Foire de la Pentecôte) est situé à l’angle de la Leguitstraat et de la Vingerlingstraat. Une permanence l’occupe 24heures sur 24.

8.1.2.9.          Impact sur la prostitution de rue

À la suite de ces mesures, on a constaté une augmentation de la prostitution de rue dans la zone Roosevelt. Ce phénomène a été maîtrisé par une collaboration entre les services de police et grâce à une stricte application des règlements communaux. La prostitution de rue a été interdite à proximité des écoles. En outre, la seule chose permise aux prostituées est de rester dans le portail d’un hôtel mais avec interdiction absolue d’attirer les véhicules et d’adresser la parole à des passants.      
Restait le problème du carrousel automobile qui ne diminuait pas. Il a fallu prendre des mesures au niveau du trafic en fermant des rues par des barrières Nadar que les riverains pouvaient déplacer pour pouvoir rentrer chez eux. Ces mesures sont devenues effectives à la mi-février 1999. À partir d’avril 1999 fut également interdite la prostitution à l’entrée des hôtels conformément au règlement de police. Cette mesure a également été signifiée à tous les propriétaires d’hôtels. La prostitution dans le quartier Roosevelt a aujourd’hui pour ainsi dire disparu, à l’exception d’une vingtaine d’héroïnomanes belges qui continuent à y exercer leurs activités.

8.1.3.                Directives pour la Cel Schipperskwartier

L’ensemble des tâches confiées à la Cel Schipperskwartier comporte : (1) des patrouilles pédestres dans le Schipperskwartier ; (2) le contrôle des prostituées présentes ; (3) le contrôle de personnes suspectes, en train de déambuler. Il faut toujours au minimum 50% du personnel par équipe dans le Schipperskwartier. Les policiers ne peuvent jamais pénétrer seuls dans un local où se pratique la prostitution. Lors de contrôles dans ces locaux, il faut toujours au minimum un membre du personnel des cellules de la zone (Schipperskwartier et/ou Falcon) et ceci parce que ces collègues sont beaucoup plus familiarisés avec les documents d’identité et de séjour qui seront présentés. 
Les personnes suspectes remarquées dans le quartier et qui continuent à déambuler sont soumises à un contrôle d’identité et à une fouille de sécurité. Les étrangers en possession d’une carte de séjour pour ressortissant de l’Union européenne (CI bleue) peuvent travailler comme prostituées en vitrine.         
Les porteuses d’une carte d’identité pour étrangers (CI jaune) doivent en outre être en possession et porteuses d’une carte professionnelle délivrée par le ministère des Classes moyennes. Sont dispensées de cette carte professionnelle : (1) les ressortissantes de l’UE, de l’Islande et de la Norvège ; (2) les ressortissantes de Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lituanie, Lettonie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Slovaquie et Tchéquie, qui doivent posséder une attestation « PECO » préalablement délivrée par les pays PECO (Europe centrale et Europe de l’Est) ; (3) les réfugiées ONU et (4) les réfugiées reconnues par la Belgique. Celles-ci sont normalement en possession d’une attestation d’immatriculation ou d’une attestation d’inscription au registre des étrangers.

8.2.                      Enquête sur le terrain

8.2.1.                Introduction

Le quartier anversois de la prostitution est géographiquement concentré autour de trois rues : (1) la Schipperstraat ; (2) la VigerlingstraatOudemansstraat, prolongement de la Vingerlingstraat et (3) la Verversrui.
Différents responsables locaux ont préalablement (le 30 octobre 2001) été avisés de l’enquête effectuée. La cellule de police locale du Schipperskwartier a également été prévenue lors de l’arrivée sur place et informée de l’objectif et des modalités de cette enquête de contrôle qui fut effectuée par six membres du Service d’enquêtes travaillant en équipes de deux. L’opération a eu lieu en deux phases, de 16h30 à 19h00 et de 21h00 à 23h00.

8.2.2.                Traitement des résultats de l’enquête

8.2.2.1.          Morphologie

8.2.2.2.          Perception de la police et des mesures de contrôle

Il ressort du tableau ci-après que dans le cadre de l’opération qui a démarré le 1er octobre 2001, les services de police effectuent en moyenne six contrôles par an. La médiale [viii] et le mode [ix] sont toutefois notablement inférieurs car les prostituées qui sont depuis des années déjà dans le métier et qui sont connues de la police sont soumises à moins d’un contrôle par an.

Comme on pouvait s’y attendre, il y a une corrélation significative inverse [xi] entre la durée d’activité d’une jeune femme dans le secteur de la prostitution et le délai depuis le dernier contrôle. Ajoutez-y une corrélation inverse de 0,202 portant sur le nombre de contrôles par an, cette statistique répond à la logique qui veut que, plus longtemps une personne est dans le métier, mieux elle est connue de la police et moins souvent elle est soumise à un contrôle. Ce résultat est confirmé par la corrélation positive significative entre l’âge et la date du dernier contrôle. Évidemment, l’on observe une très forte corrélation entre l’âge et la durée de l’exercice de la prostitution. Pour le reste, il ne semble pas y avoir de corrélation significative.           
La constatation selon laquelle aucune corrélation significative ne peut être établie avec d’autres paramètres au niveau du nombre de contrôles est peut-être due au fait qu’un grand nombre de personnes interrogées n’ont pas répondu à cette question, n’ont pas pu donner un chiffre ou ont déclaré « peu ». Le faible impact de la nationalité sur la date du dernier contrôle est dû au fait que l’opération en est à son stade final et à quelques exceptions près, il ne reste plus que des prostituées qui satisfont aux nouvelles dispositions.    
Il ressort des témoignages qu’au début de l’opération, le 1er octobre 2001, presque toutes les prostituées ont été quotidiennement soumises à un, voire plusieurs contrôles de police par jour. Le nombre de contrôles a diminué à mesure qu’elles étaient connues de tous les services de police comme étant en règle avec les règlements de police communaux.           
Sur les 47 personnes interrogées, 43 avaient déjà fait l’objet d’un contrôle de police sur leur lieu de travail. À cette occasion, on a chaque fois contrôlé leurs documents d’identité. Dans 6 cas, on a également pris une photo de la prostituée.


8.2.2.3.          Impact de la nouvelle politique

L’image de la criminalité dans ce quartier qui a été esquissée avant que l’initiative précitée ne soit lancée fait état de la présence en quantité de souteneurs étrangers, surtout albanais, qui adoptaient une attitude menaçante dans le but de reprendre des vitrines. Outre la criminalité liée à la prostitution, il était également fait état d’une criminalité marginale telle que le bonneteau, les cas de clients détroussés, de vandalisme, d’agressions et de bagarres. Un commissaire divisionnaire a déclaré avoir lui-même incognito traversé le Schipperskwartier et avoir constaté qu’il y régnait une atmosphère très agressive émanant de petits groupes de souteneurs, que la circulation y était souvent à l’arrêt, etc. Un certain nombre de prostituées ont déclaré que c’est pour cette raison qu’elles avaient quitté le quartier et qu’elles y sont revenues parce que la sécurité s’y est améliorée. La perception de l’impact de la nouvelle politique menée depuis le 1er octobre 2001 et en particulier l’installation d’un bureau de police dans le quartier, est dès lors généralement positive. La majorité des personnes interrogées considère que cette initiative est même très bonne et que cela donne un sentiment de sécurité. Outre le retour des prostituées qui avaient fui le quartier, il s’est avéré qu’un certain nombre de jeunes femmes sont venues de Gand et d’Ostende, ayant appris qu’à présent le quartier serait sûr. D’après un certain nombre de personnes interviewées, depuis le 1er octobre 2001, on constate également une évolution dans la clientèle. La clientèle précédente de Belges et autres européens, qui évitaient également le quartier, revient aujourd’hui parce qu’elle se sent à nouveau plus sécurisée. Seules trois personnes interrogées ont souligné le fait que la présence policière effraierait les clients sous le prétexte que leur anonymat serait menacé.

L’absence d’une campagne d’information préalable dans le quartier a également été déplorée, car l’opération a été connue par les informations publiées dans la presse. Une prostituée a fait remarquer que la présence policière est une bonne chose mais qu’elle ne résout pas le problème de certaines personnes, apparemment d’origine nord-africaine, qui restent collées aux vitrines, crachent, commettent des déprédations et effraient les clients : problème également évoqué par d’autres personnes interrogées. La police d’une part ne reconnaîtrait pas l’existence de ce problème et d’autre part ferait remarquer qu’elle ne peut pas intervenir parce qu’elle ne peut pas faire preuve de discrimination.   
Une personne qui travaille dans la galerie de l’Oudemansstraat a affirmé qu’il y avait là moins de problèmes de sécurité étant donné que la galerie fait l’objet d’une surveillance assurée par une société privée et qu’en cas d’incidents, les deux sorties peuvent facilement être bloquées par la police. C’est pourquoi elle a fait état de ses craintes à propos de la fermeture projetée de sa carrée et du déménagement vers une des trois rues restantes de la zone de tolérance. Elle a enfin fait remarquer qu’à son avis, la police n’est pas « pour les filles ». Cette prostituée de nationalité néerlandaise a enfin déclaré que la police est correcte mais cependant distante. En s’entretenant plus avec les filles et en leur posant des questions, la police percevrait mieux ce qui se passe dans le quartier, estime-t-elle.

Le sentiment d’insécurité précité peut, du moins en partie, être confirmé par les résultats de notre enquête. Alors que dans l’après-midi, l’atmosphère pouvait être qualifiée de bonne, le soir elle était nettement plus chargée voire menaçante. Ce sentiment d’insécurité, subjectif ou non, était dû en grande partie à la présence en nombre de personnes apparemment d’origine nord-africaine qui circulaient généralement par petits groupes. Un certain nombre de filles ont souligné le comportement agressif de ces groupes, qui restent collés à la vitrine, crachent, font des gestes obscènes ou de l’intimidation directe. Ces pratiques chassent en effet le client. Lors d’un entretien ultérieur avec des membres de la brigade des mœurs qui, le même soir, avaient effectué une ronde dans le quartier, ceux-ci ont déclaré qu’ils avaient également perçu cette atmosphère. À la section des mœurs, on tient compte de l’éventualité que ces petits groupes travailleraient sur ordre du milieu albanais dans l’intention de créer un sentiment d’insécurité afin de pouvoir récupérer les vitrines. Dans le passé, on a déjà pu constater une coopération entre Albanais et Marocains, ces derniers servant notamment d’observateurs.

8.3.                      Les services de police face au phénomène

8.3.1.                Fonctionnaire chargé de la problématique de la prostitution

En 1997 a été créé un groupe d’experts chargé de développer une politique de lutte contre la prostitution. En faisaient notamment partie le commissaire en chef de la police, le conseiller à la sécurité, un responsable de l’aménagement du territoire, etc. Étant donné qu’il était évident que le problème pouvait difficilement être géré en partant d’une approche purement policière, l’on a créé un poste de fonctionnaire chargé du problème de la prostitution, payé par le Fonds d’Impulsion sociale de la Communauté Flamande. Cette personne fut engagée en mars 1998, tout d’abord à temps partiel et, depuis juillet 1998, à temps plein. Il existait depuis de nombreuses années déjà une commission consultative qui fournissait des réponses ad hoc à des questions posées par des échevins ou des membres du conseil communal, mais cette commission se réunissait de manière irrégulière. Il est aussi à noter que la fonctionnaire chargée de la problématique de la prostitution devait elle-même veiller à définir les tâches qu’impliquait sa fonction. À cet égard, elle a pris des contacts à Amsterdam et Arnhem avec des responsables ayant une certaine expérience des zones de prostitution de rue et de la politique de concentration. Simultanément, elle a collaboré avec le bureau privé néerlandais Seinpost, ce qui a engendré une très bonne coopération.

8.3.2.                Visite de travail à la Zone West

8.3.2.1.          Cellule zonale Schipperskwartier

La cellule Schipperskwartier se compose actuellement de 10 inspecteurs et de 2 dirigeants. Le potentiel complet de la cellule sera mis en œuvre pour la quatrième phase. Au cours de la période antérieure au 1er octobre 2000, les contrôles étaient effectués par petits groupes de deux agents et les procès-verbaux étaient dressés sur la base d’un certain nombre de nouveaux articles qui avaient été ajoutés au règlement de police. Simultanément, les propriétaires des locaux de prostitution situés en dehors de la zone de concentration furent invités à une réunion de manière à leur fournir des explications et les prier d’arrêter volontairement cette activité. Si aucune suite n’était donnée à ce souhait, procès-verbal était dressé et les démarches étaient entreprises pour procéder à une fermeture forcée. De plus, un contrôle était exercé tant par les services de recherche afin d’avoir une vue sur le milieu et la criminalité marginale que par des agents en uniforme dans un but de dissuasion.   
À la demande de la section locale de recherche, on a procédé à l’inventaire des prostituées au moyen d’une base de données approuvée par la commission de la vie privée. Dans ce fichier ont été enregistrés l’identité et le lieu de travail ainsi qu’une photo digitale prise sur place ou au bureau de police. Il s’agit d’un fichier manuel qui a été scanné et transmis sous forme digitale au CIA. L’initiative s’avère toutefois difficilement réalisable en raison de la grande mobilité des prostituées.
La quatrième phase a été lancée le 1er octobre 2001. Elle a commencé par une invitation de départ volontaire adressée aux prostituées qui n’étaient pas en règle par rapport au nouveau règlement de police. Si aucune suite n’y était donnée, il s’ensuivait une arrestation administrative. Un des responsables policiers est conscient de l’impasse que cela constituait pour certaines prostituées qui n’étaient pas de nationalité européenne et qui n’appartenaient pas au milieu du crime organisé. Le principe adopté est que la prostitution est un travail, que les demandeurs d’asile ne peuvent exercer aucune activité et que les autres ressortissants non européens doivent posséder une carte professionnelle ou une carte de travail. Le ministère des Classes moyennes refuse toutefois de délivrer pareil document en vue de pratiquer une activité dans le domaine de la prostitution.  
Les ressortissants de pays membres de l’Union européenne doivent posséder une attestation PECO à délivrer par le pays d’origine afin de pouvoir exercer une activité professionnelle en Belgique. Le problème à cet égard est que la plupart des ambassades ne connaissent pas cette attestation ou ne veulent pas la délivrer pour des activités dans la prostitution. 
Les propriétaires de carrées essaient de susciter des incidents avec la police et font parfois appel à des huissiers. Les nombreux contrôles effectués au début de l’action seraient dus au fait que plusieurs équipes et services effectuaient ces contrôles. À l’avenir, il y aura une antenne de police dans le quartier mais sous une forme adaptée et non permanente en raison de problèmes de capacité. Ce dernier point a été résolu en communiquant aux prostituées un numéro de GSM qu’elles peuvent appeler 24h/24 et ainsi transmettre des informations tout en conservant leur anonymat.   
La police connaît également des problèmes avec les clients en état d’ivresse de deux cafés, « ‘t Keteltje » et « de Zevende Hemel », qui restent ouverts 24h/24. Une voiture dont le conducteur était en état d’ébriété aurait volontairement foncé sur le pavillon de la police.
On a constaté que les prostituées n’hésitent pas à venir poser spontanément des questions : la police considère ceci comme positif. Jusqu’à présent, on a estimé qu’il y avait trop de risques à autoriser des îlotiers dans le Schipperskwartier. Des négociations sont toutefois en cours à ce propos.

8.3.2.2.          Cellule zonale Falcon

La cellule Falcon se compose de 11 inspecteurs et d’un dirigeant. Leur tâche consiste principalement à lutter contre les commerces illégaux et les formes de criminalité organisée sur la Falconplein et aux abords de celle-ci, soit une zone géographique qui jouxte le Schipperskwartier. En raison de leurs activités, ils sont très au courant des problèmes de travail illégal et de séjour illégal. Les membres de la cellule prennent dès lors part à temps partiel à l’exécution de la phase 4.

8.3.3.                Visite de travail à la section mœurs du service de recherche

À la section mœurs du service de recherche, 14 policiers sont chargés de suivre le phénomène de la prostitution et de la traite des êtres humains. Cette section dispose d’une banque de données couverte par deux licences et approuvée par la Commission de la vie privée. Cette banque de données est destinée à un usage interne et pour le CIA. Pour ce qui est de son contenu, ce fichier a évolué à la suite de demandes de renseignements émanant de services de police et du parquet. Les informations enregistrées numériquement depuis 6 ans sont transmises au CIA. Il existe également des protocoles de collaboration avec la cellule « traite des êtres humains » du SJA.
Ce fichier comporte les volets suivants : (1) identité ; (2) données relatives à l’activité dans le domaine de la prostitution ; (3) références à un procès-verbal ou à un rapport ; (4) volet relatif aux informations ; (5) adresses ; (6) données relatives aux véhicules ; (7) numéros de téléphone ; (8) description de tatouages éventuels.
Les contrôles des prostituées font aujourd’hui partie des tâches de base de la police au niveau de la zone et ne relèvent plus tellement de la section recherche. Celle-ci n’effectue plus de contrôles systématiques, mais seulement des contrôles ciblés sur la base d’informations reçues. La section de recherche axe davantage ses activités sur la fonction de confiance et sur les entretiens avec les nouvelles prostituées invitées à cet effet. À cette occasion, on leur rappelle leurs droits et devoirs et on établit une fiche digitale dont une copie est transmise sur disquette au CIA. Chaque interview fait aussi l’objet d’un procès-verbal d’informations destiné au magistrat chargé de la lutte contre la prostitution.        
Il est demandé aux jeunes femmes si elles acceptent d’être photographiées. Cette demande est motivée par le fait que c’est dans leur propre intérêt afin de pouvoir prendre les mesures de recherche adéquates en cas de disparition éventuelle. La prise des empreintes digitales a également lieu sur une base volontaire. Il est fait état de leur consentement dans le procès-verbal. Le service de recherche ne prend aucune photo sur place.
Les enquêteurs affirment que l’application de la loi Franchimont pose parfois problème. Les souteneurs savent en effet que les filles se rendent au bureau de police et qu’elles reçoivent une copie de leur audition. Auparavant, les prostituées qui venaient se présenter dans le cadre de la « confiance » étaient également entendues. On y a renoncé pour la raison précitée et, aujourd’hui, c'est remplacé par un « entretien d’information » dont procès-verbal est ensuite établi. Les fonctionnaires de police utilisent aussi un questionnaire en langue anglaise pour les auditions plus approfondies de prostituées étrangères. Un autre problème est de nature financière, à savoir le paiement des honoraires des interprètes.
Les empreintes digitales sont conservées par le service de recherche lui-même ainsi que par le CIA. L’objectif est de créer une seule banque de données mais, provisoirement, le CIA n’assure pas une permanence 24h/24 sauf lorsqu’une action de nuit est annoncée au préalable. Une dernière donnée intéressante réside dans le fait que la police d’Anvers dispose d’un service de rapatriement. Ce groupe mobile s’occupe de l’encadrement et dispose d’un véhicule cellulaire pour 8 personnes. Une équipe de 8 agents est en permanence disponible.

8.4.                      Conclusions

Cette politique – surtout sa dernière phase – a eu un impact évident sur le phénomène de la prostitution. L’approche multidisciplinaire et coordonnée surtout semble porter des fruits. À l’instar des glissements que l’on a pu observer de la part de prostituées ostendaises et gantoises vers Anvers à la suite du climat de travail plus sûr qui y règne, il semblerait que les milieux du crime organisé albanais aient à présent porté leur attention vers la ville de Liège où ils essaient d’acquérir massivement des carrées pour la prostitution en vitrine.    
Notre enquête à Gand nous a appris qu’un certain nombre de prostituées de la région anversoise qui y exerçaient leur activité, avaient fui le crime organisé et l’insécurité qu’il engendrait.        
Il ressort aussi des enquêtes de contrôle effectuées à Anvers, Gand, Ostende et Bruxelles qu’il y a des différences dans l’approche du phénomène de la prostitution. Le dénominateur commun est toutefois l’objectif qui consiste à concentrer le phénomène dans une zone de tolérance et à le contrôler par le biais de dispositions des règlements de police communaux et les interprétations de dispositions légales. L’angle d’attaque ne varie toutefois pas beaucoup.        
À Ostende, la prostitution de rue est interdite mais, en vertu d’un règlement de police sur les mœurs publiques, les portes et vitrines des lieux où est pratiquée la prostitution doivent rester fermées. Les vitrines doivent en outre être occultées.   
À Gand, on se sert du statut de serveuse de bar avec obligation de s’inscrire et de se présenter à la police, sur la base d’un règlement de police du 16 février 1948. Des aspects tels que l’hygiène sont réglés par l’application de la législation sur les débits de boissons. Dans la région bruxelloise, il semblerait qu’il n’y ait pas de politique uniforme et que la prostitution soit répartie sur une grande partie du territoire. À Saint-Josse-ten-Noode, la police essaie de contrôler ce phénomène en effectuant un contrôle des contrats de location des carrées. À Schaerbeek, on est plus axé sur le statut de bar.
Il faut dès lors essayer d’aboutir à une politique uniforme en matière de prostitution au niveau fédéral afin d’éviter des glissements du phénomène, avec pour résultat qu’on ne peut plus le contrôler. 
En ce qui concerne les fondements juridiques de la politique anversoise en matière de prostitution se pose à notre avis un problème qui a été également reconnu lors de la conférence de la Table ronde du 19 juin 2001 consacrée à une approche intégrale de la prostitution à Anvers. Le ministère des Classes moyennes considère certes la prostitution comme un travail, mais refuse manifestement de délivrer aux prostituées les documents ad hoc pour leur permettre d'exercer leur métier (cf. l’exemple d’une prostituée équatorienne au cours de notre enquête), ce qui fait qu’en pratique, ces personnes se trouvent dans une impasse. La police se fondant sur les dispositions d’un règlement de police communal exige une carte professionnelle ou un permis de travail, mais les autorités administratives qui doivent les délivrer les refusent dès lors qu’il s’agit d’exercer une activité relevant de la prostitution. On rencontre le même phénomène pour les demandes d’attestation PECO.       
En outre, au niveau des autorités administratives, il n’y a aucune uniformité concernant la question de savoir si la prostitution peut être considérée comme un travail. C’est ainsi que les prostituées ne peuvent prétendre à la sécurité sociale parce que cet Office ne reconnaît pas la prostitution comme étant une profession. Parallèlement et compte tenu de l’approche adoptée par la ville de Gand, le statut de prostituée semble jouer un rôle-clé dans la politique portant sur ce phénomène.
Une reconnaissance comme profession ou du moins un statut uniforme cohérent offrirait un certain nombre d’avantages : l’accès à la profession pourrait être réglementé ; des conditions pourraient être imposées pour exercer cette profession ; des mécanismes de contrôle pourraient être prévus (par exemple contrôle médical périodique, contrôle du lieu de travail, etc.) ; les prostituées pourraient, comme dans le cadre d’une profession, bénéficier d’un réseau d’accueil social ou d’une sécurité juridique ; la possibilité pour les services de police d’aborder le phénomène de manière uniforme et de lutter contre les abus.
Il semble évident que la grande diversité dans les manières d’approcher le phénomène de la prostitution ne sert pas la sécurité juridique et qu’une méthode de gestion uniforme du phénomène de la prostitution s’impose. L’examen des différents systèmes appliqués dans les corps de police faisant l’objet de la présente radiographie a permis de dégager des éléments positifs mais aussi des points sensibles. Une intégration des éléments positifs dans une approche cohérente liée à un statut légal pour les prostituées nous semble être la voie à suivre dans l’avenir.

9.                          Situation à ostende [27]

9.1.                      Enquête sur le terrain

9.1.1.                Introduction

Lors d’une visite dans des « bars », nos enquêteurs ont rencontré 19 prostituées qui, après avoir pris connaissance de leur qualité et de l’objet de leurs questions, leur ont accordé leur collaboration en leur fournissant des informations.

9.1.2.                Traitement des résultats

En ce qui concerne la perception qu’ont les prostituées de l’intervention de la police, nous obtenons les résultats suivants :
 

Réponses

Sans opinion

La police n’intervient pas correctement

1

 

La police intervient cor­rectement

14

2

Souhaite plus de pa­trouilles de police

6

 

Patrouilles de police suffisantes

10

1

Souhaite moins de pa­trouilles de police

1

 

N’a jamais fait appel à la police

11

 

A fait appel à la police

7

 

Temps d’arrivée trop long

2

 

Temps d’arrivée correct

5

 
Il ressort de l’enquête que la police effectue suffisamment de patrouilles pendant la journée dans la zone concernée. Ceci ressort des données chiffrées qui permettent de constater que 10 prostituées déclarent qu’il y a suffisamment de patrouilles alors que 6 prostituées en voudraient plus. Le fait que les jeunes femmes souhaitent plus de patrouilles n’est pas dû à une insuffisance actuelle mais souligne le fait qu’elles sont fort portées sur la « sécurité ». Elles estiment que c’est là un élément positif parce qu’il y a surtout des problèmes le week-end et la nuit avec les Anglais et autres personnes en état d’ébriété. Elles demandent dès lors d’augmenter le nombre de patrouilles au cours de ces périodes. Si cela fait partie des possibilités, il faudrait plus de patrouilles en civil afin de ne pas déranger les clients.  
Une seule prostituée fait remarquer qu’un plus grand nombre de patrouilles chassera les clients.        
Les prostituées qui exercent leurs activités dans la A. Belpairestraat nous ont appris que le week-end, dans la Langestraat adjacente, il y a en permanence une patrouille de police. Ceci a, selon elles, un effet évident sur la criminalité dans le quartier chaud. De plus, il s’avère que leurs interventions sont correctes (14) ; deux prostituées ne se sont pas exprimées à ce propos parce qu’elles viennent à peine de s’installer dans la zone en question. Une prostituée considère, quant à elle, que la police n’intervient pas correctement mais elle précise sa réponse en déclarant qu’elle a un « nom » à la police parce qu’elle a déjà eu maille à partir avec elle pour faits de drogue.      
La majorité des prostituées (11) n’a jamais eu recours aux services de police dans le cadre de difficultés éventuelles. Sur les sept jeunes femmes qui ont fait appel à la police, cinq déclarent que les policiers sont arrivés rapidement sur place tandis que deux ont estimé que le temps d’arrivée était trop long.

9.2.                      Les services de police face au phénomène

9.2.1.                recherche, cellule mœurs et traite des êtres humains

9.2.1.1.          Composition

Le département recherche de la police locale comporte 18 fonctionnaires de police dont 4 font partie de la cellule mœurs et traite des êtres humains. Dans le cadre de la réforme des polices, un ancien gendarme a été adjoint à la cellule.
Avant la réforme des polices, les bars étaient exclusivement contrôlés par la police d’Ostende, tandis que la BSR contrôlait les bars en dehors d’Ostende.

9.2.1.2.          Fonctionnement

Les contrôles sont surtout effectués dans le cadre de l’établissement des formulaires uniformes n°1 qui sont transmis au SGAP. D’après un des responsables, ses collaborateurs effectuent un ou deux contrôles par semaine dans le milieu. Toutes les trois semaines, il y a également un contrôle de nuit et cela serait insuffisant.
Le contrôle comporte généralement : un contrôle des documents d’identité ; un contrôle du registre du personnel. Des questions peuvent également être posées en ce qui concerne l’aspect familial (mariée, enfants, etc.) et la raison pour laquelle la prostituée exerce cette profession (sous la contrainte ou non).          
Ce n’est qu’en cas de constatation de faux documents d’identité que la prostituée est amenée au commissariat de police, où la procédure habituelle est appliquée : identification plus poussée, audition, prise d’empreintes digitales.                                                                                                                                        
La police d’Ostende ne tient aucun registre spécifique des contrôles effectués dans le milieu de la prostitution. Il n’est dès lors pas possible de contrôler les réponses des prostituées.                                  
Pour l’enregistrement des contrôles exercés, on se sert d’un système appelé projet informatique de police (PIP), qui reprend lesdits contrôles dans les « Communications ». Le modèle « Communication » n’est complété que lorsque l’on a affaire à une nouvelle prostituée, ou lorsqu’une prostituée quitte un bar. De plus, pour chaque « bar » est prévue une chemise contenant des informations sur toutes les serveuses qui y ont travaillé, avec mention du début et de la fin de leurs activités.                                                                   
À l’avenir, l’objectif est de tenir un journal informatisé de sorte que l’on puisse à tout moment vérifier quels contrôles ont été effectués.

9.2.1.3.          Coopération avec d’autres services

Ü     Inspection sociale :
Cette coopération a lieu une ou deux fois par an et ceci à la demande de la cellule. Si nécessaire, une aide leur est toujours apportée, ce qui permet d’avoir une bonne collaboration et d’obtenir de bons résultats. L’échange d’informations entre les deux services s’effectue par l’entremise du parquet. C’est ainsi qu’une copie d’un procès-verbal est toujours demandée via le parquet.
Ü     Autres inspections :
Dans le cadre d’un projet de l’administration communale concernant la prostitution (voir infra), les contrôles ont été effectués en collaboration avec l’inspection des denrées alimentaires et les inspecteurs de la TVA.
Ü     Équipes d’intervention de la police locale :
En plus des contrôles effectués par le département recherche, d’autres sont menés par les équipes d’intervention sur base d’infractions au règlement communal de police.

9.2.1.4.          Projet relatif à la viabilité dans la zone de tolérance

À Ostende, on vient à la demande du bourgmestre de lancer un projet concernant la prostitution. Ce projet a vu le jour après des plaintes d’habitants du quartier pour outrage public aux mœurs, provocation des serveuses (les prostituées font clairement des signes et attirent les clients à l’intérieur) et augmentation anormale du trafic. À l’heure actuelle, l’administration communale voudrait éliminer tous les « bars » de la zone de tolérance étant donné que beaucoup de logements sociaux y sont en construction et que l’on préfère opter pour un Eroscenter encore à construire. 
Ce projet vise une approche intégrale de la prostitution en ce sens que l’on a déjà entrepris toutes sortes de tentatives pour faire fermer les « bars ». C’est ainsi que le responsable de projet, membre de l’administration communale, assisté par un agent de police a procédé à plusieurs contrôles portant sur le trafic, le respect du règlement de police communale (rideaux ouverts) et la sécurité incendie en collaboration avec les services incendie (1 bar ne répondait pas aux normes).         
Des enregistrements vidéo des prostituées, des clients potentiels et même de l’intervention des fonctionnaires de police ont également été pris dans la zone de tolérance, ce qui n’a pas vraiment été accueilli de gaieté de cœur, par aucune des parties. En raison de la pression ressentie dans le milieu, des « bars » situés le long de la Desmet Deneyerlaan ont fermés leurs portes.
Ü     Parquet :
Tous les mois se tient une réunion sur la traite des êtres humains sous l’impulsion d’un substitut du procureur du Roi à Bruges qui insiste lui aussi sur une meilleure coopération entre la cellule mœurs et traite des êtres humains de la police locale et la police maritime dans le domaine de la traite des êtres humains.   
Chaque mois, le responsable policier reçoit un rapport de son équipe sur les activités effectuées.      
Ce responsable présente à son tour ce rapport lors de la réunion « Traite des êtres humains ».          
Lorsque les documents d’identité d’une serveuse sont faux, il est fait appel aux membres de la brigade aérienne et portuaire, qui dispose d’une cellule « faux documents ». Les membres de cette cellule ont une connaissance et un appareillage spécifique pour détecter les faux documents.

9.2.2.                Possibilités d’accueil

À Ostende, il n’existe pas de centre spécifique pour accueillir les prostituées. Lorsqu’il s’agit de victimes de la prostitution forcée, elles sont dirigées vers des centres d’accueil spécialisés pour les victimes de la traite des êtres humains.

9.2.3.                Divers

Actuellement, il n’y a pas vraiment de problèmes dans le milieu de la prostitution. On constate cependant que beaucoup d’Albanais fréquentent le quartier chaud et peut-être exigent une rémunération « pour la protection qu’ils assurent » à des exploitants d’établissements du secteur Horeca. Ils essayent parallèlement d’avoir un certain impact sur les « bars » dans la zone de tolérance.      
Un des responsables locaux constate comme nous qu’il n’y a pas de contrôle aux adresses privées où se trouvent des serveuses qui publient des annonces dans les journaux locaux. Ce genre de contrôle n’est pas effectué à cause d’un manque de personnel mais, dans un avenir proche, les choses vont changer, vu l’insistance du parquet.

9.3.                      Conclusions

Il ressort de nos constatations que la politique locale d’Ostende contrôle la prostitution dans la zone de tolérance (Vooruitgangstraat, Oesterbankstraat, Slachthuiskaai) et dans la A. Belpairestraat et la Hertstraat. Dans un proche avenir, les « bars » et les problèmes qui y sont liés de même que la criminalité devraient y disparaître étant donné que l’administration communale désire créer un Eroscenter afin que le quartier actuel puisse revivre normalement.

10.                    Situation à Gand [28]

10.1.                  Enquête sur le terrain

10.1.1.            Introduction

Dans la région gantoise, il n’y a pas d’association spécifique qui se chargerait notamment de la défense des intérêts des prostituées ou de l’accueil des victimes de la traite des êtres humains, de sorte qu’aucune enquête n’a pu être effectuée sur cette facette de la question.      
Six membres du Service d’enquêtes répartis en trois équipes, ont été chargés de cette enquête. Pour commencer l’enquête, il y a eu une reconnaissance préalable du terrain, qui a permis de constater que la plupart des bars sont déjà ouverts l’après-midi.
L’enquête menée a eu lieu le 6 juin 2000 et s’est déroulée en deux phases, à l’instar d’un contrôle similaire effectué à St. Josse-ten-Noode. La première phase a débuté à 15h45, la deuxième à 19h00. L’action a pris fin à 20h00. Il semblerait qu’il n’y ait eu nulle part un changement d’équipe de sorte que le deuxième volet de l’enquête a nécessité peu de temps. 
Les entretiens étaient basés sur un formulaire d’enquête inspiré de ceux utilisés lors de deux actions précédentes (Liège et St. Josse-ten-Noode) dans le cadre de cette enquête de contrôle. Toutes les 35 prostituées présentes ont répondu à l’enquête (en totalité ou en partie).

10.1.2.            Traitement des résultats de l’enquête

Il ressort de l’aperçu ci-après que les services de police effectuent en moyenne un contrôle par mois. Cette fréquence est confirmée par les données recueillies concernant le délai écoulé depuis le dernier contrôle. Il convient cependant d’examiner avec circonspection les moyennes relatives à la durée de l’occupation dans le bar contrôlé et la durée de l’activité dans la profession. Il y a en effet d’énormes extrêmes dans les réponses. C’est pour cela que l’on a également calculé la médiale [xii] et le mode [xiii] qui rendent un profil plus précis.

 

Âge

Occupation dans le bar

Pratique dans la pro­fession

Délai de­puis le dernier contrôle

Contrôles par an

Moyenne

33

9 mois

28 mois

35 jours

12

Médiale

32

6 mois

2 ans

16 jours

12

Mode

25

1 mois

2 ans

30 jours

12

Bien qu’à notre avis, le pourcentage des personnes interrogées à même de répondre à toutes les questions était trop faible pour permettre un traitement statistique scientifiquement justifié de ces données, nous avons quand même effectué une recherche de corrélations [xiv] possibles entre : (1) nationalité et délai depuis le dernier contrôle : 0,195 ; (2) nationalité et nombre de contrôles par an : 0,325 ; (3) nombre de mois d’activité à l’endroit contrôlé et délai depuis le dernier contrôle : 0,187 ; (4) nombre de mois d’activité à l’endroit contrôlé et nombre de contrôles par an : 0,014 ; (5) nombre de mois d’activité dans la profession et délai depuis le dernier contrôle : -0,109 ; (6) nombre de mois d’activité dans la profession et nombre de contrôles par an : 0,713.       
On constate une légère corrélation entre la nationalité et le nombre de contrôles par an, ce qui permettrait d’en déduire que les jeunes femmes de nationalité belge sont moins fréquemment soumises à un contrôle. Il s’avère par ailleurs qu’il y a une forte corrélation entre la durée de l’exercice de l’activité et le nombre de contrôles par an, ce qui est opposé à notre hypothèse selon laquelle on serait moins souvent soumis à un contrôle à mesure que l’on travaille plus longtemps dans la profession.

 

Réponses

Sans opinion

La police intervient correctement

27

8

Il y a suffisamment de patrouilles de police

11

 

Souhait de patrouilles de police plus nombreuses

6

17

Souhait de moins de patrouilles de police

0

 

A déjà fait appel à la police

9

 

Temps d’arrivée trop long

6

 

Temps d’arrivée correct

4

 

Aucune des personnes interrogées n’a jamais eu de problèmes à propos de la manière d’intervenir de la police. La majorité (27 personnes interrogées ou 75%) a qualifié de correcte la manière d’agir de la police. Dix-huit personnes interrogées ont exprimé leur opinion à propos des patrouilles dans le quartier : 11 parmi elles ont trouvé qu’il y a suffisamment de patrouilles, six ont estimé que les patrouilles pourraient être plus fréquentes. Personne n’a souhaité moins de patrouilles. Sur les neuf personnes interrogées qui ont déjà dû faire appel à la police, cinq ont estimé que le temps d’arrivée était trop long. Quatre ont trouvé qu’il était correct. Une des personnes interrogées avait à ce propos une opinion tant positive que négative.

10.2.                  Les services de police face au phénomène

10.2.1.            Visite de travail à l’unité « MEPROSCH »

10.2.1.1.      Fonctionnement

Pour ses contrôles, l’unité se fonde sur un règlement communal du 16 février 1948 relatif à l’exploitation de débits de boissons et l’emploi de personnel féminin dans ces établissements. Cette thèse peut être contestée en se basant sur le fait que la loi du 21 août 1948 qui a inséré dans le code pénal les articles 380bis, 380quater et 382, a supprimé la réglementation existante applicable à la prostitution [29] .  
Cette réglementation permet de suivre « l’emploi » dans les bars, cabarets, etc. en imposant à l’exploitant l’obligation de déclarer le personnel féminin à la police dans les 48 heures après l’entrée en service ou le départ de l’établissement. Lors de leur première entrée en service dans un bar situé dans le ressort de l’unité, les serveuses sont invitées au commissariat pour un entretien (cf. infra).
Cette mesure vise un certain nombre d’objectifs : (1) faire connaissance avec les prostituées ; (2) les informer sur un certain nombre de droits et devoirs ainsi que sur le fait qu’elles peuvent toujours s’adresser à l’unité pour une aide ou des informations ; (3) essayer de soustraire ces femmes à ce milieu ; (4) rechercher et lutter contre les irrégularités en matière d’emploi. Le cas échéant, l’unité collabore étroitement avec l’inspection du travail.
Les efforts sont surtout axés sur la prostitution visible. Peu à peu se dessine une légère évolution vers la prostitution privée et les services « escort » mais, jusqu’à ce jour, la police n’a qu’un faible aperçu de ce phénomène. Un des responsables formule quelques réflexions à propos du principe de rotation qui devrait permettre d’éviter des abus de la part de la police. C’est, à son avis, un noyau permanent ayant une bonne connaissance de la législation et familiarisé avec le voisinage qui doit assurer la continuité.     
Les abus sont évités par un contrôle réciproque qu’exercent les équipes les unes sur les autres. Grâce à une liberté au niveau du temps et de l’espace, n’importe quel membre de la police peut, à tout moment, effectuer un contrôle n’importe où. Il en résulte dès lors une sorte de contrôle mutuel parce qu’une équipe peut constater les manquements ou les dérapages éventuels d’une autre équipe.           
Cette façon d’agir explique éventuellement les commentaires de quelques jeunes femmes qui déclarent que parfois, il n’y a pas le moindre contrôle pendant tout un temps et qu’ensuite ils se succèdent à bref intervalle, parfois même au cours d’une même semaine.
Les contrôles ne sont effectués que par les seuls membres de l’unité MEPROSCH. Les agents de quartier et les membres du service d’intervention ne peuvent pas pénétrer dans les bars à moins que ceci ne soit expressément nécessaire dans l’exercice de missions qui font partie des tâches qui leur sont imposées.
Les membres de l’unité MEPROSCH doivent être motivés et leurs antécédents font au préalable l’objet d’une enquête. Ils doivent s’en tenir à un certain nombre de règles : (1) le travail se fait toujours en équipe, jamais seul ; (2) il faut intervenir de manière uniforme ; (3) il faut adopter une attitude amicale et courtoise à l’égard des prostituées ; (4) les entretiens restent professionnels et ne durent pas plus longtemps que nécessaire ; (5) pas question de conclure des arrangements en échange de renseignements ; (6) interdiction de consommer des boissons dans les bars et (7) pas de contact avec des prostituées ou d’autres membres du milieu lorsqu’ils ne sont pas en service.
Les contrôles sont exercés : (1) à la demande de la direction de l’unité ; (2) à la requête du parquet du procureur du Roi ou de l’auditeur du travail ; (3) à la demande d’autres unités du corps de police à la suite de rapports d’information ou (4) à l’initiative des membres de l’unité.
Si l’exploitante du bar est propriétaire des locaux, une copie du contrat de bail est demandée. D’autres bars eux font l’objet de baux à temps partiel ou à temps plein. Le montant des loyers comporte généralement aussi une part de charges sociales. Le travail en plusieurs équipes successives est ici autorisé contrairement à St. Josse-ten-Noode. Dans la pratique, il y a deux sortes d’accords entre les exploitants et les serveuses : soit elles amènent elles-mêmes leurs boissons et conservent les bénéfices soit elles reçoivent au préalable un certain pourcentage sur le chiffre d’affaire de l’exploitant/propriétaire.          
La police fait donc en cette matière preuve de tolérance mais exige que le règlement du travail soit respecté et contrôle sévèrement ce point. Lors de contrôles sur place, le registre du personnel est lui aussi examiné.

10.2.1.2.      Entretiens

Après déclaration de leur entrée en service par l’employeur, les serveuses sont invitées à passer au commissariat pour y avoir un entretien. Cet entretien est mené par un membre féminin de l’unité.             
Ces conversations ont pour objectif d’informer les femmes à propos de leurs droits et devoirs, de leur faire savoir qu’elles peuvent s’adresser à la police en cas de problèmes – elles reçoivent à cette fin une petite carte comportant des numéros de téléphone utiles – et de recueillir des informations sur elles par le biais d’un questionnaire.                                                                                                                    
Un objectif concret de l’entretien est de savoir si les femmes travaillent sous la contrainte ou de leur propre volonté. À cet égard, la serveuse concernée répond à un questionnaire, avec l’aide d’un membre féminin de la cellule. Ce questionnaire détaillé porte non seulement sur des données concernant l’emploi mais aussi sur des renseignements d’ordre social et économique, des questions sur la formation suivie, des données médicales, etc. Les questions posées sont parfois de nature très personnelle mais, d’après le responsable, ces informations sont conservées dans l’intérêt de ces personnes elles-mêmes. Dans ce cadre, le chef de l’unité déclare qu’il est en règle avec la législation sur le respect de la vie privée parce que, pour tenir son fichier, il a obtenu l’accord formel et préalable du parquet. Celui-ci a toutefois formulé une remarque à propos de la question relative aux maladies sexuelles (sida, syphilis), mais cette question n’a pas dû être supprimée. Le responsable motive ces questions en se référant au fait que le porteur de pareilles maladies peut commettre des actes punissables directement liés à son état de santé. Ce raisonnement, à notre avis, ne porte toutefois pas préjudice aux dispositions de l’article 7 de la loi du 8 décembre 1992 relative à la protection de la vie privée à l’égard des traitements de données à caractère personnel [30] qui prévoit que :                                                                               
§ 1. Le traitement de données à caractère personnel relatives à la santé est interdit.            
§ 2. L'interdiction de traiter les données à caractère personnel visées au § 1er du présent article ne s'applique pas dans l'un des cas suivants :                                                                                                 
a) lorsque la personne concernée a donné son consentement par écrit à un tel traitement, pour autant que ce consentement puisse à tout moment être retiré par celle-ci […]                                          
[…]                                                                                                                                  
g) lorsque le traitement est nécessaire pour la prévention d'un danger concret ou la répression d'une infraction pénale déterminée;                                                                                                            
[…]
§ 4. Le traitement des données à caractère personnel relatives à la santé peut, sauf dans le cas d'un consentement écrit de la personne concernée ou lorsque le traitement est nécessaire pour la prévention d'un danger concret ou la répression d'une infraction pénale déterminée, uniquement être effectué sous la responsabilité d'un professionnel des soins de santé. »           
En outre, il faut également cocher sur le questionnaire une réponse à la question de savoir si l’on souffre de diabète ou d’épilepsie et le compléter en mentionnant éventuellement d’autres affections. Dans la pratique, il arrive au cours de ces entretiens avec les serveuses que certaines refusent parfois de répondre à des questions trop précises. Le cas échéant, on insiste tout en faisant preuve de compréhension et la question reste parfois ouverte. Après avoir rempli le questionnaire, on procède systématiquement au relevé des empreintes digitales et à des photographies. Les photos sont conservées au niveau local dans un fichier de l’unité qui ne serait pas accessible aux autres membres de la police de Gand ou à d’autres services de police et qui n’est jamais utilisé dans des enquêtes. Les empreintes digitales sont transmises par les canaux appropriés au service central PRINTACK.          
Bien que les jeunes femmes puissent refuser qu’on les photographie ou prenne leurs empreintes digitales, nous nous posons toutefois quelques questions à propos de ce type d’approche. Une photo et des empreintes digitales seraient destinées à faciliter une identification éventuelle au cas où une serveuse devrait être assassinée. Au vu de cet objectif, le moyen employé semble constituer une violation trop importante de la vie privée des serveuses, d’autant plus qu’un usage abusif de ces données n’est jamais à exclure. Si les photos sont conservées au niveau local, les empreintes digitales par contre aboutissent dans un fichier central.  
L’unité se sert également de questionnaires standardisés relatifs au travail illégal, au proxénétisme et à la traite des êtres humains. En collaboration avec l’inspection sociale et en accord avec l’auditeur du travail et un premier substitut du procureur du Roi, un exemplaire du questionnaire est adressé tant au parquet du procureur du Roi qu’à l’auditeur du travail.

10.2.1.3.      Coopération avec d’autres services

Ü     Cellule « Traite des êtres humains » :
Il existe une concertation avec la cellule « Traite des êtres humains » du BCR, mais elle n’est pas régulière.
Ü     Inspection sociale :
La collaboration avec l’inspection sociale est régulière. Généralement, on se limite à la constatation des principales infractions telles que l’absence de registre du personnel, etc. Une copie de ces procès-verbaux est envoyée au ministère de l’Emploi et du Travail, qui demande généralement à l’auditeur du travail de vérifier si les choses ont été régularisées.

10.2.2.            Possibilités d’accueil

Les possibilités d’accueil sont localement très limitées. Il n’y a pas de centre spécifique pour l’accueil et l’accompagnement des prostituées depuis que l’antenne locale de Payoke a cessé ses activités. Les victimes de nationalité étrangère sans résidence peuvent être dirigées vers des centres d’accueil spécialisés pour victimes de la traite des êtres humains : les ASBL Payoke à Anvers, Pag-Asa à Bruxelles et Sürya à Liège.
L’absence de possibilités d’accueil pour les femmes et victimes belges qui ont une résidence légale est soulignée. Pour ces catégories, il n’existe aucune structure d’accueil spécialisée. Elles ne peuvent s’adresser qu’aux centres suivants : Krisisopvang de Schelp, Elyzeese Velden 7, 9000 Gand ; Huize Emmaus, Leegstraat 17C, 9980 Assenede ; Vluchthuis Gent, B.P. 183, 9000 Gand ; Klemenswerk, Prinsenhof 141, 9000 Gand ; Opvanghuis der Missionarissen, Begijnengracht 55, 9000 Gand.
Dans ces centres, qui ne sont pas spécialisés, le secret n’est toutefois pas garanti. Seule la maison d’accueil de Assenede, chez des religieuses, répond dans une certaine mesure à la demande de garder le secret. D’après un responsable local, il manque donc un centre reconnu par l’État. Au Pieter Vanderdoncktdoorgang, un médecin effectue des examens préventifs portant sur des affections sexuelles transmissibles. Son cabinet médical a le statut d’une ASBL dénommée « STOP ».                                                                                  
Le fait que l’accueil ne serait, depuis peu, plus fréquemment nécessaire serait dû essentiellement à l’approche proactive adoptée par l’unité. L’inscription préalable des serveuses et l’entretien précité au cours duquel les preuves de leur identité et l’authenticité de celles-ci sont également contrôlées, permettent d’exclure des pratiques malhonnêtes (travail au noir et illégaux).

10.2.3.            Divers

Un entretien avec un membre de l’unité MEPROSCH nous a appris que la police de Seraing utiliserait également pareil système mais avec l’obligation pour les serveuses de venir se présenter.
Il est intéressant de savoir que, dans le cadre de l’enquête projetée à Schaerbeek, six membres du service de recherche de la police de Schaerbeek ont effectué un stage dans l’unité MEPROSCH.
Pendant les interviews, un certain nombre de serveuses ont déclaré qu’il y a récemment eu de la part du milieu albanais des tentatives de se faire payer en contrepartie d’une « protection ». Grâce à l’efficacité de l’intervention de la police, elles ne seraient actuellement plus importunées par cette bande

10.3.                  Conclusions

Il est évident que l’unité MEPROSCH de la police de Gand contrôle très bien le quartier de la prostitution et maîtrise complètement la situation. Un objectif accessoire des entretiens est de convaincre les jeunes femmes de quitter la profession. L’unité signale dans son rapport annuel 2000 que cinq jeunes femmes ont quitté la prostitution à la suite de pareil entretien. Au cours de cette même année, 60 entretiens du même genre ont eu lieu, ce qui représenterait un taux de plus de 8% qui, à notre avis, peut être qualifié de succès étant donné que ce n’est qu’un objectif secondaire.                                                                                                 
Bien que l’idée de base de l’entretien soit, à notre avis, très méritoire et recommandable, le système doit, dans la pratique, être revu. C’est surtout à propos du questionnaire que se posent des problèmes et il serait préférable de les résoudre en concertation avec la commission de la protection de la vie privée. Ce sont en particulier les questions relatives à la vie privée de tiers (conjoint, enfants, parents, etc.) et les données médicales personnelles de l’intéressée qui nous posent problème.                                                                          
Il convient de bien examiner le positif et le négatif de l’utilité de certaines questions. Si ce genre de données s’avère malgré tout utile, il faut trouver une solution conforme à la législation pour les renseignements d’ordre médical.

11.                     Situation à Schaerbeek [31]

11.1.                  Enquête sur le terrain

11.1.1.            Introduction

Le contrôle s’est déroulé le 9 juillet 2001, le dispositif comprenait 10 membres du Service d’enquêtes, répartis en 5 équipes de contrôle. Une reconnaissance du quartier avait été effectuée. Cinquante-huit établissements potentiels avaient été dénombrés. Contrairement à ce qui avait été constaté à Saint-Josse-ten-Noode, il s’agit quasiment uniquement de bars et non de carrées. Ces bars fonctionnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. L’opération a été effectuée en fin d’après-midi. Les équipes de deux enquêteurs ont procédé aux entretiens avec les prostituées rencontrées. La méthodologie utilisée était la même que celle suivie lors des précédentes actions à Liège et à Saint-Josse, le formulaire employé également, pour des raisons évidentes d’uniformité.     
À Schaerbeek, la prostitution est surtout présente dans la rue d’Aerschot, deux établissements se situant dans la rue de Quatrecht et un rue Rogier. Il faut rappeler qu’une partie des rues Linné et des Plantes, bien que située sur Schaerbeek, fait partie du « quartier » de la prostitution de Saint-Josse-ten-Noode. 
Lors de l’opération de contrôle, 50 personnes s’adonnant à la prostitution ont été rencontrées par les enquêteurs.

11.1.2.            Traitements des résultats de l’enquête

Il ressort qu’aucun réel reproche n’a été formulé par les personnes rencontrées à l’encontre des services de police. Sur ces 50 personnes, 20 ont néanmoins exprimé des doléances, qui peuvent être classées en trois catégories (certaines de ces personnes pouvant émettre des doléances dans deux ou trois de ces catégories) : (1) la présence policière dans le quartier est insuffisante, principalement durant le week-end, et il n’y a pas assez de contrôles dans les rues ; des dégradations aux véhicules peuvent ainsi se commettre librement (12 déclarations en ce sens) ; (2) les interventions en cas de problème sont tardives (6 déclarations dans ce sens) et (3) il existe un sentiment d’insécurité dans le quartier, lié à la présence de bandes de jeunes (3 déclarations en ce sens).
Il importe également de signaler que d’autres personnes ont fait des déclarations allant dans le sens opposé, estimant par exemple que plus de contrôles feraient fuir la clientèle. Ces réclamations sont principalement émises par des femmes européennes.



Mis à part ces doléances, l’action des services de police n’est pas mal perçue dans le quartier. Une des personnes interrogées a signalé aux enquêteurs que son établissement était relié au commissariat par un dispositif muni d’un micro. En cas de danger, la police entendrait ainsi ce qui se passe dans l’établissement. Plusieurs femmes se sont également plaintes de la présence croissante d’Albanaises dans le quartier. Des tensions seraient latentes à ce sujet.   
Nous constatons également que la rue de Aarschot est divisée en « secteurs », les premiers étant occupés plus spécialement par des femmes de l’Europe de l’Ouest ou de l’Est, le dernier secteur en s’éloignant de la gare du Nord, par des femmes africaines. Les pièces d’identité présentées nous ont souvent semblées « douteuses » (Grèce, Italie, Portugal, Espagne et Allemagne). Ceci nous sera confirmé ultérieurement.       
Nous remarquons également que, dans la grande majorité des établissements, le registre du personnel existe bel et bien et qu’il est contrôlé régulièrement par les services de police. Néanmoins, la police locale n’y appose aucun visa. La police fédérale le fait parfois. Ici, il faut souligner que l’ex-BSR est et était « présente » dans le secteur, au contraire de l’ex-PJP.

11.2.                  Les services de police face au phénomène

11.2.1.            Contact avec la police de Schaerbeek

Selon les chiffres en leur possession, il y aurait 59 bars et une carrée dans le quartier dont question. Les policiers nous exhibent un listing reprenant l’ensemble de ces établissements avec en outre l’identité du gérant et la raison sociale de l’établissement. Il en ressort que les contrôles « prostitution » ont été remis en place durant la période 1995-1996. À l’époque, il s’agissait avant tout de rétablir l’ordre public. La finalité était d’éradiquer la prostitution dans le secteur. C’est à cette époque aussi que les opérations communes avec les polices locales de Bruxelles et de Saint-Josse-ten-Noode ont vu le jour. Cette dernière n’a cependant pas pu poursuivre ces actions par manque de moyens.       
En ce qui concerne la prostitution de rues, elle n’existe quasiment pas sur Schaerbeek. Il arrive néanmoins que les « passes » aient lieu sur cette commune (le racolage se faisant à Bruxelles ou à Saint-Josse), ce qui entraîne parfois des plaintes de riverains de par la présence de préservatifs ou autres sur la voie publique.
En 1998, la politique en la matière a été revue et l’approche est désormais axée sur la prostituée, considérée comme une victime et parfois aussi comme une victime de la « traite des êtres humains » (TEH). C’est également à cette époque que le contrat de sécurité a fusionné avec un projet communal en la matière pour former un nouveau projet en collaboration avec la police communale, le projet « ROUSSEAU ». Il vise à apporter une aide matérielle aux prostituées surtout si elles rencontrent des difficultés ou veulent sortir de cette activité. Parallèlement, une recherche proactive dénommée « MILAN » a été mise en place en juillet 1998, afin de lutter contre la TEH. La stratégie développée par la police de Schaerbeek s’articule sur ce projet de recherche proactive. Cette recherche passe non seulement par des observations et l’utilisation de techniques particulières mais également par une sensibilisation des « patronnes » et une aide effective aux victimes.         
C’est dans ce cadre que 4 inspecteurs principaux de Schaerbeek ont suivi une formation à Gand (1998-1999). La mise en place d’un système « MEPROSCH » similaire à celui de Gand est même envisagé comme suite possible à la recherche proactive.    
En fait, en 1998, la brigade judiciaire a recentré ces actions sur deux priorités : (1) le trafic de voitures et (2) la TEH. Une équipe de 7 hommes a en outre été affectée prioritairement à chacune de ces matières.
Un Commissaire, responsable nous a confié que l’évaluation des actions susmentionnées restait insatisfaisante dans la mesure où pour une fille « sauvée », il en arrivait dix de plus et où un proxénète « éliminé », était remplacé par dix autres. Il faut également savoir qu’on s’efforce de limiter ces quartiers aux policiers « spécialisés » dans la mesure où l’on appréhende de mettre en contact d’autres policiers (ex. inspecteurs de quartier) avec le milieu de la prostitution, éminemment dangereux pour l’intégrité des services de police.           
La bonne collaboration entre les services des polices locale et fédérale est soulignée par l’intéressé. Des contacts existent avec les comités de quartier, Pag-Asa (ceci a été confirmé par la suite) et Espace P. Dans ce dernier cas, les échanges sont restés fort limités, cette dernière association nous étant décrite comme étant relativement « anti-police ».      
En ce qui concerne l’absence de visa sur le registre du personnel et la tenue d’une documentation informatisée, il nous est répondu qu’une « fiche de contrôle type » est utilisée lors de chaque contrôle. C’est pour cette raison qu’il n’est pas jugé utile de viser ledit registre. Les renseignements repris sur cette fiche servent à l’alimentation d’une banque de données sous « Acces », reprenant déjà 1 569 personnes et 4 000 contrôles.
Il ressort que cette banque de données, connue du parquet de Bruxelles, n’est pas déclarée à la Commission de la Protection de la Vie Privée. Pour plus de facilité, nous remettrons au responsable une disquette et un formulaire servant à la déclaration des banques de données. Il nous a été promis de faire le nécessaire en vue de sa déclaration. Nous avons aussi effectué une vérification à l’aide d’un échantillon d’identités (10) relevées lors de notre opération. Ces identités figuraient bien dans la banque de données avec les renseignements qui y étaient associés.     
Des photographies des personnes ne sont prises qu’en cas d’établissement d’un dossier judiciaire connexe ou à la demande d’un Magistrat. La banque de données dont question permet également l’édition des formulaires uniformes (FU) n°1, ainsi établis quasi automatiquement.      
L’existence d’un plan prévoyant notamment l’implantation d’un commissariat de proximité nous est également confirmée [32] . Il ressort finalement de notre enquête qu’aucun dispositif reliant un « établissement » au commissariat n’existe. Actuellement, le placement de tels dispositifs permettant de relier les librairies au « Centre de Communication » est à l’étude mais ce système n’est actuellement pas envisagé pour les bars du quartier Nord.

11.2.2.            Contact avec l’asbl Pag-Asa

Le 26 juillet 2001 à 12h00, nous avons rencontré dans les locaux de l’ASBL Pag-Asa, rue des Alexiens, 16b à Bruxelles, une des responsables de cette association, qui assure l’accompagnement, l’accueil résidentiel et l’information des victimes de la TEH. Les « signalisations » (selon leur appellation) sont en augmentation depuis 1995. En 2000, 230 signalisations concernaient 371 personnes.       
Il ressort de l’examen des 83 dossiers d’accompagnement ouverts par l’association en 2000 que la prostitution est de loin la principale destination donnée aux victimes de la TEH en notre pays (sachant que sous le vocable « trafic » se trouvent encore des personnes qui auraient été dirigées vers cette activité) :

L’intéressée nous confirme bien l’existence de contacts entre la police de Schaerbeek et cette ASBL. Une diminution des cas signalés par ce service est observée après un pic en 1998 et 1999. En pratique, les services de police font appel à cette ASBL après avis à un magistrat. Il nous est rapporté lors de l’entretien que la police de Bruxelles signale également des situations en matière de TEH. À Liège, il n’y a apparemment que peu de cas signalés (2 en 2000). Ceci pourrait s’expliquer par l’existence d’un autre organisme local, l’ASBL SURYA. Charleroi, n’a signalé qu’un seul cas en 2000. Dans l’agglomération, c’est surtout l’ex-BSR qui signale des cas de victimes de la TEH (12 en 2000), ce qui est logique dans la mesure où ce service assure prioritairement la gestion de cette problématique. Les polices communales de Bruxelles (5 cas en 2000), Saint-Gilles (4 cas en 2000) et Schaerbeek (3 cas en 2000) paraissent également actives dans le domaine.  
L’excellente collaboration existant avec Monsieur le Premier Substitut Van der Sijpt du parquet de Bruxelles a également été soulignée.

11.2.3.            Contact avec la police fédérale

Un des responsables de la police fédérale, rencontré le 31 juillet 2001 à 10h30, confirme qu’il existe une bonne collaboration entre les polices locales et la police fédérale. Le rôle du parquet en tant qu’organe de coordination est également confirmé. L’importance de la réunion mensuelle organisée par le parquet qui rassemble les différents acteurs est primordiale dans cette coordination.
Il n’existe pas de plate-forme regroupant les différents SJA. Cependant, des contacts individuels de certains membres des SJA concourent à améliorer la diffusion de l’information. L’action des polices de Saint-Gilles (gare du Midi), Schaerbeek, Bruxelles et Saint-Josse-ten-Noode nous est décrite comme positive. Des opérations mixtes sont régulièrement menées sur le terrain, chacun s’intéressant lors de celles-ci plus particulièrement à ses priorités. Une base de données existe, elle est alimentée par les FU n°1 ou les nouveaux formulaires (ad hoc) ainsi que par les contrôles réalisés par les polices locale et fédérale. Cette banque de données a été déclarée à la Commission de la Protection de la Vie Privée. C’est dans ce cadre qu’il a été récemment demandé de pouvoir conserver les données pendant 10 ans et non plus 5 ans comme auparavant. Un des responsables rencontrés est également convaincu qu’il devrait exister une meilleure coordination dans le cadre de la gestion des bases de données existantes. Il pourrait exister une banque de données centrale alimentée par les unités locales qui disposeraient en propre de données concernant leur secteur géographique.   
Le service en question mène également deux recherches proactives en matière de TEH. Il s’agit des enquêtes KOSOVO (concernant des « filles » de l’Est) et SAFARI (concernant la prostitution africaine). L’ex-BSR de Bruxelles a fait de la lutte contre la TEH l’une de ses priorités et a reçu l’assentiment du parquet pour se voir attribuer un rôle de moteur en la matière.

11.2.4.            Actions de la police de Bruxelles

Nous apprenons par l’exploitation de « sources ouvertes » que la police de Bruxelles mène actuellement une action dans le quartier de l’avenue Louise. Cette action consiste, en quelque sorte, à agir sur les clients afin de faire diminuer la prostitution dans ce quartier.

11.3.                  Conclusions

Il ressort de ce qui précède que la police de Schaerbeek contrôle régulièrement et effectivement la prostitution dans ce quartier. La documentation informatisée est correctement tenue à jour et alimentée, et les FU nécessaires sont rédigés. Il apparaît néanmoins que leur base de données n’était pas déclarée aux autorités compétentes. Ceci a, entre-temps, été corrigé. Les renseignements repris dans ce traitement automatisé sont totalement en rapport avec l’exercice dudit contrôle.
Il semble qu’à Schaerbeek, l’exemple gantois ait une influence considérable et représente le but à atteindre. L’action de la police locale est nettement plus intégrée qu’à Saint-Jose-ten-Noode (projet Rousseau, autres services de police, Espace P, Pag-Asa, parquet, etc.).
Une réelle sensibilité à la problématique des victimes de la traite des êtres humains semble s’être développée au sein de ce service, ce qui a mené à entamer une recherche proactive « MILAN » sous le contrôle du parquet de Bruxelles. Cette sensibilité a également changé le regard des policiers spécialisés sur les prostituées, désormais considérées comme victimes et non plus comme « auteurs » de faits répréhensibles. Cette nouvelle sensibilité pour la question paraît également s’étendre de plus en plus au sein des services de police.
La situation de l’agglomération bruxelloise est particulière de par cette nature même « d’agglomération ». Il apparaît que les différentes communes ne suivent pas la même politique ni les mêmes stratégies en matière de prostitution. Il semble que, là où Bruxelles tente d’enrayer le phénomène sur son territoire, d’autres communes s’efforcent plutôt de le contrôler et de le limiter. La solution consistant à établir des « zones de tolérance » nous a souvent été proposée. En effet, si une commune parvenait à enrayer la prostitution sur son territoire, il est plus que probable qu’on assisterait à un simple déplacement du « problème ». L’établissement de cette zone de tolérance représenterait, selon ses partisans, le moyen de limiter géographiquement l’activité et de la réglementer dans un lieu où elle aurait un minimum de répercussions socialement négatives.
Le développement actuel de différentes bases de données dissemblables, tournant sous des programmes divergents (Excel, Access, etc.) constitue dans une certaine mesure un gaspillage de capacité et parfois une perte d’informations lors de l’exploitation par les différents services. Nous sommes d’avis qu’il serait judicieux de créer une structure unique permettant de centraliser l’information (par exemple, au niveau du SJA, du CIA ou même d’une des directions de la Direction Générale de la Police Judiciaire), chaque service continuant à disposer à son niveau des informations le concernant directement (cf. notamment le Registre central des armes).

12.                     Situation à Saint-Josse-ten-Noode

12.1.                  Enquête sur le terrain

Nous notons immédiatement que les résultats varient sensiblement selon les femmes interviewées. Les plus anciennes, d’origine européenne, nous disent avoir une vision relativement positive de l’action des services de police. Il ressort clairement que c’est principalement l’ex-police communale qui exerce le contrôle sur les activités de prostitution dans le quartier.       
Les doléances formulées ne portent généralement pas sur ce contrôle en particulier. Il s’agit plutôt d’un sentiment d’insécurité et d’un manque de présence policière dans les rues. Les intéressées se plaignent du climat qui règne dans ce quartier, par exemple des vols répétés dans les véhicules des « clients », qui nuiraient à leur activité. On n’y verrait pas souvent de véhicule de police en patrouille et les délais, quand il est fait appel à la police, seraient longs. En outre, une anecdote nous est racontée : lorsqu’une bagarre oppose de nombreux jeunes dans la rue, seul un véhicule de police arrive sur les lieux et les deux agents s’abstiennent d’intervenir en attendant que « ça se calme » .

12.2.                  Les services de police face au phénomène

12.2.1.            Contact avec la police de Saint-Josse-Ten-Noode

Le 16 mai 2001, notre Service d’enquêtes se rend à la brigade judiciaire de la police de Saint-Josse-ten-Noode après avoir pris rendez-vous avec l’un des responsables en la matière. Un membre de l’ex-BSR est également présent lors de l’entretien que nous menons avec les policiers s’occupant de la question. Bien que le contrôle proprement dit soit effectué par la police locale, une collaboration existe entre ces services. Le service compétent a recensé 101 carrées à Saint-Josse et 41 sur Schaerbeek. Pour des raisons de fonctionnalité, la brigade judiciaire de Saint-Josse s’occupe également de la partie située sur Schaerbeek. La politique communale est de stabiliser le nombre de carrées existantes. Aucune nouvelle ouverture n’est tolérée. Une seule prostituée peut exercer par carrée. Les contrôles sont stricts en la matière et, en cas de constatation d’infraction, la fermeture de l’établissement est ordonnée. La sous-location est également interdite. Depuis 1999, 44 fermetures ont eu lieu mais la plupart de ces carrées ont pu rouvrir.
Nous avons pu constater qu’une documentation existe sur les « femmes » qui « travaillent » ou ont travaillé dans ce quartier ainsi que sur chacune des carrées. Nous avons vérifié qu’un échantillon (12 personnes) de femmes identifiées lors de notre opération étaient reprises dans cette documentation et cela aux adresses où nous les avions rencontrées. 
Les membres de la brigade judiciaire parcourent ce quartier et alimentent la documentation en ce qui concerne les nouvelles venues. Ils se limitent à une simple prise de contact avec les « habituées » de longue date. Une opération a été menée en avril dans le quartier des rues de Brabant et d’Aarschot afin de réprimer la prostitution de mineures dans la rue. Plusieurs Nigérianes mineures ont été interceptées. Elles ont été prises en charge au prorata des places disponibles dans les institutions des deux Communautés concernées.    
Seules les femmes étrangères faisant usage de faux papiers sont expulsées. Les autres sont systématiquement relaxées par les autorités et donc laissées dans l’activité        
Les agents de quartier se limitent à des contacts moins spécialisés et font éventuellement rapport à la BJ. Ils procèdent également aux relevés nécessaires à la perception des taxes communales instituées en la matière (taxes de seconde résidence 20 000 BEF et de façade 25 000 BEF).
Il apparaît qu’il n’existe pour l’instant pas de stratégie mise en œuvre en la matière, les actions étant réactives et principalement répressives. Dans l’avenir, il devrait en être autrement. Il est notamment projeté d’ouvrir un nouveau commissariat dans ce quartier (rue du Progrès) afin d’établir une plus grande proximité. Des stratégies devraient également être établies et appliquées.     
Une série d’arrestations vient d’avoir lieu dans le cadre de vols dans les véhicules. Ces faits étaient perpétrés par une bande de jeunes appartenant au quartier et à ses alentours immédiats.
En ce qui concerne le manque de présence policière en général, il nous est signalé que par moment, une seule patrouille assure les interventions et la surveillance du territoire à Saint-Josse. Si celle-ci est occupée par une première intervention, le délai d’attente en cas d’appel pourra devenir important et la surveillance du territoire ne sera plus assurée.

12.2.2.            Prise de contact avec l’asbl Espace P

Le 16 mai 2001 à 10h55, nos enquêteurs ont rencontré deux responsables de l’ASBL Espace P. Selon cette association, il y aurait 80 à 90 carrées effectivement en activité dans ce secteur. L’association ne limite évidemment pas ses activités au quartier dont question. Dans le cas d’espèce, c’est aussi le manque de présence policière dans les rues qui est mis en exergue. Des remarques sont également formulées quant à la manière dont la police intervient, parfois en adoptant un comportement agressif, voire violent. Cette observation concernerait cependant plus spécialement la police de Bruxelles lors du contrôle et de l’interpellation de transsexuels dans les alentours du Boulevard Emile Jacquemain. Cet état de choses nuirait au bon fonctionnement des mécanismes mis en place pour lutter contre la traite des êtres humains.          
Dans ce cadre, l’association suggère qu’une information ou une formation continuée sur ces sujets soit proposée aux policiers en cours de carrière afin de favoriser les contacts lors des interventions.
En ce qui concerne la prostitution de rue, les personnes s’y adonnant seraient pourchassées et plus particulièrement aux abords de certains bâtiments (ex. tour Belgacom). L’ASBL apporte également son aide à un collectif de prostituées, « Carrée de dames », qui vise à défendre les intérêts de ses membres. Le dialogue entre ce collectif d’une part et la police et le Bourgmestre d’autre part n’est pas optimal. Ainsi, une réunion avait été organisée en février entre ces parties mais les attitudes y ont été très tranchées, chacun restant sur la défensive.      
Les membres de l’ASBL ressentent que, lorsqu’il y a un contact avec la police, cette dernière ne chercherait qu’à obtenir des renseignements et des informations, sans vouloir réellement établir une réelle coopération. En outre, la relative inertie du système judiciaire est également mal ressentie par les prostituées. Lorsqu’elles communiquent des informations ou portent plainte, le suspect est rapidement relaxé par la justice, ce qui leur fait croire en l’existence d’appuis dont bénéficieraient certains. Ces derniers ne manquent d’ailleurs pas de l’affirmer haut et fort afin d’asseoir leur autorité.

12.3.                  Conclusions

Nous avons pu constater que ce quartier est en évolution, les prostituées belges ou européennes laissant la place à des femmes africaines généralement plus jeunes. Il s’ensuit une certaine tension entre les deux factions et leurs partisans respectifs.
Nous pouvons conclure que la police de Saint-Josse-ten-Noode et plus particulièrement sa brigade judiciaire assure effectivement et efficacement le contrôle de la prostitution dans le quartier dont question. Elle alimente correctement la documentation, qui est bien tenue à jour. Cependant, et au vu des moyens disponibles, ce service n’agit que de manière réactive et quasiment uniquement répressive. Il existe une demande en faveur d’une plus grande présence de policiers dans le quartier, notamment lors de patrouilles pédestres et un sentiment d’insécurité est bien présent dans ces rues.
Une application des principes de police de proximité et une plus grande ouverture des services de police permettrait d’améliorer la situation. Ainsi, si un réel partenariat existait avec les associations actives dans le milieu de la prostitution, il serait plus facile de faire comprendre à ces femmes les difficultés matérielles rencontrées. On pourrait également chercher de nouveaux modes d’action plus intégrés et améliorer ainsi la perception qu’elles ont de la police.
Il semble que l’intérêt de la question soit apparu au nouveau chef de corps, qui envisage de développer une approche stratégique en la matière se traduisant notamment par l’établissement d’un nouveau commissariat de proximité.

13.                     Situation à Liège [33]

13.1.                  Introduction

L’intervention sur le terrain avait notamment pour objet de vérifier la manière dont la police locale de Liège s’acquitte de sa tâche de suivi et de contrôle de la prostitution sur la zone qui lui est réservée. Cette zone porte uniquement sur le centre ville, la périphérie étant du ressort des services de la police fédérale déconcentrée.  
C’est la section « Mœurs » de la police de Liège qui s’occupe de la prostitution au centre ville [34] .       
Depuis peu, deux proxénètes bien connus de la police de Liège, qui a déjà traité de nombreux dossiers les concernant, placeraient des « filles » d’origine africaine, et plus spécialement de Sierra Leone, dans les salons de prostitution du centre de Liège. Ils seraient notamment aidés par des Kosovars. Il y a aussi eu des bris de vitrine dont les auteurs sont connus de la police, notamment un autre Kosovar. Un des problèmes qui se posaient à Liège au moment des contrôles effectués dans le milieu de la prostitution était la proche fermeture (au 31 décembre 2000) de deux rues chaudes, soit les rues Flohimont et Matrognia. La plupart des salons de prostitution présents dans ces rues étaient occupés par des « filles » d’origine africaine et ceci par roulement quasi continu. Une opération visant le milieu albanais de Liège a eu lieu vers la mi-septembre 2000 afin de sécuriser les quartiers où il s’était implanté. Cette opération a donné lieu à quelque 150 interpellations et plusieurs arrestations.

13.2.                  Enquête sur le terrain

13.2.1.            Introduction

Le mercredi 14 février 2001 à partir de 20h00, quatre équipes du Service d’enquêtes ont procédé à la visite des lieux de prostitution de Liège situés : (1) rue Varin (21 établissements de style « bar ») ; (2) rue de l’Agneau (35 établissements de style « carrée ») et (3) rue du Champion (54 établissements de style « carrée »). Sur l’ensemble des établissements recensés, nos enquêteurs n’ont pu rencontrer que 32 filles y travaillant.

13.2.2.            Constatations 

Dès leur arrivée dans les rues de l’Agneau et du Champion, les enquêteurs ont pu constater qu’après la visite des premiers établissements, plusieurs vitrines s’étaient fermées. De leurs rencontres avec les prostituées, il apparaîtra qu’il s’agit presque exclusivement d’établissements où des filles originaires de l’Est (Kosovo – Albanie) sont employées. Nous avons également pu remarquer que la rue est fréquentée par des hommes visiblement originaires des Balkans, ceux-ci surveillant tous les déplacements des enquêteurs dans le quartier.         
Parmi les prostituées d’origine étrangère, on dénombre des filles en provenance de pays africains (Sierra Leone – Nigeria). Celles-ci, lorsqu’elles peuvent présenter des papiers d’identité, ne sont porteuses que d’ordres de quitter le pays pour lesquels aucune mise à exécution n’a été entreprise jusqu’à présent, les voies de recours étant toujours en cours. D’autres prétendent ne pas être en possession de leurs papiers, sans pouvoir dire avec précision à quel endroit ils se trouvent. Une fille portant des documents italiens, mais originaire du Kosovo, a été rencontrée. Selon les informations recueillies au niveau de la police fédérale et de la police locale, de nombreuses filles de cette origine seraient titulaires de documents italiens provenant d’un important vol à Milan [35] . Les filles de nationalité belge détenaient, quant à elles, des documents en ordre.   
Au niveau de la rue Varin, la prostitution s’exerce dans des établissements ayant la vocation première de bar, imposant de ce fait la tenue d’un registre du personnel. La présence obligatoire de ce livre dans le bar est irrégulière. Ceux qui nous furent présentés étaient cependant en ordre et visés par la police de Liège lors de ses passages.

13.2.3.            Rencontres avec les prostituées 

Pour les rencontres avec les prostituées, l’entrevue était basée sur un questionnaire préétabli. Il leur a été expliqué lors de la prise de contact que le but n’était pas de les contrôler mais de connaître les problèmes éventuels qu’elles rencontraient dans leur travail et plus particulièrement avec les services de police.     
Au niveau des « carrées », elles se plaignent de l’absence de contrôles fréquents de la police, contrôles qui permettraient d’établir l’illégalité des filles provenant de l’Est. La police se contenterait de patrouiller en rue de temps en temps et ne procéderait pas assez à des contrôles en profondeur. Il est signalé qu’après 21h30, plus aucune présence policière n’est visible alors que vers 22h00, il y a une prise de pause par les « filles » dans les « carrées » [36] .          
Les prostituées estiment que les rues de l’Agneau et du Champion sont progressivement envahies par le milieu albanais, qui vient y implanter ses filles et casser les prix. Elles se plaignent de la violence du milieu albanais ainsi que de la criminalité périphérique (drogue – agressions). En dehors d’une absence de contrôles fréquents, elles ne font état d’aucun grief particulier envers la police du secteur des « carrées ».
Rue Varin [37] , la problématique « albanaise » ne se présente pas et nous nous trouvons devant une population de prostituées parfaitement contrôlée et de ce fait en ordre. Le contrôle de ce quartier par la police peut être qualifié de routinier, sans incident majeur étant donné le type de population parfaitement intégré. Les prostituées sont conscientes d’une volonté politique d’interdire leurs activités dans cette rue à plus ou moins brève échéance. L’ensemble des prostituées ne connaît les membres de la police fédérale déconcentrée de Liège que sur base de dossiers spécifiques dans lesquels elles interviennent. Aucun contrôle systématique n’est réalisé par ce service, en accord avec la répartition des secteurs tel que défini précédemment.

13.3.                  Les services de police face au phénomène

13.3.1.            Contact avec la police de Liège

Les enquêteurs lui ont expliqué le but de leur enquête, à savoir vérifier d’une part les dires rapportés par le courrier anonyme et d’autre part s’enquérir de la manière dont la police de Liège appréhendait le phénomène de la prostitution. Le commissaire en chef leur a fait part d’une volonté politique de fermer certaines rues à la prostitution et de limiter ce phénomène à un périmètre prédéfini.

13.3.2.            Responsables du service judiciaire et des mœurs.

La police de Liège a été retenue comme police pilote dans le projet proactif YAK (Yougoslaves – Albanais – Kosovars). Il s’agit d’un projet national géré au niveau des ministères de la Justice et de l’Intérieur qui vise à rassembler un maximum d’informations sur la criminalité liée aux personnes de ces trois nationalités. La base de données ainsi créée est gérée au niveau de la police fédérale. Ce projet n’en est encore qu’à sa phase d’observation et aucune échéance n’est prévue pour l’instant pour passer à la phase d’action.          
Au niveau de la magistrature, Monsieur le premier substitut Lecrompe supervise le projet YAK au niveau de Liège tandis que Madame le substitut Wilwerts est plus spécialement chargée des dossiers de mœurs. Le procureur du Roi en personne organise tous les deux ou trois mois une réunion regroupant la police locale et la police fédérale afin de coordonner la lutte contre la prostitution.       
Le cadre légal et réglementaire est qualifié de suffisant par les policiers que nous avons rencontrés. Ils se plaignent cependant du manque de suivi administratif dans leurs actions, principalement au niveau de l’office des étrangers. Les filles en situation illégale se verraient délivrer un ordre de quitter le territoire qui, trop souvent, n’est jamais mis à exécution.
À l’heure actuelle, la ville de Liège semble se diriger vers une nouvelle politique. Dans un premier temps, elle avait interdit la prostitution dans certains quartiers mais aujourd’hui, elle a opté pour le système des autorisations obligatoires préalables à l’exploitation d’un établissement afin de pouvoir concentrer l’exploitation de la prostitution dans un secteur prédéfini. Une étude aurait été réalisée de concert avec l’Université de Liège visant à créer une zone de prostitution à Liège. Ce projet ne semble pas pouvoir aboutir suite à des problèmes de compatibilité avec la loi sur la vie privée.      
En ce qui concerne la fermeture à la prostitution des rues Flohimont et Matrognia, elle s’inscrit dans le cadre de la politique globale de la ville de Liège. La fermeture n’a pas été justifiée par l’origine ethnique des prostituées (africaines) mais uniquement par le fait que cette rue était trop proche des milieux commerciaux et que, de ce fait, les « filles » s’exposant en vitrines étaient visibles pour les familles visitant le centre de Liège. On peut également constater une diminution de la prostitution et de la toxicomanie en rue à la suite des aménagements urbains (éclairage public plus important).     
La police de Liège a constaté depuis cinq ans une évolution dans l’origine des prostituées. Alors qu’à l’origine, elles étaient essentiellement de nationalité belge, autochtones, on peut constater aujourd’hui un afflux de « filles » venant de l’Est, notamment et principalement d’Albanie. Le nombre de prostituées ne semble donc pas avoir augmenté, mais la population des prostituées a changé au niveau de ses origines.      
Une collaboration existe entre la section mœurs de la police de Liège et celles de Bruxelles et Anvers. D’autre part, les informations relatives aux prostituées sont régulièrement échangées de manière informatique avec la police fédérale de Liège. Des contrôles sur les prostituées sont en principe organisés une fois par semaine, bien que cette fréquence ait baissé suite au travail supplémentaire occasionné par des dossiers judiciaires pris en charge par la section mœurs de la brigade judiciaire ou résultant d’un service de permanence.           
Le responsable de la brigade judiciaire relativise la dangerosité du milieu de la prostitution. Cette opinion est nuancée par son chef de la section mœurs, qui estime quant à lui que la violence du milieu albanais gravitant autour de la prostitution est bien réelle.        
Des pressions seraient aussi exercées sur le milieu de la prostitution belge par des Albanais afin de prendre leur territoire. Il est à remarquer qu’à l’heure actuelle, tout le milieu de la prostitution étrangère serait géré par un Belge actuellement inculpé dans un dossier de proxénétisme. Celui-ci rachèterait de nombreuses « carrées » bien que, selon les vérifications effectuées, il ne dispose normalement pas des moyens financiers pour le faire. On peut penser qu’il agirait en sous-main pour d’autres personnes qui, en fonction de ses contacts, pourraient être d’origine albanaise.

13.4.                  Conclusions

La fermeture de rues à la prostitution n’émane pas d’une volonté policière mais s’inscrit dans le cadre d’une action politique entreprise par la ville de Liège, tentant de circonscrire la prostitution à deux rues. L’origine de la plainte initiale paraît être le fait d’une prostituée subissant des pressions de la part du milieu proxénète, qui voudrait recaser ses prostituées obligées d’évacuer les rues interdites depuis peu à la prostitution.     
Six policiers sont affectés au suivi du phénomène de la prostitution à Liège. Étant donné son importance, il semble que l’effectif affecté à son contrôle soit nettement insuffisant pour être pleinement efficace. Un chiffre de 250 « racoleuses » a été cité. Bien que la rumeur colporte que nombre de prostituées d’origine albanaises seraient porteuses de papiers d’identité italiens qui proviendraient d’un vol important commis à Milan, aucune action spécifique d’importance n’a jamais été entreprise pour vérifier ces informations.       
Il apparaît que les contrôles de routine sont inopérants. Nous pensons que, pour qu’une action efficace puisse avoir lieu, celle-ci devrait être entreprise de manière systématique par des effectifs importants, agissant en collaboration étroite avec la magistrature et l’Office des étrangers, dont des membres responsables devraient être présents.     
Une prostitution bien contrôlée aurait notamment pour effet que les filles se trouveraient dans des situations légales régulières, offrant de ce fait moins de prise à la mainmise des proxénètes, de quelque origine qu’ils soient.

Section 4 : Mise en oeuvre du statut disciplinaire [38]

14.                     Introduction

À la suite de certaines déclarations d’un délégué syndical quant à de possibles irrégularités dans le traitement de dossiers disciplinaires au sein de l’ancienne gendarmerie diffusées lors d’une émission télévisée, la Commission chargée de l’accompagnement parlementaire des Comités permanents de contrôle des services de police et de renseignements a saisi le Comité permanent P d’une enquête de contrôle destinée à vérifier la véracité des allégations de ce délégué syndical. Plusieurs membres du syndicat concerné et d’autres syndicats ainsi que certains experts furent entendus ou « interviewés ». Les procédures en vigueur ainsi que le respect de ces procédures ont été vérifiés, tous ces aspects ayant été examinés à la lumière d’un premier échantillon de dossiers.      
La première partie de l’enquête fut assez limitée. Les premières conclusions ne pouvaient dès lors pas être généralisées aux procédures disciplinaires ni, indirectement, aux procédures d’évaluation de membres du personnel en général. Il avait aussi semblé important au Comité permanent P, dans le cadre de la protection des droits des personnes qui font l’objet de telles procédures, d’assurer un suivi de cette enquête, notamment en l’élargissant à la police dans son ensemble ainsi que, dans un second temps, en tenant compte de l’implémentation et de la mise en œuvre des nouvelles dispositions légales et réglementaires issues de la réforme des services de police.
Au travers d’une enquête de contrôle [xv] et à partir de l’examen particulier de certains dossiers présentant un aspect disciplinaire, le Comité permanent P a suivi la manière dont, dans certaines affaires délicates, les autorités et les responsables hiérarchiques mettaient en œuvre le statut disciplinaire. C’est ainsi qu’à ce jour, il a été amené à examiner plus en détail une quinzaine de procédures, dans lesquelles il existait ou pouvait exister des chevauchements voire des interprétations entre les procédures judiciaire, statutaire et disciplinaire. En l’occurrence, l’autorité, plus particulièrement la hiérarchie, aurait utilisé des compétences, des moyens ou des procédures de police judiciaire pour régler des situations relevant de la discipline, de l’ordre intérieur ou du statut.
L’approche méthodologique a consisté, pour chaque dossier, à s’appuyer sur une ligne du temps précisée, le cas échéant, par les déclarations des intéressés afin de détecter les phases critiques éventuelles des procédures et de les examiner ensuite plus en profondeur.

15.                     Constatations

15.1.                  Généralités

Plusieurs dossiers analysés, notamment trois dossiers connexes dans une affaire ayant défrayé la chronique, ont été traités avec grande rigueur et minutie, parfois même par les instances les plus élevées de la hiérarchie, assistées par les meilleurs spécialistes du service, le plus souvent des licenciés en droit. Ces procédures ont cependant, pour des raisons échappant généralement à la volonté ou au contrôle des responsables hiérarchiques, duré longtemps et coûté temps et énergie à ceux qui ont dû les mettre en œuvre ; sans perdre de vue le stress, voire l’angoisse pour ceux qui en faisaient l’objet. On peut donc légitimement se demander si cela ne fut pas quelque peu disproportionné.          
Il n’a jamais été recouru aux articles 279 et suivants du Code d’Instruction criminelle pour les actes ou les comportements dans l’exercice des compétences de police judiciaire.
Les dossiers examinés par le Comité permanent P ainsi que ceux qui font toujours l’objet d’un examen, ont été traités sous le régime des anciennes procédures. Force est d’ailleurs de constater, comme il a été fait dans les rapports antérieurs [xvi] , que très peu d’informations relatives à la discipline au sein de l’ancienne police judiciaire ont été communiquées au Comité permanent P et que l’accès en la matière reste difficile pour la Direction générale de la police judiciaire (DGJ). Il s’agit d’ailleurs là d’une des raisons qui incitent le Comité permanent P à poursuivre son enquête de contrôle, tout en la réorientant une nouvelle fois.

15.2.                  Constatations particulières

Dans un dossier, des procès-verbaux (auditions) de la procédure judiciaire sont formellement joints à la procédure administrative avant que l’accord des autorités judiciaires compétentes ne soit obtenu. À la demande de la défense, ces pièces sont retirées du dossier administratif. Même si les pièces litigieuses ont effectivement été retirées du dossier à la satisfaction de la défense, la question de la validité d’actes de procédure posés après cette utilisation abusive mérite d’être posée. Dans ce même dossier, des rapports d’information à caractère judiciaire sont utilisés lors de l’enquête préalable sur le plan disciplinaire. Cette utilisation est problématique. La défense est en droit d’étendre le débat contradictoire au contenu et à la pertinence de ces rapports comme à toute autre pièce du dossier disciplinaire. De toute évidence, ces rapports rédigés à seule charge et qui sont parfois loin de constituer la preuve d’un fait établi, s’intègrent mal dans une procédure disciplinaire qui ne correspond nullement à leur finalité. Ce « mélange des genres » est de nature à générer des dysfonctionnements tant au niveau de l’enquête administrative que de l’enquête judiciaire comme l’atteinte à la confidentialité des informateurs ou même, la mise en péril de l’enquête judiciaire.  
Dans deux dossiers, les chefs hiérarchiques utilisent dans les procédures administratives (proposition de mutation par mesure d’ordre et rapport d’information sur le plan disciplinaire) des informations dont ils disposent de par leur connaissance du contenu de l’enquête judiciaire, alors que les autorités judiciaires compétentes n’ont pas encore donné leur accord pour que les pièces de l’enquête judiciaire soient utilisées sur le plan administratif.
Dans un dossier, l’enquêteur préalable recourt à l’utilisation des bases de données de la documentation judiciaire automatisée pour établir sur le plan disciplinaire des liaisons entre le fonctionnaire de police en cause et des tiers, impliqués dans des faits criminels.
Dans un dossier, l’officier qui constate un fait d’imprégnation alcoolique procède de manière telle qu’il est difficile de déterminer dans ses rapports avec le fonctionnaire de police contrevenant quels sont les actes qu’il pose en tant que chef hiérarchique et ceux qu’il pose en tant qu’officier de police judiciaire, notamment quand il pose à l’intéressé une question relative à la quantité de boissons alcoolisées qu’il a absorbée ou lorsqu’il lui demande de pratiquer sur lui-même l’épreuve de l’éthylotest et de l’éthylomètre.
Il est encore intéressant et utile de constater que dans plusieurs dossiers, la défense remet en cause les procès-verbaux qui ont été rédigés initialement. Les arguments portent alors soit sur le caractère non fondé des constatations effectuées soit sur le caractère fallacieux de la relation faite par les verbalisateurs à propos des circonstances qui entourent ces constatations. Par contre, hormis un dossier où elle demande que des procès-verbaux soient écartés de la procédure, la défense ne semble pas s’intéresser aux risques d’interpénétrations entre les procédures judiciaire, statutaire et/ou disciplinaire.
Enfin, dans un dernier dossier, à la suite d’une plainte concernant une intervention à caractère judiciaire, le responsable du service du contrôle interne charge l’un de ses collaborateurs de procéder à des devoirs d’enquête sur le plan administratif en lui demandant expressément de s’imprégner préalablement du procès-verbal rédigé à l’occasion de l’intervention. 
Dans le rapport d’enquête adressé au chef de zone, le responsable du contrôle interne commente le procès-verbal en question. Les actes posés par le service du contrôle interne – audition administrative formelle du policier en cause – impliquent qu’il s’agit bien d’une enquête administrative et non d’un simple contrôle hiérarchique de la qualité des devoirs effectués par le policier en cause.            
Aucune trace d’une demande d’autorisation de l’autorité judiciaire compétente en vue d’utiliser le procès-verbal dans une procédure administrative n’apparaît dans le dossier.

16.                     Perspectives

Trois dossiers émanant de la police judiciaire et cinq dossiers émanant de la police communale devraient également encore être examinés.
Le Comité permanent P souhaite être particulièrement prudent et suffisamment réservé dans cette enquête. En effet, pour des raisons compréhensibles, compte tenu notamment de la spécificité des services de police, leurs activités et leurs interventions doivent pouvoir être contrôlés. Par ailleurs, une culture de transparence et de responsabilité devrait pouvoir s’installer au plus vite.
Une intensité et un nombre particuliers des contrôles à l’égard des services de police constituent cependant une réalité qu’il conviendrait de ne pas perdre de vue. Ici comme en d’autres domaines, « l’excès » de contrôles et d’inspections pourrait finalement nuire.         
Le fonctionnaire de police est sans doute avant tout un professionnel mais aussi un être humain qui a non seulement des devoirs mais également des droits, dont le respect est particulièrement important et préoccupant dans le cadre de certaines procédures administratives, statutaires ou disciplinaires.
Les lacunes et imperfections les plus diverses qui ont été constatées, notamment lors de la période transitoire précédant la véritable entrée en vigueur du statut disciplinaire ainsi que l’importance des enjeux démocratiques, tant pour les citoyens que pour les fonctionnaires de police, ont convaincu le Comité permanent P de rester vigilant et de préserver son intérêt pour cette délicate question au fil des prochains mois.

Chapitre II : Coordination et efficacite

Section 1re : gestion des indicateurs

17.                     Genèse de l’enquête

Le Comité permanent de contrôle des services de police a décidé le 29 août 2000 de procéder à une enquête de contrôle relative à la gestion des indicateurs à la suite de plusieurs dossiers ayant révélé des manquements individuels, un manque de respect de la circulaire ministérielle du 24 avril 1990 ainsi qu’un déficit de contrôle interne en la matière, problématique, voire inexistant, dans certains services. L’enquête de contrôle a évolué en préaudit visant à vérifier dans quelle mesure la circulaire susmentionnée était respectée. Dans le même temps, il a été examiné si les conditions connexes relatives à la gestion des indicateurs telles que mentionnées de manière implicite dans la circulaire ministérielle, étaient présentes.      
Outre la pertinence proprement dite de cette enquête de contrôle, son importance s’est encore accrue depuis que des initiatives ont été prises en vue de protéger l’anonymat du témoin et de conférer une base légale plus formelle aux techniques spéciales de recherche. Cette législation ne sera pourtant jamais exhaustive et certaines « modalités d’exécution » de la gestion des indicateurs relèveront, d’abord et essentiellement, de la responsabilité du chef de service. Il importe de garantir que la manière dont le service de police remplit ses différentes tâches, réponde également à un minimum d’exigences. La responsabilité du chef de service (DirJu et DGJ) prend d’ailleurs de l’importance dans ce domaine par le fait qu’au sein du Service judiciaire d’arrondissement (SJA), une section spécifique « d’information criminelle » est (ou a déjà été) mise en place et a pour but essentiel d’entretenir des contacts avec les indicateurs.          
Pour ces différentes raisons, l’analyse porte tant sur le respect des dispositions de la circulaire que sur l’existence des « modalités d’exécution » susmentionnées.

18.                     Déroulement

Le procureur général de Gand, spécialement chargé de la problématique, a été informé de l’enquête de contrôle diligentée par le Comité permanent P et a transmis l’information à ses collègues. Il convient de souligner que nous avons bénéficié de la collaboration pleine et entière des services concernés, à une exception près, un gestionnaire local des indicateurs considérant que l’ensemble de la gestion des indicateurs relevait de la compétence du magistrat (de confiance), minimisant par là (à tort) sa propre responsabilité du travail sur le terrain (contrôle de la rédaction de rapports de contact, préparation des contacts, exploitation des informations, etc.).        
Avant
le 1er janvier 2001, un entretien a été organisé avec les anciens gestionnaires nationaux des indicateurs de la gendarmerie (BCR) et de la police judiciaire (BNB). Dès la mise en place des directeurs judiciaires, l’enquête a été poursuivie au sein du SJA de Gand, Mons, Hasselt, Namur et Dinant [39] ainsi qu’au sein des polices locales d’Anvers et de Liège.                                                                                                        
L’enquête de contrôle ne se concevait pas comme une étude comparative des différents services mais plutôt comme un instrument permettant de déterminer – en complément par rapport aux constatations des enquêtes antérieures – dans quelle mesure les dispositions de la circulaire ministérielle étaient respectées. Dans cette optique, la sélection susmentionnée constituait un échantillon suffisant pour mettre en lumière les points faibles et formuler des recommandations sur la base des résultats obtenus.

19.                     Résultats de l’enquête

19.1.                  Généralités

Si le respect des dispositions légales ou réglementaires et des directives existantes s’impose, on peut également escompter que la « gestion des indicateurs » s’inscrive dans un concept général de collecte d’informations, que les systèmes indispensables (de gestion, de contrôle et d’appui) existent bel et bien, que les moyens nécessaires soient disponibles et que les policiers concernés disposent de la connaissance et des capacités suffisantes pour aborder la problématique sur la base, ou en tenant compte, d’un certain nombre de valeurs centrales, spécifiques ou non à leur tâche.
En ce qui concerne le respect des dispositions de la circulaire, nous souhaitons développer ci-après un certain nombre d’éléments, en ce qui concerne d’abord les gestionnaires nationaux des indicateurs et ensuite les services visités. Notre rapport annuel 2000 mentionne qu’à ce niveau, la circulaire ministérielle est appliquée avec rigueur. En outre, les deux gestionnaires nationaux des indicateurs ont pris diverses initiatives en vue d’améliorer le professionnalisme du travail policier, cela en étroite concertation avec les autorités judiciaires et, en particulier, avec les Magistrats nationaux. Enfin, l’actuel gestionnaire national des indicateurs poursuit son travail dans la même lignée.
En ce qui concerne les services visités , on peut mentionner qu’essentiellement deux dispositions de la circulaire ministérielle ne sont pas (toujours) appliquées (aussi) rigoureusement, à savoir les dispositions imposant la rédaction d’un rapport de contact et l’ouverture d’une enquête approfondie – accompagnée d’un rapport écrit – sur le candidat indicateur. En outre, le caractère général de certaines dispositions de la circulaire – et le manque de directives écrites en la matière émanant de l’autorité centrale – entraîne des applications différentes des dispositions. Citons comme point positif que, dans la plupart des services visités, les intéressés maîtrisent leur travail et connaissent les risques. Dans certains services, des directives écrites existent bel et bien, relatives non seulement à la méthode de travail en général mais également – un point plus important – au code de conduite applicable au policier de contact.
Il existe d’ailleurs dans ces services un contrôle sévère des contacts entretenus avec les indicateurs et la question du risque pour l’intégrité des policiers de contact n’y est pas négligée. En d’autres termes, ces gestionnaires locaux des indicateurs n’ont pas attendu l’élaboration de directives plus précises pour prendre leurs responsabilités.                                                                                                                 
Malheureusement, force nous a été de constater que dans d’autres services, plusieurs prescriptions administratives étaient considérées comme astreignantes ou « irréalistes ». Manifestement, tous ne réalisent pas encore que ces prescriptions ont justement été définies dans l’intérêt du policier de contact, de sa sécurité et de celle de son environnement. La gestion des indicateurs dans ces services reste un volet des tâches policières encore trop souvent « pris à la légère ».

19.2.                  Concept général

Le concept général s’entend comme un point de vue ou une vision des choses qui implique notamment un certain nombre de points développés ci-après. Tout d’abord l’utilisation d’un indicateur dans une information ou une instruction, qui soulève la question importante de maintenir séparée ou non la « collecte d’informations » de l’enquête en tant que telle. Quel que soit le choix, il faudra qu’il se traduise également dans les structures et méthodes de travail concernant les services de renseignements criminels et la recherche « tactique », avec des conséquences pour la rédaction des procès-verbaux et l’utilisation de « l’indicateur » dans un concept de recherche proactive [40] .         
La question de savoir si on va rechercher « activement » des indicateurs, si on adopte une attitude passive, ou encore si l’on privilégie un système mixte, c’est-à-dire combinant les deux approches, a toute son importance, tout comme d’ailleurs la manière de « recruter » des indicateurs, la définition des principes concernant les indicateurs mineurs d’âge, les toxicomanes, etc. Il convient de ne pas perdre de vue non plus l’importance de la décision de confier la gestion des indicateurs à des enquêteurs spécifiques ou la conception selon laquelle chaque enquêteur doit gérer plusieurs indicateurs, ceux « de haut vol » étant réservés aux enquêteurs spécifiquement formés.
Tous ces aspects font, à vrai dire, l’objet d’une réflexion. Les gestionnaires des indicateurs s’accordent certes sur certains points, mais il n’en reste pas moins qu’aucune réponse à ces questions, pourtant fondamentales, n’a encore été couchée sur papier et les autorités judiciaires n’ont, partant, pas pu donner leur « aval » sur le sujet. Cette lacune explique également pourquoi les gestionnaires des indicateurs ont chacun leur conception. De même, lors des formations, il est impossible de transmettre une vision globale aux futurs enquêteurs, ce qui laisse la part belle à la conception propre du formateur et, en fin de compte, de l’unité de police même.

19.3.                  Connaissance, attitudes et compétences

L’expérience nous apprend – et plusieurs dispositions de la circulaire ministérielle (obligation d’avoir deux policiers de contact par indicateur, règles en matière de paiement, etc.) envisagent la question de manière spécifique – que le danger de manipulation par l’indicateur est une réalité. « L’indicateur » s’entend comme un « criminel » (« ex- » ou non mais de toute façon avec un pied dans le milieu) avec qui la police entretient des contacts.     
Les policiers de contact doivent donc disposer de la connaissance, de l’attitude et des compétences requises pour pouvoir nouer et entretenir de tels contacts, tout en s’efforçant d’éviter d’être manipulés ou, à tout le moins, en restant sur leurs gardes.
Ce type de connaissance implique bien évidemment une compétence « technique » permettant d’utiliser les informations obtenues également dans le cadre d’une enquête ainsi qu’une connaissance approfondie des dispositions de la circulaire ministérielle et du pourquoi de ces dispositions. Le policier de contact qui considère le double contact avec l’indicateur et la rédaction d’un rapport comme des « tracasseries administratives » ou qui ne voit pas ou ne veut pas voir l’utilité de ces mesures, n’est tout simplement pas apte à traiter cette matière [41] .
Enfin, si la formation générale des enquêteurs consacre un certain nombre d’heures à la problématique, aucune formation spécifique n’est prévue pour les personnes qui travaillent au quotidien ou (quasi) exclusivement avec des indicateurs. Des réunions pour les gestionnaires des indicateurs sont sporadiquement organisées, réunions qui pourraient se concevoir partiellement comme des formations continuées mais qui visent avant tout la communication de directives complémentaires. Il s’agit pourtant d’un domaine par excellence où des matières de base peuvent être enseignées et où l’échange d’expériences est indispensable.

19.4.                  Personnel concerné

La gestion des indicateurs nécessite certes connaissance et compétence mais surtout, le policier de contact doit répondre à un profil spécifique. Ce doit être le cas de tout policier amené à gérer un indicateur mais plus encore, de ceux dont c’est la tâche quasi exclusive.
Notre propos n’est pas de démontrer que les policiers de contact ne présentent pas les qualités requises ou que les responsables de la désignation de ces policiers ont opéré un « mauvais » choix. Nous nous bornons à constater un fait, à savoir qu’il n’existe aucun profil spécifique auquel le policier de contact ou le gestionnaire des indicateurs doit satisfaire, ni même un « test de sélection » destiné à déterminer si le candidat témoigne des qualités requises qui, développées par une formation ad hoc, assureraient une gestion adéquate des indicateurs.      
Il conviendrait, en toute logique, de développer plusieurs profils, légèrement adaptés suivant le cas. L’un s’appliquerait aux policiers qui gèrent les indicateurs au quotidien, l’autre concernerait les policiers nouant des contacts occasionnels avec des indicateurs et enfin, le dernier s’appliquerait aux policiers qui gèrent les indicateurs « de haut vol ».       
Il n’existe pas davantage d’enquête approfondie censée déterminer l’existence éventuelle de facteurs potentiels de corruption dans le chef des futurs policiers de contact et des gestionnaires des indicateurs. Qui plus est, là où un tel contrôle existe, il est informel et organisé en fonction des conceptions du chef de service.         
La « procédure » de sélection (qui repose en fait sur la confiance du chef de service dans l’enquêteur et sur la connaissance de ses capacités) et la formation (superficielle) dispensée à ces policiers contrastent fortement avec celles des agents « undercover », alors que certaines tâches comportent sans conteste des risques similaires.

19.5.                  Valeurs et intégrité

La gestion des indicateurs est une activité à risque non seulement pour la police en tant qu’organisation mais également pour le policier même. Ces risques portent sur la sécurité (de la police et du policier) mais posent aussi le problème de l’intégrité. Il est dès lors clairement indispensable de définir plusieurs mesures garantissant cette intégrité et servant, par là-même, également l’information ou l’instruction, qui seraient entravées ou totalement désorganisées si les enquêteurs devaient être discrédités.      
Outre certaines dispositions relatives aux contacts entre les policiers de contact et les indicateurs, la circulaire ministérielle dispose que « le gestionnaire des indicateurs doit encadrer les policiers dans leurs contacts avec les indicateurs et veiller à leur intégrité » [42]
Si le concept de responsabilité est clair, son application concrète l’est beaucoup moins.        
La plupart des gestionnaires des indicateurs « veillent à l’intégrité des policiers » par un contrôle strict des contacts, une vérification du contenu des rapports de contact, l’ouverture d’une enquête dès le moindre soupçon de contact douteux et leur implication au quotidien. Selon plusieurs enquêtes antérieures menées par le Comité permanent P, il semble qu’il n’existe aucun contrôle dans certains services et que ni le gestionnaire des indicateurs ni la hiérarchie ne réagissent lorsqu’ils apprennent que le policier de contact entretient plus qu’une relation « d’affaires » avec l’indicateur. D’aucuns estiment qu’au nom de la sauvegarde de la vie privée, le « screening » ou le suivi ne peut aller plus loin pour le policier de contact que pour n’importe quel autre fonctionnaire de police. Il convient de rappeler que la nature du travail et les risques auxquels il est exposé rendent indispensable un contrôle de certains aspects de la vie privée qui présentent un risque potentiel pour l’intégrité de l’intéressé. Il n’en reste pas moins qu’aucun « système de détection » n’a été prévu pour repérer les dérives éventuelles du policier de contact ou détecter des contacts « trop étroits », ni même pour déceler des situations présentant un risque de corruption ou de manipulation.      
L’intégrité est certes une qualité incontournable pour chaque policier mais certaines fonctions sont plus « risquées » que d’autres à cet égard. Il y a de cela quelques années, un modèle global de contrôle de l’intégrité a été élaboré au sein de l’ancienne gendarmerie et devait concerner l’ensemble des fonctionnaires de police. Il n’a jamais été appliqué. Pourtant, ce plan – qui n’a rien perdu de son actualité – prévoyait des mesures spécifiques relatives aux policiers de contact en ce qui concerne l’évaluation, l’encadrement, le suivi administratif, la prévention opérationnelle (contrôle de groupe, direction directe, procédures de travail, règles de rapports) et la répression. Des règles de rotation avaient également été prévues.     
Sans préjudice de la valeur des possibilités actuelles de contrôle d’intégrité – qui diffèrent en fonction de l’unité ou du service de police –, il est clair qu’un système de suivi et de détection s’impose en la matière : (1) d’abord pour la sécurité du policier de contact et afin de le garder de toute (fausse) accusation ; (2) ensuite dans l’intérêt de l’information ou de l’instruction. Jeter le discrédit sur l’enquêteur est un procédé qui a fait ses preuves. Un système de détection et de suivi bien conçu permettra mieux qu’aujourd’hui d’évaluer le fondement des accusations.
Il convient de souligner dans ce cadre l’importance de l’ouverture d’une enquête s’il existe le moindre doute quant à l’intégrité du policier. Citons le point de vue (pour le moins contestable) de certains chefs arguant qu’une enquête ne peut être ouverte qu’à partir du moment où il existe des éléments concrets et non plus de simples rumeurs. Qui plus est, même lorsqu’il est décidé d’ouvrir une enquête formelle, il est à remarquer que le traitement du dossier s’éternise, bien qu’une conclusion rapide de l’enquête soit dans l’intérêt, tant de l’enquêteur (et de son service) que de l’enquête même.
Un des services (nationaux) étudiés a fixé en son temps un certain nombre de « valeurs » spécifiques pour les policiers de contact. Celles-ci ont expressément été communiquées par écrit à plusieurs services visités.

19.6.                  Gestion des dossiers d’indicateurs

La circulaire ministérielle prévoit que tous les renseignements concernant un indicateur, y compris les primes payées, doivent être rassemblés [43] .                                                                                     
Les services visités n’appliquent pas cette disposition de la même manière : (1) certains rassemblent tous les renseignements relatifs à l’indicateur, y compris les rapports de contact, les rapports confidentiels et même les procès-verbaux rédigés ultérieurement à la suite de l’information ; (2) d’autres tiennent un dossier « administratif » contenant les informations relatives à l’indicateur même, un autre avec les rapports de contact et encore un autre avec les documents concernant le paiement des primes ; (3) en ce qui concerne le contenu, l’ensemble des dossiers consultés contiennent la mention et la confirmation de l’encodage mais les traces du contrôle initial des données de l’indicateur (identité, passé judiciaire, etc.) ne sont pas toujours conservées.     
Indépendamment du système choisi, il me semble souhaitable de garantir la facilité du rassemblement des données relatives au même indicateur. Il convient en outre de déterminer quels sont les documents à inclure dans un dossier sur un indicateur, de procéder à un inventaire de ces documents et de les numéroter.            
Il n’existe pas davantage de règles en matière de conservation de dossiers. La plupart des services les conservent sans tenir compte du fait qu’un indicateur n’est entre-temps plus actif ou est même décédé. D’autres services détruisent les dossiers d’indicateurs qui ne veulent ou ne peuvent plus établir de contact depuis longtemps.    
Quant à la sécurité, les visites du Comité permanent P ont révélé que des progrès étaient à réaliser. Seuls quelques services rangent leurs dossiers individuels – classés par numéro – dans un endroit sécurisé auquel seul le gestionnaire des indicateurs a accès. D’autres services rassemblent leurs dossiers dans des classeurs ou les classent avec le nom des indicateurs bien en vue.

19.7.                  Compagnies d’assurances

L’intervention (pécuniaire) des compagnies d’assurances fait partie de la problématique liée à la gestion des indicateurs et, plus particulièrement, au paiement de primes. En bref, la police ne verse une prime qu’à partir du moment où l’information transmise se traduit par l’identification ou l’arrestation des malfrats tandis que les compagnies d’assurances sont disposées à verser une prime dès lors que l’information permet la récupération du bien volé. Certains vols peuvent donc être planifiés dans l’intention de transmettre par la suite les informations nécessaires à la récupération du bien volé et ainsi de toucher la prime. Il s’agit, en d’autres termes, de « vols sur commande », qui ne sont en vérité pas le moins du monde des vols mais bien plutôt des formes « d’escroquerie » des compagnies d’assurances.                                                                                           
Hors le présent contexte, la question qui se pose est de savoir si les montants particulièrement élevés des primes versées par les compagnies d’assurances – comparés à ceux provenant des fonds du ministère de la Justice – n’inciteraient pas les indicateurs à cibler leur recherche d’informations. En effet, ils se concentreraient davantage sur les délits contre les biens afin de pouvoir toucher de hautes récompenses et cela, à moindre risque puisqu’ils ne doivent pas livrer d’informations susceptibles de conduire à l’auteur.                              
Les gestionnaires nationaux des indicateurs ainsi que le Magistrat national se sont efforcés par le passé de parvenir à un compromis avec les compagnies d’assurances. Ainsi le protocole d’accord en la matière actuellement étudié par le Collège des procureurs généraux.

19.8.                  Gestion des indicateurs

19.8.1.            Définition

L’entrée en vigueur de la circulaire ministérielle avait soulevé de nombreuses protestations de la part des policiers de contact, notamment en ce qui concerne l’encodage des indicateurs. Il a donc d’emblée été proposé d’appliquer le système exclusivement à ceux qui répondaient aux critères définis, le principe de départ étant qu’un faible nombre d’indicateurs serait impliqué.  
Une question restait cependant ouverte : que faire des informations de personnes souhaitant également l’anonymat mais ne répondant pas à la définition d’indicateur ? L’une des composantes de la police avait donc décidé d’appliquer également le système d’encodage aux « informateurs », soit des personnes ne répondant pas à la définition de l’indicateur mais devant rester anonymes. Un tel système ne s’est jamais vraiment révélé concluant et nombreux sont ceux qui, en pratique, ont été inscrits comme indicateurs alors qu’ils ne répondaient pas aux conditions requises. Cette méthode ne constituait pas un problème en soi. Au contraire, elle permettait un meilleur contrôle. Toutefois, nombre d’indicateurs avaient une existence « dormante » ou « unique » et leur nombre élevé ne favorisait certainement pas une gestion dynamique.          
La définition du concept d’indicateur reste problématique. En effet, l’encodage d’une personne en tant qu’indicateur implique qu’elle réponde à des critères définis. En d’autres termes, elle se voit attribuer une « étiquette criminelle ». Or, il a été souligné qu’un certain nombre de personnes encodées comme indicateurs n’ont rien de « criminel ». C’est pourquoi d’aucuns proposent une application « au pied de la lettre » de la définition, bien qu’un tel système ne constitue pas une alternative valable puisqu’il nous ramènerait à la case départ : des informateurs qui ne sont pas enregistrés, qui ne sont soumis à aucun contrôle et dont la gestion repose sur le seul enquêteur. Pourquoi dès lors ne pas élargir la définition d’indicateur et ainsi rencontrer les deux exigences – le contrôle de l’indicateur anonyme et de l’information d’une part et l’abstention de coller automatiquement une « étiquette criminelle » d’autre part ?

19.8.2.            Enquête approfondie sur l’indicateur

La circulaire ministérielle, plusieurs fois évoquée précédemment, dispose que « le gestionnaire des indicateurs contrôlera de façon approfondie tous les antécédents de chaque indicateur et les raisons pour lesquelles celui-ci accepte ou souhaite communiquer des informations sur le milieu criminel et prêter sa collaboration. Il établira un rapport écrit de cette vérification » [44] . La circulaire ne fournit pas d’autres précisions quant à la signification concrète de l’enquête approfondie et la manière dont cette disposition est implémentée diffère donc particulièrement, à moins que le prétexte du manque de clarté quant à la notion de « non-implémentation » ne soit invoqué. On vérifie certes que l’intéressé n’est pas recherché au moment de l’encodage mais cette mesure est loin d’être suffisante. En outre, un rapport n’est rédigé que dans de très rares cas. Déterminer les intentions réelles de l’indicateur dès les premiers contacts n’est pas chose facile. Il n’en reste pas moins évident qu’il faut enquêter le plus possible sur une personne avant de l’inscrire comme indicateur et d’en faire un rapport écrit.   
Une prescription de ce type n’est cependant pas à considérer comme statique car un dossier d’indicateur doit être géré de manière dynamique.

19.8.3.            Rédaction d’un rapport de contact

D’après la circulaire ministérielle, tout contact avec un indicateur doit faire l’objet d’un « rapport de contact » [45] , ce qui se révèle être un point particulièrement sensible. Plusieurs gestionnaires des indicateurs soulignent qu’il est « impossible » de rédiger un tel rapport à chaque contact – qu’il s’agisse de contacts de circonstances ou fortuits ou de coups de téléphones « informels ». Il est à remarquer que ce sont les services ne gérant que quelques indicateurs qui tiennent ce genre de propos alors que ceux-là même qui gèrent le plus grand nombre d’indicateurs parviennent manifestement à appliquer cette disposition de la circulaire. La « faisabilité » ou non de cette mesure ne constitue donc pas un argument susceptible de dispenser les policiers concernés d’enregistrer un minimum chacun de leurs contacts, y compris les coups de fil informels.          
Une divergence de contenu de ces rapports a également été remarquée. Certains rapports ne mentionnent pas clairement les renseignements de l’indicateur. Ils sont noyés dans un mélange comprenant ses propos en général et certaines vérifications effectuées par le rédacteur. Il en va de même pour les informations consignées : la mention « rien de particulier » figurera dans le rapport s’il s’agit d’une conversation à propos de la pluie et du beau temps, à moins qu’il n’y ait tout simplement pas de rapport de contact.

19.8.4.            Contact avec les indicateurs

19.8.4.1.      Préparation

Le fait est que certains contacts entre le policier et l’indicateur ne sont que le fruit du hasard. Il arrive également que le policier soit contacté afin d’organiser une rencontre sur-le-champ mais en règle générale, le policier de contact dispose d’un laps de temps suffisant pour préparer cette rencontre. Il ne peut donc être toléré d’apprendre durant une visite que, dans l’hypothèse où le policier disposait du temps nécessaire, il ne se soit pas informé de la situation de l’indicateur avant de le rencontrer. Il apparaît en d’autres termes qu’il est encore possible aujourd’hui d’avoir un contact avec un indicateur qui, depuis le dernier contact, est recherché et signalé, sans que le policier en ait connaissance.

19.8.4.2.      Deux policiers pour un contact

La circulaire ministérielle prescrit qu’un deuxième policier de contact doit toujours être désigné afin d’assister le premier policier de contact contre toute tentative de manipulation par l’indicateur et assurer à l’indicateur une permanence de contact [46] .                                                                                                  
Faire de cette disposition une règle selon laquelle tout contact doit se faire par deux policiers – et par conséquent soulever de nouveau une impossibilité pratique [47] – reviendrait à dépasser la portée de cette disposition.        
Il ne faut pas considérer pour autant que le deuxième policier de contact soit désigné « pour la forme » car ce serait également trahir l’esprit de cette disposition. Indépendamment de la finalité « d’accessibilité » qui n’est pas atteinte, une telle approche ne favorise en aucune manière la sécurité ni la fiabilité des informations reçues.    
Tous les services visités ont assuré que les contacts étaient organisés avec plusieurs policiers. Nous ne sommes pas en mesure de mettre en doute ces affirmations. Pourtant, certaines enquêtes de contrôle et enquêtes judiciaires – récentes – permettent de constater que cette disposition n’est pas appliquée partout et que les contacts individuels constituent davantage la règle que l’exception. Certains entretiens avec des policiers de contact ont néanmoins démontré que, même lorsqu’ils respectent la prescription de la circulaire, plusieurs d’entre eux ne perçoivent pas suffisamment qu’il en va de leur sécurité et de l’intérêt du dossier et non de tracasseries administratives. En outre, il apparaît qu’il faut constamment les « convaincre » de respecter cette directive, afin d’éviter que la règle ne devienne l’exception.

19.8.4.3.      Contacts privés

Si nul ne songe à contester le caractère « d’affaires » des contacts entre les indicateurs et les policiers ni le fait que les indicateurs ne soient pas la « propriété » du policier, il ressort néanmoins de plusieurs dossiers que tous les policiers de contact ne sont pas du même avis. Dans les cas où aucun contrôle n’est exercé par le gestionnaire des indicateurs (ainsi qu’il a été constaté dans de nombreux dossiers) et où les contacts se passent entre individus, la porte est ouverte à des contacts qui dépassent la simple relation « d’affaires » pour devenir des rapports d’amitié.    
Chaque gestionnaire des indicateurs semble persuadé qu’il ne peut y avoir aucun cadeau ni achat privé entre le policier et l’indicateur. Pourtant, au vu des dossiers traités par le Comité permanent P, la réalité semble toute autre.

19.8.5.            Encodage

La circulaire ministérielle décrit clairement la portée générale et le fonctionnement du système de contrôle. Toutefois, elle omet de fournir des directives claires et univoques quant à certains aspects pratiques de l’encodage.

19.8.5.1.      Moment de l’encodage

Nous avons constaté à cet égard des divergences de vues dans les services visités : (1) certains procèdent à l’encodage dès « l’utilisation » de l’information reçue, c.-à-d. dès l’ouverture d’un dossier sur la base de cette information ; (2) d’autres procèdent à l’encodage uniquement après obtention de plusieurs informations du même indicateur afin de pouvoir juger de la valeur de l’indicateur ; (3) d’autres enfin procèdent à l’encodage afin de pouvoir verser une prime le cas échéant.

19.8.5.2.      Indicateurs fiables et non fiables

Il importe de pouvoir faire la distinction entre les deux car la circulaire ministérielle impose un certain nombre de limites en matière de gestion des indicateurs non fiables. Nonobstant la réforme des services de police et en particulier la fusion des anciens services concernés, qui éviteront d’avoir un même indicateur inscrit comme fiable chez l’un et non fiable chez l’autre, une définition de la notion « fiable » reste bel et bien nécessaire, quoique malaisée à établir.

19.8.5.3.      Indicateurs actifs et non actifs

Ces notions nécessitent également une définition précise. Les gestionnaires nationaux des indicateurs ont défini des directives en matière de « fiabilité » et « d’activité » mais les interprétations restent encore diverses.

19.8.5.4.      Indicateurs au plan international

La gestion des indicateurs présente un autre aspect à ne pas négliger : les indicateurs actifs au plan international. Il a pu être constaté que les indicateurs tendent à pratiquer le « forum shopping ». Ils vendent leurs informations au plus offrant, même si les informations en question concernent un autre pays. Ces pratiques ne font pas qu’entraver la procédure, elles posent également des problèmes d’ordre pratique. Pire encore, comment savoir si un indicateur actif dans plusieurs pays s’est avéré non fiable dans l’un d’eux ? Cette question reste sans réponse à défaut d’un système d’encodage (au moins) au niveau européen. À cet égard, Europol a développé une initiative permettant de signaler les indicateurs non fiables actifs au plan international. Ainsi, les États membres peuvent savoir à tout moment que tel indicateur est enregistré comme non fiable dans tel autre pays membre. Cette initiative, une avancée incontestable dans le domaine, reste limitée aux indicateurs non fiables. Toutefois, c’est précisément pour cette catégorie d’indicateurs que le problème se pose avec acuité.

19.9.                  Structures et responsabilités

Dans l’état actuel des choses, il est impossible de se prononcer sur les structures et responsabilités à mettre en place vu la réforme des services de police en cours. Certains aspects de la gestion des indicateurs doivent pourtant êtres conciliés et certaines questions doivent trouver des réponses. Dans les deux cas, il faut tenir compte de l’objectif même des contacts avec les indicateurs. C’est ainsi que l’organigramme du SJA prévoit une section d’information criminelle (SIC). La gestion des indicateurs (enregistrés) constitue le core business de ces équipes (là où elles existent déjà ou sont en train de se mettre en place). La question qui s’impose à l’esprit est de savoir si le « chef » de cette section remplira également les fonctions des gestionnaires locaux des indicateurs inscrites dans la circulaire ministérielle. Dans l’hypothèse où il serait estimé que les enquêteurs du SJA ou les services de recherche locaux ne sont pas censés avoir des contacts avec des indicateurs – ou alors uniquement à titre exceptionnel –, cette possibilité semble acceptable. Dans celle où les membres de la SIC s’occuperaient exclusivement de la gestion des indicateurs « de haut vol » tandis que les enquêteurs s’occuperaient de leurs indicateurs – pas en tant qu’activité principale –, une telle solution apparaît comme moins évidente.   
La SIC n’a pas encore été mise en place partout. Il conviendrait pourtant de l’instaurer dans chaque SJA vu la plus-value évidente qu’elle pourrait apporter.
Une clarification s’impose tout autant pour la relation entre le gestionnaire des indicateurs et son supérieur hiérarchique ou fonctionnel. En effet, certains gestionnaires des indicateurs partent du principe qu’ils ont la responsabilité pleine et entière de cette fonction et qu’il n’existe par définition aucune autorité supérieure en cette matière au sein de la structure policière. Il en a résulté que la hiérarchie s’est vu refuser l’accès à la moindre donnée relative à un indicateur. D’autres ne font pas cette distinction ou se montrent plus nuancés. Ils « acceptent » un contrôle du supérieur hiérarchique en ce qui concerne la manière dont le gestionnaire des indicateurs exerce sa tâche et ne refusent pas l’accès à des données relatives à l’identité d’un indicateur pour autant que cet accès soit pertinent et nécessaire.
La circulaire ministérielle accorde en outre à la police locale de pouvoir également gérer des indicateurs mais l’encodage doit se faire, dans l’état actuel des choses, par la police fédérale. Il va sans dire que le système d’encodage actuel ne doit pas être modifié : il faut continuer à attribuer un numéro unique à l’indicateur et tenir à jour une banque de données centralisée. Il conviendra aussi d’élaborer un concept général qui déterminera en partie si l’encodage doit se faire à partir de la police locale via le SJA local (solution analogue aux prescriptions de la circulaire ministérielle) ou directement au niveau du gestionnaire national des indicateurs. Si l’on considère que la gestion des indicateurs n’est pas exclusivement réservée aux SIC, il faudra bien évidemment prévoir également au sein de la police locale la fonction de gestionnaire des indicateurs, pour que ce dernier puisse veiller au respect des dispositions de la circulaire ministérielle et à la mise en place des conditions connexes nécessaires, applicables aux policiers de contact de la police locale. L’instauration d’un contrôle « à distance » ne semble, en effet, pas être la solution la mieux indiquée.  
D’autre part, il faut accepter le fait que la gestion des indicateurs « de haut vol » nécessite un profil particulier et une formation adéquate du policier de contact. Il serait peu judicieux de consentir un tel investissement dans chaque corps de police locale. Qui plus est, il faudrait veiller à ce que les policiers de contact de la police locale satisfassent aux mêmes exigences que celles de la police fédérale et qu’ils bénéficient des mêmes formations et suivi.           
Peut-être est-ce là un rôle tout désigné pour le policier de liaison du SJA de la police locale.

19.10.              Moyens

Accepter de travailler sur la base d’informations de personnes dont l’identité n’est en principe connue que des seuls policiers de contact et gestionnaires des indicateurs implique que les contacts entre les deux soient également anonymes. Il a été constaté que sur le plan des moyens, aucune disposition particulière n’avait été prévue, ni pour les policiers de contact, ni pour les SIC. Il ne serait pas opportun non plus de décrire concrètement quels doivent être ces moyens mais nous pouvons dire globalement que les possibilités actuelles en matière de contacts téléphoniques devraient être utilisées afin de conférer à ce type de contact une protection conforme à celle des indicateurs.

20.                     Conclusions

Le recours à des indicateurs fait partie intégrante d’un processus de recherche ordinaire ou normal. Tant dans l’intérêt de l’indicateur que dans celui de la personne (et de son entourage) en contact avec l’indicateur et dans celui du service de police même, il est primordial d’établir des règles afin d’assurer l’efficacité, l’efficience et l’intégrité du système. Si la circulaire ministérielle du 24 avril 1990, à la base même de ce travail, s’avère toujours actuelle, elle nécessite une précision et un développement de certaines dispositions, notamment par voie législative.   
D’autre part, il ne suffit pas d’avoir des règles, il convient surtout de les observer et de veiller à leur bonne application. Or, plusieurs enquêtes du Comité permanent P ont démontré que ce n’est pas toujours le cas. Il a été constaté in casu que les indicateurs étaient toujours gérés par le même policier, que la relation « d’affaires » entre le policier et l’indicateur s’était muée en relation privée, voire très privée, qu’aucun rapport de contact n’était rédigé et enfin que le contrôle du gestionnaire des indicateurs était inexistant.            
Les visites effectuées ont démontré que, dans la majorité des services, des mécanismes suffisants ont été mis en place afin d’éviter toute situation problématique ou, du moins, de les détecter à temps. Il ne faut par conséquent pas se forger une image « négative » de la manière dont la problématique est actuellement abordée et conçue. Il apparaît clairement que son caractère précaire est reconnu à juste titre en ce sens que cette matière est considérée comme prioritaire au sein de la Direction générale de la police judiciaire.
Il n’en reste pas moins que le professionnalisme de l’ensemble peut et doit être amélioré. Si nous ne mettons pas en doute la qualité des gestionnaires des indicateurs et des policiers de contact actuels, nous estimons qu’un profil spécifique doit être développé, ainsi qu’une sélection et une évaluation tout aussi spécifiques, complétées par la « connaissance » que l’on a des candidats. Ce n’est donc plus ce dernier facteur seul qui doit conditionner le choix d’un candidat ou d’un autre. Des progrès sont également à réaliser dans les domaines de la formation et du contrôle de l’intégrité. Bien souvent, des conceptions quasi toutes faites ont été développées concrètement mais, pour diverses raisons, personne n’est allé jusqu’au bout. En outre, ces règles ne peuvent pas toutes être intégrées dans une législation formelle pour la bonne et simple raison que certaines présentent un caractère évolutif. Il convient toutefois de s’assurer qu’elles interviennent et que les initiatives actuelles prises ou devant être prises par la police fédérale compte tenu des recommandations, débouchent cette fois sur un résultat concret. Il importe que ces règles s’appliquent à l’ensemble des fonctionnaires de police gérant des indicateurs, qu’ils soient de la police fédérale ou locale.   
Par ailleurs, il convient dans un système cohérent de réserver une place de choix aux principes de contrôle et de responsabilité.
Les ministres compétents devraient à tout le moins offrir cette garantie minimale au Parlement.

21.                     Recommandations

À l’issue de l’examen de cette question, le Comité permanent de contrôle des services de police pense que le système pourrait être amélioré, notamment par les mesures suivantes : (1) précision d’un certain nombre de notions (indicateur, actif/plus actif, fiable/non fiable, etc.) ; (2) élaboration d’un profil pour le policier de contact et le gestionnaire des indicateurs ; (3) sélection et formation adéquates ; (4) développement d’un système de vérification de l’intégrité et diffusion d’un code de conduite en attendant un tel système ; (5) diffusion de directives en matière de constitution et de conservation de dossiers ; (6) développement d’un concept général de gestion des indicateurs et des SIC en particulier accompagné de la mise en place de ces SIC là où elles n’existent pas encore ; (7) instauration d’une réglementation axée sur les besoins de la police locale ; (8) garantie de la rédaction de rapports de contact et de l’affectation de deux policiers pour un contact ; définition de règles d’utilisation pour les rapports de contact ; (9) définition de la mesure dans laquelle des moyens matériels favoriseraient la sécurité du policier de contact et du gestionnaire des indicateurs ; (10) précision des rapports entre les responsables ; (11) instauration d’une évaluation spécifique pour les policiers de contact et les gestionnaires des indicateurs ; (12) développement d’indices de performance pour le fonctionnement des SIC.

Section 2 : Trafic d’êtres humains [48]

22.                     Introduction

Le présent rapport intermédiaire traite du rapport final relatif à l’enquête sur « l’affaire de Douvres », dont les principales conclusions ont déjà été formulées dans le rapport annuel 2000. Un certain nombre de problèmes spécifiques en matière de traitement de l’information et au niveau de la coordination dans le cadre de la lutte contre le trafic d’êtres humains ont été approfondis en tenant déjà compte, dans la mesure du possible, de l’impact de la réforme des services de police.

23.                     Affaire de Douvres

23.1.                  Généralités

Le 19 juin 2000, les corps sans vie de 58 passagers clandestins en provenance de Chine ont été découverts dans un poids lourd néerlandais à Douvres. Seuls deux Chinois avaient en effet survécu à l’aventure. Un premier volet, devenu une enquête de contrôle générale relative à l’approche du phénomène du trafic d’êtres humains par les services belges de police, avait pour objet de vérifier si, le 18 juin 2000, il y avait eu un dysfonctionnement de la part des services de police belges lors du contrôle frontalier [xvii] . Le déroulement des événements ainsi que les effectifs de la police de la navigation (SPN) en fonction ce jour-là sont précisés dans la quatrième partie du rapport à l’annexe A, III.

23.2.                  Conformité de l’intervention par rapport au cadre légal

L’article 6 de l’Accord Schengen règle les modalités des contrôles frontaliers et définit, en son alinéa 2, un certain nombre de principes uniformes à ce propos [49] .
Il est exact que les deux membres de la SPN chargés d’effectuer le contrôle frontalier ont été appelés en renfort à la suite de problèmes de maintien de l’ordre public sur un autre ferry. Cet appel n’a toutefois eu aucun impact sur les possibilités de découverte éventuelle des passagers clandestins dans le poids lourd néerlandais. Conformément aux dispositions de l’Accord Schengen, le contrôle frontalier ne prévoit qu’un contrôle systématique des documents d’identité des véhicules entrant dans l’espace Schengen. Ce contrôle était terminé au moment où les membres de la SPN ont été appelés ailleurs en renfort.          
En vertu de l’alinéa 2, littera e de l’article 6 précité de l’Accord Schengen, priorité a été donnée au contrôle du trafic entrant. Bien qu’il soit normal que le trafic sortant soit également soumis à un contrôle, celui-ci se limite généralement au contrôle des documents. À la suite d’une visite de travail dans les ports de Douvres et de Calais, on a pu constater que les autorités britanniques et françaises ne soumettaient que peu – ou pas – de véhicules sortants à un contrôle, à l’exception du trafic passant par l’Eurotunnel. À cet égard, c’est surtout l’aspect sécurité qui constitue le principal motif des contrôles et non la lutte contre le trafic d’êtres humains.

23.3.                  Possibilités de recherche proactive

Au moment de l’incident, la SPN avait accès aux indicateurs suivants en matière de traite des êtres humains afin de découvrir la présence possible d’illégaux : (1) nationalité du conducteur ; (2) firme de transport ; (3) provenance du poids lourd/tracteur ; (4) destination ; (5) accessibilité/pose de scellés sur le volume réservé aux marchandises.         
En matière de recherche proactive, il a été envisagé de créer une banque de données capable de réaliser un « profiling » sélectif, c’est-à-dire de rassembler les indicateurs convergents permettant une action ciblée. Pareille initiative pose peut-être un problème légal au niveau de la finalité et de la conservation dans le temps des données recueillies. En outre, la SPN n’a pas un accès direct ou on-line à d’autres indicateurs tels que les données d’enregistrement, les transactions, les méthodes de paiement, les fichiers clients de l’armateur, etc. Une première solution serait de raccorder la police maritime aux systèmes informatiques des ports.

23.4.                  Conclusions

On peut aujourd’hui affirmer avec certitude que les clandestins étaient encore en vie au moment de l’embarquement à Zeebrugge. Selon les témoignages des deux survivants, les clandestins ont respecté les instructions des trafiquants d’êtres humains en restant silencieux lors du passage de la frontière et de l’embarquement subséquent. Compte tenu de ces constatations et du fait que les membres de la SPN chargés du contrôle frontalier ne disposaient pas de profils ou de directives pour soumettre le poids lourd à un contrôle, le Comité estime que, concrètement, le fait de ne pas avoir découvert les clandestins ne peut, en l’espèce et dans une certaine mesure, être attribué à des dysfonctionnements dans le chef des fonctionnaires de police chargés du contrôle frontalier. Néanmoins, cette enquête a, dès le début, fait ressortir la complexité du problème de la lutte contre le trafic d’êtres humains. Bien que le contrôle frontalier ait été correctement effectué sur le plan formel, on peut se poser la question de son efficacité dans le cadre de la recherche d’infractions. Si on se limite strictement aux directives de l’Accord Schengen, le contrôle peut être considéré comme efficace voire efficient dans une certaine mesure. Par contre, si on vise également la recherche d’illégaux étrangers tentant de quitter le pays, ce contrôle est absolument inefficace ; pour cette raison, une modification des procédures et des directives s’impose.       
Le commissaire du port, responsable local final, s’est avéré ne pas répondre au profil d’un commandant de brigade bien qu’il ait été formé sur le plan technique aux missions nautiques de la SPN. Cette lacune a donc contribué à un fonctionnement auto-régulateur de la brigade. Le problème était d’autant plus sérieux que le service en était à sa deuxième intégration en quelques années et était composé de membres issus de cultures de travail divergentes et disposant d’une expérience diverse. Vu le manque de temps accordé à ces intégrations, la formation est restée limitée au strict minimum.
Dans le cas du trafic d’êtres humains, on pourrait affirmer que le clandestin devrait être vu comme le client et non comme la victime, si ce n’est l’augmentation des risques liés au trafic. Parallèlement, et bien que l’initiative du voyage soit volontaire, une fois aux mains des trafiquants, les clandestins tombent en quelque sorte sous la coupe des « passeurs ». Le « client » n’a d’autre choix que de se conformer aux méthodes de transport de « l’agence de voyages ». Il est aussi utopique de vouloir bannir les accidents de la route à issue fatale que de chercher à élaborer des mesures garantissant à cent pour cent la sécurité des clandestins. Bien qu’en cette matière, la police ne s’engage pas en termes de résultats, elle doit gérer les moyens disponibles de manière optimale pour pouvoir maîtriser le phénomène avec la plus grande efficacité. À cet égard, il ne faut pas oublier que Zeebrugge et la région côtière en général ne constituent que le point final du trajet du trafic d’êtres humains et que le problème doit par conséquent être coordonné et abordé au niveau fédéral. Les liaisons ferroviaires nord-sud sont notamment utilisées par les trafiquants d’êtres humains, de même que tous les parkings le long de l’autoroute E40 entre Bruxelles et la côte.

24.                     Impact de la réforme des services de police

24.1.                  Restructuration de la police de la navigation (SPN)

Le 1er avril 2001 a vu l’intégration des sections de la SPN et des brigades portuaires. La centralisation de ces services sous la houlette de la Direction de la police des voies de communication (DAC), qui a également en charge les matières de l’immigration et du contrôle frontalier, permet de mettre en œuvre une approche intégrée qui ne se limite pas aux ports côtiers mais qui s’applique également sur toutes les routes de transit dans l’hinterland, qu’il s’agisse d’autoroutes ou de liaisons ferroviaires.     
Un point faible semble provisoirement encore être l’imprécision des missions des unités provinciales de circulation (UPC), qui pourraient pourtant jouer un rôle primordial dans la lutte contre le trafic d’êtres humains. Des actions administratives ciblées ont lieu quotidiennement et sur la base d’un schéma mensuel aux ports d’Ostende et de Zeebrugge ainsi que dans les ports de plaisance d’Ostende, Zeebrugge et Nieuport. C’est dans ce cadre que l’on recherche activement, à l’aide de certains moyens techniques, la présence d’êtres humains entre les marchandises transportées, tant à bord des véhicules que des navires.       
La SPN, sur la base de sa nouvelle structure, est en train de développer de nouvelles initiatives en vue d’une approche efficace du phénomène du trafic d’êtres humains et d’une intervention efficiente en la matière.

24.2.                  Répartition des tâches

La SPN a conclu un certain nombre de protocoles d’accord avec des services de police locale. Les compétences ont été réparties sur base territoriale pour les polices de Bruges et d’Ostende et sur base de la nature des tâches pour Blankenberge et Nieuport, la SPN se chargeant du contrôle frontalier et de la police de la navigation. Il a été convenu avec la section mœurs et traite des êtres humains du Service de recherche de la police locale d’Ostende que ce service serait associé à des actions ciblées avec scanner autour des terrains portuaires d’Ostende et que, dans une deuxième phase, des membres de la Cellule Traite des êtres humains de la SPN d’Ostende seraient mis à la disposition du Service de recherche pour leurs dispositifs de contrôles routiers mensuels, dont les finalités seront élargies à la traite des êtres humains et à des vérifications visant à découvrir si des documents sont faux ou falsifiés. Un contact régulier entre les deux services devrait favoriser l’échange d’informations.

24.3.                  Transmission et traitement de l’information

24.3.1.            Coordinateur priorités fédérales côte

La direction de la SPN a procédé en mars 2001 à la mise en place d’un Coordinateur fédéral priorités côte. Outre une mission de coordination au niveau opérationnel, celui-ci constitue un point de référence central pour les sections d’Ostende et de Zeebrugge au niveau de certains aspects prioritaires du Plan national de sécurité 2001, in casu la lutte contre les phénomènes de traite des êtres humains et de trafic de drogues illégales. Il y aura notamment plus de contacts réguliers avec la section recherche de la police locale d’Ostende en vue de s’attaquer au phénomène du trafic d’êtres humains dans ce ressort. La mise en œuvre de moyens de recherche techniques ainsi que la mise à disposition de services tels que les UPC seront également coordonnées. La formation nécessaire a été assurée à cet égard.

24.3.2.            Carrefours d’information d’arrondissement (CIA)

24.3.2.1.      Banque de données

Conformément au protocole d’accord définissant un certain nombre d’obligations pour la police locale, la banque de données MEGASYS est alimentée par des informations issues de procès-verbaux, de formulaires uniformes, de formulaires de notification d’enquêtes et de rapports d’information. Le CIA reçoit également par fax les copies des rapports journaliers de la police locale et fédérale.
Depuis mai 2001, à la demande du parquet, les pages de garde des rapports administratifs rédigés par la police locale et destinés à l’Office des étrangers (ODE) sont également transmises au CIA de Bruges.
Des problèmes se posent toutefois concernant la saisie d’un certain nombre de paramètres spécifiques dans le domaine du trafic/traite des êtres humains. C’est ainsi que l’on ne peut saisir dans POLIS les informations nécessaires relatives aux trajets des véhicules. Une banque de données spécialisée s’impose dès lors, faute de quoi l’analyse de ces infractions et l’élaboration de profils en la matière resteront purement hypothétiques.

24.3.2.2.      Flux de l’information

L’entretien du 25 septembre 2000 avec le chef du Bureau de district des recherches (BDR) de l’ancienne gendarmerie de Bruges, le prédécesseur du CIA, a révélé qu’il était impossible à l’époque d’organiser un échange numérique d’informations directes entre le BDR et le Bureau central de recherches (BCR). Les procédures d’échanges d’informations entre les niveaux local et fédéral représentaient donc un investissement lourd en temps et en travail. Aujourd’hui, la situation a évolué et un téléchargement direct de l’information entre le CIA et les services fédéraux est parfaitement possible dans les deux sens. Des informations sont d’ailleurs téléchargées chaque semaine au moyen du logiciel teamware, un programme interne de courrier électronique sur le réseau HILDE en usage depuis le 18 mai 2001.   
Ce ne sont pas les documents proprement dits qui circulent, d’où l’importance des références. Or, comme dans la pratique, ces références correspondent aux numéros des procès-verbaux, le CIA a demandé aux divers services de dresser plutôt des procès-verbaux que des rapports d’information.

24.3.2.3.      Saisie de l’information

Un problème auquel les brigades locales de gendarmerie ont été confrontées dans le passé se remarque au niveau des polices locales depuis la réorganisation : la police de première ligne n’est pas familière avec les méthodes d’évaluation des données et d’importantes informations se perdent en raison de ce « retard » en matière de gestion de l’information. C’est pourquoi il convient d’élaborer au niveau interne une procédure qui conférerait une plus-value à l’information traitée avant sa transmission au CIA. Les principaux problèmes et dysfonctionnements se situent au niveau de la saisie des informations, qui ne s’effectue pas de manière uniforme. En ce qui concerne la police locale, il semblerait que le tableau de saisie PIP soit trop complexe pour les agents au point que la création d’une cellule de saisie s’impose. Il est à noter que les problèmes se situent principalement au niveau de l’établissement des liens entre les différents faits.      
Il faudrait non seulement améliorer le contrôle qualité du contenu mais également envisager de manière prioritaire les questions de l’enregistrement et du traitement corrects de l’information dure avant de se préoccuper des informations douces.

24.3.2.4.      Exploitation des données

L’exploitation des données s’effectue à partir des documents transmis quotidiennement ou non au service de documentation. Il s’agit : (1) des formulaires uniformes ; (2) des procès-verbaux ; (3) des rapports quotidiens des services de police ; (4) des notifications d’enquêtes ; (5) des bulletins d’information ; (6) des feuillets d’information d’autres CIA ; (7) de signalements BCS. Sur la base de ces données, on vérifie si la Banque de données criminelles nationales (BDCN) est alimentée correctement et en suffisance. Le CIA est mandaté pour améliorer ou modifier cette information. Parallèlement, l’exploitation d’informations et de faits au niveau des priorités fixées incombe au parquet local et se situe dans un cadre de programmes nationaux. Enfin, les nouveaux phénomènes font l’objet d’un « screening » et rapport est fait à la Commission d’accompagnement et au magistrat de référence. L’exploitation des données couvre le traitement des rapports d’information et les notifications d’enquêtes ; la recherche d’informations faisant double emploi ; les ajouts au bulletin d’information du CIA, « De Garrebrug » (par exemple l’attention à prêter à certains liens établis, le screening de faits communiqués) et l’élaboration de lay-outs.
Certains membres du CIA participent à des réunions de coordination portant sur des enquêtes concrètes, à la concertation mensuelle des services de recherche de l’arrondissement et à la concertation belgo-néerlandaise mensuelle. Le CIA est enfin chargé de la gestion et de la répartition des demandes d’enquêtes qui émanent d’autres services de police ou qui leur sont adressées.

24.3.2.5.      Unité pilote Brigade aérienne et portuaire

La Brigade aérienne et maritime fonctionnait déjà avant la réforme des polices comme unité pilote et traitait toutes les informations relatives au trafic d’êtres humains dans son propre système MEGASYS. L’information relative au trafic d’êtres humains est actuellement centralisée par le CIA. À l’avenir, il faudra créer une banque nationale de données d’experts, tant pour l’information dure que pour l’information douce.

24.3.2.6.      Output (feedback et diffusion de l’information)

Le bulletin d’information du CIA « De Garrebrug » est diffusé quotidiennement et présente un aperçu quotidien destiné à la magistrature, aux services de police de l’arrondissement et à quelques services de police extérieurs. Il comporte en outre les nouvelles méthodes, de sorte qu’elles sont transmises immédiatement. De plus, chaque expéditeur d’un rapport d’information ou d’une fiche de notification reçoit toujours un feedback du CIA. Il existe encore d’autres destinataires possibles du CIA, à savoir certains services de l’arrondissement de Bruges, les CIA d’autres arrondissements et les services d’appui policier nationaux (en l’espèce la Cellule Traite des êtres humains).

24.3.2.7.      Informations spécifiques concernant le trafic d’êtres humains

Il a été constaté, au moment de la visite de travail, qu’il n’y avait pas de contrôle des conteneurs. Bien que le CIA dispose d’informations selon lesquelles il y aurait un important trafic d’illégaux vers le Canada, personne n’est saisi de l’affaire. On peut donc en déduire que le modus operandi des trafiquants d’êtres humains est des plus efficace et se fait probablement via le transport de conteneurs à destination du Canada.        
Dans le protocole d’accord relatif au fonctionnement du Carrefour d’information d’arrondissement de Bruges, les objectifs de ce dernier sont précisés comme suit : (1) avoir un aperçu de toutes les enquêtes importantes ; (2) établir tous les liens possibles entre l’information dure, les diverses enquêtes et l’information douce ; (3) faire office de soutien documentaire opérationnel ; (4) fournir un appui à la politique menée. Le responsable du CIA pense que ces objectifs en matière de traite des êtres humains sont atteints, notamment grâce à la mise en œuvre d’une part considérable des moyens et des ressources humaines, conformément au caractère prioritaire conféré à cette problématique tant par le Plan fédéral de sécurité et de détention et le Plan national de sécurité que par la politique menée au niveau local telle qu’elle est traduite par le procureur du Roi dans ses directives.

24.3.2.8.      Conclusions

Le CIA est investi d’une importante mission au niveau de la collecte, du traitement et de la diffusion des informations. C’est pourquoi il est primordial que l’ensemble des partenaires du paysage policier prennent leurs responsabilités afin de transmettre une information aussi complète que correcte. Dans ce contexte, la police locale devrait mieux gérer l’information de sorte qu’elle soit utilisable à un niveau supra local et qu’elle permette une saisie correcte. L’Integrated System for the Local Police (ISLP) – un réseau informatique créé dans le cadre de la réforme des polices – répond aux espérances en matière d’uniformisation et d’automatisation plus poussées des canaux d’information entre la police locale, le CIA et la police fédérale. L’ISLP – une version améliorée du PIP – offrira la possibilité lors de la saisie de procès-verbaux, d’engranger des données dans la banque de données criminelles nationales. Il y aura donc un lien direct avec le CIA de sorte que formulaires uniformes, fax et autres documents seront à l’avenir superflus.

24.3.3.            Service Traite des êtres humains

24.3.3.1.      Fonctionnement

Le Service Traite des êtres humains a pour mission de donner des signaux et de fournir informations et conseils aux responsables politiques, aux structures de concertation, aux administrations impliquées et aux groupes cibles concernés par les phénomènes de la traite et du trafic d’êtres humains. Le Service garantit l’échange d’expériences avec les services concernés afin de simplifier, rationaliser et améliorer la coopération mutuelle. Le Service est plus particulièrement chargé de détecter les réseaux qui se cachent derrière ces phénomènes avant de formuler des avis en vue d’appuyer les décisions et/ou mesures administratives dans les domaines visés. En tant que cellule policière opérationnelle, il s’efforce de développer une expertise dans les domaines énumérés, de mettre en œuvre une collaboration avec d’autres instances et de soutenir structurellement le contrôle de l’exploitation organisée des personnes dans le cadre de la traite des êtres humains et leur mise au travail illégale.       
Le Service Traite des êtres humains ne procède lui-même à aucune enquête mais assure un rôle de coordination dans des enquêtes nécessitant l’engagement d’une technique policière particulière ou dans des enquêtes à dimension internationale. Toutefois, il devrait pouvoir effectuer ses propres enquêtes dès que le parquet fédéral sera opérationnel.
L’information est collectée par le biais de trois canaux, notamment en premier lieu via les « linking pins », chaque fonctionnaire de police du Service Traite des êtres humains fonctionnant comme personne de contact pour les services externes tel que les Carrefours d’information d’arrondissement (CIA) ou les Services judiciaires d’arrondissement (SJA). Ce « linking pin » se charge du traitement et du suivi de toutes les demandes adressées au Service, fait office de personne de contact permanente et participe aux réunions d’arrondissement, ce qui a permis la mise en place de réseaux de contact régionaux efficaces. Toutes les questions posées au Service sont également introduites dans un système informatique de manière à pouvoir établir des liens et se forger une idée précise des affaires et de leurs suites. Ce système, entré en vigueur en janvier 2001, est apprécié tant par le personnel que par les clients. On tend donc à développer dans tous les services concernés un réseau de personnes chargées du contact permanent. Le deuxième canal consiste en contacts avec d’autres services de police au niveau national et international (officiers de liaison, Europol, Interpol, services étrangers). Il semble qu’il ne soit pas simple d’établir des points de contact avec certains pays. Tant Europol qu’Interpol travaillent à l’élaboration d’une référothèque en la matière. Enfin, une troisième voie est celle d’autres partenaires extérieurs tels que l’Office des étrangers (ODE), les ministères de la Justice, des Affaires étrangères et de l’Intérieur, des organisations non-gouvernementales (ONG), des centres d’accueil pour prostituées et victimes de la traite des femmes, l’inspection sociale, etc.     
Le feedback aux intéressés à propos des tendances générales et de l’information est donné de trois manières. Premièrement, l’information opérationnelle liée à une affaire particulière est partagée avec les services de police locaux via le système informatique MEGASYS et par le biais du CIA pour les informations « linking pin ». Le service se charge également d’ouvrir des enquêtes communes lorsque des liens sont constatés. Deuxièmement, les nouvelles tendances sont communiquées via un feuillet bilingue publié toutes les deux semaines et contenant de brèves informations et références. Il est diffusé dans les CIA par e-mail via l’Intranet, lesquels le transmettent intégralement au magistrat de référence, aux Cellules Traite des êtres humains des SJA et à la police locale. Ils participent également à l’élaboration de ce feuillet diffusé par les CIA. Un questionnaire de 20 questions a donné de bons résultats en matière d’appréciation, tant en ce qui concerne la forme que le contenu. Ce feuillet rend compte des tendances et des phénomènes et renvoie à MEGASYS pour des exemples concrets. Enfin, une version ouverte est diffusée à l’extérieur à un rythme mensuel. Les destinataires sont notamment le ministère des Affaires étrangères (qui transmet à son tour ces documents aux ambassades), l’université de Gand (qui effectue une étude sur la traite des êtres humains), l’ODE (qui diffuse ce feuillet parmi ses membres), les centres d’accueil, Child Focus, etc. En général, les personnes de contact qui fournissent l’information s’occupent également de répercuter le feedback.       
Depuis août 2000, il existe au sein du Service Traite des êtres humains un système de gestion des informations également accessible à tous les services de police. Il en est par exemple fait usage pour l’élaboration de leur plan local de sécurité. Les documents lus font l’objet d’une synthèse dans un programme de traitement de texte qui est classée par pays ou par phénomène. En outre, l’information structurée est entreposée dans un fichier de données.

24.3.3.2.      Analyses de profils

Dresser un profil de trafiquants d’êtres humains n’est pas chose aisée en raison de la créativité dont ils font preuve. Quant aux itinéraires empruntés, ils sont des plus variables. C’est ainsi qu’un transporteur se rendant en Grande-Bretagne au départ d’Ostende ou de Zeebrugge pourra facilement modifier son itinéraire en fonction du trafic ou des contrôles de police et se diriger vers Calais ou Flessingue. Il est également difficile d’établir un profil des véhicules. En effet, la police ne dispose pas d’assez d’informations sur les sociétés de transport. Quant aux compagnies de ferry, elles semblent pouvoir mieux distinguer les clients nouveaux ou occasionnels. En général, on peut affirmer que les probabilités de la présence d’illégaux sont proportionnelles à la distance parcourue. Il est toutefois impossible à ceux qui doivent effectuer un contrôle de savoir si un poids lourd s’est arrêté en chemin et, si oui, quand. Seul un entretien avec le chauffeur permettra d’estimer le risque et c’est à ce niveau que se posent les problèmes de la langue et de la sincérité.
Les réseaux de trafiquants d’êtres humains seraient non pas constitués de structures rigides mais de groupuscules collaborant occasionnellement entre eux sous la forme d’une sous-traitance fluctuante. Un profil typique de trafiquant est également difficile à établir étant donné que le transfert d’illégaux ne requiert aucun talent particulier ni aucune connaissance spécifique. Les documents de voyage constitueraient un point de repère mais ceux-ci ne sont requis que pour les transports ferroviaires et aériens. Certains illégaux ne sont en possession d’aucun document de voyage ou d’identité, d’autres reçoivent de véritables visas temporaires pour un pays donné et, au départ de celui-ci, plongent dans l’illégalité. Les témoignages dans « l’affaire de Douvres » nous apprennent d’ailleurs que les documents ne sont mis que temporairement à la disposition des immigrants et sont ultérieurement réclamés par leurs accompagnateurs.
Les contrôles effectués par les compagnies de ferry mêmes posent également parfois problème en ce sens que ces dernières ont tendance à contrôler moins sévèrement les bons clients. Les trafiquants en profitent en essayant de se faire engager par pareilles sociétés. Ce phénomène a également été constaté en Grande-Bretagne, où les services de police et d’autres autorités de contrôle ne disposent pas de profils bien définis. Seul un contrôle à 100% se révélerait efficace. Or, la pratique ne le permet pas. Qui plus est, un autre problème se pose aux frontières, celui de la surveillance et du contrôle de ce que l’on appelle les « green borders ».
Au sein de la nouvelle structure policière, une Direction de la police des voies de communication (DAC) a été créée au sein de la Direction générale de la police administrative et reprend la police de la navigation et la mission « immigration et contrôles frontaliers ». Ce service possède la meilleure expérience du terrain et est par conséquent chargé de diriger les contrôles tandis que le Service Traite des êtres humains concentre ses activités sur les analyses dans le cadre des enquêtes judiciaires. Ces deux services coopèrent en s’échangeant des données significatives. Une fois par semaine, un membre du service de l’immigration et un membre de la SPN de la Direction police des voies de communication participent à la réunion du Service Traite des êtres humains. L’information passe également par le « linking pin ». Des informations sont en effet transmises dès qu’une enquête est menée sur des trafiquants mais l’identité même des personnes contrôlées ne l’est pas systématiquement.
L’élaboration des profils est une tâche qui revient à la Direction de la police des voies de communication, ce qui risque de poser un léger problème dans le cadre de la réforme des services de police dans la mesure où cette mission implique un travail de recherche et que ladite direction ressortit en fin de compte à la police administrative.

24.3.3.3.      Centre d’information et d’analyse Traite des êtres humains

Un problème important réside dans le fait que l’information doit toujours être demandée au lieu d’être transmise automatiquement. L’objectif est d’arriver à un échange d’informations automatique par le biais de relais déterminés. Le feuillet diffusé par le service s’inscrit dans le prolongement de l’idée de créer un Centre d’informations et d’analyse Traite des êtres humains (CIAT), un forum d’échange d’informations qui devrait promouvoir une approche intégrée du phénomène. L’idée de la création du CIAT a été transmise au Premier ministre, qui s’est prononcé favorablement à ce propos.

24.3.3.4.      Problèmes

Lors de la découverte d’un clandestin, le temps fait défaut pour procéder à des auditions approfondies qui permettraient de relever d’éventuelles contradictions dans ses déclarations. Il faut prendre un certain nombre de mesures de base en matière d’accueil, d’information de l’ODE, etc. qui absorbent une partie de la capacité en personnel. Après 6 heures en moyenne, la décision de l’ODE tombe et il faut alors soit laisser aller les clandestins, soit les conduire dans un centre fermé de l’ODE, ce qui requiert à nouveau la mise en œuvre d’une grande partie de la capacité en personnel. Dans le pire des cas, ils doivent être répartis entre différents centres. Un problème supplémentaire se pose lorsque l’on découvre des clandestins de nationalités différentes. Parfois, l’ODE prend en effet des décisions différentes en fonction du pays d’origine, ce qui a été confirmé lors d’une visite de travail à l’ODE. Le temps disponible et la capacité en personnel ne permettent pas d’entendre un suspect de manière approfondie ou de le soumettre à une fouille sérieuse. Aux Pays-Bas, un immigrant illégal peut-être détenu pendant cinq jours, ce qui permet une enquête complémentaire ainsi que plusieurs auditions de celui-ci. Ce détail a son importance car les accompagnateurs éventuels, lorsqu’ils sont de la même origine, se mêlent parfois aux illégaux.                                                                                              
En outre, le Service constate que le phénomène du trafic d’êtres humains fait l’objet d’approches différentes en fonction des parquets. Certains donnent comme instruction de dresser procès-verbal chaque fois qu’un illégal est découvert tandis que d’autres arrondissements judiciaires demandent simplement la verbalisation du chauffeur ou se contentent de la rédaction d’un rapport administratif. Il importe donc de définir une méthode uniforme de collecte et de présentation des informations recueillies sur le terrain. De même il serait bon que les parquets accordent leurs violons quant à la manière de traiter les trafiquants d’êtres humains ou les « passeurs ». Le chef du Service Traite des êtres humains voit une solution dans une approche essentiellement financière, telles que des saisies de véhicules utilisés ou de GSM, des perquisitions, etc. Un autre problème tient au fait que les empreintes digitales ne sont pas contrôlées en temps réel, de sorte que les personnes donnant une fausse identité et les accompagnateurs (« passeurs ») d’illégaux éventuels ne peuvent pas être identifiés. Enfin, la question de la fiabilité des interprètes se pose également régulièrement. On a déjà proposé d’enregistrer les auditions et de les faire retraduire par la suite mais pareille procédure prend du temps et coûte cher.
Dans les contacts avec Europol et Interpol, les informations sont actuellement transmises par l’entremise de la Direction de la Politique en matière de coopération policière internationale (CGI) ou de la Direction de la collaboration opérationnelle policière (DSO). Cette procédure fonctionne bien à l’exception de quelques « erreurs de jeunesse ». Au niveau d’Europol, on tente, par le biais des « analytical work files » (AWF), d’obtenir un aperçu des structures en comparant des adresses, lieux, numéros de téléphone, etc. La Belgique connaît un problème spécifique en ce sens qu’en vertu de la loi Franchimont, les renseignements reçus ne peuvent pas être transmis automatiquement. La procédure via le procureur général et le magistrat de référence est tellement longue que l’information est souvent dépassée au moment où l’autorisation de transmission à Europol est délivrée. Il faudrait par conséquent prévoir une exception en octroyant un mandat permanent à des fins AWF. Un feedback de la part d’Europol est également intéressant pour le magistrat de référence et, à l’avenir, pour le magistrat fédéral.     
On ne voit pas encore clairement dans quelle mesure le directeur général ou ses services, tels que le Service Traite des êtres humains, pourraient donner des directives aux DGA ou, ces dernières, à la SPN par exemple.       
Par ailleurs, on pourrait se demander s’il est nécessaire de disposer de directives spécifiques ou si l’on peut se baser sur les instructions du procureur du Roi, du procureur général et des ministres compétents. À cet égard, on se tourne vers une version adaptée de la circulaire COL 12/99 du Collège des procureurs généraux. Cette circulaire, axée sur le problème de la traite des êtres humains, est actuellement remaniée par le Service de la politique pénale dans la mesure où elle prévoirait des directives spécifiques en matière de lutte contre le trafic d’êtres humains.

24.3.3.5.      Initiatives intéressantes

Le Service Traite des êtres humains collabore avec le Secrétariat permanent pour la prévention (SPP). Celui-ci s’est occupé de la mise en page d’une brochure d’informations pratiques pour les conducteurs de poids lourds, élaborée par le Service traite des êtres humains en collaboration avec FEBETRA, l’organisation professionnelle du secteur du transport. Le SPP s’est chargé d’en faire la publicité par l’entremise d’un poster. Cette brochure, disponible dans les postes de circulation et stations service, existe en cinq langues : français, néerlandais, anglais, allemand et espagnol. FEBETRA a distribué cette brochure à tous les routiers et y a consacré un article dans sa publication. La brochure, qui en est à sa cinquième édition, est actuellement aussi distribuée via les ambassades avec comme groupes cibles les routiers étrangers qui circulent en Belgique. Il existe en outre une coopération avec l’université de Gand (UG) qui revêt la forme d’un échange d’informations portant sur les sources et les hypothèses. L’UG, qui reçoit également le feuillet d’information du Service Traite des êtres humains, s’intéresse tout particulièrement à certains phénomènes comme les mineurs non accompagnés. Il existe aussi une concertation régulière avec un sinologue de l’université catholique de Louvain (KUL), qui porte surtout sur la pornographie enfantine.                                                                                                     
Un plan d’action a été établi pour le Service sur la base du plan national de sécurité et prévoit notamment l’élaboration d’un plan d’engagements par an destinés à soutenir les enquêtes menées par la police locale. Actuellement, on met la dernière main à plan d’action portant sur les mariages blancs. Le plan d’action décrit également des finalités mesurables et objectivables, des délais et des affectations de personnel. Chaque membre du personnel sait ce que l’on attend de lui en dehors de la routine. Ce système a été repris par la direction et a abouti à l’élaboration d’un plan stratégique pour la DGJ. Ce plan, qui a été approuvé par le directeur général et par le ministre de l’Intérieur, a servi de base pour le calcul des capacités en personnel.       
Le Service Traite des êtres humains se charge en outre d’assurer une formation continuée aux personnes qui exercent leurs activités dans le cadre de la traite et du trafic d’êtres humains ainsi qu’un programme spécifique portant sur la pornographie enfantine.

24.3.3.6.      Conclusions

La Cellule centrale Traite des êtres humains semble exécuter sérieusement les missions qui lui sont attribuées conformément à la directive ministérielle contenue dans COL 12/99 et ne manque pas, dans le cadre de sa compétence ratione materiae en matière de traite des êtres humains de porter l’attention nécessaire au phénomène du trafic d’êtres humains. Un certain nombre d’initiatives récentes telles que le projet et la mise en œuvre d’une référothèque, diverses initiatives pour améliorer le feedback vers les intéressés, la coopération avec le Secrétariat permanent pour la prévention en matière de sensibilisation des chauffeurs de poids lourds et la création d’un Centre d’informations et d’analyse Traite des êtres humains (CIAT) contribuent à l’efficacité et à l’efficience du Service dans l’exercice de ses missions primaires. Le CIAT, en tant que forum d’échange d’informations, devrait promouvoir une approche intégrée du phénomène de la traite des êtres humains. À cet égard, on pourrait envisager de développer les liens de coopération existants avec le monde universitaire afin d’acquérir, grâce aux effets croisés de la recherche scientifique et des analyses policières des infractions d’un point de vue multidisciplinaire, une vue plus précise de la dynamique des phénomènes tels que le trafic d’êtres humains et ses liens éventuels avec d’autres formes de criminalité.

25.                     Découverte d’illégaux dans un conteneur le 8 décembre 2001

25.1.                  Constatations

Le 8 décembre 2001, des illégaux ont été découverts dans le port irlandais de Waterford. Huit d’entre eux n’avaient pas survécu au voyage. Les principales constatations sont reprises à l’annexe A, III [xviii] .

25.2.                  Problématique du contrôle des conteneurs

D’après les statistiques de l’année 2000, 895 conteneurs et 1 564 poids lourds en moyenne sont transportés chaque jour. Les exigences opérationnelles en matière de rapidité de chargement, l’utilisation de plus en plus intensive de conteneurs, le manque de capacité et la fiabilité réduite des appareils de mesure à fonctionnement rapide ne permettent pas aux services de police d’obtenir un engagement de résultats lorsqu’ils contrôlent des conteneurs, à la recherche d’illégaux éventuels. Bien que dans un avenir proche, des moyens financiers seront libérés pour l’acquisition d’appareillages de détection supplémentaires, les contrôles resteront malgré tout sporadiques. Même si l’on disposait d’appareillages sophistiqués (p.ex. scanner RX), leur utilisation est tellement longue qu’ils ne permettraient, d’un point de vue opérationnel, que le contrôle d’un faible échantillon du trafic.       
Comme il a été dit plus haut, la SPN a vainement essayé de sensibiliser les armateurs au phénomène récent du trafic d’êtres humains dans des conteneurs. Les firmes contrôlent la présence des scellés mais ne vérifient pas leur intégrité. En d’autres termes, elles vérifient s’il y a bien des scellés sur le conteneur mais pas s’ils ont été trafiqués ou non.       
Il n’y a aucun scanning des conteneurs au moyen d’appareils de mesure de CO
2 sur ce terminal. Il est matériellement possible de contrôler les conteneurs au moyen d’un appareil de mesure du CO2 constitué d’un ensemble d’aiguilles qui sont introduites dans les joints de caoutchouc du conteneur. Ce procédé prend non seulement beaucoup de temps, mais exige aussi beaucoup d’expérience. Bien qu’il soit techniquement réalisable, ce genre de contrôle ne l’est en pratique pas en raison du manque de temps. En outre, les conteneurs sont superposés par trois, ce qui exclut de les scanner ou de vérifier les scellés sans disposer d’une échelle

26.                     Points faibles de la coopération avec d’autres services

26.1.                  Introduction

Une circulaire des ministres de l’Intérieur et des Transports fixe les conditions d’agréation comme port maritime Schengen. L’article 4 de cette circulaire charge la police maritime, aujourd’hui devenue police de la navigation, d’effectuer les contrôles frontaliers. La circulaire impose toutefois aussi un certain nombre de conditions aux exploitants de terminaux qui, conformément à l’article 7, doivent assurer un contrôle permanent sur ceux-ci. Les exploitants locaux doivent prendre les mesures nécessaires pour que « les personnes ayant accès au côté mer du terminal des ferries ne puissent s’embarquer pour une traversée vers un pays tiers ou descendre d’un navire provenant d’un pays tiers sans se présenter au contrôle douanier ». Aux termes de l’article 24 de cette circulaire, l’autorité portuaire, en concertation avec le commissaire du port, la police de la navigation [50] et la douane doit établir un plan de contrôle frontalier réglant l’organisation du contrôle au niveau de l’infrastructure, de la procédure, de l’affectation de personnel et de la coordination entre la police de la navigation [51] et les autres services exerçant des activités dans le port. Le plan de contrôle frontalier pour le port de Zeebrugge prévoit que la responsabilité de l’exécution et du respect de ce plan incombe : (1) à la Communauté Flamande, au « Commissariaat-generaal voor de bevordering van de lichamelijke ontwikkeling, de sport en de openluchtrecreatie » (BLOSO), en qualité d’administrateur du port de plaisance comme le prévoit l’arrêté royal du 12 août 1981 ; (2) à la N.V. M.B.Z., en qualité d’administrateur de la zone qui lui a été concédée en exécution de la convention du 1er juin 1984 – 11 septembre 1985 et de la convention du 1er avril 1986 ainsi que des procès-verbaux ultérieurs ; (3) à la ville de Bruges en qualité d’administrateur des entreprises de pêche dans le préport et d’administrateur du port de pêche dans l’arrière-port comme le prévoit la convention du 15 octobre 1990 entre la Région Flamande, la N.V. Zeebrugge Visveiling, la ville de Brugge et la N.V. M.B.Z.  
Les modalités d’exécution du plan de contrôle frontalier prévoient au paragraphe 1.2., en ce qui concerne le trafic hors Schengen, que la procédure de contrôle des marchandises et du fret est à déterminer par la douane. Le paragraphe 2.2. prévoit pour le trafic ferry hors Schengen que c’est la N.V. M.B.Z. pour le terminal P&O et les North Sea Ferries pour le terminal NFS qui prennent les mesures nécessaires pour régler l’accès au côté mer après contrôle d’une carte d’embarquement, d’un titre de transport ou de toute autre autorisation.    
Il est dès lors évident qu’un contrôle frontalier efficace n’est possible que grâce à une synergie au niveau du fonctionnement des services de police compétents et autres acteurs responsables. L’engagement de personnel et de procédures est dans une très large mesure fonction par exemple des mesures matérielles de protection prises par les autorités portuaires et les exploitants de terminaux. Il ressort d’une enquête effectuée sur le site même du port, que cette protection matérielle est insuffisante dans certaines parties du port. À un endroit donné, là où le port est protégé contre la marée haute par un mur de blocs de béton, des ouvertures entre ces blocs suffisamment grandes pour laisser passer des êtres humains ont été fermées par un simple treillis Bekaert appelé en langage populaire « treillis à poule » fixé aux blocs de béton. Il a été constaté que des trous avaient été pratiqués en divers endroits de la clôture. Le meilleur contrôle douanier est totalement dénué de sens s’il suffit de s’éloigner quelque peu de la zone protégée pour pouvoir se glisser derrière la ligne frontière.
Au cours des prochains mois, le Comité permanent de contrôle des services de police et son Service enquêtes s’intéresseront plus que précédemment mais dans les limites de leurs compétences, aux attributions et responsabilités de l’Administration des douanes et accises, de l’Office des étrangers et du secteur privé ainsi qu’à la coordination entre la police intégrée, structurée à deux niveaux et les autres acteurs qui disposent ou non d’une compétence de police.

26.2.                  Douane

L’article 81 de la loi du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers [52] , prévoit que les fonctionnaires de l’Administration des douanes et accises sont compétents pour rechercher et constater les infractions à cette loi. Une circulaire de l’Administration des douanes et accises [53] prévoit que « lorsqu’au cours du contrôle d’identité prévu ou à la suite de la fouille d’un moyen de transport effectué dans le cadre des tâches habituelles de la douane, les fonctionnaires découvrent la présence de personnes qui ne peuvent fournir la preuve qu’elles possèdent la nationalité belge et qu’ils présument qu’il s’agit d’immigrants clandestins, ces personnes doivent être conduites au poste de police ou de gendarmerie le plus proche pour vérification de leur statut et pour leur mise à disposition. En cas de difficultés pour transporter ces personnes, la gendarmerie peut être avertie par téléphone afin qu’elle puisse se déplacer. Le conducteur devra également être entendu par la gendarmerie ». Néanmoins, la coopération avec la douane ne se faisait que de manière ponctuelle, par exemple lors d’un bris de scellé. Lorsqu’un scellé est apposé sur un poids lourd, il doit être brisé et replacé par la douane. Le problème se pose toutefois dans le cas d’un transport pourvu de scellés d’entreprise dont la douane affirme qu’ils peuvent être brisés et replacés par les services de police, ces derniers étant en effet souvent réticents. Il ressort d’entretiens et d’auditions de fonctionnaires de police que le problème se présenterait surtout dans le cas de transport de denrées alimentaires ou d’autres chargements délicats où pourrait se poser un problème de responsabilité en cas d’ouverture et de manipulation du chargement. Le transport fatal aux illégaux chinois s’est d’ailleurs fait par camion frigorifique rempli de tomates. De conversations avec des membres de l’Administration des douanes et accises de Zeebrugge, il est ressorti que leur service n’exerçait aucun contrôle sur le trafic de personnes et de marchandises au port de Zeebrugge et que leurs activités n’étaient en aucun cas axées sur le phénomène de la traite des êtres humains. À ce jour, il n’était pas question non plus d’une coopération ou d’un échange systématique d’informations avec les services de police ou les compagnies de ferries. Dans ce contexte, il est fait référence à une directive interne D.I. 223.8 [54] où il est précisé au paragraphe B.1.1. que l’Administration des douanes et accises perd sa compétence d’exercer des contrôles sur les biens et les personnes aux frontières intérieures de la Communauté européenne.                                                                        
Néanmoins, la vaste expérience de la douane dans le domaine des flux internationaux de marchandises et de la recherche de divers trafics illégaux peut constituer une importante contribution à l’approche du phénomène du trafic d’êtres humains et surtout à l’élaboration de profils des transports à risques. Le phénomène se situe en effet entre les zones de compétences des deux services : la SPN est en premier lieu chargée du contrôle frontalier des personnes, la douane étant compétente pour le contrôle des marchandises. Les personnes qui se dissimulent parmi les marchandises se situent donc dans une zone d’ombre sur le plan de la répartition des compétences.                                                                                                                                        
Un appareillage de détection coûteux qui pourrait contribuer de manière significative à la recherche d’illégaux pourrait être financièrement rentable s’il est partagé avec la douane qui, de la sorte, pourrait générer des revenus fiscaux. Pareille coopération existe d’ailleurs à l’étranger.
Il a été recommandé lors d’un audit récent de la SPN [55] de conclure dans les plus brefs délais un protocole d’accord avec la douane, afin plus particulièrement de constituer des équipes mixtes, d’établir une coopération lors de l’élaboration des profils « à risques » et du développement de techniques en matière de contrôle de documents. Dans l’intervalle, un projet de texte a également été élaboré et un protocole de coopération sera bientôt finalisé. La coopération se situe au niveau de la collecte et de l’échange d’informations, de la coopération opérationnelle, d’un appui logistique réciproque et de la formation.

26.3.                  Office des étrangers

On constate un certain nombre d’évolutions positives dans le cadre de la coopération avec l’Office des étrangers (ODE), notamment en raison de la participation du délégué de cet Office au Kwaliteitskring Mensenhandel. Les services de police et l’ODE obtiennent de la sorte un meilleur aperçu de leur fonctionnement respectif, ce qui a donné lieu à des adaptations de la coopération. Malgré tout, certaines difficultés subsistent encore.

26.3.1.            Transfert vers des centres fermés

Une circulaire du 9 juillet 2001 du ministre de l’Intérieur prévoit que le transfert d’illégaux doit être effectué par les services de police. Le principe général veut que le service de police qui fait une interception, programmée ou non, assume également toutes les tâches qui en résultent. Il faut cependant pouvoir compter sur l’appui du niveau fédéral.       
En ce qui concerne l’interception programmée ou non, lors d’un contrôle de police, de personnes qui séjournent illégalement dans le pays, ces dernières doivent être transférées par le service de police dans le centre fermé le plus proche du lieu de l’interception et doté d’une capacité d’accueil ou à l’aéroport de Zaventem. Dans la pratique, il s’avère qu’au centre fermé de Bruges, il n’y a quasi jamais voire jamais de places libres, ce qui fait qu’un problème au niveau de la capacité d’accueil de l’ODE entraîne des problèmes de capacité pour les services de police qui doivent transférer des personnes à Zaventem ou dans des centres fermés à Merksplas ou à Vottem, indépendamment de la situation familiale, de la langue ou du pays d’origine de ces étrangers. Néanmoins, l’ODE dispose d’un service de transfert appelé le « service T » constitué de 90 chauffeurs qui assurent une permanence de 24 heures sur 24 au niveau national. Les tâches de ce service comprennent notamment « le transfert à l’aéroport de Zaventem ou à la frontière de demandeurs d’asile ou d’illégaux ayant épuisé tous les recours de la procédure ; le transfert d’occupants des centres en Chambre du conseil, Chambre des mises en accusation ou au Conseil d’État ; le transfert d’illégaux ou de candidats réfugiés vers les ports de la North Gate ou vers les centres » [56] .
D’après un courrier du 4 juin 2001 émanant du directeur général de la police administrative, adressé au conseiller général de l’Office des étrangers, il aurait été convenu, lors de la création du service de transfert en 1995, qu’après une période de rodage, il prendrait en charge un maximum de transferts effectués jusqu’alors par les services de police. Dans le rapport relatif à une réunion de concertation qui s’est tenue au cabinet de l’Intérieur le 19 mars 1998 à la suite du problème d’illégaux dans des poids lourds, il a été fait état de l’accord selon lequel le transfert vers l’aéroport serait coordonné et, en principe, également effectué par le « service T » de l’Office des étrangers. Ce ne serait que dans des circonstances particulières que le transfert serait demandé aux services de police. Ce serait tout bénéfice pour un fonctionnement efficace et efficient des deux services si la police pouvait se charger du transfert vers le centre d’accueil le plus proche d’où le service de transfert de l’Office des étrangers pourrait éventuellement assurer la suite du transfert. Le transfert des illégaux par les services de police se fait toutefois au détriment de leur mission de base et des priorités fédérales. Le fait que les centres fermés n’ouvrent plus leurs portes après 18h00 a pour conséquence que les services de police doivent régulièrement s’occuper toute la nuit de l’accueil des personnes interceptées, négligeant ainsi leurs tâches premières.

26.3.2.            Bureau C

Le Bureau des clandestins ou des illégaux appelé « Bureau C » est compétent au niveau national pour prendre les décisions d’arrêter des personnes en séjour illégal en Belgique. Conformément aux dispositions de la loi du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers, le service de police qui découvre un étranger ne répondant pas aux conditions d’entrée et de séjour doit prendre contact avec le Bureau C pour qu’il prenne une décision à son sujet. Cette prise de contact a lieu sous la forme d’un rapport administratif sur base duquel on vérifie si la personne a déjà un dossier personnel à l’ODE. Une évolution favorable est à noter en ce sens que le Bureau C de l’ODE est actuellement accessible 24 heures sur 24, ce qui permet aux services de police de transmettre les rapports administratifs et de pouvoir prendre connaissance de la décision de l’ODE à tout moment. Une procédure simplifiée pour les services de police a parallèlement été élaborée, permettant ainsi d’établir un rapport administratif par fait et non plus par individu.  
Sur la base d’un certain nombre de critères, le Bureau C peut prendre les décisions suivantes : (1) laisser disposer (par exemple lorsqu’une demande d’asile est en cours ou une procédure de recours introduite est pendante et, comme principe général, lorsque le dossier est introuvable) ; (2) délivrer un ordre de quitter le territoire, ce qui représente environ 60% des décisions. La loi prévoit au total onze possibilités dont les principales sont : séjour dans le Royaume sans être porteur des documents requis, séjour dans le Royaume plus long que le délai prescrit lorsque l’étranger est considéré pouvoir par son comportement constituer une menace pour l’ordre public ou la sûreté nationale, etc. ; (3) transfert immédiat à la frontière, soit transfert immédiat en application des Accords Bénélux, d’Accords entre le Bénélux, la France et l’Allemagne, soit une privation provisoire de liberté en attente d’un rapatriement par avion vers le pays d’origine ; (4) enfermement et mise à disposition de l’ODE. Cette compétence est toutefois limitée à l’enfermement « en vue de l’éloignement ». Est concerné l’étranger qui n’est pas en possession de pièces d’identité, qui n’a pas donné suite à un ordre de quitter le territoire, etc. Lors d’une visite de travail à l’Office des étrangers, on a obtenu plus de précisions à propos des critères de décision et des problèmes spécifiques auxquels l’ODE est confronté. L’enquête sur « l’affaire de Douvres » ayant démontré l’existence d’une certaine incompréhension dans les services de police à propos des décisions de l’Office (cf. supra), il serait utile de fournir aux services de première ligne des informations sur les fondements de pareilles décisions et sur ce que pourrait être leur contribution, par exemple des informations permettant d’améliorer la perception du phénomène et la recherche de trafiquants d’êtres humains.

26.3.3.            Bureau de recherches

Le Bureau de recherches de l’ODE collabore également avec les services de police et la Cellule centrale Traite des êtres humains en matière d’immigration illégale, de travail clandestin, de traite des êtres humains et d’usage de faux documents. Ce Bureau a été créé à la suite de recommandations de la Commission parlementaire d’enquête sur la traite des êtres humains partant de la constatation que l’Office peut jouer un rôle administratif très important dans l’approche coordonnée, intégrée et multidisciplinaire de la traite des êtres humains et de l’immigration illégale organisée ou non. Jusqu’à présent, on travaillait sur la base de dossiers individuels sans prêter attention à l’existence de possibles liens et à d’éventuels mécanismes structurels sous-jacents.             
D’après le responsable du Bureau de recherches, il s’avère que son service n’est pas suffisamment connu des services de police non spécialisés. Pourtant, compte tenu de l’ensemble de ses tâches, ce service peut apporter une contribution intéressante à la lutte contre le trafic d’êtres humains. Le Bureau centralise et analyse en effet toute l’information disponible à l’ODE en matière d’immigration illégale, de travailleurs clandestins, de traite des êtres humains et d’utilisation de faux documents. À la demande des services compétents, dont font également partie les services de police et les autorités judiciaires, le Bureau effectue des recherches dans les dossiers administratifs de l’Office. Éventuellement, il collabore en ordre subsidiaire avec ces instances dans le cadre de l’organisation de certaines actions sur le terrain. Certains membres du Bureau de recherches participent en outre à des réunions au niveau national et international portant sur la problématique de l’immigration illégale, du travail clandestin et des faux documents.                                                                                      
En résumé, ce Bureau rend des services dans les domaines de la recherche, de la détection, du signalement et sur le plan consultatif.

26.4.                  Secteur privé

Au cours de cette enquête, on a pu constater une évolution positive au niveau de l’apport du secteur privé à la politique de sécurité axée sur le trafic d’êtres humains. Cette évolution est principalement due à l’impulsion donnée par la direction de la SPN à la création du « Kwaliteitskring Mensenhandel » d’une part et à une concertation régulière et structurée avec la N.V. M.B.Z. et les armateurs d’autre part. Un point sensible a toujours été le coût des mesures à prendre mais, à cet égard, il a été tenu compte des amendes potentielles perçues en Grande-Bretagne pour les illégaux découverts. Au début de décembre 2001, un juge britannique a toutefois décidé que la perception d’amendes sur le transport de clandestins était illégale, ce qui a diminué la pression exercée sur le secteur privé pour qu’il continue à investir en hommes et en moyens matériels dans des projets portant sur la protection matérielle des quais et sur le contrôle des conteneurs des poids lourds embarqués.
Au niveau des pouvoirs publics également, des problèmes se posent en matière de politique de sécurité dans la zone portuaire en raison du partage de la responsabilité de la protection du port entre le ministère de l’Intérieur et la Région Flamande, qui règle cette problématique par décret. Le secteur privé est néanmoins tenu au courant de l’évolution du phénomène du trafic d’êtres humains et de l’immigration illégale. C’est ainsi que le chef de section suppléant de la brigade de la police de la navigation de Zeebrugge a adressé le 13 juillet 2001 [57] une lettre aux armateurs Flanders Container Terminal et Cobelfret Ferries, les informant du fait que la police fédérale disposait d’informations selon lesquelles les organisateurs de l’immigration illégale utiliseraient également le transport par conteneurs via nos ports côtiers. Il leur était également demandé d’accroître la surveillance dans ce domaine et il était précisé que la SPN restait à leur entière disposition s’ils découvraient des envois suspects. Il était également ajouté que l’attention requise serait prêtée à la communication de toute anomalie. En l’absence de réaction à cette lettre, un deuxième courrier [58] fut adressé le 23 novembre 2001 à ces deux armateurs leur rappelant le phénomène et leur demandant à nouveau d’accroître leur surveillance dans ce domaine. Il était également précisé qu’il ne s’agissait pas de cas isolés et que le phénomène existait également à Ostende.          
Comme il a été dit plus haut, la nouvelle tendance du trafic d’êtres humains a été remarquée par le CIA au cours d’une visite de travail à ce service. Il ressort de la corrélation établie entre cette information et la communication de celle-ci à d’autres intéressés que les flux d’informations circulent sans difficulté, ce qui était un des objectifs de la réforme des polices. Il faudra toutefois contrôler si cette tendance se maintient.

27.                     Évolution

À Zeebrugge, le nombre d’embarquements dans des poids lourds a diminué. L’augmentation du nombre d’immigrants illégaux découverts indique cependant une augmentation du nombre d’embarquements à l’intérieur du pays. Les ports de plaisance semblent aussi être de plus en plus utilisés comme point de chute par les trafiquants d’êtres humains. Partant de cette tendance, la SPN a accru sa présence dans ces ports dans les limites de la capacité disponible en personnel.        
Tant l’enquête menée que la littérature consultée en matière de traite des êtres humains, de trafic d’êtres humains et d’immigration illégale indiquent que ce phénomène dépasse nos frontières et ne peut être ramené au fonctionnement d’un seul service de police ni même aux efforts d’un seul État membre de l’Union européenne. Par conséquent, une coopération constructive de tous les services concernés par cette problématique est essentielle et il faut également prendre des initiatives en matière de coopération transfrontalière et lancer des campagnes de prévention dans les pays d’origine. Le fait que la politique de découragement menée en matière d’asile depuis janvier 2001 ne semble pas avoir d’impact sur le phénomène du trafic d’êtres humains ne doit pas étonner. La Belgique n’est en effet pas la destination finale mais seulement un pays de transit sur la route vers la Grande-Bretagne, destination finale. Il est en outre intéressant de constater que le renforcement des contrôles résultant de l’épidémie de fièvre aphteuse a entraîné une légère baisse du nombre d’illégaux et d’étrangers en séjour illégal dans l’arrondissement judiciaire de Bruges. À la demande du magistrat de référence brugeois qui s’occupe de la traite des êtres humains/trafic d’êtres humains, la police de la navigation a établi un plan d’action pour lutter contre l’immigration illégale et le trafic d’êtres humains dans les ports côtiers belges. Le plan d’action prévoit des actions administratives axées sur la lutte contre l’immigration illégale et des actions judiciaires axées sur la lutte et la répression des trafiquants d’êtres humains. L’effectivité de l’approche est périodiquement évaluée en fonction des paramètres suivants : (1) le nombre d’immigrants illégaux découverts : dans le ressort des ports côtiers belges, au niveau de l’arrondissement, au niveau national et dans les pays voisins ; (2) le nombre d’arrestations et d’arrestations judiciaires de trafiquants d’êtres humains ; (3) le rapport entre le nombre d’immigrants illégaux dans le ressort des ports côtiers belges par rapport au nombre d’illégaux découverts dans les ports britanniques ainsi que la principale destination des immigrants illégaux.        
L’évolution des chiffres portant sur ces paramètres doit être un indicateur d’efficience et de qualité de l’approche dans le cadre du plan d’action. Journellement et s’inscrivant dans un schéma mensuel, des actions administratives ciblées sont organisées, tant dans les ports d’Ostende et de Zeebrugge que dans les ports de plaisance d’Ostende, de Zeebrugge et de Nieuport, par des fonctionnaires de police en uniforme qui, aidés par des moyens techniques tels qu’un scanner DKL et un bio-radar, recherchent activement à bord des véhicules et des navires la présence éventuelle de personnes parmi les marchandises transportées.        
Le glissement du phénomène vers l’utilisation de conteneurs semble être une conséquence inquiétante du contrôle plus efficace des poids lourds bâchés. En effet, si l’utilisation d’appareils de mesure de CO
2 a fortement augmenté les chances de découverte d’illégaux, elle entraîne aussi un glissement du phénomène au lieu de sa diminution et les nouvelles formes de transport utilisées comportent des risques plus importants pour les illégaux. C’est ainsi que l’on se retrouve confronté à un paradoxe : un contrôle plus efficace par les services de police – qui ne s’inscrit pas seulement dans le cadre de la lutte contre la traite des êtres humains mais fait également suite à l’incident de Douvres et est induit par le souci d’augmenter la sécurité des illégaux – semble précisément inciter ces derniers à prendre de plus grands risques.
La problématique de la sécurité de nos ports et la mise en place de systèmes de contrôle efficaces et efficients ne doit pas seulement être vue dans le cadre du trafic d’êtres humains mais également dans le cadre d’autres trafics et du terrorisme international. En réaction aux attaques du 11 septembre 2001, les États-unis envisagent des mesures de sécurité dans le domaine du transport de marchandises. La presse a fait état d’un projet selon lequel le transport de marchandises ne serait plus autorisé qu’au départ d’une dizaine de ports mondiaux répondant à certains critères de sécurité. La législation américaine permet déjà actuellement de refouler les navires provenant de ports n’offrant pas de garanties suffisantes en matière de sécurité. L’impact d’une pareille mesure pourrait avoir des conséquences non négligeables sur l’économie et l’emploi. Ces aspects doivent également être pris en considération dès lors qu’il s’agit d’élaborer une politique de sécurité et d’établir un budget pour les efforts financiers à consentir en la matière ainsi qu’au niveau de la capacité en ressources humaines. 
Sur le plan de la réglementation, un autre problème réside dans les obligations dans le cadre des accords Schengen, qui n’ont pas été traduites en directives et mesures de sécurité concrètes. Un contrôle douanier efficace doit s’accompagner de mesures matérielles de protection et de surveillance de la frontière. Des critères de sécurité formels et obligatoires pourraient constituer une incitation à améliorer la protection matérielle de la zone portuaire.        
C’est donc avec intérêt que l’on attend la visite prochaine de la Commission frontières extérieures aux ports d’Ostende et de Zeebrugge.


Chapitre III : Efficacité du fonctionnement général ou particulier d’un ou de plusieurs corps ou services de police

Section 1re : corps de police d’une zone pluricommunale de la province d’Anvers [59]

28.                     Genèse de l’enquête

Dans le prolongement d’un courrier de plainte circonstancié d’un membre du corps de police au procureur du Roi d’Anvers, le Service d’enquêtes a ouvert une enquête judiciaire [60] relative au fonctionnement du corps en question. Après réception d’un courrier similaire par le Comité permanent de contrôle des services de police et exploitation des différentes données disponibles concernant le fonctionnement de ce corps de police, il a en outre été décidé d’initier une enquête de contrôle.
Le fil rouge de cette enquête sur le niveau de qualité totale était justement ce formulaire d’auto-appréciation développé par le Centrum voor Industrieel Beleid d’Heverlee et l’Instituut voor de Overheid de Louvain, tous deux dépendant de la KULeuven. L’élaboration de ce questionnaire est le résultat d’une enquête menée dans le cadre du programme de recherches concernant la police et la sécurité, à la demande et avec le soutien financier du ministère de l’Intérieur, service de la Police Générale du Royaume. La demande consistait à mener une enquête relative à la qualité totale du service dispensé par les corps de police communaux et de développer un instrument de mesure de la qualité.          
Ce questionnaire ainsi que l’analyse effectuée par notre Service d’enquête visent à déterminer la position actuelle du corps de police examiné. C’est sur la base de ces considérations que l’on a décidé de compléter le document de manière pratique avec pour objectifs essentiels les résultats et l’interprétation de ceux-ci.

29.                     Méthodologie

29.1.                  Choix de l’instrument de mesure

Pour mesurer la qualité du corps étudié, on a entre autres utilisé un formulaire d’auto-diagnostic développé par l’Instituut voor Overheid de Louvain et le Centrum voor Industrieel Beleid. En outre, la méthode de self-assessment de la European Foundation for Quality Management (modèle EFQM) et le diagnostic de l’organisation de la commune d’Eindhoven ont servi de base et de cadre de référence scientifique à ce questionnaire. Le questionnaire est composé de manière modulaire, c’est-à-dire qu’il consiste en onze modules dont huit trouvent leur origine dans le modèle EFQM. Par une série d’affirmations à « coter », ce questionnaire permet d’obtenir une évaluation du corps par ses propres membres.            
Les modules retenus sont : (1) le leadership ; (2) la gestion du personnel ; (3) la politique ; (4) les moyens ; (5) les procédures ; (6) la satisfaction du personnel ; (7) la satisfaction du citoyen et (8) les résultats. En outre, trois modules ont été ajoutés dans des domaines considérés par les services de police comme particulièrement actuels, déterminants pour leur intervention et étroitement liés aux changements du paysage policier, qui étaient alors imminents. Ces trois modules supplémentaires sont : (1) la communication interne ; (2) les relations externes ; (3) la capacité de changement.  
Chaque module est composé de cinq à sept dimensions comprenant chacune deux questions. Ces questions « fermées » sont des affirmations concernant la pratique policière auxquelles les personnes interrogées doivent attribuer une cotation de 1 à 10. Le cas échéant, une question qui n’a pas reçu de réponse pertinente, voire pas de réponse du tout, peut être écartée. Ces résultats (réponses non pertinentes ou inexistantes) sont filtrés lors du traitement des résultats. En indiquant ses choix de réponse, la personne interrogée peut aller jusqu’à un score de 10, avec mention systématique des éléments in concreto auxquels ledit score correspond. Les larges possibilités de réponse permettent de se faire une idée précise des options choisies.

29.2.                  Préparation, exécution et traitement

La préparation, l’exécution et le traitement de ce questionnaire sont examinés dans la quatrième partie [xix] du rapport à l’annexe B.

29.3.                  Interprétation

Après traitement quantitatif des données, les résultats ont été interprétés selon la méthodologie développée par les concepteurs de cet instrument de mesure. La seule différence réside dans le fait que le rapport initial est d’une portée minimaliste et ne comprend sous sa forme standard que douze pages, suivies d’un tableau reprenant des conclusions générales. On a opté, dans le cadre de cette mesure de la qualité, pour une interprétation plus large et un approfondissement de l’enquête en la réorientant vers les facteurs sous-jacents déterminants pour le score.      
Dans la partie conclusions, les scores et leur interprétation sont présentés par module et on s’est efforcé de grouper les relations entre les différents modules.

30.                     Résultats de l’enquête

Cette enquête a pour objectif de mesurer le niveau de qualité de l’organisation, en envisageant tant les points forts que les points susceptibles d’amélioration des divers domaines d’action et en dégageant les opportunités et les dangers qui menacent l’organisation [61] .
Le résultat de cette enquête est à considérer à titre consultatif dans le cadre de la qualité totale du service que l’on s’efforce d’atteindre. En effet, cette enquête a pour objectif premier de contribuer au sens large à améliorer de manière constructive l’efficacité et l’effectivité du fonctionnement.

31.                     Conclusions

31.1.                  Introduction

Cette partie vise à énumérer les conclusions de la mesure de la qualité, liées et/ou confrontées aux informations et observations émanant du chef de corps et du bourgmestre d’une part et aux documents consultés d’autre part.

31.2.                  Conclusions particulières

31.2.1.            Module 1 : direction

Le module direction vise à apprécier le style de direction au sein du corps et la manière dont la direction du corps et les chefs directs stimulent leurs collaborateurs au sein de l’organisation.    
Ce module important évalue dans quelle mesure les comportements et actions des dirigeants de l’organisation inspirent l’excellence, la soutiennent et l’encouragent afin d’atteindre les objectifs de l’organisation de la manière la plus optimale.
Dans ce module, les scores des dimensions d’accessibilité et d’ouverture sont assez bons. Les valeurs des dimensions de fermeté et de vision sont acceptables. Quant aux résultats de l’acceptation hiérarchique, on remarque que les missions du chef direct sont toujours exécutées mais que, du moins au niveau des chiffres, les ordres de la direction du corps sont rarement respectés.                                          
Le style de direction participatif du chef de corps, s’il est reconnu par les personnes interrogées, il ne l’est manifestement pas de manière générale. Le chef de corps a confirmé que son style de direction était contesté par quelques membres du personnels parmi les plus âgés et a, à cet égard, évoqué le « fossé des générations ». Dans la réalité – vu la taille limitée du corps dont question –, en tant que chef de corps, il attribue directement les missions et peut donc être perçu comme le chef direct.                                             
Le bourgmestre a confirmé qu’il a également connaissance de cette problématique. Il pense que l’origine, ou du moins la possible explication, de l’attitude récalcitrante des « anciens » remonte au passé, lorsque les deux précédents chefs de corps – pour des raisons divergentes – octroyaient une grande liberté aux membres du personnel. Le bourgmestre attend cependant du chef de corps actuel qu’il fasse preuve d’une plus grande fermeté.

31.2.2.            Module 2 : gestion du personnel

Le module gestion du personnel ou politique en matière de personnel évalue l’attention accordée aux collaborateurs et la manière dont leur potentiel global est utilisé.
Dans ce module, où un score moyen relativement faible est à constater (5,8), les membres du personnel se disent relativement satisfaits quant à la flexibilité et la répartition du travail. En ce qui concerne l’affectation de la bonne personne au bon endroit, les membres du corps estiment que le chef de corps prend clairement en compte leurs desiderata, ce qui, selon eux, ne sert pas toujours l’affectation efficiente du personnel. Les scores des dimensions de qualité et de quantité du personnel policier sont particulièrement faibles. Le nombre de personnel civil employé au sein du corps est perçu comme suffisant. Bien que la qualité du personnel ait été jugée faible, les membres du corps ont répondu que leurs collègues, le cas échéant, étaient capables de les remplacer.                                                                                                                                         
En ce qui concerne la dimension formation, qui portait notamment sur les connaissances du système PIP, le score est particulièrement faible (2,9). Cette question est cependant sans pertinence car le corps n’est pas équipé de ce système PIP mais d’une autre application informatique (Polaris). Il n’en reste pas moins que l’entretien et le suivi de la formation en général présentent un score plutôt modéré.                                     
Tant le bourgmestre que le chef de corps pensent que le nombre insuffisant de personnel (faible score de la quantité) freine le fonctionnement effectif de la police. Par la rédaction et la présentation d’un plan définissant les besoins en personnel, le problème a été abordé et un élargissement du cadre a été demandé. Cette demande, déjà formulée par le chef de corps lors de son entrée en fonction en 1997, a cependant été rejetée en 2000 par les plus hautes autorités. Le chef de corps souligne que, lorsqu’on parle de flexibilité, il faut toujours entendre une flexibilité interpersonnel « au sein de groupes ». Il mentionne en effet l’existence de « deux corps ». Le fossé entre les jeunes et les anciens pourrait également avoir un impact sur la dimension qualité du personnel. En l’espèce également, le bourgmestre et le chef de corps sont notamment convaincus de la meilleure formation des membres du personnel récemment engagés.                                                                       
En ce qui concerne la perception des membres du corps selon laquelle l’affectation du personnel ne serait pas toujours efficiente, le chef de corps renvoie au fait que les perspectives d’avenir proposées ne peuvent pas toujours être concrétisées. Lorsque l’on suit et que l’on mène à bonne fin une formation sans obtenir de résultats concrets, il peut y avoir un sentiment de frustration.                                                            
Vu le déficit en personnel et à l’approche de la réforme des services de police, il n’existait plus de planning réel et l’objectif premier était de pouvoir (continuer à) remplir les missions de base.

31.2.3.            Module 3 : politique

Le module politique vise à examiner la manière dont le corps formule sa politique et sa stratégie, les traduit en plans et actions, répartit ses moyens disponibles et évalue ses efforts.
Au niveau des chiffres mêmes, il semble que ce module enregistre un faible score dans toutes les dimensions. Les dimensions vision, coordination, stratégie relative aux moyens, vision à terme et évaluation de la politique précédente présentent des valeurs à peine positives et tout juste négatives, ce qui entraîne un score moyen modéré de 5,5. Au sein de ce module, les membres du personnel doutent expressément de l’existence d’un plan politique de la direction du corps pour les années à venir. Le résultat susmentionné peut probablement être influencé en partie par certaines incertitudes issues de la réforme des services de police. Si ce n’est pas le cas, on ne peut que conclure à une communication déficiente à la source de cette situation.   
Le chef de corps renvoie à cet égard à son plan relatif aux besoins en personnel, où il exposait déjà sa vision de la politique et des perspectives d’avenir. Pourtant, il ressort des résultats que le personnel même n’est pas suffisamment informé à ce sujet. Le chef de corps explique que c’est bien là sa volonté car il craint de ne pas voir se concrétiser la promesse de recrutement de personnel additionnel, sur lequel le plan est basé – malgré l’engagement verbal de l’administration communale concernant les futurs recrutements – et d’assister ainsi à une plus grande démotivation du personnel.

31.2.4.            Module 4 : moyens

Le module moyens donne une idée de la manière dont le corps organise l’affectation des moyens disponibles et du niveau d’efficience et d’effectivité de la gestion de ces moyens.
Les scores moyens des dimensions quantité, disponibilité dans le temps et entretien montrent que le corps semble disposer d’un matériel suffisant. Une exception est pourtant faite en ce qui concerne la quantité de matériel de bureau. La qualité du matériel est perçue comme très positive et, en règle générale, il s’agit d’un matériel relativement récent. Seule la répartition de ce matériel ne semble pas optimale.      
Le chef de corps fait remarquer à cet égard qu’au lieu de parler de « répartition dans les services », il faudrait plutôt parler de « répartition dans les groupes », vu l’existence effective de deux groupes/entités au sein de la police. Il explique en outre que le bâtiment, quoique bien entretenu, n’est pas adapté aux besoins fonctionnels.

31.2.5.            Module 5 : procédures

Le module procédures envisage le management des procédures ou la maîtrise de toutes les activités au sein du corps qui peuvent influencer le fonctionnement.  
Ce module est fondamental au sein du modèle EFQM car il s’avère d’une importance capitale pour les résultats de l’organisation. Ce n’est qu’en définissant clairement des procédures univoques que l’on peut obtenir des résultats conformes aux objectifs.
Nous constatons que, dans ce module, la dimension assistance en cas de problème sous la forme d’un recours à une personne et/ou à une source matérielle d’information, est clairement présente. L’univocité et l’uniformité dans l’application des procédures existantes ne sont appréciées que dans une mesure limitée. On estime que les procédures devraient plus régulièrement faire l’objet d’une évaluation quant à leur utilité et qu’elles devraient être adaptées et/ou améliorées. Leur facilité d’utilisation n’est appréciée que modérément, probablement parce qu’elles sont insuffisamment « traduites » sur le terrain. Il est constaté que les personnes interrogées sont persuadées de connaître suffisamment les procédures pertinentes mais le score remarquablement faible de cette dimension montre qu’elles pensent que ce n’est pas toujours le cas des collègues. Cette conviction indique probablement de nouveau le fossé déjà mentionné – notamment par le bourgmestre et le chef de corps – entre les « jeunes » et les « anciens », plus particulièrement en ce qui concerne leurs attitudes, connaissances et formations. On affirme par ailleurs que la cohésion interne « au sein du groupe » est relativement bonne.

31.2.6.            Module 6 : satisfaction du personnel

Le module satisfaction du personnel mesure la satisfaction de l’ensemble des collaborateurs au sein de l’organisation.
Les résultats de ce module peuvent dans un premier temps donner une image représentative : la moyenne pondérée de 6,6 repose en effet surtout sur des scores élevés pour les dimensions tâches et résultats. Le personnel semble moyennement à particulièrement satisfait de la quantité de travail et est également persuadé que les résultats du corps peuvent influencer leur satisfaction professionnelle générale. Les dimensions satisfaction professionnelle générale, satisfaction relationnelle et climat de travail motivant enregistrent par contre des scores plutôt mauvais : on déclare qu’il existe bien une certaine motivation et satisfaction personnelles tandis que la motivation et la satisfaction des collègues est, elle, ressentie comme faible. Le climat professionnel, l’intégration et la participation dans le groupe sont jugés moyens voire insuffisants, ainsi que la coopération avec d’autres services internes.                                                                                                  
Le fait qu’il règne une certaine tension a été confirmé par les entretiens avec le chef de corps et le bourgmestre. On revient chaque fois aux conflits relationnels entre les « anciens » et les « jeunes », corrélativement aux tensions qui règnent et au conflit galopant entre quelques membres individuels du personnel et le chef de corps.          
Les résultats de ce module viennent étayer les observations et avis selon lesquels le fonctionnement interne de la police n’est plus aussi optimal.

31.2.7.            Module 7 : satisfaction du citoyen

Dans le module satisfaction du citoyen, l’orientation externe du corps est mesurée sur la base des réponses des membres eux-même.
Vu les résultats plutôt négatifs du module précédent, il n’est pas particulièrement étonnant de constater que les membres du personnel considèrent que le citoyen aussi doit être relativement mécontent de leurs interventions et actions. Dans le formulaire, les personnes interrogées mentionnent que les attentes du citoyen (selon la police) sont relativement importantes mais que leur vision concernant la police n’est que moyennement positive. La satisfaction du citoyen concernant le corps de police est jugée à peine suffisante. Une amélioration de cette satisfaction ne semble pas à espérer dans l’immédiat. Comme pour le module précédent, il semble que les personnes interrogées n’attendent pas de tendance positive ou de changements dans l’avenir.           
Il est pourtant souligné que l’organisation est accessible aux plaintes du citoyen et que celles-ci sont prises au sérieux. L’enregistrement et le suivi de ces plaintes sont toutefois jugés insuffisants. L’absence d’instrument d’enregistrement des résultats concernant la satisfaction du citoyen et de suivi des données en la matière est clairement ressentie comme une carence.                                                          
Le bourgmestre estime que le nombre de plaintes du citoyen est acceptable. Il explique que la région étant relativement indépendante, dans le passé, la préférence aurait été donnée en matière de recrutement à des personnes de la région, sans tenir compte des attitudes et niveaux de connaissance. Cette situation fait également en sorte que l’on place la barre un peu moins haut en ce qui concerne les exigences et attentes envers la police et que la tendance à formuler des plaintes est plutôt faible. Le bourgmestre ne fait qu’exprimer autrement et avec quelque insistance l’existence du « fossé » en fonction de l’origine géographique des membres du personnel. Dans le passé, les « étrangers », les policiers d’autres régions auraient quitté prématurément le corps. Le chef de corps également considère cette situation comme problématique et estime y avoir lui-même été confronté.  
Le chef de corps mentionne à cet égard que ce sont généralement les jeunes membres du corps qui s’inquiètent de problèmes éventuels concernant l’image du corps auprès de la population locale.

31.2.8.            Module 8 : résultats

Dans le module résultats, on évalue si l’organisation a atteint ses objectifs politiques et s’il est satisfait aux besoins de tous les acteurs impliqués dans l’organisation.
Les dimensions potentiel d’amélioration et intérêts pour les résultats montrent clairement que l’on est persuadé que le service auquel on appartient, tout comme l’ensemble du corps, peut obtenir de meilleurs résultats. Ces dimensions montrent également l’intérêt d’obtenir de bons résultats, qui peuvent servir de motivation aux interventions individuelles.                                                               
En ce qui concerne la quantité des résultats, les membres du corps affirment que leur contribution à la collecte de données quantitatives est insuffisante et que les possibilités de comparaison des résultats du corps à travers le temps seraient également insuffisantes. La dimension connaissance des résultats des différents services et du corps dans son ensemble obtient un score modéré et explique ainsi partiellement l’insuffisance déjà constatée de la connaissance des données quantitatives, à moins que, comme il a été mentionné, il ne soit encore ici question d’un manque de communication.                                                                            
Les membres du personnel estiment également que seuls des progrès modérés en matière de résultats ont été réalisés au fil du temps.                                                                                          
Le bourgmestre a exposé une vision relativement neutre des résultats obtenus, tout en précisant qu’il n’était que peu au courant des résultats du corps, du fait de contacts moins fréquents avec le chef de corps. Le bourgmestre laisse entendre que l’on attend beaucoup de la réorganisation des services de police. On espère que, par la même occasion, les problèmes du corps seront résolus et qu’il deviendra plus efficient que ce qu’il n’est dans sa composition actuelle.

31.2.9.            Module 9 : communication interne

Le module communication interne évalue le mode et la qualité de la communication telle qu’elle est organisée.
Le module communication interne montre des scores partagés. Les dimensions communication verticale et vitesse et inutilité de la transmission de l’information présentent des scores élevés voire très élevés. Elles sont directement suivies par le caractère adéquat de l’infrastructure, qui enregistre un score relativement élevé. En ce qui concerne la forme de la communication, il semble que la communication verbale « remporte tous les suffrages ». 
Les membres du corps expérimentent une communication top-down claire et facile, bien que la communication bottom-up présente des scores légèrement supérieurs. La dimension briefing, par contre, est jugée relativement moyenne à insuffisante sur le plan de la régularité.     
La direction du corps mentionne que le but initial était d’organiser les briefings sur la base des diverses spécialisations mais, pour les raisons précitées telles que la non-concrétisation de la promesse d’élargissement du cadre, cette intention ne s’est jamais traduite sur le terrain. La communication des objectifs politiques (traduction de la politique vers le corps) est appréciée de manière modérée, ce qui est conforme aux constatations du module 1 (direction). La dimension communication horizontale présente des scores faibles, surtout pour la concertation au niveau opérationnel, qui n’aurait pas suffisamment lieu. Le chef de corps estime que – malgré la notification verbale de diverses directives, confirmées le cas échéant par écrit – certains membres du personnel laissent encore de côté certaines prescriptions du corps, de sorte que la communication interne est mise en péril.
Le bourgmestre souligne également un problème de communication interne et une moindre ouverture du chef de corps, avec pour résultat final des conflits internes avec certains membres du personnel.

31.2.10.        Module 10 : relations extérieures

Le module relations extérieures évalue la relation avec les services communaux, les mandataires communaux, le citoyen et les autorités judiciaires.
Les résultats de la plupart des dimensions de ce module sont assez bons. Le score est relativement élevé pour la communication externe avec le citoyen et les autorités judiciaires, tout comme pour la coopération et/ou les relations avec les autres services de police. Les personnes interrogées expérimentent donc une coopération constructive et fluide avec ces acteurs.                                                                   
La situation est toute autre pour les relations avec les services communaux, notamment du point de vue des interventions de ces derniers qui pourraient poser des obstacles. Ceci vaut certainement pour la dimension politique car la majorité des personnes interrogées estime qu’il n’y a pas de coopération constructive ou fluide avec le bourgmestre/les échevins.                                                                          
Tant le bourgmestre que le chef de corps – chacun selon son interprétation personnelle de la problématique – confirment que la communication entre les deux se déroule de manière moins fluide voire de manière difficile et est, de surcroît, devenue sporadique. Le bourgmestre pense que le chef de corps doit se comporter de manière plus communicative envers lui tandis que le chef de corps estime qu’il trouve parfois trop peu d’écoute ou de réaction de la part du bourgmestre.                                                                        
Il s’agit clairement d’un domaine auquel il faudra prêter attention dans le futur afin d’arriver à un consensus régulier et constructif. À défaut, leurs affirmations respectives mèneront à l’impasse. Tant que les deux parties soutiennent fermement qu’elles ne voient pas les choses changer dans l’immédiat et qu’elles attendent en fait la réorganisation, on peut tout simplement parler de rupture de confiance.

31.2.11.        Module 11 : capacité de changements

Le module capacité de changement mesure la flexibilité présente dans le chef des exécutants de la politique et les possibilités d’adaptation à cet effet dans le cadre moyen et de base.
Dans le module capacité de changements ou disposition aux changements, le score assez bon pour les dimensions acceptation des changements et disposition individuelle aux changements peut être considéré comme positif.                                                                                                                    
La mesure dans laquelle les changements politiques et technologiques amènent une amélioration est seulement jugée moyennement positive. On n’est pas toujours d’avis que des projets politiques peuvent aussi donner lieu à des résultats positifs. Des résultats des dimensions préparation et implication dans les changements, on peut déduire que le personnel n’est que moyennement satisfait. Les résultats montrent qu’il y a bien une disposition à l’amélioration sur le plan professionnel ainsi qu’une flexibilité, condition indispensable aux changements. Ces deux caractéristiques constituent de solides atouts mais les personnes interrogées expriment à cet égard leur souhait de mieux être préparées et accompagnées dans les changements.                                  
Le chef de corps et le bourgmestre soulignent que c’est justement le manque absolu de toute disposition au changement et/ou de flexibilité de la part de certains membres du personnel (in casu le groupe limité d’« anciens ») qui a détérioré les relations internes.

31.3.                  Conclusions générales provisoires

Le rapport provisoire contient les résultats de la mesure de la qualité telle qu’organisée selon la méthodologie décrite supra et complétée par des informations du chef de corps et du bourgmestre dispensées durant les entretiens préparatoires.                                                                                                    
Le caractère constant et continuel des dysfonctionnements constatés ainsi que la méfiance mutuelle du chef de corps et du bourgmestre hypothèquent la poursuite de la collaboration et semblent faire obstacle à toute solution à court terme. Les deux parties expliquent qu’ils attendent les développements locaux au sein de la zone de police, sans un regard pour le futur proche du corps.                                                          
Par souci d’exhaustivité, il convient de souligner en particulier que la méthodologie limitée n’a pas permis d’approcher et/ou d’étudier complètement les dysfonctionnements constatés durant cette enquête. La gravité de la problématique constatée, notamment des relations particulièrement tendues entre le chef de corps et le bourgmestre, du profond fossé des générations et de la perception particulièrement négative des membres du personnel du souhait du chef de corps et de quelques membres de pouvoir être entendus personnellement et de manière complémentaire montrent clairement la nécessité de poursuivre une enquête afin de rencontrer les besoins exprimés.

Lors de la conclusion du présent rapport dans le cadre du rapport annuel du Comité permanent de contrôle des services de police, ni le chef de corps ni le bourgmestre n’a réagi au rapport de notre Service d’enquêtes, bien qu’on leur ait adressé plusieurs demandes écrites et verbales depuis le 2 juillet 2001.

Section 2 : Corps de police d’une zone monocommunale de la province de Liège [62]

32.                     Genèse de l’enquête

Dans le prolongement de plusieurs plaintes, de l’analyse des données relatives au fonctionnement de la police communale ainsi que de deux dénonciations anonymes, le Comité permanent de contrôle des services de police et son Service d'enquêtes ont été amenés à s’intéresser au fonctionnement des services de police de l’endroit. Au début du mois de juin 2001, dans le prolongement du suicide d’un fonctionnaire de police, l’enquête fut rouverte et reprit vigueur. Le 6 juillet 2001, le ministre de l’Intérieur, qui avait reçu une lettre, « adressée au Cabinet du Roi, et relative au fonctionnement de la police et au malaise qui y règne » s’adressa au Comité permanent de contrôle des services de police en lui demandant d’« entreprendre toutes les investigations que vous estimerez utiles pour éclaircir cette situation, et m’en tenir informé ».

33.                     Méthodologie

La méthodologie de la dernière phase de l’enquête est décrite dans la quatrième partie [xx] , annexe B, I.

34.                     Résultats de l’enquête

Les principales constatations sont décrites dans la quatrième partie [xxi] , annexe B, I.

35.                     Conclusions

Certains points de cette enquête sont de nature à susciter des remarques ou des réactions. Ainsi dans le module de la « Communication interne », la dimension « forme » ne remporte qu’un score réduit dans sa deuxième affirmation (utilisation des e-mails). Ceci s’explique par le fait qu’il n’existe quasiment pas de possibilité d’utiliser des e-mails au sein de ce corps de police. Nous apprendrons également que l’antenne de Vottem n’est pas reliée à l’Integrated Software for the Local Police (ISLP), ancien projet informatique de police (PIP). Il apparaît également que le personnel estime avoir été suffisamment formé à l’utilisation de l’informatique et plus particulièrement du système PIP.
Dans un précédent rapport [63] , nous avions noté que le management utilisé par la direction était directif. Ceci a été étayé par les résultats de la présente enquête (module 1 Direction – dimension style de direction).
Les services de police se trouvent actuellement dans une période de mutation et de transformation. Dans le cas d’espèce, l’ancienne direction ne s’était pas positionnée afin de poursuivre son activité dans la nouvelle police locale. Il en ressort qu’un nouveau chef de corps était attendu et a désormais pris ses fonctions. Dans de telles conditions, il ne paraît pas anormal que des projets et une politique claires ne pouvaient être définis et développés. Ceci peut corrélativement expliquer les faibles scores ainsi que le nombre élevé de scores « nuls enregistrés » dans certains modules.
De l’ensemble des éléments dont nous disposons actuellement, rien ne permet de conclure qu’il existait ou qu’il existe un malaise particulier au sein du service de police en question. Aucun élément pertinent ou vérifiable lié à l’organisation générale du service, à son fonctionnement ou à des situations particulières ne semble pouvoir être mis en rapport avec le suicide précédemment évoqué.          
L’ensemble de l’enquête permet, dans l’état actuel des choses, de conclure à un fonctionnement normal de ce service de police, avec sa part de problèmes, de remous, voire de frictions.
Il est à noter que nous avions déjà communiqué un certain nombre d’autres éléments découlant de nos constatations au député-bourgmestre, au gouverneur de province et au procureur du Roi. Nous leur avons aussi adressé les résultats de notre enquête de type EFQM, auxquels nous leur avons demandé de réagir, le cas échéant, avant de clôturer notre enquête. Dans le souci de lui permettre de réagir au plus tôt à la lettre qui lui fut transmise par le Cabinet du Roi à propos de la situation à la police en question et, surtout, de suivre dans les meilleures conditions la mise en place de la police intégrée, structurée à deux niveaux dans cette région, le ministre de l’Intérieur fut régulièrement tenu informé des orientations, des développements et des résultats de notre enquête.

Au début du mois de mars 2002, soit au moment de la rédaction de la présente partie de notre rapport annuel, nous n’avions reçu aucune remarque particulière, significative ou pertinente à propos des différentes phases de nos investigations et analyses. Une enquête de suivi sera réalisée dans la nouvelle zone de police dans le courant des années 2002-2003.

Section 3 : corps de police d’une zone monocommunale de la province de Flandre orientale [64]

36.                     Genèse de l’enquête

36.1.                  Première phase

Ces dernières années, le Comité permanent P a mené différentes enquêtes concernant le fonctionnement du corps de police dont question. En 1999 et 2000, il a même été envisagé d’ouvrir une enquête de contrôle globale en raison, notamment de dysfonctionnements liés à l’attitude et à l’intervention du chef de corps de l’époque.
Compte tenu de la mise en place de la police locale et de la désignation du chef de zone, il a été jugé qu’une enquête de contrôle suivant la méthodologie d’une mesure de qualité appliquée dans d’autres dossiers (dossiers n°26448/2000, 1407/2001 et 4305/2001) serait la plus indiquée. Il a donc été décidé : (1) de s’adresser au nouveau chef de zone afin de connaître sa vision et la politique générale du corps de police dans son ensemble       ainsi que la contribution à cet égard et la future fonction de l’ancien chef de corps ; (2) de demander à l’actuel bourgmestre des précisions sur le fonctionnement présent de la police et sa vision quant à la politique proposée par le chef de zone ; (3) d’effectuer une analyse de fond de la documentation déjà disponible. En vue d’exécuter cette mission, il semble utile d’avoir accès à la documentation pertinente disponible dans le corps de police, notamment le plan zonal de sécurité/plan politique et l’organigramme de la nouvelle police locale.

36.2.                  Deuxième phase

Au début de janvier 2002, le chef de zone a demandé au Comité permanent P et à son Service d’enquêtes d’apporter leur soutien à l’exécution d’une auto-évaluation de la police locale. Après accord du chef du Service d’enquêtes et d’un conseiller du Comité permanent P, il a été opté, en concertation avec le chef de zone, pour un soutien limité, consistant dans l’exécution et le traitement des résultats du formulaire de self-assessment, sans pour autant procéder à une contextualisation approfondie des résultats de l’enquête, sur la base du modèle EFQM.                                                                                                                          
Le fil rouge de cette enquête sur le niveau de qualité totale était justement ce formulaire d’auto-appréciation développé par le Centrum voor Industrieel Beleid d’Heverlee et l’Instituut voor de Overheid de Louvain, tous deux dépendant de la KULeuven. L’élaboration de ce questionnaire est le résultat d’une enquête menée dans le cadre du programme de recherches concernant la police et la sécurité, à la demande et avec le soutien financier du ministère de l’Intérieur, service de la Police Générale du Royaume. La demande consistait à mener une enquête relative à la qualité totale du service dispensé par les corps de police communaux et de développer un instrument de mesure de la qualité. Ce questionnaire vise à déterminer la position actuelle du corps de police examiné.

37.                     Méthodologie

37.1.                  Généralités

La méthodologie est comparable à celle utilisée dans les enquêtes présentées sous les sections 1re et 2.

37.2.                  Préparation, exécution et traitement

La préparation, l’exécution et le traitement sont examinés dans l’annexe B [xxii] .

38.                     Résultats de l’enquête

Cette enquête a pour objectif de mesurer le niveau de qualité de l’organisation, en envisageant tant les points forts que les points susceptibles d’amélioration des divers domaines d’action et en dégageant les opportunités et les dangers qui menacent l’organisation.            
Bien que la méthodologie proposée ait été respectée, l’incertitude actuelle liée à une structure policière changeante pourrait avoir partiellement influencé les résultats. L’impact et l’ampleur de cette donnée ne peuvent cependant pas être définis par les enquêteurs ; ils ne peuvent que les cerner de manière intuitive. Lors de l’examen et de la lecture des résultats et conclusions, il convient d’en tenir compte sous certaines conditions. 
Il faut répéter au cours de la lecture de ce rapport que les résultats d’enquête sont uniquement basés sur des données fournies par les personnes qui ont répondu au questionnaire, à savoir exclusivement des membres du corps même. Pour l’interprétation de ces données, la direction du corps doit, en fonction d’autres sources d’informations, ajouter des éléments relativisant les données obtenues. Le degré élevé de fiabilité des réponses des personnes interrogées en tant que source d’informations primaires garantit cependant l’objectivité des résultats obtenus.    
Le résultat de cette enquête doit être considéré à titre consultatif dans le cadre de la qualité totale du service que l’on s’efforce d’atteindre. Il a pour principal objectif de contribuer au sens large à améliorer de manière constructive l’efficacité et l’effectivité du fonctionnement.

39.                     Perspectives

Le chef de zone envisage notamment, dans le cadre de la préparation politique du développement d’un nouveau corps de police locale, de procéder à une évaluation auprès du personnel au moyen de l’instrument de mesure développé, à savoir un formulaire d’auto-diagnostic par les services de police (modèle EFQM). Il a été convenu au cours de divers contacts de limiter la contribution du Comité permanent P à une fonction de soutien, en foi de quoi le questionnaire serait traité sans contextualisation additionnelle des résultats. L’interprétation/contextualisation des résultats se ferait par le corps même et devrait contribuer à l’amélioration du fonctionnement du corps.

40.                     Conclusions partielles

La méthodologie suivie montre que le chef de zone a défini un cadre politique innovant et solide permettant de faire évoluer le corps de manière positive. Il expose clairement les initiatives qu’il envisage de prendre dans chaque phase du cycle politique. Sa vision – qu’il livre dans un document de politique clairement structuré bien que concis – est partagée par les autorités de police, plus particulièrement in casu le bourgmestre.

Il a en outre été constaté que les anciens problèmes relationnels au sein du corps n’étaient plus et le bourgmestre n’a pas reçu d’autre signal d’alarme de la part des autres membres du personnel. Le suivi de la (ré)organisation du corps reste, même après la transformation en nouvelle zone de police, au centre des préoccupations du Comité permanent P.

Section 4 : corps de police d’une zone monocommunale de la province d’Anvers [65]

41.                     Genèse de l’ENQUête

Cette enquête de contrôle a été initiée à la suite d’une plainte transmise au Comité permanent P par un membre du corps de police concerné. Le Service d’enquêtes a été chargé de mener une enquête relative au fonctionnement actuel des services de police, en particulier de l’ancien corps de police communale et de l’ex-brigade de gendarmerie, qui ont fusionné en un seul et même corps de police depuis la réforme.

42.                     méthodologie

Cette enquête visait à évaluer le niveau de qualité totale du service dans le corps concerné et le fil rouge consistait en un formulaire d’auto-appréciation développé par le Centrum voor Industrieel Beleid d’Heverlee et l’Instituut voor de Overheid de Louvain [66] , tous deux dépendant de la KULeuven. L’élaboration de ce questionnaire est le résultat d’une enquête menée dans le cadre du programme de recherches concernant la police et la sécurité, à la demande et avec le soutien financier du ministère de l’Intérieur, service de la Police Générale du Royaume. En outre, la méthode de self-assessment de la European Foundation for Quality Management (modèle EFQM) et le diagnostic de l’organisation de la commune d’Eindhoven ont servi de base et de cadre de référence scientifique à ce questionnaire. Le questionnaire est composé de manière modulaire, c’est-à-dire qu’il consiste en onze modules dont huit trouvent leur origine dans le modèle EFQM : (1) leadership ; (2) gestion du personnel ; (3) politique ; (4) moyens ; (5) procédures ; (6) satisfaction du personnel ; (7) satisfaction du citoyen et (8) résultats. Les trois modules ajoutés sont : (1) la communication interne ; (2) les relations externes ; (3) la capacité de changement.     
C’est sur la base des réponses aux affirmations formulées dans le questionnaire que l’on obtient une évaluation du corps par ses propres membres.

43.                     Résultats de l’enquête

Tous les membres du personnel des deux corps ont été invités par leur direction respective à participer de manière volontaire à cette enquête. Hormis trois fonctionnaires de police et un membre du personnel civil de la police fédérale, l’ensemble du personnel a rempli le questionnaire. Les auditeurs avaient préalablement organisé une session au cours de laquelle ils ont présenté cette méthode de mesure de la qualité tout en soulignant ses objectifs. Le questionnaire a été distribué sous sa forme écrite et les réponses sont restées anonymes. Tous les membres du corps ont parallèlement rempli un questionnaire « spécifique à leur corps » présentant la situation morphologique de celui-ci.
Les résultats de cette mesure de la qualité ont été rassemblés dans un seul et même rapport, comprenant en outre une représentation visuelle des résultats. Dans la partie « conclusions » figurent les scores et leur interprétation par module et on s’est également efforcé de regrouper les liens entre les différents modules. Ce rapport a été examiné avec le bourgmestre, le chef de corps actuel et les commissaires, ce qui a permis de leur monter un certain nombre de points forts et de points faibles de l’organisation et de les rendre conscients de la nécessité d’une organisation disposée à apprendre et à se perfectionner.
L’enquête a en outre révélé que le corps présente un énorme potentiel de croissance et est, de surcroît, jeune et dynamique.

44.                     Conclusions

Le bourgmestre et la direction du corps ont remercié les auditeurs pour les résultats rapides, objectifs et clairs de leur enquête de contrôle. Ils établiront un bilan de cette étude et élaboreront un plan d’amélioration afin de maintenir les points forts à leur bon niveau et de remédier aux points faibles de l’organisation. Le corps dont question est un des premiers à connaître une intégration totale et à instaurer la notion d’amélioration. Cette situation fera donc l’objet d’un suivi par le Comité permanent P.      
On peut cependant citer comme premier résultat tangible la résolution de la situation initiale qui avait donné lieu à la plainte et donc, partant, de la plainte même.

Section 5 : corps de police d’une zone pluricommunale de l’arrondissement de Bruxelles-Capitale [67]

45.                     Genèse de l’enquête

Répondant à une demande du 6 février 1998 du ministre de l'Intérieur, qui s'étonnait du nombre de policiers de cette commune impliqués dans des dossiers pénaux et qui s'interrogeait sur les procédés utilisés pour lutter contre la criminalité locale, le Comité permanent P a mené une enquête de contrôle relative au fonctionnement du corps de police.

46.                     Déroulement

L’enquête menée s’est déroulée en deux phases.

46.1.                  Première phase

46.1.1.            Méthodologie

Au cours d'une première phase, qui se déroule du 6 février 1998 au 30 novembre 1998, 212 membres du corps de police ont accepté de répondre à un questionnaire, 12 fonctionnaires assumant des responsabilités au sein du corps de police ont été rencontrés et une discussion a eu lieu avec le chef de corps ad interim.        
L'analyse des réponses fournies a permis de mettre en évidence que : (1) 80% du personnel interrogé ne connaissait pas les grandes options du corps ; (2) 70% du personnel du cadre supérieur les ignorait également ; (3) plus de 37% du personnel interrogé déclarait ne pas connaître les objectifs de son service ; (4) la circulation de l'information était jugée déficiente ;(5) 75% du personnel affirmait ne pas être consulté quant à l'organisation du service ; (6) l'aménagement des locaux était également une priorité importante.

46.1.2.            Constatations

Il est donc ressorti de l'examen des considérations émises par les membres du corps de police que les deux priorités principales consistaient dans la réorganisation du corps et l'aménagement des locaux. En ce qui concerne ce dernier point, l'enquête à laquelle a procédé le Service d'enquêtes a permis de mettre en évidence une sécurité insuffisante et une exiguïté des locaux ne contribuant pas à une bonne ambiance de travail et ne permettant pas de garantir la confidentialité de certaines conversations.

46.2.                  Deuxième phase

46.2.1.            Introduction

La deuxième phase se déroule du 18 novembre 1999 au 9 avril 2001, date de l'adoption d'un rapport, qui a été soumis au bourgmestre et a été définitivement adopté lors de la séance plénière du 18 juin 2001 [68] .

46.2.2.            Méthodologie

Le Comité permanent P [69] a estimé devoir actualiser le dossier. Après que deux membres du Comité permanent P ont rencontré le bourgmestre le 5 mai 2000, le membre en charge de l'enquête de contrôle s'est entretenu le 5 juillet 2000 avec le commissaire en chef, qui lui a fait part des changements intervenus au sein du corps de police.      
Sur instruction du membre du Comité permanent P dirigeant l’enquête, tous les officiers participant à la direction du corps de police ont été rencontrés et leurs réactions ont pu être recueillies. Les informations recueillies ont permis de mettre en évidence, d'une part, l'existence d'avancées importantes en matière d'aménagement des locaux et, d'autre part, la nécessité de concentrer les efforts sur les problèmes relatifs à la gestion du personnel.
Il paraît également utile de signaler que deux membres du Comité permanent P ont, en date du 11 décembre 2001, c'est-à-dire postérieurement à l'adoption du rapport définitif, rencontré le chef de zone désigné par l’arrêté royal du 24 septembre 2001 afin de l'informer de toutes les démarches effectuées. Il a ainsi pu être constaté que le chef de zone avait une parfaite connaissance des problèmes auxquels il serait confronté au sein de la zone. Le Comité permanent P partage la conviction et l'optimisme des trois bourgmestres qui estiment « qu'il gérera sainement le corps de police de la zone 5 et cela dans l'intérêt des citoyens ».

46.2.3.            Constatations

Ces différentes démarches ont permis de recueillir de précieuses informations relatives à la perception que les policiers se faisaient du fonctionnement de leur corps de police.

46.2.3.1.      Organisation interne

Si le commissaire en chef estime que le déménagement de ses services a coïncidé avec une refonte complète de l'organisation du corps de police, certains affirment que les attributions de chacune des directions restent identiques malgré une présentation différente de l'organigramme. Les services sont installés à trois endroits : (1) à l'hôtel de ville, où restent installés le centre de télécommunications, le casier judiciaire et le complexe cellulaire ; (2) dans une avenue de la commune (CINTA), où ont été nouvellement répartis dans les deux ailes du bâtiment le cabinet du chef de corps, la cellule des affaires internes (CAI), la direction de la régulation du trafic (DRT), la direction judiciaire (DJ) ainsi que la direction de la surveillance générale (DSG), qui a vu son cadre d'officiers supérieurs ramené de 5 à 2 membres ; (3) dans une seconde avenue, où est installée la direction de la surveillance territoriale (DST), qui englobe la sous-direction de la prévention jeunesse (SDP) ainsi que la sous-direction de la police de proximité (SDPP), dont l'organisation a été revue dans le souci d'accroître la présence policière sur le terrain.        
De nombreuses mutations d'officiers supérieurs semblent avoir parfois suscité certaines interrogations. C'est ainsi qu'un commissaire s'est vu retirer un poste de direction pour désormais assurer la gestion de l'analyse criminelle. Un autre commissaire a pris la direction d'une quarantaine de policiers (la DJ) alors que trois commissaires adjoints inspecteurs principaux ont été chargés de diriger des services importants comptant un plus grand nombre de fonctionnaires de police (la DSG, la DST, la DRT). Sans toutefois mettre en doute la probité et les compétences de l'officier dirigeant la cellule des affaires internes, il est également permis de s'interroger sur l'opportunité de confier la direction de cet important service à un commissaire adjoint récemment promu commissaire adjoint inspecteur.
L'accomplissement par des policiers de tâches administratives en violation de la circulaire ministérielle du 16 février 1999 (relative aux tâches administratives des services de police) ainsi que la lourdeur de certaines procédures (les enquêtes nécessitées par la perte de cartes d'identité par exemple) sont, selon certains interlocuteurs, de nature à déforcer l'efficacité du corps de police.

46.2.3.2.      Gestion du personnel

(1)   Mutations
Selon certains interlocuteurs, l'absence de descriptions de fonction entraîne la désignation de membres du personnel à des fonctions qui ne tiennent pas compte de leurs souhaits ou de leurs aptitudes.
(2)   Délégations
Si le chef de corps reconnaît n'avoir accordé aucune délégation officielle aux responsables des échelons subalternes, il regrette que ceux-ci ne prennent pas suffisamment d'initiative et l'obligent, par conséquent, à prendre toutes les décisions. Certains chefs de service, quant à eux, se plaignent du manque de décision du commissaire en chef et de sa tendance à satisfaire son dernier interlocuteur. Certains autres estiment avoir été désavoués lorsqu'ils ont pris position. Enfin, il convient d'ajouter que quelques responsables ou chefs de service reconnaissent que le chef de corps n'a pas toujours été loyalement secondé par des membres du cadre dirigeant.                                                                                                                                        
Si des critiques sont émises à l'encontre du chef de corps, il convient de souligner que les jeunes officiers et les inspecteurs principaux de première classe font également l'objet de remarques. Certains leur reprochent en effet un manque d'encadrement des policiers de terrain.
(3)   Nominations
Certains estiment pouvoir imputer au chef de corps l'absence de nominations par le conseil communal en 1999. Cette situation – régularisée depuis – n'aurait pas été de nature à motiver les membres du cadre officier.
(4)   Formations
Les chefs de service rencontrés déplorent l'absence de formation aux techniques de direction en cette période de réforme au sein du monde policier.  
Les différents services comptent des aspirants agents qui, contrairement aux prescriptions, sont notamment repris dans les équipes d'interventions de police-secours. Au sujet de ces aspirants qui n'ont pu être nommés stagiaires en raison de leur échec à l'examen de bilinguisme, certains estiment que des efforts particuliers auraient dû et devraient être consentis par la hiérarchie et l'autorité pour leur permettre de suivre une formation leur permettant de réussir les épreuves linguistiques.
(5)   Évaluations
L'absence d'évaluation des membres du personnel est avancée par les personnes interrogées.
(6)   Communication
L'une des principales remarques formulées dans le cadre de la première phase de l'enquête consistait dans le manque de coordination et de communication au sein du corps de police. Cela semble rester un point faible dans la mesure où il est affirmé que les réunions sont toujours aussi peu fréquentes tant entre les membres de la direction qu'entre les officiers dirigeants et le personnel. Les ordres du jour des rares réunions programmées ne seraient pas suivis et peu de décisions seraient prises au cours de ces réunions.         
Il a également été affirmé que le manque de concertation préalable handicape le fonctionnement du corps de police au sein duquel un cloisonnement entre les différents services semble subsister. Ce cloisonnement n'existerait pas entre les services dont les responsables s'entendent.       
Cette situation ainsi que la question de la gestion du personnel dans son ensemble qui pèse sur l'ambiance de travail, seraient de nature à démotiver les membres du personnel et auraient une incidence sur le nombre de jours de congé de maladie.

46.2.3.3.      Gestion de l'infrastructure

(1)   Infrastructure immobilière
Dans ce domaine, la situation s'est nettement améliorée depuis 1998. Hormis les membres du personnel affectés à l’hôtel de ville – qui abrite le centre de télécommunications ainsi que le personnel chargé de surveiller les personnes arrêtées détenues dans les cellules sous l'hôtel de ville –, tous disposent actuellement de locaux spacieux et fonctionnels. Le dispatching central reste provisoirement à cet endroit. En ce qui concerne les installations situées dans l’importante avenue, seul un problème de sécurité subsiste pour l'aile du bâtiment réservée, notamment, à la direction et à la DRT. À certains moments de la journée, notamment entre 7h00 et 8h00, il n'y a, en effet, personne pour accueillir les visiteurs. Quant au bâtiment de l’autre avenue, il est regrettable de constater l'absence d'ascenseur alors que les services sont répartis sur trois étages. En outre, les fonctionnaires de police ne disposent que d'un seul local pour recevoir simultanément plusieurs convoqués. Ainsi, la confidentialité des conversations n'est donc pas garantie.
(2)   Informatique
Des achats ont permis de doter la majorité des services du matériel nécessaire et des liaisons au Projet Informatique Police (PIP) sont possibles au départ d'un grand nombre de micro-ordinateurs.
(3)   Charroi
Malgré certaines critiques relatives à la vétusté de quelques véhicules et leur répartition entre les services, le nombre de véhicules disponibles est appréciable.

47.                     Conclusions

S'il y a lieu de se réjouir des réels efforts réalisés en matière d'infrastructure, il convient également d'améliorer l'organisation générale du corps de police en établissant des descriptions de fonction, en désignant les responsables des services compte tenu de leurs aptitudes et, dans la mesure du possible, de leurs souhaits, en évaluant périodiquement le personnel, en améliorant la communication au sein du corps de police ainsi que la coordination entre les différents services, en libérant le personnel de l'exécution d'une série de tâches administratives et en instaurant le principe des délégations permettant aux officiers de disposer d'une plus grande autonomie.  
Le Comité permanent P ne doute pas que l'actuel commissaire en chef, qui a pris la direction du corps de police dans des circonstances particulièrement difficiles et dont le membre du Comité qui a dirigé l’enquête a pu apprécier la volonté de bien faire, mettra tout en oeuvre pour épauler efficacement et loyalement le nouveau chef de zone et pour faire de sa police un des moteurs de la zone.

Section 6 : corps de police d’une zone pluricommunale de l’arrondissement de Bruxelles-Capitale [70]

48.                     Genèse de l’enquête

À la suite de plaintes déposées à l'encontre de membres de la police communale, le Comité permanent P a décidé, lors de sa réunion plénière du 23 janvier 1996, de mener une enquête de contrôle relative à l'organisation et au fonctionnement de ce corps de police et a repris l'examen des éléments de ce dossier. Sur base des constatations effectuées dans le cadre des plaintes, il a décidé, lors de sa réunion plénière du 18 avril 2001, de limiter la mission initialement prévue au fonctionnement du service de contrôle interne. Après interruption de l’enquête, le Comité permanent P a redonné vigueur à cette enquête en 2000 et 2001.

49.                     Déroulement

Le 5 juin 2001, trente dossiers gérés par le service de contrôle interne ont été remis à un membre du Comité permanent P, qui les a attentivement examinés. Leur examen a permis d'attirer l'attention du chef de corps sur les points susceptibles d'améliorer le fonctionnement du service de contrôle interne.

50.                     Mesures préconisées

Par courrier du 10 août 2001, il a été suggéré au commissaire divisionnaire dirigeant le corps de police d'adopter les mesures suivantes : (1) envoyer en toute circonstance un accusé de réception à un particulier ayant adressé une plainte ; (2) veiller à connaître les décisions des parquets dans le cadre des dossiers pénaux ouverts à charge des fonctionnaires de police ; (3) classer rigoureusement les pièces contenues dans les dossiers ; (4) recueillir en toute circonstance (sauf cas exceptionnels) des explications des fonctionnaires de police mis en cause par les plaignants ; (5) disposer d'un inventaire reprenant brièvement les pièces contenues dans le dossier et numéroter ces pièces ; (6) disposer dans chaque farde des coordonnées du fonctionnaire de police concerné.   
Par courrier du 3 octobre 2001, le chef de corps signalait au Comité permanent P avoir invité son service de contrôle interne à suivre les mesures préconisées par le Comité permanent P.

51.                     Conclusions intermédiaires

L'examen de ces trente dossiers, qui constitue le premier contrôle marginal opéré par le Comité permanent P sur un service de contrôle interne, lui a permis d'élaborer un document relatif à la manière de traiter les plaintes. Différentes conditions importantes lui paraissent devoir être remplies pour assurer un traitement des plaintes global et de qualité.

52.                     Traitement des plaintes

52.1.                  Conditions de base pour le traitement des plaintes

Les conditions de base pour le traitement des plaintes sont multiples :
Ü     tout citoyen estimant le service insatisfaisant ou inefficace, l’intervention, les actes ou le comportement incorrects, a le droit de s’en plaindre et d’espérer que sa plainte soit prise au sérieux et examinée comme il se doit, hors les cas où elle s’avère manifestement non fondée. Des directives écrites doivent déterminer quelle est la méthode à suivre lorsque des citoyens témoignent de leur volonté de porter plainte ;
Ü     toute police locale doit prévoir dans son organisation, indépendamment des autres rouages et sous la supervision directe et la responsabilité du chef de corps, un service qui dispose tant de compétences explicites et effectives que de moyens suffisants pour pouvoir examiner les plaintes et dénonciations avec l’expertise et l’impartialité requises ;
Ü     le Service de contrôle interne (SCI) tel que prévu dans la circulaire POL 48 du 6 juillet 1994 du ministre de l’Intérieur [71] a été une première réalisation concrète digne d’intérêt. Les adaptations envisagées de cette directive laissent augurer des initiatives et progrès intéressants ;
Ü     il est à remarquer que la nature d’une plainte ne nécessite pas toujours un traitement ni un examen systématiques par le SCI. Toutefois, il convient de communiquer à ce dernier l’ensemble des plaintes et de l’informer de la manière dont elles ont été traitées ; le SCI peut évoquer le dossier s’il échet ;
Ü     le traitement des plaintes individuelles doit contribuer à l’élaboration d’une analyse globale du fonctionnement du corps et déboucher sur la formulation de propositions destinées à la direction du corps en vue d’améliorer le fonctionnement interne de celui-ci ou de sensibiliser d’autres autorités à certains problèmes, pour autant que la solution du problème relève de leur compétence.

52.2.                  Traitement formel des plaintes

Le traitement formel des plaintes consiste en différentes opérations :
Ü     toute plainte écrite doit être enregistrée et donner lieu à l’envoi d’un accusé de réception ;
Ü     le plaignant doit avoir l’occasion de faire valoir sa version des faits de manière circonstanciée et de la commenter ;
Ü     les auditions des membres du personnel concernés doivent inclure davantage que le simple acte de la déclaration afin de garantir la fiabilité de l’examen des faits. Si nécessaire, des questions additionnelles doivent être posées. Les affirmations des plaignants ne doivent pas être prises pour argent comptant ; elles doivent faire l’objet de vérifications et, le cas échéant, il est recommandé de procéder à des auditions et contre-auditions ;
Ü     l’enquête doit être menée à bonne fin dans des délais raisonnables. Si l’enquête dure outre mesure, le plaignant doit être tenu au courant de l’évolution du traitement de sa plainte ;
Ü     les conclusions de l’enquête, toujours motivées avec concision et clarté, doivent être transmises par écrit au plaignant ;
Ü     les dossiers de plaintes doivent être numérotés et archivés avec un inventaire des pièces y incluses.

52.3.                  Traitement des plaintes sur le fond

Le traitement des plaintes sur le fond comprend plusieurs étapes :
Ü     examen des faits ;
Ü     contrôle du respect des prescriptions légales, déontologiques et réglementaires ainsi que des principes de bonne administration. En effet, l’intervention d’un service de police ne doit pas seulement être conforme d’un point de vue formel mais doit également satisfaire aux principes de service, de proportionnalité et d’égalité ;
Ü     les conclusions ne doivent pas uniquement porter sur l’existence ou non de preuves des faits ou de fondements des plaintes, elles doivent en outre comprendre des propositions destinées au chef de corps concernant la suite à donner à la plainte, tant en interne que vis-à-vis du plaignant ;
Ü     il convient, notamment, en ce qui concerne le fonctionnement du membre du personnel ou du service concerné et la satisfaction à donner au plaignant, de reconnaître une mauvaise intervention, d’éventuellement présenter des excuses et d’offrir une indemnisation financière, ou encore de proposer une médiation ;
Ü     si le plaignant conteste les conclusions de l’enquête interne, il doit être informé de l’existence d’instances de contrôle externe telles que le Comité permanent P et l’inspection générale de la police fédérale et de la police locale.

53.                     Suivi

Conscient de l'importante mission qui lui incombait et soucieux de la remplir le plus efficacement possible, l'officier dirigeant le service de contrôle interne, récemment désigné par le chef de zone, a souhaité rencontrer un membre du Comité permanent P afin de s'entretenir avec lui de la gestion des plaintes et dénonciations et de la future relation entre le service de contrôle interne et le Comité permanent P. Au cours de cet entretien, il a été fait état des courriers antérieurement échangés.        
Convaincu de la nécessité de veiller à un traitement adéquat des plaintes et des dénonciations adressées aux services de contrôle interne, le Comité permanent P maintiendra le contact avec les polices locales de la même zone et étendra ce type de contrôle à d'autres zones.

Section 7 : corps de police d’une zone pluricommunale de la province de Namur [72]

54.                     Genèse de l’enquête

Compte tenu de différents éléments en sa possession, le Comité permanent de contrôle des services de police s’était déjà intéressé au fonctionnement de la police dont question lorsque, à la demande du procureur général, une enquête de contrôle fut initiée le 6 novembre 2000. Le Comité disposait en effet de différents éléments lui permettant de croire que la situation y était difficile, voire critique. Dans sa lettre, le procureur général notait également : « Monsieur le procureur du Roi […] m’a fait savoir que la police rurale […] présentait depuis plusieurs mois de graves carences. Le personnel est insuffisant. De graves dissensions sont apparues entre le bourgmestre […] et le garde-champêtre […]. Monsieur le procureur du Roi […] a dû se résoudre à cesser de demander des enquêtes judiciaires à ce service […] ».                                  
Le 8 décembre 2000, un premier rapport fut adressé au procureur général et le Comité permanent P l’avisait de la suite du déroulement de la procédure projetée.                                                               
Un deuxième rapport lui fut adressé, ainsi qu’au bourgmestre le 24 janvier 2001. Enfin, un troisième fut adressé au procureur général le 30 juillet 2001. Aucune demande, suggestion ou remarque particulière ne fut communiquée par la suite.                                                                                                 
Le 28 décembre 2001, le Comité permanent P a décidé de clôturer cette enquête et d’inscrire la zone dont le corps de police étudié fait partie sur la liste de zones où il assurera un suivi de la mise en place de la réforme des services de police.

55.                     Méthodologie et déroulement

Un premier quick scan eut lieu le 19 octobre 2000 en recourant à la check-list classique en usage à cette époque. Dès les premiers contacts avec le chef de corps et le personnel, il fut décidé de rencontrer chacun individuellement afin de mieux se rendre compte de la situation. La bourgmestre et le chef de corps ont également été rencontrés à plusieurs reprises. « La bourgmestre regrette vivement l’ambiance de travail qui règne au sein de sa police ; elle en attribue en grande partie la responsabilité à son chef de corps. Elle reconnaît attribuer à sa police certaines tâches dites incompatibles ».                              
Après la collecte d’autres données et d’informations complémentaires, un projet de rapport de contrôle a été établi en vue d’être soumis au bourgmestre et à l’ensemble du personnel. C’est ainsi que le 20 décembre, après deux heures de débats assez houleux mais cependant corrects, les membres du Service d’enquêtes ont eu l’occasion de tracer quelques pistes de réflexion et de formuler quelques suggestions. Il fut convenu que les critiques, remarques, questions, etc. complémentaires de l’autorité, de la hiérarchie et des membres du personnel pourraient encore être adressées au Comité permanent P pour le 10 janvier 2001.
Une lettre du procureur général transmettant et commentant une lettre du procureur du Roi permit de conforter l’analyse faite par le Comité permanent P et par son Service d’enquêtes. On peut notamment y lire : « les constatations que j’avais moi-même formulées se trouvent totalement confortées dans ce rapport qui reflète la réalité de ce corps depuis plusieurs années. […]. Je n’ai constaté pour ma part aucune difficulté pour ce qui concerne la volonté affichée par la police […] de participer à la mise en place de la police locale […] ».                                                                                                       
Le Comité a par ailleurs décidé d’assurer le suivi de la mise en place de la nouvelle zone et la situation particulière de la police dont question. Vu l’intégration de ce petit corps de police et de la brigade territoriale de la police fédérale, aucune méthodologie particulière n’a été appliquée jusqu’à présent.         
Des rencontres et des interviews furent réalisées avec la bourgmestre, le commandant de la brigade territoriale et tous les membres du personnel de l’ancienne police communale.                            
La méthodologie classique du quick scan sera, en principe, appliquée pour le suivi de l’implémentation du nouveau paysage policier.

56.                     Résultats de l’enquête

Des documents analysés, des interviews réalisées et des constatations faites, il ressort que l’ambiance de travail était déplorable au sein du corps de police. La conception totalement différente des devoirs et des missions des fonctionnaires de police en est une des causes. L’accomplissement par un fonctionnaire de police, sur ordre de l’autorité, de tâches qui ne devraient plus incomber à la police constitue également une cause de friction. D’autres raisons peuvent être trouvées dans la gestion même du corps de police, dans l’infrastructure et les moyens mis à la disposition du personnel.                                                                                                
Les activités de police administrative et judiciaire ainsi que les activités purement administratives du corps de police semblent normales pour un service de cette taille.                                                     
Le problème semblait plutôt résider, comme le notait également le procureur du Roi, dans la gestion du corps de police lui-même et dans la mésentente chronique entre le chef de corps et la bourgmestre. Ceci pouvait se traduire « par des ordres donnés directement à des policiers sans passer par le chef de corps […] et également par des demandes de missions qui ne rentrent plus dans le cadre légal actuel ».
Depuis le 27 mars 2001, le corps de police communale a quitté ses locaux et s’est installé à la brigade territoriale. Les anciens policiers communaux et gendarmes ont été intégrés dans une seule et même structure. Il est à noter que certains problèmes individuels subsistent : un des policiers (malade de longue durée, il n’aurait plus donné signe de vie depuis le premier janvier 2001), qui refuserait de s’intégrer à la nouvelle structure et l’ancien chef de corps, qui s’en isolerait par tous les moyens. (Ainsi, ce dernier est arrivé à la brigade le 1er avril 2001 en remettant un énorme tas d’apostilles non exécutées dont certaines dataient de 1997. Il a demandé à pouvoir occuper un bureau tout au fond de la brigade avec entrée indépendante au rez-de-chaussée, éloigné de plusieurs couloirs du bureau du commandant de brigade. Ce bureau dispose effectivement d’une porte donnant à l’arrière de la brigade).         
Il est aussi à noter que les anciens policiers locaux devraient encore suivre certaines formations en technique et en tactique d’intervention ainsi qu’en maîtrise et gestion des situations de « crise » avant que tous puissent, de concert, travailler dans des équipes d’intervention mixtes.     
Il n’a pas encore vraiment été possible aux agents de quartier de mener une politique de « proximité » active et efficace. Certains retards administratifs étaient en effet conséquents.

57.                     Propositions et suggestions

57.1.                  Propositions et suggestions initiales

L’ensemble des membres du personnel était démotivé. L’atmosphère de travail était telle qu’il n’était plus possible, selon eux, d’envisager sereinement l’avenir. Certains pensaient sérieusement postuler un emploi dans une autre commune.                                                                                                          
Toutefois, il est peut-être possible d’envisager un changement de mentalités à la condition de prendre à la fois des mesures drastiques et de faire appel à la bonne volonté de tout un chacun. Ces mesures ont été énoncées dans un avant-projet de rapport qui a été soumis aux intéressés.                                                     
Les propositions, portées à la connaissance de la bourgmestre, de son chef de corps et des membres du personnel dès le 20 décembre 2000, ont paru réalisables à tous. En outre, ces propositions n’ont pas suscité de réactions de la part des intéressés alors que celles-ci étaient attendues pour le 10 janvier 2001 au plus tard.

57.2.                  Développements

Suite à la réforme des polices, tout le personnel de la police locale a été transféré à la brigade de la police fédérale. Les dernières investigations effectuées permettent d’augurer favorablement de l’avenir. Car, s’il a été tenu compte de certaines des remarques et propositions contenues dans l’avant-projet de rapport du Comité permanent P, c’est principalement le déménagement de la police communale à la brigade de la police fédérale qui a été l’élément le plus déterminant de cette amélioration. Certes, les personnalités individuelles n’ont pas encore totalement changé, mais l’influence d’autres chefs et collègues a certainement joué un rôle bénéfique dans l’apaisement des conflits et la diminution des tensions. Nous avons le sentiment que l’organisation plus stricte du service de la brigade a été salutaire. Les policiers communaux, livrés à eux-mêmes, non dirigés, non épaulés pendant des années et sous les ordres du garde champêtre en chef, ont maintenant trouvé, au sein d’une organisation structurée, un équilibre auquel ils aspiraient.
Les dernières mesures prises permettent d’augurer favorablement de l’avenir. Ce dossier met cependant à nouveau en évidence certaines difficultés liées à la réforme et à l’intégration des services de police, comme cela fut notamment le cas pour les polices des chemins de fer et maritime.
La communication, l’information et la formation sont importantes dans de tels processus. Il est fondamental que les personnes intégrées se reconnaissent et soient reconnaissables comme telles, qu’elles parlent un même langage et aient recours à des techniques et tactiques communes aussi rapidement que possible.

57.3.                  Divers

La mise en place d’un nouveau chef de zone après le changement de bourgmestre, qui a déjà eu lieu, et l’intégration progressive, telle que débutée, laissent augurer d’heureuses perspectives pour la mise en place de la réforme du paysage local.    
Comme le démontrent d’autres dossiers, c’est la personnalité de certains fonctionnaires de police qui était à l’origine de dysfonctionnements. Dans le cas présent, il faut espérer que l’autorité en place prenne des mesures adéquates afin d’écarter les éléments perturbants si ceux-ci refusent de s’intégrer et de s’adapter aux nouveaux impératifs inhérents à la réforme.

La réforme apporte aussi sa quotité de déçus et d’irrécupérables – sa « génération sacrifiée » – comme le démontre une fois de plus ce dossier et d’autres en cours d’examen. Il importe donc de rencontrer de tels cas individuels, qui finalement coûtent cher à la société, et de trouver des solutions.

Section 8 : corps de police d’une zone pluricommunale de la province de Namur [73]

58.                     Genèse de l’enquête

Au fil des derniers mois, le Comité permanent de contrôle des services de police a été saisi de différentes plaintes et dénonciations relatives au fonctionnement de services de police ou au comportement de fonctionnaires de police de la région. Une de ces plaintes concernait déjà le fonctionnement de la police communale et, dans une certaine mesure, son chef de corps. Notre Service d’enquêtes diligentait aussi une enquête judiciaire à charge d’un autre fonctionnaire de police de la région également candidat chef de zone. Le climat particulier qui sous-tendait la mise en place des nouvelles structures dans cette région a contraint le Comité permanent P à communiquer différents éléments des enquêtes en cours, notamment à propos de l’exercice de la fonction de police dans la région, à différentes autorités administratives. C’est ainsi que le Comité permanent P communiquait certains éléments d’une de ces enquêtes au bourgmestre et au procureur du Roi. Dans le cadre du suivi de ce dossier, il avait aussi prescrit différentes démarches à son Service d’enquêtes. Un autre rapport intermédiaire a également été établi à propos du fonctionnement de la police et de la mise en place de la nouvelle zone de police locale.
À la suite d’une analyse de l’ensemble des données disponibles en son sein concernant notamment les plaintes et dénonciations, les mesures d’ordre et les sanctions disciplinaires, de plusieurs lettres anonymes ainsi que d’une demande du procureur général, le Comité permanent P a mené une enquête à propos du fonctionnement de plusieurs services de police de la région et plus particulièrement de la police communale.      
Une autre lettre anonyme, ultérieure et similaire à celle qui est à l’origine de la première enquête de contrôle, a été adressée au procureur général le 12 décembre 2000 : cette affaire fait actuellement l’objet d’un dossier judiciaire. Le parquet a chargé le Service d’enquêtes de poursuivre l’information. L’apostille judiciaire est ainsi libellée « je vous charge d’une enquête au sujet des faits dénoncés dont certains sont susceptibles de constituer des infractions pénales et dénotent, s’ils sont avérés, un mauvais fonctionnement dans le cadre des brigades concernées […] ».
Certains éléments de nos enquêtes mettaient en outre en évidence l’existence de tensions au sein des unités et services appelés à constituer la future zone de police ainsi que certaines tensions se focalisant autour de la personnalité du chef de corps. Conscients de l’importance d’une mise en place rapide et sans heurts de la police intégrée, structurée à deux niveaux, le Comité permanent de contrôle des services de police a fait vérifier un certain nombre de points relatifs à l’ensemble de cette affaire et a tenu le ministre de l’Intérieur et d’autres autorités au courant de l’évolution de la situation.

59.                     Déroulement

Aucune méthodologie particulière n’a été suivie dans le cadre de cette enquête menée sur la base de la check-list en usage à l’époque, de questionnaires simplifiés et d’entretiens.

60.                     Résultats de l’enquête

Les principales constatations sont reprises en annexe C [xxiii] .

61.                     Conclusions et recommandations

61.1.                  Conclusions de la première phase

Selon nos sources et nos premières constatations, l’actuel commissaire a trouvé en 1999 un corps de police moribond et laissé à l’abandon à tous les niveaux par son prédécesseur, retraité depuis trois ans. Le commissaire actuel et son adjoint ont néanmoins pu et su rétablir une ambiance de travail en déterminant les tâches de chacun, en réorganisant les niveaux opérationnel et logistique, et en réinstaurant la communication au sein du personnel.       
La relation qui existe entre le chef de corps et un agent administratif est ambiguë. Par ailleurs, l’utilisation de certains véhicules par ce dernier ainsi que la qualification « d’employé de police » prêtent à confusion.

61.2.                  Conclusions générales et recommandations

La mise en place d’un nouveau chef de corps après le changement de bourgmestre qui a déjà eu lieu et l’intégration progressive telle que débutée, laisse augurer d’heureuses perspectives pour la mise en place de la réforme du paysage local.    
La réforme apporte aussi sa quotité de déçus et d’irrécupérables – sa « génération sacrifiée » – comme le démontre une fois de plus ce dossier et d’autres en cours d’examen. Il importe donc de rencontrer de tels cas individuels, qui finalement coûtent cher à la société, et de trouver des solutions.

Section 9 : corps de police d’une zone monocommunale de la province du Brabant wallon [74]

62.                     Genèse de l’enquête

Dans le prolongement de différentes plaintes ou dénonciations et de l’étude des différentes données disponibles à propos du fonctionnement des services de police de l’endroit, le Comité permanent de contrôle des services de police a fait procéder à une enquête exploratoire en vue, plus particulièrement, d’une enquête de contrôle sur le fonctionnement de la police locale. Vu les circonstances propres au cas d’espèce, cette enquête s’est déroulée en plusieurs phases.     
Au-delà des premiers contacts, un premier quick scan a eu lieu en recourant à la check-list classique de l’époque. Dès les premiers contacts avec le chef de corps et le personnel, il a été décidé de procéder à un certain nombre d’entretiens afin de mieux se rendre compte de la situation. Les chefs de corps ont également été rencontrés à plusieurs reprises. Après la collecte d’autres données et d’informations complémentaires, un premier projet de rapport de contrôle a été établi pour être soumis, le cas échéant, à l’autorité. Nous avons alors eu l’occasion de tracer quelques pistes de réflexion et d’esquisser quelques suggestions.

63.                     Méthodologie

Les principaux éléments de la méthodologie sont décrits en annexe C [xxiv] .
Le Comité permanent de contrôle des services de police a, par ailleurs, décidé d’assurer le suivi de la mise en place de la nouvelle zone et de la situation particulière de la police. Vu l’intégration de ce corps de police moyen et de la brigade territoriale de la police fédérale, aucune autre méthodologie vraiment particulière n’a encore été appliquée à cet effet. Des rencontres et des interviews furent réalisées avec des autorités et des officiers des services de police locaux ainsi qu’avec certains membres du personnel. La méthodologie classique du quick scan sera, en principe, utilisée pour le suivi de l’implémentation du nouveau paysage policier.

64.                     Résultats de l’enquête

Les principales constatations sur place sont décrites en annexe C [xxv] .

65.                     Conclusions

Au fil de l’évolution de nos analyses et investigations, nous avons pu nous rendre compte de deux points, qui méritent d’être soulignés. Tout d’abord, les responsables ont toujours été conscients des problèmes qui se posaient, même si ceux-ci ne semblent pas toujours avoir été rencontrés ni avoir fait l’objet de l’attention voulue, notamment au travers d’une discussion. D’autre part, dans le prolongement de la mise en place du nouveau paysage policier et forts de leur connaissance des problèmes précédemment évoqués, ils ont pris et envisagent de prendre toute une série de mesures qui laissent augurer positivement de l’évolution des choses.

Dans l’optique d’une éventuelle enquête de suivi, plusieurs points méritent une attention plus particulière, notamment les effectifs, le contrôle par les cadres et l’informatique. Un sérieux déficit existe actuellement au niveau du service intervention, lequel est pallié par des prestations supplémentaires et par le renfort ponctuel de membres des autres services. À terme, la qualité du service pourrait s’en voir affectée. Il nous paraît important de suivre l’évolution des effectifs au sein de la zone en tenant compte de la décision prise par l’autorité administrative de procéder à de nouveaux engagements. Le contrôle par les cadres a été dynamisé par le chef de zone. Il sera intéressant de s’assurer que cette dynamique nouvelle ne s’essouffle pas. Dans un même ordre d’idées, le contrôle interne est actuellement exercé par le chef de zone. À terme, un officier devrait être désigné pour le remplacer dans cette fonction. Il sera également intéressant de s’en assurer et d’examiner l’organisation et le fonctionnement de ce service. L’informatique est, à juste titre, présentée par le chef de zone comme le point le plus problématique. Un suivi nous semble ici encore recommandé.

Section 10 : corps de police d’une zone monocommunale de la province d’Anvers [75]

66.                     Genèse de l’enquête

Dans le cadre de l’enquête de contrôle, le Comité permanent P a décidé de se concentrer de manière plus spécifique sur certains aspects du fonctionnement policier : (1) le fonctionnement des centraux 101 ; (2) la politique en matière de prostitution à Anvers ; (3) le team d’appui spécial « Bijzonder bijstandsteam » et (4) le maintien de l’ordre public.
Le fonctionnement des centraux 101 et la politique en matière de prostitution font l’objet d’une analyse séparée [76] .

67.                     Résultats de l’enquête

67.1.                  bijzonder bijstandsteam (BBT)

67.1.1.            Information de la police d’Anvers

67.1.1.1.      Origine et finalité

Le Bijzonder bijstandsteam a été constitué en 1988 et est devenu opérationnel en 1993. Il est composé de quatorze membres permanents, dont deux chefs d’équipes teamleaders et un chef d’équipe de réserve reserveteamleader. La direction de la police d’Anvers a instauré cette unité spéciale dans le but de « garantir un service optimal pour l’ensemble des services de police. On a opté dans ce cadre pour une disponibilité en permanence et de bons rapports de coopération avec ces services. Le professionnalisme, dans des cas de crise extrêmes, où la question de l’assistance des collègues dans des situations difficiles peut se poser, à partir d’un aspect important du travail d’équipe du BBT (sic) ».

67.1.1.2.      Sélection

Les candidats au BBT sont tous des volontaires recrutés et sélectionnés jusqu’à présent parmi les membres de l’ex-police communale d’Anvers ayant une ancienneté minimale de trois ans. Chaque candidature est d’abord « examinée à la loupe » (états de service irréprochables, etc.) avant que le candidat ne passe une série de tests deux jours d’affilée (nuits y compris). La procédure de sélection se déroule comme suit : (1) tests psychologiques sous la direction du psychologue du corps ; (2) tests physiques (natation, course à pied, parcours d’obstacles, self-défense) ; (3) tests d’audace (épreuves en hauteur, épreuves dans l’eau pieds et poings liés) ; (4) esprit d’équipe (entraînements physique et mental en commun) ; (5) aptitudes au tir avec armes diverses ; (6) forum de discussion.

67.1.1.3.      Formation et entraînement

La formation et l’entraînement se font en interne, tant pour les entraînements concernant les fonctions et procédures, les formations physiques et mentales et les exercices de tir que pour le test et l’évaluation des nouveaux développements et matériels. En plus de ses instructeurs qualifiés, le team fait également appel à des instructeurs et des services externes (p. ex. cours de conduite antidérapage à l’ex-gendarmerie, cours AID-man à la brigade Paracommando, cours sur les techniques d’arrestation à la police néerlandaise, etc.).

67.1.1.4.      Tâches

Le BBT fournit assistance aux services de police qui ont besoin des ses compétences particulières. Les principales missions du BBT consistent notamment en : (1) arrestations de dangereux individus (armés) ; (2) sécurisations de personnes ou d’objectifs contre lesquels des menaces concrètes ont été lancées ; (3) interventions en tant qu’unité d’arrestation lors de missions de maintien de l’ordre public ; (4) observations et filatures d’individus dangereux en vue de leur arrestation ; (5) accompagnements de transports de fonds spéciaux ; (6) opérations de sauvetage et de recherche ; (7) missions d’infiltration dans des bâtiments.

67.1.1.5.      Permanence

Le BBT est en principe disponible 24 heures sur 24. Au moins sept membres de l’équipe sont appelables par semadigit en dehors des heures de prestation normales et sont à leur poste dans les 30 minutes, prêts à intervenir.
Le graphique montre clairement qu’il existe un problème structurel au niveau des heures supplémentaires. Le BBT assure une permanence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 pour six membres de l’équipe et un chef. En cas d’appel, la cellule radio contacte le chef d’équipe sur son GSM pour le « briefer » de manière concise. Ce dernier bipe à son tour les membres de son équipe par semadigit. Ceux-ci sont à leur poste dans les 30 minutes et c’est là que leur intervention commence. Cette permanence pèse évidemment lourdement sur la vie sociale des membres du BBT. Tant qu’ils sont de permanence, ils doivent rester dans un rayon qui leur permet d’être à leur poste dans les 30 minutes. Chaque membre du BBT est de permanence en moyenne trois semaines consécutives avant de pouvoir avoir une semaine sans permanence mais il arrive fréquemment que cette permanence dure six à sept semaines, voire dix semaines d’affilée. En 1999, les permanences prenaient en moyenne 67% du temps des membres de l’équipe. La direction du corps a décidé en guise de compensation pour leurs efforts particuliers, de reconnaître à chaque membre quatorze heures supplémentaires non rémunérées par semaine de permanence. Le résultat de cette politique s’avère à présent lourd de conséquences pour le bon fonctionnement du team car plusieurs de ses membres ont encore des centaines d’heures à prendre. Au 26 septembre 2001, le membre de l’équipe qui comptabilisait le plus d’heures supplémentaires en avait 883. L’autre extrême était zéro et concernait un membre du personnel qui avait encore 200 heures de vacance à prendre et qui, de surcroît, était un des derniers arrivés dans l’équipe. La moyenne d’heures supplémentaires des membres du BBT s’élève à 436,7 (soit 55 jours de travail de 8 heures) alors que ces derniers ont eu la possibilité en juin 2000 de demander à être rémunérés pour 100 heures supplémentaires. En outre, depuis la date symbolique du 1er avril 2000 marquant le lancement de la police intégrée à Anvers, cette indemnité par le biais d’une compensation pour les heures supplémentaire n’est plus possible. La nouvelle loi prévoit en effet une indemnité pour les personnes rappelables et une indemnité pour les unités spéciales. Cette dernière n’est pas encore d’application car elle dépend de la reconnaissance du BBT par la police fédérale. Si cette reconnaissance ne devait pas se faire, le chef de corps pourrait prendre des mesures en la matière.

Les entraînements et les missions constituent très logiquement la majeure partie (49%) de heures prestées en 2000, ces deux activités étant intrinsèques à la nature du travail du BBT. Il est par contre plus inquiétant de remarquer que les heures supplémentaires, un poids au niveau structurel qui est apparu dans le passé, mettent en péril le temps à consacrer aux entraînements.

67.1.1.6.      Le BBT dans la nouvelle structure policière

Sans préjudice de la qualité, de son travail, on peut légitimement se demander si une unité du type du BBT a bien sa place au sein d’une police locale. Des négociations sont pourtant en cours avec la Direction des unités spéciales (DSU) – l’Escadron Spécial d’Intervention (ESI) de l’ancienne gendarmerie – concernant la création de stressteams provinciaux et de teams de négociations, dans le cadre desquels le BBT peut jouer un grand rôle.

67.1.2.            Constatations et considérations du Comité permanent P

Sur la base des informations et constatations traitées par son Services d’enquêtes, le Comité permanent P se pose un certain nombre de questions : (1) il serait peut-être opportun d’édicter une directive définissant et circonscrivant clairement les missions, procédures d’affectation, formations et responsabilités du BBT ; (2) si on constate à partir de la documentation mise à disposition par la police d’Anvers que des efforts particuliers sont fournis en matière de formation (25% des heures prestées), il faut aussi relever le fait que les formations ne sont pas les mêmes que celles de la DSU (ex-ESI et POSA). Dès lors que des unités spéciales telles que le BBT et la DSU doivent travailler main dans la main, des standards en matière de formation, de mission et de procédure s’imposent. À cet égard, on ne peut que se réjouir de l’initiative du directeur général de la police fédérale, responsable de l’appui opérationnel, qui a fondé un groupe de travail « intégration des unités spéciales » en espérant qu’il puisse trouver des solutions aux problèmes qui risqueraient de se poser ; (3) au vu de la répartition des heures prestées et de l’organisation des permanences, la question qui se pose est de savoir si la pression que subissent les membres du BBT n’est pas trop lourde et si elle ne risque pas de générer des situations dangereuses au cours d’interventions.

67.2.                  Maintien de l’ordre public

Il a également fallu examiner la question du maintien de l’ordre du point de vue du concept même et de son organisation. On a toujours, au départ, une intervention qui vise la conciliation, bien qu’en soi, cette démarche n’offre pas les garanties suffisantes des bonnes dispositions à l’« hospitality » des fonctionnaires de police individuels. Des remarques similaires ont été formulées à la suite des sommets européens [77] .  
En ce qui concerne la préparation, force est de constater que plusieurs normes et procédures standard classiques font défaut, ce qui n’implique pas forcément que l’exécution pratique correcte des missions se trouve en danger. Simplement, il s’agit là d’un facteur de risque potentiel.        
Il importe également de relever que la terminologie utilisée et ce qu’elle implique concrètement diffèrent de la terminologie utilisée notamment par les corps de police impliqués dans les sommets européens. Si le Comité permanent P n’entend pas se prononcer sur les termes qui conviendraient le mieux, il est toutefois persuadé que le cadre conceptuel doit rester le même. C’est d’autant plus vrai depuis que la police fédérale et la police locale sont, bien plus qu’avant, appelées à coopérer dans le cadre du maintien de l’ordre. Même en ce qui concerne la terminologie propre à un corps déterminé, il est clair qu’en matière de maintien de l’ordre, chacun doit connaître les significations précises de tous les termes.

67.3.                  Conclusions

Le Comité permanent P assurera un suivi des activités du groupe de travail « intégration des unités spéciales » et vérifiera la manière dont les conclusions de ce dernier seront mises en pratique dans les diverses unités spéciales de la police fédérale et de la police locale.   
À côté des distinctions dans les terminologies, les normes et les standards, il existe aussi une distinction évidente entre le matériel et les méthodes utilisés par la police fédérale et la police locale. En l’espèce également, le Comité permanent P ne souhaite pas faire des choix mais il est clair que les divergences existantes sont de nature à entraver toute forme de coopération. Dans cette optique, le Comité permanent P continuera à suivre la problématique du maintien et du rétablissement de l’ordre public.

Chapitre IV : Efficacité du fonctionnement général ou particulier d’un ou de plusieurs services à compétence de police

Section 1re : Police des chemins de fer [78]

68.                     Genèse de l’enquête

Au fil des dernières années, le Comité permanent de contrôle des services de police et son Service d’enquêtes se sont intéressés à différents services ou administrations à compétence de police [79] ainsi qu’à des services ou administrations comprenant des personnes à compétence de police. En fait, ils se sont intéressés à l’exercice de la fonction de police par des services ou par des administrations autres que les classiques services de police (actuellement la police intégrée, structurée à deux niveaux [80] ) ou encore à l’exercice de cette fonction par des personnes faisant partie d’une administration, d’une entreprise publique, d’économie mixte, voire purement privée. Dans ce contexte, ils se sont e.a. intéressés à l’exercice de la fonction de police des transports, notamment à la Société des transports intercommunaux de Bruxelles (STIB). Une partie de leur intérêt particulier provient d’enquêtes de police judiciaire plus ou moins importantes ou préoccupantes, l’autre de la demande des autorités de police les plus diverses ou de leurs propres analyses. Plusieurs de leurs rapports ont expressément été consacrés à cette question.                                                                                          
La matière abordée présente différents aspects intéressants pour l’évaluation du fonctionnement des services de police et pour le suivi de l'exercice de la fonction de police. En effet, plusieurs intégrations ou fusions de services ont déjà eu lieu dans ce secteur. Des problèmes particuliers de coordination et de flux d’informations s’y posent, notamment entre les intervenants publics et privés de la sécurité, voire des problèmes de maintien de l’ordre et de police au sens large. Un incident ou une crise peuvent y avoir des conséquences énormes pour la bonne police dans la cité. Chaque jour, des centaines de milliers de personnes sont concernées par la question.     
Depuis le second semestre de l’année 1999, le Comité permanent de contrôle des services de police et son Service d'enquêtes suivent le développement de certains aspects de l’ensemble de cette problématique avec un intérêt tout particulier. L’objet de ce rapport n’est en aucune manière de revenir sur certaines enquêtes judiciaires mais bien de dégager des pistes de réflexion générales de nature à améliorer l’exercice de la fonction de police dans notre société, mobile par essence, et en perpétuel changement. Le Comité permanent de contrôle des services de police tient à souligner qu’un certain nombre de ses constatations et réflexions ont déjà fait l’objet de différents échanges de vues avec les parties concernées et avec différents responsables ou autorités privilégiés [81] .                                                                                                                                        
L’objet du présent rapport, indépendamment de la volonté de rendre compte de ses activités, est de contribuer à l’amélioration de la manière dont la fonction de police est assurée et assumée dans notre société par les intervenants les plus divers, au niveau de l’exécution.

69.                     Résultats de l’enquête

Les principales constatations sont développées en annexe D, II [xxvi] .

70.                     Méthodologie

Les principaux éléments relatifs à la méthodologie d’enquête seront explicités en annexe D, II [xxvii] .

71.                     Conclusions

Les options des autorités en matière d’exercice de la fonction de police sur le réseau, dans les installations et aux abords de celles-ci ne sont pas encore assimilées ou intégrées sur le terrain. L’intégration des services et la réforme des services de police ont par ailleurs encore des conséquences gênantes sur le bon exercice de la fonction de police dans ce domaine. Il faut bien constater que les procédures policières et sécuritaires en cas d’incident, de crise, de catastrophe et, notamment, d’alerte à la bombe, ne sont pas encore au point.
Des différences de cultures existent entre anciens membres de la police des chemins de fer et anciens gendarmes, ainsi que des tensions entre nouveaux policiers et nouveaux gardiens issus de la police des chemins de fer. L’articulation entre les différents intervenants (privés-publics) doit encore être clarifiée. Les fonctions de police et sécuritaire, notamment la police de proximité et la circulation efficace des informations, ne semblent pas complètement assumées, ni sur le réseau, ni dans les installations, ni aux abords de celles-ci. Des formations restent à organiser.  
Des préoccupations économique existent chez tous les intervenants (coût, surcoût, capacités, etc.). L’implantation des postes pourrait être améliorée. Les délais d’intervention pourraient également être améliorés.      
Deux questions ne devraient, par ailleurs, pas être perdues de vue : celle des graffitis et celle des dégradations. Enfin, la coordination et le flux des informations entre les différents intervenants présentent encore trop d’imperfections.
Un troisième rapport intermédiaire sur cette question a été adressé à différentes autorités et à la hiérarchie de différents services de police. Au moment de la rédaction de cette partie de son rapport annuel, soit le 1er mars 2001, le Comité permanent de contrôle des services de police n’a reçu qu’une réaction vraiment significative à ses rapports antérieurs, sur laquelle nous reviendrons infra. Il importe par ailleurs de souligner que le 13 février 2002 paraissait dans le Moniteur belge une circulaire du ministre de l’Intérieur intitulée « La responsabilité des autorités administratives en matière de sécurité dans les gares » qui règle certains aspects de la question et à laquelle le directeur général de la police administrative fait aussi référence.    
Dans une lettre, datée du 29 janvier 2002, il note que : « Si les constatations inscrites actuellement dans votre rapport n° 25449/2001 sont correctes, il me semble indispensable de vous faire part de l’évolution de quelques initiatives prises afin d’y remédier. Ainsi une table ronde a été organisée sous l’égide du ministre de l’Intérieur afin d’améliorer la sécurité et la collaboration entre divers acteurs de terrain pour ce qui est de la police des transports. De cette table ronde, il est ressorti trois groupes de travail. Le premier est chargé d’organiser le flux d’information, d’harmoniser les statistiques des services de polices, d’améliorer la communication entre services et de développer les tactiques d‘intervention policières. Ce groupe de travail est piloté par la police fédérale.    
Le second, piloté par la PGR (Section Sécurité Privée), est chargé de déterminer précisément les tâches que peuvent remplir les agents de gardiennage de la SNCB dans le respect de la législation. Le dernier quant à lui est chargé d’étudier les mesures concrètes de prévention qui pourraient être prises par la SNCB. Il est piloté par le Secrétariat Permanent à la Politique de Prévention. Vous constaterez avec moi que ces groupes de travail, lorsqu’ils auront remis leurs conclusions auront très certainement permis de rencontrer pleinement la plupart de vos critiques ».
        
Il poursuivait en notant également que : « Lors de cette table ronde, le ministre a fait mention d’une circulaire déterminant avec précision les autorités responsables pour ce qui concerne le territoire SNCB […] ». Le directeur général constatait que : « Selon le ministre, la police de base à l’intérieur et autour des gares, sauf exception, ressortit à la compétence des autorités locales. Il leur appartient de prendre toutes les mesures utiles afin de garantir la sécurité sur ce territoire de compétence ». Par ailleurs, il précisait que : « En ce qui concerne la problématique des alertes à la bombe, il appartiendra aux autorités compétentes de prendre les initiatives nécessaires afin de trouver les solutions adéquates. La police fédérale se tient à disposition de ces autorités afin de fournir un appui technique et opérationnel à la bonne réalisation des procédures élaborées ». Toujours, en ce qui concerne la formation : « Pour ce qui est de la formation, nous sommes conscients que le plus grant défi réside dans le fait qu’il convient d’éviter la perte de connaissances spécifiques aux chemins de fer. La direction compétente au sein de mes services a pris ses dispositions pour faire reconnaître officiellement la formation qui est actuellement donnée aux nouveaux membres de la police des chemins de fer. En ce qui concerne la mise à niveau de l’ensemble des membres de la police des chemins de fer, le planning prévu suit son cours ». Enfin, il concluait en précisant que : « Le protocole d’accord sera revu à la lumière de la circulaire du ministre de l’Intérieur. Des contacts en ce sens ont déjà été pris avec la SNCB. Je rencontrerai personnellement le responsable du service de gardiennage dans le courant du mois de février 2002 ».

72.                     Recommandations

72.1.                  Recommandations particulières

Il est clair que l’ancien protocole d’accord en matière de coopération entre la SNCB et la police fédérale doit être actualisé. Non seulement parce que l’ancienne gendarmerie a été intégrée dans la police fédérale mais également parce qu’il existe des imprécisions de fonds. Les missions et donc également les compétences devraient être mieux définies et circonscrites. En outre, il est nécessaire de définir avec la plus grande clarté les règles de coopération entre le service SPC de la police fédérale et le SIG de la SNCB. Ainsi, il faudrait déterminer comment, à qui et sous quelles conditions une demande d’assistance doit être adressée. S’il échet, il faut intégrer les polices locales dans le dispositif.      
Il convient, pour ce faire, d’envisager le meilleur moyen de fournir assistance au public – au citoyen en d’autres termes. L’implantation des postes et le nombre de personnes disponibles devraient faire l’objet d’une étude approfondie, qui devrait permettre de réduire les délais d’intervention de manière significative.
Il convient également de définir un cadre pour le devoir d’information du SIG envers la SPC et vice versa, afin de résoudre le problème du secret imposé à la SPC et du devoir de discrétion du SIG, de sorte que les deux partenaires puissent échanger les informations nécessaires.
Un plan de sécurité doit conditionner les interventions du SIG et de la SPC et la répartition des tâches doit e.a. tenir compte de la spécificité de chacun.
Le nombre croissant d’agressions dans les transports en commun et surtout les situations de violence dont le personnel des transports en commun est particulièrement victime nécessitent des mesures, telles qu’une réglementation et un personnel habilité à la faire respecter. C’est pourquoi nous pouvons souscrire à l’idée d’envisager de conférer certaines compétences de police au personnel du SIG, sans faire de ce service une nouvelle police des chemins de fer.
Les membres de l’ancienne police des chemins de fer devraient pouvoir achever leur formation de police, ce qui permettrait de normaliser certaines situations délicates.
Il faut définir une procédure de concertation en matière d’alerte à la bombe et autres incidents, laquelle concernerait également le manager régional de la SNCB. Elle déterminerait notamment les mesures à prendre dans telle ou telle situation ainsi que le responsable de l’exécution.    
Les principes de concertation durant l’exécution doivent également être formulés.
Il est nécessaire pour le personnel de la SPC – police fédérale et pour les membres du SIG et les accompagnateurs de train, de prévoir des exercices de techniques de conversation, d’intervention verbale, de gestion de l’agression, de dynamique de groupe – ou travail en groupe/teambuilding – car beaucoup d’incidents naissent de l’ignorance dans ce domaine. En ce qui concerne le cadre dirigeant, il est nécessaire de prévoir une formation plus spécialisée, notamment en matière de motivation et d’évaluation du personnel.
Les membres de la SNCB porteurs d’un mandat de police jouissent d’une compétence de contrôle et de constatation limitée et pratiquement aucun d’entre eux ne fait usage de cette compétence. Il faut chercher les causes de cet état de fait et prévoir des formations et exercices pratiques pertinents. Par ailleurs, la question de la prestation de serment de ces personnes semblerait toujours poser des problèmes pratiques.
Le service juridique de la SNCB a aussi un rôle important à jouer en matière de maintien de l’ordre (au sens large), notamment par les actions en justice qu’il est amené à mettre en œuvre. Pour ce faire, il importe que certaines informations lui soient transmises ou qu’il ait accès à d’autres informations. Cette question devrait aussi être examinée et, le cas échéant, faire l’objet de directives.
Là où cela s’impose, les plans d’intervention en cas de crise ou de catastrophe s.l. devraient être actualisés et testés, notamment en raison de l’existence d’un nouveau paysage policier et de nouvelles structures.

72.2.                  Recommandations générales

Dans l’état actuel de ses recherches et réflexions, le Comité permanent P est d’avis que : (1) confier des compétences et des responsabilités de police à des émanations ou des structures du secteur commercial ou du secteur privé présente, le plus souvent, des risques et est de nature à engendrer des dysfonctionnements ; (2) les tâches envisagées sont à la fois des tâches de « gardiennage » − parfois même de recherche privée − et des tâches nécessitant des compétences de police limitées ; (3) pour l’aspect « gardiennage », un échange de vues doit être prévu avec le département de l’Intérieur. Cette question ne ressortit en effet pas directement à la compétence du Comité permanent P, même si le Comité permanent de contrôle des services de police et son Service d'enquêtes doivent pouvoir s’intéresser à deux aspects particuliers de cette délicate question : d’une part, interface entre la sécurité et la recherche dite « privées » et la fonction de police assurée  par les services de police s.l. et, d’autre part, les empiétements les plus variés de la sécurité et de la recherche privées sur l’exercice responsable de cette fonction ; (4) les missions et les compétences en la matière devraient en premier lieu, pour ne pas dire essentiellement et avant tout, être assumées par les services de police parfois qualifiés de réguliers et de généraux. Si cela ne devait pas ou ne pouvait pas être le cas, le risque est particulièrement grand de voir des émanations du « privé » occuper des espaces et des champs de contrôle et de régulation sociaux, traditionnellement réservés à l’État, dans nos structures continentales romano-germaniques d’inspiration essentiellement française. À défaut et sans préjudice de ce qui précède, le Comité permanent de contrôle des services de police est d’avis que rien ne semble imposer d’accorder la qualité d’officier de police judiciaire aux personnes concernées. Il nous est en effet d'avis qu’un nombre limité d’agents « assermentés », dotés de quelques moyens d’action ou d’intervention policiers (contrôle d’identité, fouille limitée, rédaction de rapports, voire de procès-verbaux, etc.), devraient suffire à couvrir, à côté des impératifs généralement sécuritaires, les besoins policiers « spécifiques » ou « particuliers », ces moyens de participer effectivement à l’exercice de la fonction de police ainsi que l’une ou l’autre compétence spéciale pourraient aussi être utiles pour réaliser l’efficacité, l’efficience et l’effectivité de la mesure, la compétence de police dont question est et devrait rester spéciale – donc essentiellement limitée – et non générale sur un territoire limité, cette compétence devrait être clairement circonscrite dans ou en vertu de la loi ; (5) avant d’envisager la mise au point d’une loi cadre pour les principales interventions policières en matière de police spéciale, un ballon d’essai pourrait être lancé pour la police des transports au sens large, sans toutefois tomber dans de nouvelles polices spéciales hyperparticulières ou spécifiques et indépendantes comme certains membres des anciennes unités provinciales de circulation le voudraient pour des raisons essentiellement statutaires, semblerait-il.

Section 2 : Exercice de la fonction de police sur le réseau de la STIB

73.                     Genèse de l’enquête

Au fil des dernières années, le Comité permanent de contrôle des services de police et son Service d’enquêtes se sont intéressés à différents services ou administrations à compétence de police [82] ainsi qu’à des services ou administrations comprenant des personnes à compétence de police. En fait, ils se sont intéressés à l’exercice de la fonction de police par des services ou par des administrations autres que les classiques services de police (actuellement la police intégrée, structurée à deux niveaux [83] ) ou encore à l’exercice de cette fonction par des personnes faisant partie d’une administration, d’une entreprise publique, d’économie mixte, voire purement privée, etc. Dans ce contexte, ils se sont e.a. intéressés à l’exercice de la fonction de police des transports, notamment à la Société des transports intercommunaux de Bruxelles (STIB). Une partie de leur intérêt particulier provient d’enquêtes de police judiciaire plus ou moins importantes ou préoccupantes, l’autre de la demande des autorités de police les plus diverses ou de leurs propres analyses. Plusieurs rapports du Comité permanent P ont d’ailleurs expressément été consacrés à cette question.                                                    
Depuis le second semestre de l’année 1999, ce dernier suit le développement de certains aspects de cette problématique avec un intérêt tout particulier. L’objet de ce rapport n’est en aucune manière de revenir sur certaines enquêtes judiciaires mais bien de dégager des pistes de réflexion générales de nature à améliorer l’exercice de la fonction de police dans notre société, mobile par essence, et en perpétuel changement. Le Comité permanent de contrôle des services de police tient à souligner qu’un certain nombre de ses constatations et réflexions ont déjà fait l’objet de différents échanges de vues avec les parties concernées et avec différents responsables ou autorités privilégiés [84] .                                                                             
L’objet du présent rapport, indépendamment de la volonté du Comité permanent P de rendre compte de ses activités, est de contribuer à l’amélioration de la manière dont la fonction de police est assurée et assumée au niveau de l’exécution par les intervenants les plus divers de notre société.
Jusqu’à la fin de l’année 2001, il n’y a plus eu aucune manifestation publique de mécontentement quant au fonctionnement du service de sécurité de la STIB, ni même la moindre plainte individuelle. Si les premières vérifications effectuées à propos d’un incident largement commenté dans la presse ont mis en évidence de légers dysfonctionnements, aucun élément concret et vérifiable du dossier ne nous incite, à ce jour, à mener une enquête plus approfondie à son propos. On notera cependant ce passage de notre premier rapport. Un des responsables décrira les unités de la BR comme des « rabatteurs » de la police communale. Il définissait sa brigade de recherche de la manière suivante [85]  : « c’est une brigade créée pour aider les gradés et agents du SSG en les renseignant sur les agissements des vandales dans les véhicules et les installations de la STIB. En outre, cette brigade effectue des missions de renseignement pour les brigades judiciaires des différentes polices communales ainsi que pour la BSR et la gendarmerie en ce qui concerne les bandes de jeunes oisifs qui hantent nos véhicules et nos stations […], les gradés et agents de cette brigade n’interviennent pas pour des infractions mineures au règlement de police. S’ils viennent à constater de telles infractions, ils font appel à la patrouille, pour autant que besoin […] ». Et dans le deuxième : « Les patrouilleurs de la brigade anti-vandalisme travaillent en civil. Un chef patrouilleur et 14 agents ont pour mission principale la recherche et la constatation des infractions liées au vandalisme, au vol à la tire ou autre plainte des voyageurs, pour lesquelles ils informent les autorités policières compétentes. Ils se déplacent dans deux véhicules d’intervention anonymes équipés d’un gyrophare et d’un bitonal ».

74.                     Constatations

Les principales constatations des deux, trois dernières années sont reprises en annexe D [xxviii] .

75.                     Méthodologie

La méthodologie utilisée est également brièvement explicitée en annexe D [xxix] .

76.                     Conclusions

76.1.                  Conclusions particulières

Bien que la nouvelle philosophie développée par les responsables du SCG tende à mieux inscrire ses actions et interventions dans une approche plus conforme à la vocation de la STIB et ainsi mettre tout en oeuvre pour se démarquer de son étiquette policière héritée des années antérieures, il nous semble qu’il subsisterait encore certaines ambiguïtés, notamment au niveau de l’image donnée par certains patrouilleurs du service de contrôle et de gardiennage (SCG) [86] et de la cellule anti-vandalisme. Il est aussi à noter à cet égard que, consciente de certains amalgames possibles, notamment par la clientèle, la police fédérale (POLFED) du métro est en train de réaliser un effort tout particulier pour que l’uniforme de son personnel soit le plus rapidement possible adapté aux nouvelles normes adoptées en vertu de la loi sur la police intégrée [87] . Cela nous semble être une bonne initiative, qui pourrait utilement être soutenue par les différentes autorités concernées.
Au SCG, des mesures sont aussi mises en place pour que chaque agent soit formé et surtout informé des instructions à suivre. S’il existe aussi une réelle volonté de la part de la direction de ce département de la STIB d’introduire la notion de « qualité de travail », de changer la culture et la mentalité du personnel concerné, il n’en ressort pas moins que la structure en place est fort similaire, si pas identique, à celle d’un service interne de gardiennage sans que le service n’ait officiellement été reconnu comme tel.   
D’une part, la direction de la POLFED du métro considère que si des comportements plus commerciaux ont été insufflés dans la manière de travailler du SCG, cette dernière pourrait encore gagner en qualité si elle était organisée sur le modèle d’une structure légale bien déterminée. D’autre part, il est incontestable que l’organisation actuelle du SCG soulage la POLFED de certaines tâches particulières, ainsi plus particulièrement au niveau de la répression des « graffitis ».  
Il n’en reste pas moins que malgré certains contacts entre les responsables, les missions du SCG et de la POLFED du métro sont le plus souvent planifiées de manière totalement indépendante, sauf en cas d’événements plus particuliers [88] . Si la POLFED possède ses patrouilleurs en uniforme, sa brigade canine et ses fonctionnaires de police en civil (lesquels traquent les pick-pockets, les faits de vols avec violences, les infractions d’attentats aux moeurs), on retrouve aussi une trame organisationnelle similaire, que nous oserions qualifier de « virtuelle », au sein du SCG avec certains membres du personnel assermentés dont la compétence de police judiciaire est, par essence, limitée.
Quelques problèmes particuliers doivent aussi être soulignés. Les titulaires de plusieurs fonctions sont assermentés et titulaires d’une commission de police judiciaire, sans nécessité ni raison. La direction administrative et commerciale peut ainsi intervenir, notamment par ce biais, dans des questions de police, voire d’information judiciaire et prendre connaissance du contenu de certains fichiers.                                    
La coordination entre les services de la police fédérale, des polices locales et des personnes à compétence de police ou des « agents de sécurité » (s.l.) ne semble pas être idéale dans le cas d’espèce. La question semble encore être plus problématique dans les « nœuds de communications » (réseau ferroviaire, réseau en surface, métro, etc.). La fonction de police n’a pas toujours été assurée pleinement en ces endroits particuliers par les services de police généraux et ne semble toujours pas l’être. Certains vides ou lacunes risquent dès lors toujours de donner lieu à des interventions trop larges de services ou de personnes aux compétences spéciales, limitées par essence, de personnes sans compétence particulière ou encore à des formes de coopération critiquables entre les différents intervenants sécuritaires (s.l.), comme le démontrent certaines de nos enquêtes dans certaines gares, notamment celle du Midi.

76.2.                  Conclusions intermédiaires

Dans l’état actuel de ses recherches et réflexions, le Comité permanent P est d’avis que : (1) confier des compétences et des responsabilités de police à des émanations ou des structures du secteur commercial ou du secteur privé est, le plus souvent, de nature à engendrer des dysfonctionnements ; (2) les tâches envisagées sont à la fois des tâches de « gardiennage » voire de « recherche privée », d’une part et des tâches nécessitant des compétences de police limitées d’autre part ; (3) pour l’aspect « gardiennage », un échange de points de vues doit être prévu avec le département de l’Intérieur. Cette question ne ressortit en effet pas directement à la compétence du Comité permanent P ; (4) il ne s’impose pas d’accorder la qualité d’officier de police judiciaire aux personnes concernées. Il nous est en effet d'avis qu’un nombre limité d’agents « assermentés », dotés de quelques moyens d’action ou d’intervention policiers (contrôle d’identité, fouille limitée, rédaction de rapport, etc.), devraient suffire à couvrir, à côté des impératifs sécuritaires, les besoins policiers « spécifiques » ou « particuliers » ; (5) ces moyens policiers ainsi que l’une ou l’autre compétence spéciale pourraient aussi être utiles pour réaliser l’effectivité de la mesure ; (6) la compétence de police dont question est et doit rester spéciale – donc essentiellement limitée – et non générale sur un territoire limité ; (7) cette compétence doit être clairement circonscrite dans ou en vertu de la loi ; il convient de préciser au mieux les personnes à assermenter, qu’il faut limiter à celles qui ont réellement besoin de compétences de police ; (8) avant d’envisager la mise au point d’une loi cadre pour les principales interventions policières en matière de police spéciale, un ballon d’essai pourrait être lancé pour la police « spéciale » des transports au sens large (c’est-à-dire en dehors des missions et tâches assurées par la police intégrée).

77.                     Recommandations

La base légale des activités « policières » du service de sécurité de la STIB est peu claire. Il nous est d’avis qu’il y a place en la matière pour un petit service à compétences de police limitées et composé d’un nombre strictement restreint d’agents assermentés. Il conviendrait donc dans un premier temps de créer (renforcer) cette base légale en précisant les missions et compétences de ces agents.
La majeure partie des activités du SCG de la STIB consiste en des activités de gardiennage au sens de la loi du 10 avril 1990. Il conviendrait de préciser dans quelle mesure cette législation est applicable à ce dernier. Le texte légal précédemment évoqué pourrait aussi organiser ce service en service sui generis, notamment, en dérogeant expressément à la loi du 10 avril 1990. Une partie des activités pourrait même tomber dans le champ d’application de la loi du 19 juillet 1991 organisant la profession de détective privé. En tout état de cause il importe de mettre en place un service de professionnels responsables et bien formés, car au-delà de leur statut privé-, ils participent finalement à la mise en œuvre de la fonction de police (s.l.).

Les services de police réguliers doivent s’organiser pour remplir leurs missions générales de police sur l’ensemble du territoire et notamment dans le métro, les stations de métro, les trains, les gares, etc. Ils doivent pouvoir remplir leurs missions en tous temps et il devrait y avoir des procédures ordinaires et des procédures extraordinaires (alertes à la bombe, accidents, catastrophes, etc.). Lorsque les services de police réguliers font défaut, d’autres intervenants, en l’espèce les services de sécurité, ont tendance à s’approprier leurs missions et leurs compétences.                                                                                                            
En cette matière, la coordination entre services de police réguliers, entre services de police générale et services de police spéciale et entre services de police réguliers et services ou entreprises de gardiennage est un facteur critique de succès. Il importe donc que des directives claires soient données à ce propos, notamment en ce qui concerne la coopération entre des personnes à compétence spéciale de police et les services de police réguliers et entre des membres du personnel de sécurité et les services de police réguliers.

Section 3 : stib bis [89]

78.                     INTRODUCTION

Le 27 décembre 2001, sur la base d’un article de presse paru le 26 décembre 2001, a débuté une enquête relative à une opération de filature menée par le service contrôle et surveillance de la Société des transports intercommunaux de Bruxelles (STIB). Ce service aurait mené des observations de suspects dans le cadre d’une enquête portant sur les auteurs présumés de l’attentat terroriste sur le commandant afghan de l’Alliance du Nord, Ahmed Massoud. Cela se serait déroulé sous couvert  d’une enquête concernant des vols à la tire. Un agent de la STIB, interviewé à ce propos, a plus particulièrement fait référence à l’exécution de missions d’observation d’un immeuble situé à la rue de Diderich à Saint-Gilles. Il a affirmé avoir reconnu à la télévision les auteurs du meurtre précité comme étant les habitants d’une maison qu’il avait surveillée. De plus, dans ces articles de presse, il était question d’une filature de personnes armées jusqu’à Malines.

79.                     EXéCUTION d’eNQUêTES

Dès qu’il a eu connaissance de cette information, c’est-à-dire le 27 décembre 2001, le Comité permanent de contrôle des services de police et son service d’enquêtes ont initié une enquête qui a rapidement permis de vérifier un certain nombre d’éléments et, également, de rejeter un certain nombre d’hypothèses. Aussi, il a été décidé de poursuivre cette enquête par le biais d’enquêtes internes qui ont été menées au sein de la STIB et de la police de Bruxelles, et ce dans le prolongement des rapports qui avaient été rédigés à cet égard. Les opérations générales d’enquête sont décrites en annexe.

80.                     Éléments examinés

Les éléments suivants ont été examinés : (1) le fonctionnement des services STIB concernés ; (2) la coopération entre la STIB et la police locale de Bruxelles ; (3) la légalité de l’exécution d’opérations de filature par la STIB et, plus particulièrement en dehors du ressort territorial où elle est compétente ; (4) des questions spécifiques complémentaires concernant l’enquête sur les pickpockets : d’une part, y a-t-il un lien avec l’enquête en matière de terrorisme et, en particulier, par la surveillance de l’immeuble situé au 44 de la rue Diderich et, d’autre part, les opérations de filature menées en dehors de Bruxelles l’ont-elles été sur ordre de la hiérarchie ou à l’initiative de l’agent concerné ?

81.                     EXéCUTION D’enquêteS

Différentes démarches ont été entreprises :
Ü     28 décembre 2001 : entretien avec l’administrateur directeur général et le directeur général adjoint de la STIB ;
Ü     28 décembre 2001 : contact téléphonique avec le commissaire divisionnaire de la police locale de Bruxelles qui, en l’absence du chef de zone, assumait la direction de la police locale de Bruxelles ;
Ü     28 décembre 2001 : entretien avec le chef de la section « pickpockets », aussi appelée « trekkers », de la brigade judiciaire de la police locale de Bruxelles ;
Ü     11 janvier 2002 : contact téléphonique avec le directeur général adjoint de la STIB relatif aux progrès de l’enquête interne effectuée par ses services ;
Ü     11 janvier 2002 : contact téléphonique avec un commissaire du service  contrôle interne de la zone de police de Bruxelles afin d’obtenir des informations à propos de l’état d’avancement de l’enquête menée par son service dans le cadre de l’opération « pickpockets » ;
Ü     Prise de connaissance du rapport d’enquête de la commission d’enquête de la STIB et du rapport du chef du bureau « pickpockets » à la police locale de Bruxelles ;
Ü     31 janvier 2002 : entretien téléphonique avec le chef du Groupe interforces anti-terroriste (GIA) ;
Ü     4 février 2002 : contact téléphonique avec un commissaire de police du GIA.

82.                     Principaux résultats de l’enquête

82.1.                  BRIGADE ANTI-VANDALISME DE LA STIB

La brigade anti-vandalisme (BAV) fait partie du service de contrôle et de surveillance de la STIB. Le BAV compte au total 14 agents.

82.1.1.            Fonctionnement

Les membres du BAV effectuent des surveillances sur le réseau de la STIB axées sur le vandalisme – en particulier les graffitis –, le vol à la tire, le vol, les agressions, la falsification de titres de transport, etc. Ils surveillent le réseau de la STIB et interviennent en cas de flagrant délit. Le 24 avril 2001, au cours d’une réunion des membres du BAV avec les principaux responsables, il fut décidé de scinder le service et de constituer un groupe qui axerait ses activités sur les agressions, la falsification des titres de transport, les vols et les vols à la tire. Cette équipe a été constituée de quatre « patrouilleurs » [90] . Il s’agissait clairement d’une confirmation formelle d’une spécialisation au sein du BAV qui existait déjà, en fait, depuis quelques mois. Ces quatre agents, que leurs collègues ont appelés « le groupe des 4 », dépendaient, selon les dires du chef de la surveillance, directement des deux hauts responsables pour l’exécution, suppose-t-il, de missions particulières. Au cours de cette réunion de travail du 24 avril 2001, ces agents ont été incités, dans la mesure du possible, à travailler en équipes de deux et à ne pas intervenir individuellement. Leur attention a aussi été explicitement attirée sur le devoir de discrétion lié aux missions spécifiques que ce service doit parfois effectuer à l’égard des services tant externes qu’internes et des autres unités. Aucun document ne peut quitter l’unité sans l’autorisation du responsable.

82.1.2.            Direction

Au cours de cette réunion précitée, il a été communiqué que la brigade anti-vandalisme était placée sous le contrôle quasi direct du chef de service. Les agents doivent eux-mêmes organiser leurs missions dans l’optique d’une rentabilité maximale de leurs heures de services. Officiellement, le « groupe des 4 » ne compte pas de chef, mais un des enquêteurs s’est toutefois profilé comme tel.

82.1.3.            Ambiance de travail

Il ressort du rapport de la réunion de travail du 24 avril 2001 qu’il y avait, au sein de la brigade, des problèmes de jalousie, des ragots et des divergences d’opinion, de même qu’un manque de motivation. Pour ce dernier point, les agents invoquaient leur sentiment d’avoir été insuffisamment soutenus par leurs supérieurs. Il semble toutefois que le service était considéré comme « spécial » par la direction, comme en témoigne le passage suivant du rapport de la réunion de travail : « […] qui devrait prédominer au sein d’une unité spéciale comme la nôtre ». Les dix autres membres du BAV seraient jaloux du « groupe des 4 » étant donné que ces derniers pourraient bénéficier d’un meilleur matériel. Lorsque, fin septembre 2001, un nouveau chef du BAV a été désigné, il a été dit par le responsable de la section qu’il régnait un malaise parmi les dix, mais que tout fonctionnait bien chez les « quatre ».

82.1.4.            Formation

Du contenu de déclarations importantes, il semble qu’il n’existerait aucune formation spécifique pour les membres du BAV. Les choses ne seraient pas plus claires quant à leurs droits et aux limites de leurs compétences. D’après le responsable de la formation et de l’évaluation du personnel, de nouvelles formations sont régulièrement organisées sur la base de l’information fournie. Les formations et les recyclages ont lieu sur demande. Il estime que la formation de base est suffisante pour pouvoir assurer l’ensemble des missions dans un cadre légal et dans les limites de leurs compétences.      
En ce qui concerne le BAV, ses membres ont reçu, au départ, une formation de « patrouilleur ». Il n’existe pas de formation spécifique pour le BAV, les agents apprennent sur le tas. Il existe cependant un vade-mecum, constamment mis à jour, où figurent les instructions pour les « patrouilleurs ». De l’enquête interne, il semble que les instructions pour toutes les fonctions au sein du service contrôle et surveillance aient été élaborées en collaboration avec le service juridique. Ces instructions font également partie de la formation des agents. Un projet portant sur des instructions spécifiques pour le BAV ne serait pas encore finalisé.

82.1.5.            Compétences

Le chef de service défend le point de vue selon lequel une intervention du BAV doit toujours être basée sur le règlement de police interne et doit être initialisée dans le cadre des compétences liées au réseau et aux installations de la STIB. Ce règlement de police interne ne laisserait subsister aucun doute en matière de compétences. De plus, les agents doivent apprécier de quelle manière ils effectuent une intervention [91] . En outre, ce règlement prévoit expressément que, pour des missions de surveillance particulières menées dans le cadre des missions de la brigade, une autorisation préalable du chef de la brigade est requise. Si la mission se déroule dans d’autres installations de la STIB que les réseaux de transport, pour cela, l’autorisation du « chef de dépôt » doit être obtenue. Selon les constatations de la commission d’enquête interne de la STIB, cela n’a pas été le cas dans le cadre du dossier 2001/1008.       
Dans la masse de documents qui nous ont été transmis en annexes du rapport d’enquête interne, sont reprises les missions du BAV. Comme il ressort des annotations apportées par la commission d’enquête interne, ces missions sont souvent formulées trop vaguement – « faire face à », « suivant procédure habituelle », etc. – et excèdent régulièrement les compétences légales des agents. Il est aussi, à plusieurs reprises, question de missions sur la voie publique, à proximité du réseau ou des bâtiments de la STIB, dans le voisinage de spectacles, etc. où les agents n’ont aucune compétence ratione loci. En outre, un certain nombre de missions outrepasse la compétence ratione materiae : saisie d’objets, audition d’auteurs, enquêtes auprès de victimes et de témoins, etc. En ce qui concerne les attouchements sur des mineurs d’âge (mœurs), il est prévu de contacter les victimes afin de recueillir des informations complémentaires.   
Il est régulièrement fait référence à la collaboration avec la police après accord préalable de la hiérarchie. En ce qui concerne les vols à la tire, cette coopération prévoit la transmission d’informations, des observations en collaboration avec la police ainsi que des opérations communes. Dans ce dernier cas, le rôle des agents de la STIB est explicitement limité à l’observation, à la communication d’informations, au fait de guider les fonctionnaires de police sur le réseau, à veiller à ce que le service et les passagers ne soient pas perturbés, et à la tâche – à nouveau vague – de fournir une assistance à la police dans le cadre de leurs compétences.

82.1.6.            Rapports

Dans l’enquête sur les pickpockets, les contacts avec la police ont été assurés par un des membres du BAV qui, à son tour, entretenait des contacts fréquents avec l’un de ses responsables. Les missions étaient toujours réparties par les deux mêmes personnes. Un rapport d’activités, mentionnant le nom de l’agent et le numéro de la mission était toujours rédigé. Des constatations engendraient l’élaboration d’un rapport de surveillance qui ne comportait que le nom de code de l’agent. Les interventions faisaient l’objet d’un rapport d’intervention mentionnant le nom et le matricule de l’agent. Jusqu’en septembre 2001, les rapports de surveillance portaient une en-tête avec le logo et la dénomination du service ainsi que le code des rédacteurs. Depuis lors, ils sont anonymes et sans en-tête. Selon un des membres du BAV, cette modification du support des rapports a été effectuée sur instruction d’un des responsables du service. Un troisième responsable a déclaré que cela se serait fait à la demande de la police. Une copie des rapports de surveillance sur les pickpockets a été transmise par porteur au service compétent de la police de Bruxelles. Cela s’est produit exclusivement à l’initiative d’une certaine équipe. Les rapports seraient très succincts afin d’éviter les fuites. Ils ne servaient que pour l’encodage d’informations en vue d’un traitement statistique afin de gérer la charge de travail.
Sur le listing des dossiers en cours, on indique normalement le millésime, suivie du numéro de dossier constitué de trois chiffres. Pour les dossiers du « groupe des quatre », ce numéro est précédé du chiffre 1, d’où le numéro 2001/1008 qui est attribué au dossier « pickpockets ». Le chef de service déclare ne pas avoir suivi le dossier 2001/008 parce que, à son avis, il ne présentait rien de particulier. Les rapports de surveillance ne sont pas visés pour « prise de connaissance » par la hiérarchie. Les missions du BAV sont secrètes et même le chef de service n’a pas non plus connaissance des rapports des membres qui le composent. Le chef de service n’était au courant ni des contacts de A. avec la police, ni de l’opération des 8, 9 et 10 octobre 2001. Il ne connaissait pas plus les observations de L. effectuées à Zemst en juin et sur l’autoroute A12 en direction d’Anvers le 19 septembre 2001. La filature en direction de Malines, il l’a apprise par la presse.

82.1.7.            Composition des équipes

La composition de ce service est très clairement connue du Comité permanent P.

82.1.8.            Exécution des missions d’observation

Les agents du BAV travaillent en principe par équipe de deux personnes mais elles se séparent occasionnellement. Ils communiquent par radio et, comme celles-ci fonctionnent souvent mal, par GSM. Un des membres de cette équipe dispose d’un GSM de service, les autres membres du BAV utilisent leur GSM personnel. Ils suivent les pickpockets dans le métro, les trams et bus ou les suivent en voiture. Le BAV dispose de deux véhicules de service, mais il arrive régulièrement que les agents utilisent leur véhicule personnel soit pour des nécessités opérationnelles (cf. infra), soit pour gagner du temps et éviter de devoir aller chercher les véhicules de service au dépôt de Haren. D’après l’agent L., le responsable de la section aurait trouvé normal les opérations de filature en dehors de Bruxelles dans le contexte du dossier 2001/1008.           
Chaque équipe peut disposer d’un appareil photographique. Il ressort de l’enquête de la STIB que, contrairement aux appareils digitaux utilisés habituellement par le BAV, qu’il a été fait usage d’un appareil analogique par le « groupe des quatre ». Les photos ont été, selon L., développées aux établissements Larque, sis chaussée de Waterloo. Les négatifs avaient été portés par A. qui a récupéré également les tirages. Outre la question de savoir si prendre des photos sur la voie publique relève des compétences du BAV, se pose le problème de savoir s’il est judicieux de laisser développer pareilles photos d’observation dans le commerce.

82.1.9.            Coopération avec les services de police

Selon la déclaration d’un des responsables, il n’y a pas seulement eu une coopération avec la police de Bruxelles, mais des opérations ont également été organisées en coopération avec la police fédérale (la brigade du métro). Il aurait signalé par écrit à la hiérarchie les problèmes relatifs à l’imprécision concernant les limites des compétences du service.

82.2.                  Déroulement de l’opération pickpockets 2001/1008

Le dossier dont il est question dans la presse a démarré le 25 avril 2001 par un mémo d’un responsable de ligne du dépôt de Molenbeek qui signalait ces problèmes de pickpockets sur les lignes 19 et 82. Il y aurait eu plusieurs plaintes dont une émanant d’une journaliste japonaise. En fait, une enquête sur les pickpockets avait déjà été menée sous la référence 2001/008 à la suite des informations transmises par un agent du BAV ; le 16 janvier 2001, un agent du BAV a signalé que des connaissances l’avaient informé de la présence de pickpockets à bord des bus de la ligne 47. Contact a été pris avec les conducteurs de tram (en abrégé OMT, ce qui signifie « one man tram ») et, à ce sujet, un rapport d’information a été établi. Les agents du BAV ont accompagné les OMT, ce qui a permis d’identifier les pickpockets. Ultérieurement, après que l’on ait constaté un rassemblement de pickpockets au café « O golfino », les agents du BAV ont prévenu les « trekkers » de la police locale de Bruxelles. Ces derniers auraient demandé de ne pas intervenir mais de se limiter simplement à des observations.
Le chef du BAV a eu les premiers contacts avec le responsable des « trekkers » de la police locale de Bruxelles. Au cours de la période mars-avril 2001, celui-ci aurait été absent  par suite de maladie de longue durée, de sorte que le dossier 008 ne contenait que quelques rapports au début de 2001. Les observations ont ainsi été interrompues en juillet-août 2001. La police a déclaré vouloir poursuivre l’enquête jusqu’en mars 2002. En ce qui concerne la STIB, cette opération a pris fin le 2 octobre 2001, date du dernier rapport d’informations.         
Il est difficile de se faire une idée du déroulement exact de cette opération. Le dossier 2001/1008 (initialement 2001/008) ne concerne pas seulement la surveillance des lignes 47 et 48 mais également de nombreuses autres lignes de bus et de trams dont les 91, 92, 93, 94, etc.

82.3.                  Coopération avec la police locale de Bruxelles

Le chef du bureau « pickpockets » de la police de Bruxelles a souligné que les membres du service de surveillance de la STIB ont eu leur attention explicitement attirée sur le fait qu’ils intervenaient comme conseillers techniques dans la mesure où ils sont familiarisés avec les réseaux des transports publics par bus, trams et métro. Leur collaboration a été, ultérieurement, limitée à l’adoption d’une attitude vigilante lors de l’exécution de leurs missions de routine et à la communication à la police d’un certain nombre d’informations utiles.
Dans un entretien avec la commission d’enquête de la STIB, il a été confirmé que, dans le cadre de la coopération avec la police, les membres du BAV, sur ordre de la police, ne pouvaient qu’observer et faire rapport, même en cas de flagrant délit. La collaboration avec la police semble donc, compte tenu des prescriptions formelles, engendrer une limitation de leurs possibilités d’action plutôt qu’une extension de celles-ci. En fait, il apparaît clairement que le but poursuivi était que les membres du BAV effectuent des missions d’observation afin de vérifier si des pickpockets étaient à l’œuvre, à quels moments et sur quelles lignes.       
À partir des rapports du service de surveillance de la STIB relatifs à ce dossier, il semble que les membres de ce service s’en soient tenus à ces accords. Quelques exceptions semblent exister à la lumière des rapports des 18 et 19 septembre 2001 notamment, qui font état de la filature de véhicules jusqu’à Malines et la sortie Willebroek sur l’autoroute A12, ainsi que d’une filature de suspects à Zemst dans le courant du mois de juin 2001. Cette remarque ne remet nullement en cause la constatation selon laquelle il ressort des rapports d’observation que des surveillances, tant mobiles que statiques, ont été systématiquement exécutées sur la voie publique et, en plus, hors compétence territoriale du BAV. En outre, le déroulement de l’enquête a régulièrement fait l’objet de rapports adressés aux supérieurs hiérarchiques. Une autorisation a toujours été sollicitée avant de prendre des initiatives. Sur un de ces documents, qui ont été joints au rapport du chef de la section judiciaire de la police locale de Bruxelles, ce dernier a noté que les « trekkers » ne pouvaient pas outrepasser leurs compétences territoriales et que les membres du service de surveillance de la STIB devaient être sensibilisés aux limites de leur rôle.       
Dans le cadre de l’opération commune avec la police locale de Bruxelles des 8, 9 et 10 octobre 2001, le rôle du BAV a été limité à l’observation sur le territoire des 19 communes de l’agglomération bruxelloise. Chaque journée de l’opération commençait par un briefing à la police et se terminait par un debriefing. Un briefing, portant sur la composition des équipes mixtes (police-STIB), aurait également été tenu à la STIB. Durant cette opération également, deux véhicules de service de la STIB, conduits par des agents de la STIB, ayant une bonne connaissance des lignes et des trajets, ont également été utilisés. Pendant l’opération, les agents de la STIB devaient rester dans leurs véhicules. Cette collaboration ne constituait pas une « première ». Depuis 1991, au moins trois opérations communes menées avec le bureau « pickpockets » de la police de Bruxelles ont eu lieu. On a à chaque fois travaillé avec des équipes mixtes composées de deux agents de police et d’un membre du BAV. Dans le passé, dans le cadre de cette collaboration, des arrestations ont été opérées par la police.

82.4.                  Observations en dehors de Bruxelles

En juin dernier, selon A., L. aurait outrepassé ses compétences en prenant en filature, à 1h20, un suspect jusqu’à Zemst, et ce avec son véhicule personnel. À cette occasion, une remarque lui a été adressée. Ce fut également le cas à l’occasion d’une filature effectuée le 18 septembre 2001 à 9h38 avec un véhicule de service de la STIB, une Opel Astra 130. Cette information a été confirmée par D., équipier de A., qui a ajouté que la réprimande verbale adressée par A. à L. a eu lieu à la suite de la réprimande que lui avait faite le chef de section. Accessoirement, selon l’agent L., le chef de section aurait demandé d’utiliser un véhicule personnel étant donné qu’il y avait parfois trois adresses à surveiller. En outre, les véhicules de service (130 et 141) avaient déjà été repérés par les pickpockets. D’après L., il lui a été dit, au cours de la filature du 18 septembre à Malines, après contact par GSM avec A., de suivre le véhicule en question. Les contacts avec le Bureau de coordination des opérations (BCO) ont été réduits à un minimum afin d’éviter les fuites. Toujours d’après L., pendant la mission d’observation du 19 septembre 2001 au cours de laquelle il suivait un véhicule sur l’autoroute A12 vers Anvers, il serait resté en contact par GSM avec ses collègues W. et A. qui, à ce moment-là, se trouvaient près des « trekkers ». Des directives auraient alors été données à L. en vue d’obtenir une adresse des pickpockets à Anvers et de faire des constatations à propos du transport d’un grand sac, ce qui aurait donné lieu à une arrestation à leur retour.      
Ici se cache vraisemblablement une contradiction étant donné que le grand sac, d’après son rapport, a été apporté dans une habitation de la rue Montenegro et ne se trouvait pas dans le véhicule qu’il filait. En outre, qui lui a donné ces directives ? D’après le chef de section, L. a voulu « se mettre en valeur » en filant des véhicules jusqu’à Zemst et Malines. Il a également été remarqué que, sur la base des registres d’utilisation des véhicules, on peut difficilement savoir si, le 18 septembre, l’agent L. disposait ou non d’un véhicule de service. D’une part, il y a une fiche d’utilisation non datée au nom de L. mentionnant un kilométrage de départ de 135.350 km, ce qui correspond au kilométrage final indiqué lors de la dernière utilisation du véhicule de service le 17 septembre. D’autre part, il ressort d’un examen sommaire des kilométrages que l’enregistrement de ces données s’effectue assez négligemment. Le kilométrage reste en effet inchangé sur papier jusqu’au 22 septembre pour, ensuite, soudainement grimper ce jour-là à 135.717 kilomètres. En outre, sur la base des feuilles d’activités, il ressort clairement que les agents L. et W. ont commencé leur service le 18 septembre à 7h00 et qu’ils l’ont terminé à 15h00. Ce jour-là, un véhicule de suspects a été suivi de la rue Diderich jusqu’à la gare de Malines où ceux-ci ont été cherchés un grand sac. En outre, ce même jour, un véhicule a de nouveau été suivi depuis le 44 de la rue de Diderich jusqu’en dehors de Bruxelles et plus précisément à la sortie Willebroek de l’autoroute A12.
Aucun des deux rapports de surveillance – sans en-tête – ne mentionne le nom, le code ou le matricule du rédacteur.   
Les autres membres de l’équipe ont déclaré n’avoir jamais quitté le territoire de Bruxelles dans le cadre de leur mission.

82.5.                  Lien avec le terrorisme

L. déclare qu’il a établi le lien avec le terrorisme lorsqu’il a vu des images de la rue de Diderich dans le cadre du dossier Massoud. À son avis, les comportements des suspects – contre-observation, déplacements, transport de grands sacs – n’étaient pas ceux de pickpockets. Les agents A., D. et W. ont déclaré à la commission d’enquête interne qu’ils n’ont à aucun moment entendu dire quoi que ce soit concernant un réseau terroriste. D’après l’inspecteur principal aussi, il n’a jamais été question de filature de personnes suspectes en matière de terrorisme. Les personnes, qui ont été observées par les « trekkers » en collaboration avec le service contrôle et surveillance de la STIB, sont toutes connues comme voleurs à la tire.      
Ceci vaut également pour les deux personnes dont le comportement a été observé à la gare de Malines. L., qui a exécuté la surveillance, ne s’est donc pas trouvé « nez à nez  avec un terroriste » comme la presse l’a affirmé. Les responsables du meurtre du commandant Massoud n’ont absolument rien à voir avec ce dossier. De surcroît, on doit prendre en considération la ligne du temps et examiner les faits en tenant compte de ce que l’on savait, à ce moment-là, à propos de cet événement. L’inspecteur principal remarque que, s’il y avait eu la moindre présomption d’un lien avec le terrorisme, les services fédéraux compétents en auraient été informés. D’après W., l’adresse du 44 rue de Diderich était déjà connue depuis mai 2001 tant par son service que par les « trekkers ». À son avis (mais comment pouvait-il le savoir à l’époque ?), les terroristes mêlés à l’attentat contre Massoud habitaient la même rue, mais dans un autre immeuble. Ceci a été ultérieurement confirmé par D. qui a déclaré que l’adresse du 44 rue de Diderich était connue comme point de départ des pickpockets, après qu’une équipe ait constaté, au cours d’une mission d’observation, que des pickpockets y habitaient.
Il ressort de recherches effectuées dans les fichiers du GIA que l’adresse du 44 rue de Diderich n’est pas connue. Il n’y avait donc pas, ni à l’époque, pas plus qu’aujourd’hui, le moindre lien entre l’immeuble observé et un quelconque dossier en matière de terrorisme.

82.6.                  Suspect armé

D’après L., son collègue S. aurait vu qu’un suspect qui avait été filé par le BAV portait une arme. Il aurait communiqué cette information au responsable de la section et au chef de service et aurait fait état d’un risque pour la sécurité des agents. C’est ce qui aurait donné lieu à sa mutation. Il faut toutefois faire remarquer que, pendant une des surveillances du café « O-Golfino », au cours de laquelle S. a utilisé son véhicule personnel à la demande de A., son collègue W., à l’approche d’un suspect, lui aurait dit « cache ton appareil, ils sont armés ». Au cours d’une filature ultérieure via la chaussée d’Alsemberg et l’avenue Fonsny, S. aurait constaté qu’une personne portait un holster sous sa veste, ce qui lui aurait fait déclarer qu’il n’était pas d’accord d’exécuter pareille mission, propos qui auraient été rapportés au responsable de section. D’après S., ceci aurait conduit à son éviction de l’unité. S. n’a pas rédigé de rapport relatif à l’arme qu’il aurait remarquée. 
L. a déclaré à la commission d’enquête de la STIB que les « trekkers » auraient dit que les suspects pouvaient être armés, que les membres de la STIB devaient rester dans les véhicules et que le BAV avait fait du bon travail. Le contexte dans lequel cette affirmation devait être placée ne ressort pas clairement du rapport de cet entretien. La remarque peut avoir trait au briefing préalable à l’opération des 8, 9 et 10 octobre. Les agents A., D. et W. ont déclaré à la commission interne d’enquête que, à aucun moment au cours des missions de surveillance, ils n’ont remarqué une arme ni entendu quoi que ce soit à ce propos.

82.7.                  Fuites dans la presse

S. a, au cours de la semaine du 10 décembre 2001, contacté le syndicat en ce qui concerne son impression d’avoir été éloigné de l’unité à cause de ses remarques relatives à la filature de suspects armés. Le délégué syndical a déclaré qu’il avait déjà été informé par L., ce qui correspond à la déclaration de ce dernier. L. aurait pris contact avec V., du syndicat, trois jours environ après une réunion avec le chef de section, qui lui a annoncé que ses trois collègues ainsi qu’un membre de la brigade canine seraient mutés à la nouvelle section « bus ». L. admet qu’il a eu des difficultés à digérer cette décision.        
La presse a publié un aperçu du rapport portant sur la mission d’observation effectuée à Malines. Le document original ne comporte pas d’en-tête ; celui-ci a donc été transmis par quelqu’un en vue d’une publication.
Tant les renseignements informels de la police de Bruxelles que l’enquête interne au sein de la STIB désignent L. W. a déclaré n’avoir eu aucun contact en dehors de la STIB et n’avoir communiqué aucune information. À son avis, il serait possible que L. ait agi par jalousie sachant qu’il ne pouvait pas être muté à la section « bus » en compagnie de ses trois collègues. S. nie également avoir eu des contacts avec la presse. En outre, L. prétend même n’avoir eu aucun contact avec la presse. Il admet qu’il a été contacté par des journalistes mais dit qu’il n’a pas répondu à leurs questions. Il dit avoir obtenu un double des clés donnant accès au dossier « pickpockets ». Au cours de l’entretien qu’il a eu avec la commission interne d’enquête, on n’a pas approfondi la question de savoir s’il en avait fait usage pour copier des pièces du dossier.
Étant donné que tant L. que S. ont raconté leur histoire au syndicat, on ne peut pas affirmer avec certitude que les fuites vers la presse émanent de l’un d’eux. Ces fuites vers la presse constituent un problème spécifique dans la mesure où des données du dossier ont été communiquées– dont les lieux qui ont été observés – données qui peuvent porter préjudice au déroulement ultérieur de l’enquête judiciaire contre la bande de pickpockets.

82.8.                  Première enquête du Comité permanent de contrôle des services de police et de son Service d’enquêtes

Le 28 décembre 2001, les enquêteurs du Comité permanent de contrôle des services de police ont rencontré l’administrateur général et l’administrateur général adjoint de la STIB ainsi que le chef de zone faisant fonction et un des responsables du secteur concerné.

82.9.                  Enquêtes internes à la STIB et à la police de Bruxelles

82.9.1.            STIB

Le 28 décembre 2001, le directeur général de la STIB a chargé une commission d’enquête d’examiner les faits. Cette commission, dirigée par une personne externe aux fins de succéder au chef du service contrôle et surveillance, se composait en outre d’un conseiller juridique et d’un tiers. Les résultats de cette enquête ont, comme convenu, même si ce fût avec un peu de retard, été transmis le 16 janvier au Comité permanent P. Il ressort des annexes de ce rapport d’enquête que la commission a, à première vue, rassemblé des documents utiles et qu’elle a entendu toutes les personnes impliquées à la STIB. Outre nos propres constatations, ces documents et témoignages sont traités dans notre rapport.

82.9.2.            Police locale de Bruxelles

Le chef de zone faisant fonction nous a fait savoir le 28 décembre 2001 que le service de contrôle interne avait commencé une enquête interne. Il ressortirait des premiers résultats de cette enquête qu’il n’y aurait pas d’anomalies et qu’il ne serait pas question de filature de prétendus terroristes. Sur place, nous avons pu vérifier les premiers éléments de l’enquête. En annexe à son courrier du 15 janvier 2002, reçu le 24 janvier, le chef de corps de la police locale de Bruxelles a transmis au Comité permanent P un rapport, daté du 26 décembre 2001, émanant du responsable du service « pickpockets ». Nous avions déjà pu examiner ce rapport et ses annexes dès le 28 décembre 2001 lors de notre entretien avec l’intéressé dans les bureaux de la police locale de Bruxelles. Il faut remarquer ici que, à l’exception de ces pièces, aucun document complémentaire qui ferait état d’une suite de l’enquête par le service contrôle interne de la police de Bruxelles ne nous a été transmis.

82.10.              Principaux résultats de l’enquête

Les principaux résultats de l’enquête sont traités à l’annexe D [xxx] .

83.                     Conclusions

83.1.                  Éléments concrets

Les missions menées par la brigade anti-vandalisme dans le cadre du dossier 2001/1008 dépassent, dans une certaine mesure, la compétence des agents. Même sans tenir compte des surveillances effectuées en dehors de Bruxelles, ils ont travaillé sur la voie publique, observés des habitations de suspects ainsi que les débits de boissons où ils se rencontraient. Alors que suivre un bus ou un tram au moyen d’un véhicule de service de la STIB peut être considéré comme un cas limite, subsiste la question de savoir si la filature de véhicules de suspects relève de la compétence des agents. Sur la base des enquêtes internes effectuées tant au sein de la police locale de Bruxelles que de la STIB et d’informations recueillies auprès du groupe interforces anti-terroriste (GIA), une surveillance a bel et bien été effectuée sur une bande de pickpockets et non sur des terroristes. La police était au courant du fait que cette bande effectuait régulièrement des contre-observations, raison pour laquelle la poursuite des opérations a été provisoirement différée.
En principe, seules les personnes qui ont la qualité d’officier de police judiciaire disposent d’une compétence de constatation autonome [92] . L’article 41 de l’A.R. du 15 septembre 1976 portant le règlement sur la police du transport des personnes par tram, pré-métro, autobus et autocar [93] stipule clairement que les membres du personnel de l’exploitant sont à toutes fins utiles compétents pour exercer une surveillance relative au respect du règlement de police. Ainsi, certains membres du service contrôle et surveillance de la STIB sont chargés d’une mission de police judiciaire ; toutefois, lorsqu’ils sont confrontés à des faits qui n’ont rien à voir avec des infractions au règlement de police, ils doivent être considérés comme de simples particuliers [94] . La convention d’exploitation, approuvée par l’Exécutif de la Région de Bruxelles-Capitale [95] , stipule aussi, expressément et clairement, que des relations de collaboration [96] existent avec la police locale [97] . Cependant, il existe beaucoup de questions sans réponses.
À côté d’une faute individuelle de l’agent qui a effectué les surveillances en dehors du territoire de l’agglomération bruxelloise, se pose manifestement un problème plus large relatif à un dépassement de compétences.
Côté police, il n’a pas été constaté d’anomalie dans la gestion de ce dossier. Des rapports, portant sur la progression de l’enquête et sur la collaboration avec la STIB, ont été faits d’une manière normale. Pour cette collaboration, une autorisation préalable a été demandée à la hiérarchie. Il s’est avéré que celle-ci avait conscience d’éventuels problèmes de compétence mais qu’elle a donné son consentement à la condition que des accords précis soient pris avec les agents du BAV. À remarquer également que la collaboration en matière de recherche de réseaux de pickpockets a fonctionné depuis 1999 sans aucun problème jusqu’à ce jour. Elle a notamment conduit à l’arrestation, en avril 1999, d’un certain nombre de pickpockets. Ces arrestations ont eu des échos positifs. On peut dès lors affirmer que cette collaboration était connue et qu’elle a bénéficié d’un assentiment général. Néanmoins se pose la question de la légalité et de l’opportunité d’une collaboration systématique de la police avec le BAV.

83.2.                  Fonctionnement de la brigade anti-vandalisme

Certains malaises se font sentir depuis longtemps déjà au sein de cette unité de quatorze personnes, malaises à première vue dus à une répartition des compétences peu claire et à des rivalités. On constate en outre que des problèmes existent en ce qui concerne la structure de l’autorité au sein de celle-ci. Le « groupe des 4 » s’est vu retirer l’autorité et le contrôle de la direction opérationnelle de l’unité de sorte qu’il ressortit directement à l’autorité du responsable de section et du chef de service. Les problèmes sont apparus dans la mesure où ces derniers, selon leurs propres dires par manque de temps et pour des raisons de discrétion, se sont montrés peu concernés et n’ont pas assumé la direction opérationnelle. En outre, le « groupe des 4 » disposait en pratique d’une grande autonomie et rendait peu de comptes. Le chef de service, toujours selon ses déclarations, n’était pas au courant des missions concrètes ni de la coopération avec la police de Bruxelles. Les rapports étaient sommaires et l’inscription des véhicules ne se faisait pas vraiment dans les règles.      
Le caractère vague de la description et de la répartition des tâches ont assurément contribué à ce dépassement de compétences. La compétence de police des membres du BAV est, en principe, limitée au contrôle des titres de transport et à la constatation des infractions de stationnement aux arrêts de bus et de trams. Des liens de coopérations ont été développés.
Si, à l’avenir, le BAV entend de nouveau mener des missions d’observations et des enquêtes sur la voie publique, elles devront se conformer aux dispositions de la loi du 19 juillet 1991 réglant la profession de détective privé [98] . Qui plus est, la question se pose de savoir si l’exécution des missions du BAV sur le réseau et les installations de la STIB n’est pas soumise aux dispositions de la loi du 10 avril 1990 sur les entreprises de gardiennage, sur les entreprises de sécurité et sur les services internes de gardiennage [99] . Dans ce cadre, il faudra se demander s’il est possible de jouir de doubles qualité et compétences. Enfin, il sera sans doute indiqué de concevoir un statut sui generis et de mettre en place une procédure de concertation spécifique réglant l’exercice de la fonction de police sur le réseau et les installations de la STIB, créée sur le modèle de ce qu’il conviendrait d’instaurer pour la police des chemins de fer.

titre II : autres questions

Section 1rE : Rapport sur le suicide au sein des services de police réguliers belges (1990-2000)

84.                     Genèse de l’enquête

Le Comité permanent P a mené une étude couvrant la période 1990-1998 au cours d’une première enquête exploratoire sur le suicide au sein des services de police réguliers belges [xxxi] . Ensuite, pour des raisons de suivi, une seconde étude a été lancée en 2001 concernant cette fois la période 1998-2000.

85.                     Méthodologie

Tout comme pour l’enquête précédente, l’échantillon de population a été défini et limité aux services de police réguliers de l’époque : la police communale, la gendarmerie et la police judiciaire près les parquets.  
Alors que pour la première étude, la portée du questionnaire transmis au chef de corps se voulait la plus large possible afin de dégager une première image criminographique du suicide au sein des services de police, on a cette fois opté pour une analyse plus restreinte, principalement axée sur le suivi de l’incidence du suicide et, dans une moindre mesure, sur les facteurs descriptifs et/ou déterminants.
Les résultats sont organisés de manière à présenter de manière distincte les données collectées pour la période 1998-2000, avant de procéder à une comparaison partielle avec les résultats de la première étude. Par souci de clarté, l’ensemble est complété par un aperçu à long terme de la période 1990-2000.

86.                     Résultats pour la période 1998-2000

Les résultats subséquents portent sur des données purement internes obtenues dans le cadre des divers services de police (réguliers) et n’ayant pas encore été mises en relation avec des informations externes, même lorsqu’elles existaient ou étaient mises à disposition.       
L’interprétation des résultats repose entièrement sur les données chiffrées obtenues via le formulaire d’enquête. Les dossiers personnels et les éventuels dossiers disciplinaires ou médicaux – qui, indubitablement, fourniraient des renseignements permettant une circonscription et une évaluation plus précises de certains facteurs mesurés et/ou rendraient cette démarche possible – n’ont pas encore été consultés ou pris en considération.

86.1.                  Données chiffrées concernant le taux d’incidence du suicide dans les services de police

L’enquête auprès des chefs de corps des divers services de police a révélé 54 cas de suicide pour cette période. Les développements de l’enquête partent systématiquement de ce chiffre global, réparti entre la police communale (PC), la gendarmerie (Gd) et la police judiciaire près les parquets (PJP).
Tableau 1  :        Taux d’incidence du suicide dans les services de police
 

Corps

Total

PC

Gd

PJP

 

Année du suicide

1998

5

9

1

15

1999

12

9

2

23

2000

7

9

0

16

Total par corps

 

24

27

3

54

Moyenne

 

8

9

1

18

Le graphique montre clairement le nombre particulièrement élevé de suicides au sein de la police communale en 1999 et les résultats constants – et relativement élevés – pour la gendarmerie (neuf cas par an).

À titre de comparaison et pour clarifier ces données, les chiffres moyens concernant le taux de suicide lors de la précédente enquête (1990-1997) sont présentés ci-dessous :
Ü     Police communale          :           8,1
Ü     Gendarmerie                  :           7,0
Ü     Police judiciaire  :           0,8
Ü     Total des corps            :           15,9
La précédente enquête avait démontré que le suicide au sein des services de police était un phénomène qui, assez remarquablement, touchait la population masculine (sous réserve cependant du fait que les femmes ne constituaient alors que 10% de l’effectif total).         
Cette affirmation doit être revue à la lumière des chiffres récemment obtenus.
Tableau 2  :        Répartition du taux de suicide par an, par corps et par sexe
Cinq femmes au total se sont suicidées au cours de la période étudiée (en 1999 et en 2000). Quatre d’entre elles faisaient partie de la police communale et une, de la gendarmerie. Le résultat supérieur en termes relatifs pour la police communale n’est guère étonnant puisque la proportion de femmes y était la plus élevée (13,4%, soit 2 653 femmes au 31 décembre 1999 pour 2,1%, soit 262 femmes dans le cadre effectif de la gendarmerie et 5,4%, soit 64 femmes à la police judiciaire).     
Le tableau montre que – spécifiquement en 2000 et donc une seule fois – 33% des suicides au sein de la police communale ont concerné des femmes. Il s’agit là d’un pourcentage relativement exceptionnel.
Afin d’établir une comparaison ad hoc des données morphologiques quantitatives relatives au suicide, ces chiffres sont généralement convertis en taux de mortalité (nombre de morts pour 100 000).  
Cette conversion pour les services, une fois pondérée, donne le tableau suivant :
Tableau 3  :        Taux de suicide au sein de la police
 

Nombre de suicides

Effectifs

Taux de suicide

Année du suicide

1998

15

36419

41,1

1999

23

36179

63,5

2000

16

36933

43,2

Moyenne

18

36510

49,3

Il convient de préciser que les données chiffrées des effectifs réels utilisées pour ces calculs émanent du Service général d’appui policier (SGAP) et sont chaque fois basées sur l’effectif au 31 décembre de l’année qui précède.      
Le personnel de laboratoire n’est pas intégré dans ces chiffres pour la PJP.  
Le taux de suicide moyen obtenu lors de la précédente enquête s’élevait à 46,7 (et n’impliquait à l’époque que l’effectif masculin). Le taux de mortalité est particulièrement élevé en 1999 (63,5), de même que la moyenne des trois années par rapport à la période 1990-1997. Le taux de suicide de 1999 a pourtant été dépassé par celui de 1995 (73,05) (cf. aperçu global du suicide au sein de la police entre 1990 et 2000).
Il n’est pas des plus aisé d’établir une comparaison exacte avec le taux de mortalité concernant le suicide au sein de la population belge car des statistiques globales doivent encore être produites par l’Institut national de statistique (INS), qui ne détient et n’a publié à ce jour que des données allant jusqu’à 1995.
Lors de la première enquête sur le suicide au sein des services de police – basée sur les chiffres de 1990 à 1995 –, on a calculé un taux de suicide moyen de 20,77 pour l’ensemble de la population belge. En ramenant ces chiffres à la population belge masculine entre 20 et 65 ans (soit l’échantillon le plus significatif pour une comparaison avec la « population policière » de l’époque), on arrivait à un taux de 33,06 pour 100 000.      
Depuis que plusieurs cas de suicide ont été enregistrés parmi la « population policière » féminine, cette comparaison nécessite une légère adaptation. Les chiffres de population de l’INS montrent notamment que plus ou moins 70% des suicides touchent la tranche d’âge située entre 20 et 65 ans, hommes et femmes confondus (calculs personnels basés sur les données chiffrées les plus récentes de l’INS).
Le taux de suicide hypothétique moyen qui peut donc être pris en compte pour une comparaison avec celui des services de police, s’élève non pas à 20,77 mais à environ 35 cas de suicide pour 100 000 parmi la population belge.         
Si l’on considère que ces chiffres concernant la population belge n’ont pas connu de fluctuation particulière au cours de ces dernières années (à l’exception d’une légère augmentation annuelle quasi constante), cela signifie que – quel que soit les chiffres que l’on prend comme élément de comparaison – le taux de suicide au sein de la police reste sensiblement plus élevé que celui qui touche la même tranche d’âge parmi la population belge en général.

86.2.                  Répartition géographique des cas de suicide

La répartition des cas de suicide par région donne le tableau suivant.
Tableau 4  :        Nombre de suicides au sein de la police par région (1998-2000)

Région

1998

1999

2000

Total par région

%

(1998-2000)

Région Flamande

3

11

4

18

33,3%

Région Wallonne

7

9

7

23

42,6%

Région de Bruxelles-Capitale

5

3

5

13

24,1%

Total par an

15

23

16

 

La Région Wallonne connaît en moyenne le taux de suicide le plus élevé (42,6%). Au cours de la période étudiée, 7,6 personnes se sont suicidées chaque année, pour 6 dans la Région Flamande et 4,3 dans la Région de Bruxelles-Capitale.  
Les résultats sont relativement constants dans l’ensemble, hormis pour la Région Flamande, qui connaît un pic marqué en 1999, responsable en fait de la moyenne élevée des trois années. En effet, pas moins de 47,8% du nombre global de cas de suicides dans la police ont été enregistrés durant cette seule année.
Le tableau suivant illustre cette situation par province.
Tableau 5  :        Nombre de suicides dans la police par province (1998–2000)

Province

1998

1999

2000

Total par province

%

(1998-2000)

Flandre Orientale

1

4

0

5

9,3%

Flandre Occidentale

1

2

3

6

11,1%

Anvers

1

1

1

3

5,6%

Limbourg

 

1

 

1

1,8%

Brabant Flamand

 

3

 

3

5,6%

Brabant Wallon

 

2

1

3

5,6%

Hainaut

1

2

1

4

7,4%

Namur

1

   

1

1,9%

Liège

3

5

5

13

24,1%

Luxembourg

2

   

2

3,7%

Arr. adm. de Bruxelles-Capitale

5

3

5

13

24,1%

Total par an

15

23

16

   

Il convient de souligner que l’enquête est basée sur le lieu de travail et non sur le domicile de l’intéressé, ce système permettant de donner une image représentative de la problématique.           
C’est en particulier le cas pour Bruxelles, où au niveau fédéral, au 31 décembre 1999, la gendarmerie comptait déjà 3 329 membres (données morphologiques du SGAP). Pour l’interprétation de ces données, il faut en outre tenir compte du fait que la répartition des effectifs par province n’est pas strictement proportionnelle.
Tout d’abord, les résultats particulièrement élevés de la province de Liège se détachent nettement. Il apparaît dans le tableau 5 (cf. supra) que ce niveau élevé constitue un phénomène non pas ponctuel mais relativement constant.                                                                                                                           
La province de Liège et l’arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale rendent compte à eux deux de 50% du total des suicides parmi les services de police belges.                                                    
À titre de comparaison, au 31 décembre 1999, Bruxelles employait environ 24,5% des effectifs globaux (niveau fédéral y compris) tandis que Liège, 10,1%.
Ces données sont plus parlantes lorsqu’elles sont présentées sous forme de tableau : on part du cadre effectif en valeur absolue et en pour cent à la date du 31 janvier 1999 et on le compare au taux moyen de suicides en valeur absolue et en pour cent pour la période 1998-2000.
Tableau 6  :        Nombre de suicides dans la police par rapport au cadre effectif par province [xxxii]

Province

Effectifs

Effectifs (%)

Suicides

1998-2000

Suicides

1998-2000 (%)

Flandre Orientale

3894

10,5%

5

9,3%

Flandre Occidentale

3341

9%

6

11,1%

Anvers

5252

14%

3

5,6%

Limbourg

1850

5%

1

1,8%

Brabant Flamand

2480

6,7%

3

5,6%

Brabant Wallon

841

2,3%

3

5,6%

Hainaut

4190

11,3%

4

7,4%

Namur

1480

4%

1

1,9%

Liège

3742

10%

13

24,1%

Luxembourg

832

2,3%

2

3,7%

Arr. adm. Bruxelles-Capitale

9031

24,5%

13

24,1%

Total

36933

 

54

 
Il est également intéressant de constater que les deux principaux corps de police communale (Anvers et Bruxelles-Capitale) n’ont fait état d’aucun suicide durant la période étudiée !

87.                     Aperçu global du suicide dans la police entre 1990 et 2000

Les données chiffrées des deux enquêtes permettent de dégager un aperçu quantitatif global et à long terme du phénomène du suicide au sein des services de police de 1990 à 2000, illustré par le tableau et le graphique ci-dessous.
Tableau 7  :        Aperçu global du suicide dans la police entre 1990 et 2000
 

Corps

Total

PC

Gd

PJP

Année du suicide

1990

6

5

0

11

1991

4

4

0

8

1992

5

7

2

14

1993

12

8

1

21

1994

6

10

0

16

1995

15

7

3

25

1996

7

5

0

12

1997

10

10

0

20

1998

5

9

1

15

1999

12

9

2

23

2000

7

9

0

16

Total par corps

89

83

9

181

Moyenne

8,1

7,5

0,8

16,5


Section 2 : Escortes de transports de fonds [100]
Le Comité permanent P, dans le prolongement des recommandations qu’il a formulées dans son rapport annuel 2000 concernant la problématique des escortes de transports de fonds [xxxiii] , a pu constater que la police fédérale avait fourni des efforts tout particuliers afin de réduire au maximum le nombre d’incidents en la matière. C’est ainsi que des mesures ont été prises en interne dans les domaines du recrutement et de la formation des membres de la Réserve générale chargés de l’escorte des transports de fonds. En outre, un officier contrôle quotidiennement la manière dont ces escortes se déroulent. En 2001, 420 contrôles de ce type ont été menés. Parallèlement, un « contrôle qualité » (« quality control ») a été créé afin d’assurer le suivi des plaintes et d’élaborer des directives destinées à éviter que ne se reproduisent certains dysfonctionnements et/ou fautes. La police fédérale a également pris des initiatives afin de faire réévaluer le cadre général de ces escortes, de développer un nouveau concept et de mieux informer la population. Une brochure d’information a ainsi été publiée et diffusée, notamment par l’intermédiaire des banques. D’autres initiatives visaient plus particulièrement les entreprises privées de gardiennage et les autorités communales, avec toujours le même objectif : réduire autant que faire ce peut les inconvénients liés à l’escorte des transports de fonds. Dans un paysage policier changeant qui met l’accent sur la police de proximité, ces inconvénients pour les services de police soulèvent des questions importantes.
Les mesures prises ont porté leurs fruits et cela, l’année même de l’introduction de l’euro. Nous en voulons pour preuve la tendance manifestement à la baisse du nombre de plaintes que la police fédérale et le Comité permanent P doivent examiner.

Le Comité permanent P s’est demandé dans son rapport annuel 2000 s’il ne serait pas opportun d’envisager une modification de l’arrêté royal du 1er décembre 1975 portant règlement général sur la police de la circulation routière [101] en y insérant une réglementation pour les escortes en général et pour les escortes de personnalités, qui ne feront qu’augmenter dans les années à venir. À ce jour, la législation n’a pas encore été adaptée. 
Le Comité permanent P juge les initiatives de la police fédérale particulièrement positives et espère qu’elle continuera à avancer dans cette bonne voie au cours de l’année 2002. La nécessité de telles escortes pour la sécurisation des transports de fonds est incontestable. En 2001, qui s’avère être en plus l’année de l’introduction de l’euro, aucun transport de fonds escorté n’a été attaqué. Nonobstant ce résultat des plus positifs qu’il convient selon nous de souligner, une initiative législative s’impose.

Section 3 : Dépannages [102]

88.                     Cadre général

Bien qu’il ait traité de manière circonstanciée la problématique des dépannages dans ses rapports d’activités 1999 et 2000 [xxxiv] , le Comité permanent de contrôle des services de police estime, vu le nombre élevé de nouvelles plaintes, devoir à nouveau faire rapport en la matière. Le Comité a, en effet, reçu à ce jour 26 plaintes spécifiques et a été informé en 2001, en application de l’article 14bis, § 1er de la loi organique du 18 juillet 1991 du contrôle des services de police et de renseignements, de l’existence de 18 plaintes similaires déposées directement auprès des services de police. Le Comité permanent P a en outre contacté l’asbl Federauto Detabel, une organisation professionnelle regroupant notamment les services de dépannage. Celle-ci dispose également d’un service de plaintes en cette matière. Une grande partie des plaintes reçues par cette asbl, portent sur les tarifs pratiqués [103] , l’absence de déclarations de créance délivrées par le parquet et la relation juridique entre le service de dépannage, le mandant et le conducteur [104] .
Les motifs les plus récurrents des plaintes déposées auprès du Comité permanent P pour la période 1996-2000 sont, par ordre d’importance : (1) la contestation de l’entrave au passage en cas de dépannage pour mauvais stationnement ; (2) la présomption d’un monopole d’un service de dépannage, avec convention d’un tarif avec la police ; (3) le défaut d’information du propriétaire quant au dépannage de son véhicule ; (4) l’obligation de paiement des frais de déplacement du service de dépannage bien que le véhicule en cause n’ait pas été dépanné ; (5) le dépannage abusif ou le dépannage par erreur du véhicule en cause ; (6) l’interdiction de stationnement non connue ou mal renseignée et (7) le droit de rétention de fait par la société de dépannage.
Le traitement des différentes plaintes, en particulier dans le cadre du dossier n°28416/2000, a donné lieu au courrier du 23 octobre 2001 envoyé au ministre de l’Intérieur afin de lui demander de bien vouloir envisager une directive générale relative à l’information (écrite) immédiate des personnes dont le véhicule – pourtant pas en situation d’infraction – a été dépanné. À ce jour, le Comité permanent P n’a encore reçu aucune réponse. Entre-temps, une proposition de loi complétant l’article 4.4. de l’A.R. du 1er décembre 1975 portant règlement général sur la police de la circulation routière a été introduite le 27 décembre 2001 par Madame F. Brepoels et Monsieur G. Bourgeois, proposition qui contient déjà un certain nombre d’améliorations.

89.                     Analyse de la situation

Le cadre légal dans lequel s’inscrit le dépannage des véhicules est resté le même depuis la publication des rapports annuels antérieurs [105] . Conformément à cette législation, le dépannage se fait presque toujours à l’intervention de la police, qui puise sa compétence notamment de l’article 44 de l’arrêté royal du 1er décembre 1975, de l’article 135, § 1er de la nouvelle loi communale et de l’article 16 de la loi sur la fonction de police.
Le Comité permanent P s’est plus particulièrement concentré sur le dépannage de véhicules pour infractions au code de la route. Les dépannages consécutifs à une mission administrative ou judiciaire n’ont donc pas été étudiés plus en profondeur. Ainsi notamment les dépannages aux fins de dégager la route en cas d’incendie et autres calamités ou manifestations, les dépannages pour défaut d’assurance, les enlèvements d’épaves et de véhicules accidentés ou de véhicules trouvés sur des propriétés privées ou encore les saisies de véhicules utilisés pour commettre des délits.
Parmi les infractions les plus courantes, on compte les infractions au code de la route, notamment lorsque le véhicule représente un obstacle ou un danger et constitue une entrave à la circulation sur la voie publique. Ces infractions comprennent généralement diverses infractions au Règlement général sur la police de la circulation routière : (1) le stationnement d’un véhicule devant les accès carrossables des propriétés – à l’exception des véhicules dont le signe d’immatriculation est reproduit lisiblement à ces accès – si l’usager est ainsi empêché de sortir son véhicule et s’il dénonce les faits ou porte plainte (art. 25.1., 3°) ; (2) le stationnement aux endroits où le passage des véhicules sur rails serait entravé (art. 25.1., 6°) ; (3) le stationnement à un arrêt d’autobus empêchant le conducteur d’autobus de s’arrêter normalement à son arrêt (art. 25.1., 2°) ; (4) l’arrêt ou le stationnement sur les passages pour piétons (art. 24., 4°) ; (5) l’arrêt ou le stationnement sur les pistes cyclables et sur les passages pour cyclistes (art. 24., 2°) ; (6) l’arrêt et le stationnement sur les trottoirs des agglomérations (art. 24., 1°) ; (7) le stationnement sur des emplacements réservés aux handicapés sans avoir apposé la carte spéciale prévue sur le véhicule (art. 27bis) ; (8) le stationnement sur des emplacements clairement interdits durant les marchés et manifestations.
Dans le courant de l’année de référence, le Comité permanent P n’a constaté aucun abus lors de l’examen des plaintes portant sur une éventuelle position de monopole de la société de dépannage ou sur l’existence de pots-de-vin. Dans certaines communes, une convention est passée avec la société de dépannage afin de fixer un prix pour les dépannages requis par la police. Les tarifs libres en application pour tout autre dépannage effectué par la société, sont généralement basés sur les tarifs nationaux en vigueur dans le secteur. L’application de ceux-ci n’est toutefois pas uniforme et des différences notables se remarquent selon les villes ou communes.

90.                     Recommandations

Les infractions énumérées supra ne sont pas toujours interprétées de manière uniforme par les fonctionnaires de police, sans parler du suivi du dépannage. Le Comité permanent P entend, à cet égard, formuler les recommandations suivantes : (1) les données du véhicule dépanné doivent être signalées sans délai au dispatching central de la police afin d’être consignées dans un registre central ; (2) aux endroits où les véhicules sont dépannés (d’office), un autre panneau doit accompagner celui de l’interdiction de stationnement, lequel doit mentionner le risque de dépannage ainsi qu’un numéro d’information auquel on peut s’adresser pour des renseignements sur le lieu d’entreposage du véhicule, le coût et le mode de paiement du dépannage ; (3) le procès-verbal doit mentionner clairement les raisons pour lesquelles le véhicule constituait un obstacle, les motifs du dépannage et/ou la manière dont on a découvert le propriétaire du véhicule et l’endroit où celui-ci se trouvait ; (4) le propriétaire qui ne donne pas signe de vie dans les 24 heures, doit être informé des faits par écrit ; (5) l’utilisateur du véhicule dépanné qui ne peut recourir aux transports en commun doit être amené au lieu d’entreposage de son véhicule ; en outre, l’uniformité et la sécurité nécessaires pour les conducteurs pourraient être réalisées à brève échéance si l’ensemble des communes passaient, pour leur zone de police, des conventions tarifaires claires et uniformes avec les services de dépannage. Si nécessaire, on peut convenir d’un tarif national pour les dépannages en cas de mauvais stationnement. De telles mesures neutraliseraient la méfiance des citoyens quant à l’existence de possibles relations « d’ordre financier » entre les services de police et les services de dépannage. Qui plus est, elles garantiraient un traitement équivalent des citoyens sur l’ensemble du territoire. Il faut toutefois préciser qu’un tarif spécial doit être appliqué lorsque les sociétés de dépannage « reviennent bredouille » ; (7) il convient également de clarifier les relations juridiques entre le service de dépannage et l’utilisateur du véhicule dépanné, plus particulièrement en ce qui concerne le droit de rétention, de fait, parfois exercé à tort.

Section 4 : CONSIDÉRATIONS RELATIVES AUX DIFFICULTÉS ENGENDRÉES PAR LA RÉFORME DES POLICES [xxxv]

91.                     LÉGISLATION ET RÉGLEMENTATION

Partant des lignes de force de la réforme des polices dégagées par le législateur – et il n’entre certes pas dans nos intentions de donner une liste exhaustive des réglementations qui ont vu le jour dans ce contexte –, vous trouverez ci-après une esquisse des affaires et/ou questions considérées comme « problématiques » dans le cadre de cette réforme. Cette analyse est faite sans préjudice de tous les éléments positifs inhérents à la réforme du paysage policier, sur lesquels nous reviendrons dans la mesure de leur pertinence ou utilité pour la présente analyse.
La nouvelle police a été mise en place le 1er janvier 2001. La base légale de la réforme réside dans la loi du 7 décembre 1998 organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux [106] . Cette loi a constitué le point de départ de la nouvelle structure de police ainsi que, dans son sillage, la loi du 27 décembre 2000 portant diverses dispositions relatives à la position juridique du personnel des services de police, la loi du 13 mai 1999 portant le statut disciplinaire des membres du personnel des services de police [107] et ses modifications successives, etc. Les réformes de « l’accord Octopus » visaient une réorganisation en profondeur du système policier et, ne l’oublions pas, parallèlement du système judiciaire. Les policiers provenant de corps totalement différents allaient dorénavant travailler ensemble au sein d’une seule et même structure, et cela à deux niveaux : la police fédérale et la police locale. Avant le lancement juridique de la police locale, plusieurs zones pilotes pour l’intégration policière, 22 au total, avaient déjà été créées en avril 2000. Le fonctionnement intégré de ces zones de police pilotes consistait en fait à fondre le personnel de la police communale et des brigades territoriales de gendarmerie en un seul corps. Ces zones de police pilotes [108] disposaient en principe d’un cadre bien développé [109] .          
Depuis le 1er janvier 2001, le paysage policier qui nous était familier présente un tout autre visage, du moins la police fédérale. Le 30 mars 2001, une modification de la Constitution portant révision de son article 184 a été votée in extremis, de sorte que ledit article 184 est désormais libellé comme suit : « L’organisation et les attributions du service de police intégré, structuré à deux niveaux sont réglées par la loi. Les éléments essentiels du statut des membres du personnel du service de police intégré, structuré à deux niveaux, sont réglés par la loi ». La loi du 13 mai 1999 portant le statut disciplinaire des membres du personnel des services de police, modifiée à plusieurs reprises, est entrée en vigueur le 1er avril 2001 [110] , conformément aux dispositions de son article 74. Pour que cette loi puisse être exécutée, il fallait encore adopter plusieurs arrêtés d’exécution. Il a fallu attendre jusqu’au 28 novembre 2001, jour où fut publié au Moniteur belge l’arrêté royal du 26 novembre 2001 portant exécution de la loi du 13 mai 1999 portant le statut disciplinaire des membres du personnel des services de police. Ce premier arrêté d’exécution donne force exécutoire à un certain nombre de dispositions de la loi sur le statut disciplinaire. Il est incontestable que l’application du statut disciplinaire pose toujours un certain nombre de problèmes à différents égards.
Le Moniteur belge du 6 janvier 2001 a publié la loi du 27 décembre 2000 portant diverses dispositions relatives à la position juridique du personnel des services de police, qui est connue sous le nom de « loi mosaïque ». Cette loi, qui instaure un statut uniforme pour la police intégrée, décrit notamment ce qu’implique exactement le choix de l’ancien statut : le statut pécuniaire, les possibilités en matière de carrière plane, le régime de pension, le régime en matière de protection médicale gratuite, etc. Les négociations avec les organisations syndicales portant sur l’arrêté dit « mammouth » s’étaient clôturées par la signature d’un protocole dans le courant du mois de janvier 2001. Le Moniteur belge du 15 janvier 2002 a publié l’arrêté ministériel du 28 décembre 2001 portant exécution de certaines dispositions de l’arrêté royal du 30 mars 2001 portant la position juridique du personnel des services de police [111] . Un des nombreux aspects statutaires que comporte l’arrêté royal du 30 mars 2001 portant la position juridique du personnel des services de police [112] concerne le temps de service : le temps de travail, les horaires, les prestations de nuit. La circulaire ZPZ 15 du 21 mars 2001 [113] fournit un certain nombre de précisions à propos de ces dispositions.                                                                                         
Le nouveau statut du personnel offre les garanties nécessaires en matière de continuité des prestations des services de police et de service minimum équivalent sur l’ensemble du territoire. À cet égard, un certain nombre de dispositions relatives au cadre administratif et logistique (CALOG), qui devra le plus possible assumer les tâches administratives de la police, ont plus particulièrement été prévues afin de réserver le cadre opérationnel pour des missions purement opérationnelles. Le cadre CALOG devra garantir l’opérationnalité tant au sein de la police fédérale que de la police locale. La mobilité est, quant à elle, garantie entre les corps locaux, d'une part, et entre les corps locaux et fédéraux, d’autre part.
En ce qui concerne la police locale, la loi sur la police intégrée prévoit qu’elle assure le travail de police de base au niveau local. Au cours de l’année 2001, la dernière touche a été mise au cadre légal relatif à la mise en place de la police locale. Ces dispositions légales devaient permettre la finalisation de cette mise en place pour le 1er janvier 2002 au plus tard. L’arrêté royal du 5 septembre 2001 déterminant l’effectif minimal du personnel opérationnel et du personnel administratif et logistique de la police locale prévoit dans ses annexes l’effectif minimal de chaque zone de police. Ces normes minimales feront, pour chaque zone, l’objet d’une évaluation et seront éventuellement recalculées avant le 31 décembre 2002. En exécution de l’article 142 de la loi sur la police intégrée a été publié l’arrêté royal du 17 septembre 2001 déterminant les normes d’organisation et de fonctionnement de la police locale visant à assurer un service minimum équivalent à la population. Il a été suivi par une circulaire ministérielle PLP 10 du 9 octobre 2001 qui précise ce service minimal. Par arrêté royal du 16 novembre 2001 [114] portant exécution de l’article 235, premier alinéa, de la loi du 7 décembre 1998 organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux, la mobilité du cadre opérationnel de la police locale a été réglée.                                                                                                                          
Sur les 196 zones de police qui devaient être mises en place dès le 1er janvier 2002, les premières l’ont été au début de l’année 2002 [115] .
C’est dans ce contexte légal, esquissé sommairement, que se déroule le processus de réforme des polices.

92.                     Difficultés

92.1.                  Remarque préliminaire

Au risque de nous répéter, nous tenons à souligner que la mise en œuvre de la réforme comporte de nombreux aspects positifs que nous mettrons en évidence dans le cadre de nos investigations et observations dès que cela s’imposera. La présente analyse servant de canevas à une partie de nos analyses, observations et enquêtes à venir – qui seront initiées en 2002-2003 – est dès lors plus particulièrement orientée vers un certain nombre de problèmes qui se poseraient ou pourraient se poser et, si l’interprétation ne tient pas compte de tous les éléments de la cause, donner lieu à une image et une analyse tronquées.

92.2.                  Statut

Le cadre légal de cette réforme en profondeur des polices visait, parmi d’autres objectifs fondamentaux, à modifier radicalement le statut des services de police. Pour accompagner le personnel au cours des mois de février et mars 2001, des sessions d’information ont été organisées dans chaque province par la direction générale des ressources humaines de la police fédérale. Le texte de ce qui, à l’époque, n’était encore qu’un projet d’arrêté royal pouvait être très facilement obtenu par tout le personnel policier. Contrairement aux informations parues dans plusieurs journaux à la fin du mois de mars, l’entrée en vigueur du nouveau statut n’a pas été reportée. L’aspect de la réforme le plus durement ressenti par le personnel de police réside dans les dispositions statutaires relatives à l’insertion dans la grille des salaires, aux allocations, à la pension, au congé volontaire préalable à la mise à la retraite etc. Ces sujets font l’objet d’une attention particulière dans le cadre de l’information interne diffusée au sein des services de police.  
Ces modifications en profondeur sont régulièrement évoquées avec force détails dans la presse. Bien que le statut instaure une uniformité au niveau de la rémunération, il subsisterait malgré tout des différences au niveau du paiement de la rémunération en fonction de l’appartenance au niveau local ou fédéral et à la police administrative ou à la police judiciaire. Il est un fait que le système de compromis est particulièrement compliqué.
Un autre aspect statutaire évoqué concerne l’organisation du temps de service. L’arrêté dit « mammouth » du 30 mars 2001 réglementant la position juridique du personnel des services de police prévoit notamment la durée des temps de travail et de repos [116] . L’instauration d’un nouveau régime de travail entraînerait des problèmes au niveau de l’exécution pratique d’une intervention. Le nouveau statut ne permet plus d’effectuer des heures supplémentaires hors normes de sorte qu’une intervention ne pourrait plus toujours être menée à terme par une seule et même équipe, alors que le régime de travail ne devrait avoir aucune influence sur la manière dont une intervention est traitée. On peut même signaler qu’à plusieurs endroits, il n’est même pas question de la moindre élaboration d’un horaire.
Un autre problème, dont il est souvent fait mention, s’est posé lors de l’entrée en vigueur du nouveau statut : il s’agirait du « carottage » ou, en d’autres termes, du recours abusif au jour de carence. Le régime de congé résultant du nouveau statut prévoit en effet un jour de carence ou jour de maladie dont peuvent bénéficier les membres du personnel sans devoir le justifier par un certificat médical. Une utilisation abusive de cette disposition pourrait créer de sérieux problèmes opérationnels. Le fait que les membres, tant de la police locale que de la police fédérale, aient régulièrement recours à ce jour de carence ressort notamment d’enquêtes internes effectuées au sein de la police [117] , qui ont permis de constater qu’environ 30% des membres du personnel se déclarent malades un jour afin d’échapper aux missions les moins agréables et ceci, en raison du mécontentement suscité par la police intégrée. Les plaintes portent sur la pénurie de personnel, l’infrastructure défaillante et un manque de matériel. L’utilisation trop fréquente de ce « jour de carence » entraîne un manque d’effectif policier, parfois suppléé par un recours contestable voire illégal à des agents auxiliaires. Le fait que ce phénomène du « carottage » puisse être un ennemi redouté pour l’opérationnalité de la police ressort notamment de la mesure (temporaire) imposée à l’occasion du sommet de Laeken : les policiers ont été obligés de justifier leur absence par un certificat médical.      
En bref, on considère en général que cette facette du statut du personnel entraverait l’opérationnalité du corps et que la qualité du service en pâtirait. Le bon fonctionnement de la police serait donc ainsi mis en danger.
Le nouveau statut de la police prévoit l’attribution de diverses primes. L’information interne s’attache largement à ces aspects financiers. La presse non plus ne néglige pas le sujet et donne très régulièrement une énumération de l’éventail des primes. Ce ne sont pas seulement les primes, mais surtout la manière dont le système serait appliqué ou utilisé abusivement par certains ou en certains endroits qui poseraient des problèmes. En outre, une prime qui serait uniquement attribuée dans la Région de Bruxelles-Capitale pourrait poser des problèmes de recrutement dans les communes environnantes, qui n’accordent pas cette prime. Néanmoins, la région de Bruxelles-Capitale doit elle aussi faire face à une pénurie de policiers en dépit de la campagne qu’elle a lancée pour redorer le blason de la police. Le nombre d’emplois vacants y varie de 10 à 25%.      
Parallèlement, il convient toutefois de préciser que ce statut est actuellement remis en question. Le gouvernement fédéral et les organisations représentatives des travailleurs ont conclu un accord le 25 janvier 2002 à propos d’un réaménagement de celui-ci. Ces « renégociations » poursuivaient un objectif double : d’une part, permettre un meilleur fonctionnement des services de police et d’autre part en limiter l’impact financier. En attendant l’approbation d’une « dépense supplémentaire », les conséquences ne se font pas attendre et la charge importante que représente le budget de la police est mise en exergue.           
L’attribution de ces suppléments financiers se répercuterait plus particulièrement sur les budgets des communes, d’où les réactions des autorités communales. Certains bourgmestres refusent d’installer les zones de police aussi longtemps qu’il n’y aura pas de certitudes à propos de leur financement. Le déficit budgétaire incite à mettre en œuvre des projets de financements alternatifs. C’est ainsi que l’on songe notamment à l’instauration d’une taxe « policière » complémentaire et à une sponsorisation de la police. Il n’est plus à démontrer que le financement de la police locale rencontre des problèmes « particuliers ».
En dépit des informations alarmistes relatives à cette police locale parfois qualifiée d’« impayable », la date de mise en place de la police locale n’a pas été modifiée. On a mis la dernière main in extremis à quelques circulaires relatives à l’encadrement financier pour la mise en place de la police locale, à savoir les dotations fédérale et sociale [118] .

92.3.                  Législation disciplinaire

Dans le cadre du statut disciplinaire entré en vigueur le 1er avril 2001 un vide juridique se serait créé pour la période se situant entre l’entrée en vigueur du nouveau statut disciplinaire et la création du conseil de discipline. Trop souvent, on aurait eu recours à des artifices pour résoudre les problèmes qui se posaient.         
Il conviendrait d’adopter au moins deux arrêtés aussi importants concernant d’abord les mesures d’ordre non prévues par la loi et ensuite l’élaboration d’un code de déontologie. Il faut incontestablement développer un concept éthique clair au niveau des droits et obligations qui régissent le comportement des membres du personnel et protègent la population contre des actes illicites ou des abstentions de la part des fonctionnaires, services et autorités de police [119] .

92.4.                  Capacité

La question de la répartition de la capacité entre la police fédérale et la police locale est également régulièrement soulevée. Aux termes de la loi du 7 décembre 1998 organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux, la police fédérale assure sur l’ensemble du territoire les missions spécialisées et supra-locales de police administrative et judiciaire. Par le jeu de certaines répartitions ou affectations sociales, la police fédérale disposerait toutefois en certains endroits d’un effectif pléthorique, dont le quota qui pourrait être réaffecté par rapport à l’effectif initialement prévu s’élèverait à 500 voire 600 ex-gendarmes ou ex-membres de la police judiciaire près les parquets. Par ce jeu d’affectation, le niveau local doit donc faire face en certains endroits à un déficit en personnel qui, logiquement, ne lui permettra pas de mener à bien certaines missions. Or, le fait de pourvoir à ces places vacantes représente une charge financière additionnelle pour le niveau local.    
En dépit de la capacité relativement supérieure de la police fédérale, la surveillance exercée par la police des voies de communication [120] fait office de parent pauvre. La surveillance du trafic autoroutier serait drastiquement démantelée tandis que le contrôle sur les voies secondaires serait transmis à la police locale, qui n’est pas toujours équipée à cet effet. Les unités provinciales de circulation (UPC), qui ont normalement en charge la surveillance du trafic sur les autoroutes, se plaignent régulièrement de « l’absence d’une politique en matière de trafic » au niveau de la police fédérale. Les membres de ces unités seraient beaucoup trop souvent affectés à l’encadrement de transports de fonds [121] , à l’accompagnement de cars de police lors de matchs de football ou de manifestations et trop peu souvent à leur mission principale c’est-à-dire le contrôle du trafic. En outre, ces unités demanderaient, par les voies les plus diverses, un équipement plus performant afin de pouvoir mieux accomplir leurs missions. Peut-être y a-t-il cependant parfois un peu d’exagération ou de caricature dans leurs slogans ou leurs revendications, plus ou moins relayées par d’aucuns.    
Au cours de l’année écoulée, la traite et le trafic d’êtres humains [122] ont été des sujets souvent évoqués. C’est ainsi que la police fédérale, en charge de la lutte contre le trafic d’êtres humains, a souvent été confrontée à un manque d’effectifs. Lors d’interventions dans le port d’Ostende à la suite de la découverte de passagers clandestins, les équipes appelées seraient souvent arrivées sur place tardivement. Ces équipes d’intervention déclarent être trop peu nombreuses pour intervenir dans la zone portuaire.   
Il n’y a pas que le trafic d’êtres humains mais aussi le passage à la nouvelle unité monétaire et les rencontres au Sommet dans le cadre de la présidence de l’Union européenne qui ont entraîné un surcroît de travail pour les services de police. La réserve générale de la police fédérale qui s’occupe notamment de la protection et de la surveillance des transports de fonds, du transfert de prisonniers vers les palais de justice ainsi que du maintien de l’ordre pendant les manifestations et les matchs de football aurait formulé des plaintes à propos du non-respect de l’arrêté mammouth en ce qui concerne les dispositions statutaires. La trop forte pression du travail et le peu de respect des temps de travail et de repos ont plus particulièrement été cloués au pilori.
L’on ne peut nier que la réforme des services de police, qui a coïncidé avec une période d’importantes rencontres au Sommet dans le cadre de la présidence belge de l’Union européenne, le passage à l’euro [123] , divers cas de trafic d’êtres humains et l’épidémie de fièvre aphteuse, ont représenté un surcroît de travail au sein des corps de police. La création d’« antennes de stress » au sein des corps de police s’inscrit dans cette logique. C’est ainsi qu'il y aurait également eu des cas de suicides [124] au sein de la police [xxxvi] . Ces membres du personnel auraient été dans une certaine mesure influencés par une situation difficile au travail, résultant notamment de la réforme des polices.
On pourrait également se poser la question de savoir si la police locale est toujours à même d’assumer la tâche que la loi prévoit pour elle, notamment en matière de police judiciaire où, sans conteste, des efforts devront encore être soutenus. Le travail de base de la police qui, à la suite de la réforme des polices, est prôné comme nouveau concept, c’est-à-dire une police de proximité, communautaire et, finalement, plus d’uniformes dans la rue, semble pour l’instant ne pas toujours être assuré de manière optimale. Plusieurs chefs de corps craignent que, compte tenu du bref délai prévu pour mener à bien la réforme de la police, lourde sera la tâche qui pèsera sur leurs épaules. De nouveaux organes, tels que le conseil de sécurité zonale qui doit mettre en œuvre une concertation systématique entre les autorités policières ont en effet vu le jour. Dans les zones pluricommunales, le collège de police et le conseil de police exercent respectivement les compétences qui, dans une zone monocommunale, relèvent du bourgmestre et du collège des bourgmestre et échevins d’une part et du conseil communal d’autre part. La police locale, en tant qu'élément de la police intégrée, devra élaborer un plan de sécurité zonal. La réforme des polices s’inscrit en effet dans une politique policière modifiée qui vise une « politique de sécurité intégrée ». Lorsque ces réformes en profondeur seront menées à bien, on pourra s’attendre à ce que l’on consacre l’attention nécessaire au change management.            
Au plus haut niveau, les personnes mises en place n’ont participé ni à la définition du cadre général, ni à la fixation des priorités ou au choix de leurs collaborateurs les plus directs et les plus importants, ce qui rend leur tâche particulièrement difficile, voire aléatoire, du moins dans un premier temps. L’on peut supposer que des problèmes se posent en matière de sous-occupation et d’opérationnalité de la police locale à la suite d’une capacité trop limitée du corps. Quel est le sens d’accords généraux de coopération dans des zones qui viennent d’être installées ? De nombreuses voix s’élèvent déjà à propos de la viabilité des autres zones, les plus diverses mais aussi les plus petites qui, immanquablement, ne peuvent que « coopérer » avec leurs voisines. Par ailleurs, l’effectif minimum fixé par l’arrêté royal du 5 septembre 2001 semble n’être pas atteint dans plusieurs zones tant au niveau de la capitale qu’en milieu rural. Les villes ont en outre un ensemble de tâches de nature différente de celles des communes les plus petites. Il importera de rencontrer tous les aspects de ces problèmes et les légitimes préoccupations de chacun.
À la suite de la création de zones pluricommunales, il faut concevoir une toute nouvelle organisation du corps : élaboration d’un organigramme, organisation de temps d’ouverture des bureaux, mise en place des fonctionnalités, etc, ce qui ne se déroule pas partout avec la même aisance. Partant des principes de subsidiarité et de spécialité, la police locale devra désormais également se charger de plus de missions judiciaires précédemment assumées, du moins en partie, par les anciennes brigades territoriales de la police fédérale. Celles-ci, à défaut d’intervention d’un service de police spécialisé, seront confiées à la police locale. Étant donné sa capacité limitée en matière de recherche, il risque d’y avoir des discussions à propos du nombre d’enquêteurs qui, au niveau de la police locale, pourraient être chargés plus dans une zone que dans l’autre sans doute, de la recherche locale. L’exécution de missions judiciaires par la police locale reste généralement une question ouverte parce que les autorités administratives confient encore trop souvent certaines tâches administratives à leurs policiers.
Un cas concret de défaillance au niveau de la politique en matière de recherche se retrouverait notamment dans des zones comme Louvain. Des infractions telles que les car-jackings et les home-jackings seraient, notamment dans cette circonscription, trop peu résolues. La raison en serait que le transfert de personnel fédéral vers les zones de police se serait parfois fait attendre depuis trop longtemps. Une certaine sous-occupation aurait pour conséquence que certains bureaux de police resteraient trop souvent fermés. Lorsque la police locale exécute trop de missions de police judiciaire, elle peut difficilement remplir sa tâche de « police de proximité ». Il y a encore parfois le poids des apostilles les plus variées.
Dans le cadre d’importants événements footballistiques, la police locale ne serait pas à même de mener sa mission à bien, toujours à défaut d’un nombre suffisant de policiers. Le maintien de l’ordre par la police locale le dimanche serait compromis par les dispositions de l’arrêté dit « mammouth », qui prévoit que les policiers ne peuvent effectuer des prestations que deux week-ends sur quatre ; la situation n’est d’ailleurs pas plus facile pour la police fédérale. Toutes ces questions pourraient être résolues en déplaçant les matchs au vendredi soir ou en prenant d’autres mesures.                                                                                                
La criminalité influence également la question de la capacité des corps de police locale. Les vagues d’effractions qui, auparavant, touchaient plutôt la ville que la campagne se sont actuellement déplacées vers la campagne. Peut-être que certaines capacités fédérales n’ont pas été allouées au bon endroit, sans doute pour les meilleures raisons au monde.
La rapidité d’intervention, qui pourrait servir de critère objectif pour déterminer l’opérationnalité d’un corps, laisserait aussi souvent à désirer. En voici un exemple concret : le 101 est averti d’un problème inquiétant à 6h05. D’après le chef, la police a reçu communication de cet appel à 6h34 et une patrouille est arrivée sur place à 7h16. Une durée de 10 à 15 minutes représenterait un temps d’intervention « raisonnable » [125] .
Toutes ces constatations amènent le Comité permanent P à s’interroger sur la pertinence de la répartition des effectifs, du moins en certains endroits. A-t-on vraiment pris en considération tous les facteurs qui devaient l’être ?

92.5.                  Soutien informatique et technique 

Il ressort de sources ouvertes ou publiques qu’à plusieurs reprises, il a été fait allusion à des cas flagrants d’équipements techniques inadaptés ou indisponibles tels que du matériel informatique, du matériel de détection ou des équipements motorisés. Un sérieux problème se poserait également au niveau de la compatibilité des systèmes informatiques. La réforme provoque dans certaines zones un ralentissement du traitement des appels urgents. Dans les zones où le central 101 est installé dans les bâtiments de l’ancienne gendarmerie, les appels urgents ne pourraient pas être transmis au central 100. Les adaptations au réseau seraient en cours [xxxvii] et ceci alors qu’une transmission de l’information performante et généralisée constitue une condition sine qua non au bon fonctionnement de la police intégrée, structurée à deux niveaux. C’est ainsi que la Federal Computer Crime Unit (FCCU) [xxxviii] , qui a vu le jour à la suite de la fusion de deux services existants, à savoir la National Computer Crime Unit (NCUU) et le Team Assistance pour la recherche en environnement automatisé (AREA) serait sous-occupé et connaitraît des problèmes résultant d’un manque d’appareillage informatique moderne. Durant l’année 2001, qui entrera dans les annales de l’histoire notamment en raison des préparatifs pour le passage à la nouvelle unité monétaire, l’Eurotop, la santé publique, etc., la presse a fait savoir que les agents de police fédéraux qui accompagnent les transports de fonds utilisent des gilets pare-balles de l’armée belge car la police n’en possède pas [126] . Dans le cadre de la lutte contre le trafic d’êtres humains, la police utiliserait un appareillage aux rayons X (DKL Lifeguard) qui manquerait d’efficacité [127] . Une partie de l’équipement de l’ex-police maritime consisterait en bateaux d’occasion rachetés à la police néerlandaise. Les embarcations acquises en leasing mises à disposition par la Région Flamande ne seraient pas adaptées au contrôle de certaines formes de criminalité sur l’eau [xxxix] .

92.6.                  Légitimation et reconnaissance

L’instauration de la police intégrée a pour objectif la création d’une « police de proximité » se traduisant notamment par une présence policière accrue dans la rue. Une nouvelle identité visuelle a été conçue pour la police intégrée. Ces nouvelles image et identité s’expriment sur plusieurs plans : un nouvel uniforme, une carte de légitimation, les logos sur les véhicules, le papier à lettre et les cartes de visite. Les équipements accompagnant les uniformes de la nouvelle police ne seront toutefois que progressivement mis en service. Les uniformes actuels peuvent encore être portés jusqu’au 31 décembre 2004. Chaque membre du personnel, quel que soit son corps, conserve la tenue de son corps d’origine même dans le cadre de la mobilité. À défaut d’un nouvel uniforme pour la police et de nouvelles références à la « police », il n’existe aucune forme de reconnaissance pour la population, aucune identité et, finalement, aucune légitimation.

92.7.                  Action indépendante

Le mécontentement qui règne dans les services de police à propos de la réforme des polices, ressort notamment des très nombreux articles de presse sur le sujet. Les grèves et le recours trop fréquent au jour de carence, tant au niveau de la police locale que de la police fédérale, constituent une soupape de sécurité à ce mécontentement. L’insatisfaction porte surtout sur des aspects statutaires tels que les temps de travail et de repos, le manque de personnel, le manque d’équipement informatique moderne et l’infrastructure déficiente. Les départements de la police fédérale, à savoir les unités provinciales de circulation et la Federal Computer Crime Unit signalent même des dysfonctionnements au sein de leur propre unité. La fusion de deux corps en fait différents, ayant une culture différente, est cause d’un bouleversement dans la police intégrée : des problèmes d’intégration, des demandes de pension anticipée, la manière dont seraient avantagés les ex-gendarmes par rapport à l’ex-police communale ou inversement au niveau des horaires de service, etc.

93.                     Perspectives

La présente analyse est destinée à servir de toile de fond aux différentes observations, enquêtes et analyses que le Comité permanent P mènera en 2002-2003. Elle fera l’objet d’une actualisation et d’un suivi permanents au fil de la mise en place, de l’évolution et des développements de l’importante réforme en cours.

Section 5 : Capacité policière en matière de criminalité informatique [128]

Une première étude a été publiée dans le rapport annuel 2000 concernant la portée de l’application de la loi du 28 novembre 2000 en matière de criminalité informatique, entrée en vigueur le 13 février 2001 [129] .    
Cette étude a été approfondie à la suite de la question initiale du ministre de la Justice.

94.                     Cadre général

Au cours de ces dernières années, plusieurs initiatives ont été entreprises dans le monde entier afin de rechercher et de combattre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (ICT). C’est ainsi que le High Tech Crime Group des pays du G8 travaille à l’élaboration d’une coopération sur le plan de la lutte contre la cybercriminalité. Aux États-unis, les criminels informatiques sont traqués par le National Infrastructure Protection Center et, en collaboration avec le FBI, par l’International Fraud Complaint Center.
Au niveau européen également, certaines initiatives visent à mettre au point une forme de coopération à l’échelle internationale. C’est ainsi que des voix s’élèvent pour conférer à Europol un mandat de lutte contre la cybercriminalité et le Conseil de l’Europe travaille au sein du groupe de projet « Crime in Cyberspace », sous la présidence des Pays-Bas, à l’élaboration d’un traité international impliquant également des nations comme les États-unis, le Canada, le Japon et l’Australie. Qui plus est, il faut compter avec Interpol, qui maintient en activité un réseau international de vingt-quatre National Central Reference Points afin de réagir rapidement à tout incident relevant de la cybercriminalité.
À un niveau plus proche, diverses initiatives nationales ont vu le jour, comme aux Pays-Bas par exemple, où un programme d’action national a été lancé après la publication de la note « Op weg naar digitaal rechercheren », rebaptisée « Digitaal blauw ». L’objectif est d’arriver à développer une connaissance de base des enquêtes dans le domaine numérique et de se rattacher aux processus opérationnels primaires au sein des corps de région. Selon M. Vriesde, le chef de projet, tout représentant des forces de l’ordre doit au moins avoir des notions de base en la matière. Il soutient que les policiers doivent être fermement convaincus que les enquêtes dans le domaine numérique vont au-delà du fait de surfer sur Internet ou de lire simplement ce qui se trouve sur un écran d’ordinateur ou un GSM. Il est également question d’une connaissance tactique sur les plans de la technique et de la recherche et de l’innovation des techniques de recherche existantes.         
Les Français ont créé au début de l’année 2000 leur « pompiers électroniques », qui travaillent au sein des Computer Emergency Response Teams (CERT). Ces groupes présentent une structure à trois niveaux : le CERT-Renater pour les sources d’information et la recherche de ces sources, le CERT-A pour l’administration, sous l’autorité du secrétariat général du ministère de la Défense Nationale et le CERT-IST pour les industries, les services et les tiers.
La coordination se fait par le secrétariat général du ministère de la Défense Nationale (SGDN), qui dépend du Premier Ministre. Les douze membres des CERT travaillent sous la surveillance de la Direction centrale de la sécurité des systèmes d’information. En outre, la Brigade centrale de répression de la criminalité informatique (BCRCI), fondée en octobre 1994, fait le lien avec la police judiciaire régionale, qui est ou devrait être composée de deux à quatre enquêteurs spécialisés dans la criminalité informatique.       
Enfin, le Service central de sécurité des systèmes d’information est devenu en mars 2000 la Direction centrale de la sécurité des systèmes d’information.         
Outre les initiatives des autorités, le secteur privé français prend également des mesures en matière de criminalité informatique, telles que la création d’un Institut international des hautes études de la cybercriminalité [130] .

95.                     Situation en Belgique

La Belgique disposait, comme il sera explicité infra, d’unités auprès de l’ex-gendarmerie, le « Team Assistance pour la recherche en environnements automatisés (AREA) et auprès de l’ancienne police judiciaire, les « Computer Crime Units » au niveau national et régional (NCCU-CCU). Ces unités, regroupées au sein de la Direction de la lutte contre la criminalité économique et financière, constituent à présent la « Federal Computer Crime Unit » (FCCU).      
Ce service dispose actuellement d’une capacité de 47 personnes, les 7 membres de l’AREA, les 7 autres membres des NCCU et les 33 membres des CCU. Ces personnes sont soit des informaticiens soit des employés administratifs. Plusieurs d’entre eux sont de véritables autodidactes qui n’ont jamais suivi la moindre formation en informatique ou en recherches ICT. Seuls quelques-uns témoignent d’une formation au niveau d’Interpol.
Le 1er janvier 2001, les retards ou, en d’autres termes, les demandes en suspens, se chiffraient à 69 dossiers couvrant un total de 85 ordinateurs personnels et 820 porteurs de données. Au début de juillet 2001, ce nombre a atteint les 90 dossiers. L’année 2000 a vu une forte augmentation de demandes d’enquêtes légales et un accroissement plus faible de l’octroi de formations, de sorte que l’évolution du nombre de demandes par rapport à celui des membres du service de recherches était telle que l’on a suspendu les demandes.  
En décembre 1996, un point de contact pour les questions de pornographie enfantine a vu le jour avec l’assentiment du ministre de la Justice. Ensuite, par la conclusion d’un protocole de coopération entre l’IPSA Belgique et les ministres des Télécommunications et de la Justice, il est devenu le Point de contact central judiciaire. En 2000, il a reçu 2016 dénonciations qui ont donné lieu à 19 enquêtes nécessitant une capacité de 4 personnes employées à plein temps.
Au niveau du magistrat national, un groupe de travail a été créé dans le cadre de l’Euro 2000, la « Cyber Crime Task Force ». Quant aux services de police existants, ils ont rédigé un document analysant la problématique de la recherche dans un environnement ICT et proposant, à cet égard, un certain nombre de solutions.

96.                     Après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi

96.1.                  Réorganisation des services existants

L’AREA et les NCCU ont entre-temps fusionné en une Federal Computer Crime Unit (FCCU), elle-même reprise sous la Direction générale de la police judiciaire – Direction de la lutte contre la criminalité économique et financière. L’ancien chef de l’AREA a été désigné à l’issue d’une procédure de sélection comme chef du nouveau service. Les Computer Crime Units régionales (CCU) continuent d’exister.
La FCCU développe actuellement un « business plan » en vue : (1) d’intégrer l’AREA et les NCCU ; (2) d’assurer la continuité du service ; (3) de délimiter les compétences et responsabilités de la FCCU vs les CCU ; (4) de définir les besoins en matière de recherches ICT et lutte contre la criminalité en environnement ICT ; (5) d’élaborer des méthodes de travail et des moyens standardisés ; (6) d’évaluer le coût de la réorganisation.
Pour ce qui est du fonctionnement sur le terrain, en 2001, ce ne sont pas tellement les nouvelles initiatives qui ont été privilégiées mais plutôt la formation et l’équipement des computer crime units.

96.2.                  Problèmes constatés

Bien que le fonctionnement des services concernés soit au centre des préoccupations des autorités, certains points faibles sont bel et bien présents et entravent l’assistance fournie ou la lutte contre la criminalité informatique. Ces problèmes sont : (1) un manque de connaissance de la part des services de police : au niveau des policiers de première ligne, la connaissance pratique fait souvent défaut en ce qui concerne la manipulation et la sécurisation du matériel informatique dans le cadre de dossiers judiciaires ; (2) un manque de connaissance de la part des magistrats : on essaie de remédier au problème par la formation des magistrats ; (3) un effectif insuffisant au sein de la FCCU ; (4) la répartition et les fonctions combinées des membres des CCU, qui travaillent trop en fonction de l’« arrondissement » ; (5) l’absence d’un département spécialisé en ICT à l’Institut national de criminalistique et de criminologie, ce qui oblige les autorités judiciaires à recourir à des laboratoires étrangers ; (6) le recrutement difficile de personnel compétent, bien qu’une rémunération compétitive améliore la situation ; (7) un manque de feed-back de la part des services assistés ; (8) un manque d’expérience de la part des experts judiciaires, dont la rémunération est nettement inférieure à celle qu’ils pourraient avoir dans le privé ; (9) une législation inadéquate en matière de conservation obligatoire par les ISP de fichiers logs et de limitations européennes éventuelles quant à l’accès aux serveurs whois ; (10) un manque de coopération entre les fabricants de matériel et de logiciels et l’évolution vertigineuse des systèmes d’exploitation et des applications utilisateurs n’aident pas, loin de là, les services de police qui doivent constamment chercher à contourner les systèmes de sécurité. Il faudrait songer à développer une coopération (forcée) à des fins judiciaires ; (11) l’interception des télécommunications nécessite des méthodes ad hoc ; (12) l’absence de méthode de travail acceptée par les autorités judiciaires ; sans réglementation, le risque existe que les résultats de recherches soient contestés.
La nécessité de créer un soutien policier spécialisé en ICT et en criminalité informatique se fait clairement sentir. Les alternatives ne sont pas toujours disponibles, elles peuvent être onéreuses ou de piètre qualité. Les experts (judiciaires) ne sont pas assez nombreux, ne disposent pas toujours des mêmes capacités et connaissances que les services de police spécialisés, n’offrent pas toujours un service de qualité et ne fournissent généralement leurs résultats que tardivement et à un prix élevé.
Toutefois, il ne faudrait pas non plus verser dans une vision simpliste de la problématique en pensant que l’offre de travail importante (cf. statistiques AREA) requiert tout simplement une augmentation du personnel et des moyens. Si la réforme des services de police a provoqué un regroupement de la capacité existante, tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant.
Les recherches dans les systèmes informatiques dans le cadre de perquisitions, l’examen légal du matériel informatique saisi suivent la tendance à la hausse des auditions de témoins et de suspects dans des matières touchant à l’informatique ou des infractions commises dans ce domaine. La recherche de suspects, parfois sur des réseaux publics tels l’Internet, nécessite au fil des ans de plus en plus de travail. En dépit de l’existence de services spécialisés, ces activités présentent, en Belgique, certaines lacunes d’efficience et d’efficacité et donnent lieu à un déficit dans l’organisation judiciaire et le maintien du respect de la loi dont le citoyen a à pâtir.

97.                     Recommandations

Le Comité insiste sur les recommandations qu’il avait formulées dans son rapport d’activités 2000 et souhaite les compléter.  
Il convient avant tout d’élaborer des solutions afin de rattraper les retards actuels en commençant par employer le personnel spécialisé, surtout celui des CCU, exclusivement dans leur domaine de compétence.

Parallèlement, il faut rechercher une solution structurelle en tenant compte des éléments suivants : (1) les possibilités des autres services. C’est ainsi qu’il manque en Belgique un service d’appui comparable au « Departement Digitale Technologie » du Nederlands Forensisch Instituut ; (2) la définition des interventions pour lesquelles il faut de préférence affecter une équipe de policiers spécialisés et des interventions pour lesquelles il vaut mieux faire appel à des experts civils. Le choix doit se baser principalement sur la valeur ajoutée que peut apporter un tel service de police, telle que la flexibilité, la rapidité d’intervention, etc. ; (3) le fait qu’il faille toujours fixer des priorités entre les dossiers et cela, indépendamment d’un renforcement éventuel des effectifs. Il convient de développer à cet égard avec les autorités judiciaires, des critères, des systèmes d’infractions et des éléments de jugement liés à l’enquête ; (4) le fait qu’il faut pouvoir distinguer comme il se doit des domaines pourtant fort proches : interception de communications Internet : cette interception doit permettre d’intercepter la circulation des données en provenance et à destination du suspect et de reconstituer les divers services Internet (www, ftp, irc, e-mail, news, etc.). L’interception de ce type de communication revient sans doute davantage aux unités spéciales (ESI, etc.), qui sont également chargées de l’interception d’autres porteurs ; codification : il a été constaté que l’intensification de l’utilisation de procédés de codification dans diverses applications de bureautique ou Internet commence à poser problème au travail policier. Des efforts doivent aussi être consentis dans ce domaine. ; opérations undercover sur Internet : ce type d’action est possible mais doit être effectué par un agent undercover formé et suffisamment familiarisé avec l’informatique et non par un spécialiste en informatique dépourvu de toute connaissance des techniques undercover ; (5) sur la base des informations rassemblées par les deux services et sous réserve de l’étude des besoins, en supposant que les tâches de gestion de systèmes soient transmises à d’autres services, il semble que, si tous les membres de l’AREA, du NCCU et des CCU continuent à faire partie de la FCCU, les besoins actuels doivent pouvoir être couverts par la capacité existante de 44 membres. Les conditions connexes au succès sont cependant le travail d’équipe, une gestion efficace des demandes, une méthode de travail standard, une bonne formation de base et un équipement digne de ce nom. En cas d’élargissement des domaines d’activités, par exemple, la criminalité associée à l’Internet, il faudra sans doute accroître les capacités ; (6) il faudra déterminer si la FCCU peut également exécuter des missions opérationnelles ou non. L’exemple de la NCCU actuelle, qui ne mène plus vraiment d’enquêtes au niveau opérationnel et perd par la même occasion presque tout contact avec le terrain, semble plaider pour l’instauration, sous certaines conditions, d’une capacité d’enquête fédérale en la matière ; (7) les CCU locales devraient être regroupées en équipes de quatre personnes afin d’utiliser de manière optimale le principe du travail d’équipe ; (8) les activités connexes, moyennant une formation additionnelle et un soutien dès le départ, peuvent être exécutées par des membres des services déconcentrés ; (9) l’impact de la nouvelle loi sur la criminalité informatique et sur les dénonciations de crimes ICT n’est pas encore clairement perceptible. Il y aura toutefois très certainement des répercussions sur le fonctionnement de la FCCU vu l’obligation d’employer les moyens idoines pour les saisies et les copies de données [xl] ; (10) il faudra sans doute publier un manuel de good practices concernant la loi susmentionnée. Ces good practices apporteront peut-être des adaptations au matériel utilisé. Ainsi par exemple, l’obligation d’effectuer des back-ups entraîne une augmentation des instruments ; (11) s’il est instinctivement difficile d’effectuer des analyses coût-efficacité dans des domaines tels que la pornographie enfantine, il faut également s’interroger sur l’efficience d’une telle analyse. Les accords internationaux en la matière sont tels qu’ils évitent probablement le double emploi, assurant ainsi l’efficience du système. L’acquisition planifiée de logiciels bien spécifiques devrait en outre contribuer à un meilleur fonctionnement.

Section 6 : Euro [131]

Dans le cadre du fonctionnement proactif du Comité permanent P, il a été décidé d’assurer le suivi de l’introduction de l’euro et, plus particulièrement, des volets « sécurité et police ». Les contacts avec la Banque nationale de Belgique et la police fédérale ont permis de mettre en lumière trois aspects de l’introduction de l’euro : la sécurité des transports de fonds, le blanchiment d’argent et la problématique de la fausse monnaie.

98.                     Sécurité des transports de fonds

Les transports de fonds en euro vers les banques se sont relativement bien déroulés au niveau de la police. Les quelques tentatives d’attaques ont été tuées dans l’œuf si bien que l’on peut affirmer que, par rapport à d’autres États membres européens, la Belgique n’a pas connu d’incident majeur dans ce domaine [xli] . Il a pourtant été constaté que la police fédérale ne disposait pas de suffisamment de gilets pare-balles pour pouvoir mener à bien ces missions et a, par conséquent, dû en emprunter aux forces armées. Le problème a entre-temps été résolu par l’acquisition de 580 gilets pare-balles. Le Comité permanent P a également suivi de manière générale la question de l’accompagnement des transports de fonds.

99.                     Blanchiment et passage à l’euro

L’une des priorités du plan national de sécurité consistait à lutter contre le blanchiment des différentes monnaies. C’est pourquoi l’Office central de lutte contre la délinquance économique et financière organisée (OCDEFO) a décidé vers la mi-2001 de procéder à une étude de l’analyse et de l’approche thématique des organisations criminelles et de l’application de la procédure HARM ou « Hit and run Money-launderers ». Celle-ci vise, au moyen d’une capacité réduite au sein du monde judiciaire, à retirer l’argent « sale » de la circulation peu après la conversion en euro ou l’injection de la nouvelle monnaie. Comme les principales cibles sont les transporteurs de fonds, la police intervient immédiatement après la conversion des devises, en dehors donc du bureau de changes. Ce type d’action n’exige pas un investissement important en temps et en travail mais n’en est pas moins efficace et efficient. Cette tactique vise à décourager/déconseiller le blanchiment d’argent en augmentant les probabilités d’arrestation des éventuels auteurs. La procédure HARM a déjà été appliquée comme technique policière dans différents arrondissements judiciaires. L’OCDEFO a décidé d’évaluer, d’affiner et de coordonner ladite procédure. Les objectifs et applications sont consignés dans un document « Programme blanchiment – Projet/HARM – Hit and Run Money Launderers – GOOD PRACTICE », dont copie est mise à la disposition du Comité permanent P.                                                                                                    
Dans les mois qui précèdent, on a choisi de donner la priorité aux arrondissements judiciaires de Bruxelles, Anvers et Turnhout pour la mise en œuvre de cette procédure. En prévision de l’introduction de l’euro, l’OCDEFO a proposé de concentrer les actions sur les transactions de change. La  procédure HARM a été quasi intégralement reprise dans le plan national de police, apparemment sans limitation à des arrondissements judiciaires particuliers. On compte également sur l’apport des services de police locale en matière de « blanchiment ». Ils doivent canaliser leurs informations par l’intermédiaire des carrefours d’information d’arrondissement (CIA).
En exécution du plan opérationnel, un fonctionnaire de liaison a été désigné auprès du Bureau voor politiële ondersteuning van de Landelijk Officier van Justitie des Pays-Bas. Celui-ci assume les responsabilités définies dans la loi « Melding van Ongebruikelijke Transacties » (MOT), ce qui donne lieu à un travail d’échange transfrontalier (Projet policier européen) en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Le consensus bilatéral comporte en outre des dispositifs communs. Entre-temps, une déclaration « Intentieverklaring tot samenwerking tussen Nederland en België op het gebied van witwassen in relatie tot de euroconversie » a été signée avec les Pays-Bas. Les fonctionnaires de liaison du milieu judiciaire sont chargés, dans le cadre de cet accord et en vue de la conversion des devises en euro, de l’éventuelle coordination opérationnelle commune et de la canalisation de l’échange des informations policières dans le cadre de l’aide judiciaire limitée dans les affaires pénales.    
Sur la base de ce qui a été exposé supra, on peut déduire que la procédure HARM a entre-temps bel et bien été appliquée. Son orientation se fait de manière centralisée, à partir de l’OCDEFO, mais sa mise en œuvre et son application opérationnelles se passent au niveau de chaque arrondissement judiciaire. Le return effectué fera l’objet d’une évaluation trimestrielle et d’une étude complémentaire relative à la problématique de la sécurité économique et financière consécutive au passage à l’euro. En outre, l’OCDEFO s’est concerté avec la Cellule de traitement de l’information financière (CTIF), qui a étudié de près les institutions financières souvent dénoncées dans le cadre de transactions louches. Les institutions bancaires sélectionnées ont fait l’objet de visites de travail, le Service judiciaire d’arrondissement (SJA) ayant visité les réseaux d’agences locales.         
Il apparaît donc que, dans le cadre du passage à l’euro, la problématique du blanchiment d’argent a fait l’objet d’une étude intégrée et coordonnée, entre-temps mise en œuvre au plan international.

100.                Falsification d’euros

Le Service d’enquêtes du Comité permanent P a pris contact avec le chef du service OCRF (Office central de répression des faux) de la police fédérale concernant les mesures prises lors de l’introduction de l’euro. Ce dernier a invité les membres du Comité à participer à une journée d’étude destinée au milieu bancaire, à la magistrature et aux services de police et organisée dans le cadre de la problématique de la sécurité économique et financière qui entoure le passage à l’euro. Ce séminaire, baptisé « The Final Countdown », s’est déroulé au siège de la Banque nationale le 19 octobre 2001 et a abordé les sujets suivants : (1) scénario du passage à l’euro, approvisionnement des fournisseurs et mesures de sécurité ; (2) fabrication de fausse monnaie ; (3) problématique du blanchiment d’argent lors du passage à l’euro ; (4) aspects au pénal ; (5) coopération policière internationale au sein et en dehors de l’Union européenne ; (6) politique de l’administration fiscale.
Vu la nature internationale de l’euro, le risque de falsification a considérablement augmenté, tant au sein de l’Union européenne que dans le reste du monde. Qui plus est, le passage à l’euro constitue une période à risque, au cours de laquelle les faux-monnayeurs pourraient essayer de battre monnaie ; même de mauvaise qualité, les faux billets et les fausses pièces auraient de bonnes chances de circuler parmi des commerçants et particuliers non encore familiarisés à la nouvelle monnaie.
Les billets et pièces en euro comportent de nombreuses spécifications techniques destinées à mener la vie dure aux faux-monnayeurs. Certaines d’entre elles n’ont pas été rendues publiques. Plusieurs mesures de protection de ce type ont été transmises aux différentes banques, afin qu’elles les introduisent dans le logiciel des distributeurs automatiques de billets. Les spécifications les plus confidentielles ont été réservées à la Banque nationale et sont enregistrées dans le logiciel des trieuses.
Le Système européen de banques centrales (SEBC) a élaboré l’ « Inventaire européen des contrefaçons de l’euro », constitué d’un laboratoire d’examen des billets, d’une banque de données informatisée et d’un système de courrier électronique spécial, instrument que les services de police des États membres de l’Union européenne pourront utiliser.      
Europol, qui centralise les informations et coordonne la lutte contre la fausse monnaie, servira de point de contact pour les cas de falsification d’euros constatés en dehors de l’Union européenne. Europol gère également une banque de données policières reprenant les données relatives à la fabrication de fausse monnaie telles qu’elles ressortent des inventaires réalisés par la Banque centrale européenne.
La loi du 4 avril 2001 modifie le Code pénal et le Code d’instruction criminelle afin de renforcer la sécurisation de la monnaie européenne.                                                                                                     
Ces modifications comprennent notamment les mesures suivantes : (1) alourdissement des peines ; (2) la fabrication de faux euros est punissable à partir du 1er janvier 2002 ; (3) les tentatives de mettre en circulation de faux euros que l’on a accepté de bonne foi sont désormais punissables ; (4) le franc belge reste protégé après sa disparition.                                                                                                                        
La journée d’étude « The Final Countdown » a été organisée pour le DirCo et le DirJud. Les sessions d’information suivantes ont eu lieu : (1) pour le SJA, les 7 et 22 novembre 2001 à l’imprimerie de la BNB ; (2) pour la police locale (formateurs), le 5 décembre 2001 au centre de formation des fonctionnaires de police communaux.                                                                                                                     
En cas de saisie de fausse monnaie au cours d’une opération ou à la suite d’une plainte de particulier, les billets ou les pièces de monnaie suspects doivent immédiatement être transmis, ainsi qu’une copie du procès-verbal, au service OCRF de la Banque nationale. Un formulaire spécial remplace le formulaire de dépôt au greffe. Le Collège des procureurs généraux avait en effet proposé que la Banque nationale fasse office de greffe central pour la conservation de fausses monnaies saisies. Les pièces et billets sont analysés dès leur arrivée. Les données sont alors enregistrées dans le BELCMS (Belgian Counterfeit Monitoring System), une banque de données techniques relative à la fausse monnaie tandis que la banque de données policières est mise à jour. La banque se voit délivrer un accusé de réception ainsi qu’un résumé de l’enquête. Au niveau de la police, un procès-verbal d’enquête est transmis au parquet local tandis qu’une copie est remise au service de police concerné. De cette manière, l’information est disponible à tous les niveaux, l’encodage central permet les regroupements et l’institution bancaire lésée dispose de l’information nécessaire qui lui permettra d’entamer une action pour faire valoir ses droits en tant que victime, plus particulièrement dans le cadre de la loi Franchimont.           
Il est conseillé aux diverses parties intervenantes de consacrer suffisamment d’attention aux possibilités d’identification par la police technique et scientifique, notamment en ce qui concerne la manipulation des billets (empreintes digitales, traces d’ADN, etc.)

101.                Perspectives

Dans le prolongement des initiatives des instances fédérales, le Comité permanent P a demandé à son Service d’enquêtes de procéder à un certain nombre de contrôle entre le 20 et le 31 décembre 2001. Ces contrôles, effectués auprès de dix-sept corps de police locale, visaient à vérifier dans quelle mesure ils étaient prêts à recevoir, après le 1er janvier 2002, des plaintes de particulier qui rencontreraient de faux euros. On ne peut certes que se réjouir de la situation dans certains corps de police (Ninove, Wavre et Termonde) parfaitement préparés et dans d’autres (Paliseul, Profondville, Waremme, Arsimont et Manage) suffisamment préparés. Il n’en reste pas moins que plusieurs corps de police n’avaient encore rien prévu ou presque pour faire face à cette éventualité, ni au niveau de l’organisation interne, ni en ce qui concerne l’accueil du citoyen (Heist-Op-Den-Berg, Uccle, Saint-Gilles, Amay, Alost, Liedekerke, Gembloux, Verviers, Ottignies). Le Comité permanent P entend vérifier, dans le courant de l’année 2002, si des mécanismes efficaces et efficients ont été mis en place pour faire face à la fabrication de faux euros.

NOTES



[i]      Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 2000-2001, n°1360/001, p.34 et sv.
[ii]    Rapport d’activités complémentaire 1999 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 1999-2000, n°0827/001, chapitre 6, point 6.2. Voy. Aussi BOURDOUX, Gil. L., e.a., o.c., pp.207 et sv.
[iii]    Ce rapport est consultable sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[iv]    Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 2000-2001, n°1360/001, pp.94-102 et annexe G, pp.14-23.
[v]     Les deux rapports dont question sont consultables sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[vi]    Il ne faut pas perdre de vue que le présent rapport tient uniquement compte des services effectivement contrôlés et vise la formulation de seules propositions d’amélioration et non de critiques ou de polémiques.
[vii]   Il ne faut pas perdre de vue que le présent rapport tient uniquement compte des services effectivement contrôlés et vise la seule formulation de propositions d’améliorations et non de critiques ou de polémiques.
[viii] Médiale = valeur centrale partageant un ensemble de données statistiques en deux groupes égaux.
[ix]    Mode = valeur d’un caractère quantitatif ayant la fréquence la plus élevée.
[x]     Corrélation = indice mesurant le degré de liaison entre deux variables : 0 = aucune corrélation ;
1 = maximum.
[xi]    On parle d’une corrélation significative à partir d’une valeur de 0,3.
[xii]   Médiale = valeur centrale partageant un ensemble de données statistiques en deux groupes égaux.
[xiii] Mode = valeur d’un caractère quantitatif discret ayant la fréquence la plus élevée.
[xiv] Corrélation = indice mesurant le degré de liaison entre deux variables ; 0 = aucune corrélation 1= maximum.
[xv]   Rapport d’activités complémentaire 1999 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 1999-2000, n°827/001, pp.45-47 et Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 2000-2001, n°1360/001, p.113.
[xvi] Rapport d’activités complémentaire 1999 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 1999-2000, n°827/001, p.36 et Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 2000-2001, n°1360/001, p.57.
[xvii]     Voir Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 2000-2001, n°1360/001, pp.103-106 et annexe H, pp.24-25.
[xviii]   Les annexes sont consultables sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[xix]     La quatrième partie du présent rapport est consultable sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[xx] La quatrième partie est consultable sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[xxi]     Idem.
[xxii]    Les annexes sont consultables sur le site Internet du Comité permanent P (www.comiep.be).
[xxiii]   Les annexes sont consultables sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[xxiv]   Les annexes sont consultables sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[xxv]    Idem.
[xxvi]   Les annexes sont consultables sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[xxvii] Idem.
[xxviii]                 Les annexes sont consultables sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[xxix]   Idem.
[xxx]    Les annexes sont consultables sur le site Internet du Comité permanent P (www.comitep.be).
[xxxi]   Voir Rapport d’activités complémentaire 1999 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 1999-2000, n°0827/001, pp. 51-55.
[xxxii]   Le nombre de gendarmes au niveau fédéral a été ajouté à l’effectif pour Bruxelles-Capitale.
[xxxiii] Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 2000-2001, n°1360/001, pp.73-74.
[xxxiv]                 Rapport d’activités complémentaire 1999 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 1999-2000, n°0827/001, pp.88-89 et Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 2000-2001, n°1360/001, pp.69-70.
[xxxv]   Voir Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de Contrôle des Services de Police, Doc. Chambre, 2000-2001, n°1360/001, p.8.
[xxxvi] Voir rapport intermédiaire sur le suicide au sein des services de police, Rapport d’activités complémentaire 1999 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 1999-2000, n°827/001, p.47-51.
[xxxvii]                 Voir Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de Contrôle des Services de Police, Doc. Chambre 2001-2001, n°1360/001, pp.94-101.
[xxxviii]                Voir Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de Contrôle des Services de Police, Doc. Chambre 2001-2001, n°1360/001, p.102.
[xxxix] Voir Rapport d’activités 2000 du Comité permanent de Contrôle des Services de Police, Doc. Chambre 2001-2001, n°1360/001, pp.111-112.
[xl]   Voir également Col 1/2002. Loi relative à la criminalité informatique, §24. Renouvellement concernant les actes de recherches et d’investigations dans un contexte informatisé. 3A conservation des données et référence à l’article 39bis du Code d’instruction criminelle.
[xli] Voir suivi du dossier n°15211/2000 relatif aux escortes de transports de fonds.



[1]     Dossier n°3415/02.
[2]     Loi organique du 18 juillet 1991 du contrôle des services de police et de renseignements (M.B. du 26 juillet 1991).
[3]     Article 31 de la loi du 5 août 1992 sur la fonction de police. (M.B. du 22 décembre 1992) modifiée par la loi du 7 décembre 1998, article 187 (M.B. du 5 janvier 1999). Voy. aussi BOURDOUX, Gil. L. et DE VALKENEER, Chr., La loi sur la fonction de police, Bruxelles, Larcier, 1993, p. 245 et sv. ; BOURDOUX, Gil. L., e.a., De wet op het politieambt, Het handboek van de politiefunctie, Bruxelles, Politeia, 2002, 5e édition, p. 228 et sv. ; DE VALKENEER, Chr. et BOURDOUX, Gil. L., in : DEJEMEPPE, B et MERCKX, D., De voorlopige Hechtenis, Bruxelles, Anvers, Kluwer, 2000, p.49 et sv.
[4]     Loi du 20 juillet 1990 (M.B. du 14 août 1990). Voy. aussi DEJEMEPPE, B. et MERCKX, D., o.c.
[5]    La loi sur la fonction de police du 5 août 1992 (M.B. du 22 décembre 1992 – mod. par la loi du 7 décembre 1998, article 187, M.B. du 5 janvier 1999), article 35 : « Les fonctionnaires de police ne peuvent, sans nécessité, exposer à la curiosité publique les personnes arrêtées, détenues ou retenues. ». Voy. aussi BOURDOUX, Gil. L., o.c., pp.268 et sv.
[6]    Article 35 de la loi sur la fonction de police, op. cit. : « Les fonctionnaires de police ne peuvent, sans nécessité, exposer à la curiosité publique les personnes arrêtées, détenues ou retenues. » Voy. aussi BOURDOUX, Gil. L. et DE VALKENEER, Chr., la loi sur la fonction de police, Bruxelles, Larcier, 1993, pp.299 et sv et Bourdoux, Gil. L., e.a., De wet op het politieambt, Het Landboek van de politiefunctie, Bruxelles, Politeia, 2002, p.268.
[7]    BOULANGER, A., Les services auprès du palais de Justice - la garde & la conduite des détenus, Bruxelles, juillet 2000, p.14
[8]     Article 28 de la loi sur la fonction de police.
[9]    Loi du 5 août 1992 sur la fonction de police (M.B. 22 décembre 1992) - mod. par la loi du 7 décembre 1998 (M.B. du 1 janvier 2001).
      Article 28. § 1er. Les fonctionnaires de police peuvent, dans l’exercice de leurs missions de police administrative et afin de s’assurer qu’une personne ne porte pas une arme ou un objet dangereux pour l’ordre public, procéder à une fouille de sécurité dans les cas suivants :
      1° lorsque, en fonction du comportement de cette personne, d’indices matériels ou des circonstances, le fonctionnaire de police a des motifs raisonnables de croire que la personne faisant l’objet d’un contrôle d’identité dans le cas et les conditions prévus à l’article 34 porte une arme ou un objet dangereux pour l’ordre public ;
      2° lorsqu’une personne fait l’objet d’une arrestation administrative ou judiciaire ;
      3° lorsque des personnes participent à des rassemblements publics qui présentent une menace réelle pour l’ordre public ;
      4° lorsque des personnes accèdent à des lieux où l’ordre public est menacé.
      La fouille de sécurité s’effectue par la palpation du corps et des vêtements de la personne fouillée ainsi que par le contrôle des bagages. Elle ne peut durer plus longtemps que le temps nécessaire à cette fin et la personne ne peut être retenue pendant plus d’une heure à cet effet.
      Dans les cas visés aux 3° et 4°, la fouille est exécutée sur ordre et sous la responsabilité d’un officier de police administrative ; elle est effectuée par un fonctionnaire de police du même sexe que la personne fouillée.
      § 2. Dans l’exercice de leurs missions judiciaires, les fonctionnaires de police peuvent procéder à la fouille judiciaire des personnes qui font l’objet d’une arrestation judiciaire ainsi que des personnes à l’égard desquelles existent des indices qu’elles détiennent sur elles des pièces à conviction ou des éléments de preuve d’un crime ou d’un délit.       
La fouille judiciaire ne peut durer plus longtemps que le temps nécessaire à cette fin et la personne ne peut être retenue plus de six heures à cet effet.
La fouille judiciaire est exécutée conformément aux instructions et sous la responsabilité d’un officier de police judiciaire.
      § 3. Les fonctionnaires de police peuvent fouiller à corps les personne avant leur mise en cellule. Cette fouille a pour but de s’assurer que la personne n’est pas en possession d’objets ou de substances dangereux pour elle-même ou pour autrui ou encore de nature à favoriser une évasion et ne peut durer plus longtemps que le temps nécessaire à cette fin. Elle est exécutée par un fonctionnaire de police ou par une autre personne du même sexe que la personne fouillée, conformément aux instructions et sous la responsabilité, suivant les cas, d’un officier de police administrative ou judiciaire.
      § 4. Afin d’assurer la sécurité du transport international, l’autorité de police administrative compétente peut, dans les limites de ses compétences, prescrire des fouilles de sécurité, à effectuer dans les circonstances et selon les modalités qu’elle détermine.
[10]   Rapport intermédiaire du gouvernement de la Belgique en réponse au rapport du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) relatif à sa visite en Belgique du 31 août au 12 septembre 1997, pp.4 et 5, sous-titre : « torture et autres formes de mauvais traitements, a. recommandations ».
[11]    La dernière version connue date du 24 janvier 2001.
[12]    Rapport au gouvernement de la Belgique relatif à la visite effectuée par le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradant (CPT) en Belgique du 14 au 23 novembre 1993, Strasbourg, le 14 octobre 1994, CPT/Inf. (94) 15 − Conseil de l’Europe. Des propositions identiques ont été rappelées dans le rapport CPT (97) 75 relatif à sa visite en Belgique du 31 août au 12 septembre 1997.
[13]    Arrêté-loi du 14 novembre 1939 (M.B. du 18 novembre 1939).
[14]    « La privation de liberté ne peut jamais durer plus longtemps que le temps requis par les circonstances qui la justifient et ne peut en aucun cas dépasser douze heures. » (Loi sur la fonction de police − article 31). Voy. aussi note 4.
[15]    Loi du 7 décembre 1998 organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux (M.B. du 5 janvier 1999).
[16]    Loi du 12 Mars 1998 relative à l'amélioration de la procédure pénale au stade de l'information et de l'instruction (M.B. du 2 avril 1998).
[17]    Rapport au gouvernement de la Belgique relatif à la visite effectuée par le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) en Belgique, du 31 août au 12 septembre 1997, pp. 10 et sv.
[18]   BOULANGER, A., Les services auprès du palais de Justice − la garde et la conduite des détenus, Bruxelles, juillet 2000, pp.12 et 13.
[19]    Ibidem, p.15.
[20]    Les montants prévus sont de l'ordre de (à l'indice 160,98) : (1°) personnes détenues par mesure administrative : repas comprenant ½ litre de café et 150 gr de pain beurré : 58 BEF ; (2°) personnes détenues par décision judiciaire : déjeuner : 58 BEF ; dîner : 114 BEF ; souper : 72 BEF, soit au maximum 244 BEF par jour. (Note du Ministère de l'Intérieur − PGR du 5 mai 1995 référencée VIII/D/MO63/O/95/76849 − repas fournis aux personnes détenues).
[21]    « Deaths in Police Custody : reducing the risks » et « Custody Officer Training: Investing in Safety », Police Complaints Authority, Londres, revues 1999.
[22]    Lettre du 16 mars 2000.
[23]    CARLIER, R., «ASTRID maakt werking van lokale hulp- en veiligheidsdiensten efficiënter» dans : De Gemeente, 1999-5, pp.62-64.
[24]    M.B. du 13 juin 1998.
[25]    X, «De ASTRID-systemen. Een inhaalbeweging voor de communicatie van de hulp-en veilig­heidsdienst», dans : Handboek Politiedienst, 54e édition, octobre 2000.
[26]    Extrait du rapport numéro n°29914/2001. L’enquête menée avait pour objet de donner un aperçu : (1) de la manière dont la police anversoise effectue ses contrôles dans le milieu de la prostitution ; (2) de la perception qu’ont les prostituées de ces contrôles en particulier et de la police en général. L’enquête fut menée par la voie : (1) d’une enquête de porte à porte dans ce milieu; (2) d’un entretien avec un commissaire en chef, responsable de la « Zone West »; (3) d’un entretien avec un commissaire responsable de la « Cel Schipperskwartier/Cel Falcon » ; (4) d’une visite de travail à la section des mœurs du service de recherche de la police locale ; (5) d’un entretien avec la responsable de la politique de lutte contre la prostitution de la ville d’Anvers ; (6) d’une analyse des données ainsi recueillies ; etc.
[27]    L’objectif de l’enquête de contrôle est de vérifier : (1) de quelle manière la police d’Ostende effectue ses contrôles dans les milieux locaux de la prostitution ; (2) comment les prostituées ressentent ces contrôles et comment elles perçoivent en général les interventions de la police.
[28]    Extrait du rapport n°16705/2001. L’objectif était d’avoir un aperçu : (1) de la manière dont la police de Gand effectue ses contrôles dans le milieu de la prostitution et (2) de la perception qu’ont les prostituées de ces contrôles en particulier et de la police en général et cela par la voie d’une enquête de porte à porte dans ce milieu ; d’un entretien avec le chef de corps de la police de Gand ; d’une visite de travail à la section compétente de la police locale, l’unité « MEPROSCH » et d’une analyse des données ainsi recueillies.
[29]    Cf. rapport n°5500/95 de l’enquête de contrôle n°2472/95 relative aux recommandations de la commission « Traite des êtres humains » qui a examiné ce problème en détail. Ce recueil contient également une copie du questionnaire utilisé par l’unité MEPROSCH pour ses entretiens avec les serveuses.
[30]    Loi du 11 décembre 1998 transposant la directive 95/46/CE du 24 octobre 1995 du Parlement européen et du Conseil relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement de données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données. (M.B. du 3 février.1999).
[31]    Extrait du rapport n°20633/01.
[32]    Voir rapport 15440/2001 Saint-Josse-ten-Noode.
[33]    Extrait du rapport n°6243/2001.
[34]    Extrait du rapport n°20389/2000.
[35]    Quant aux fausses cartes d’identité italiennes, il s’agissait en fait de documents de base authentiques qui ont fait l’objet d’un vol. Ces cartes sont utilisées avec des mentions fausses. Cette affaire fait l’objet de recherches en collaboration avec la police fédérale.
[36]   Quant aux contrôles de police ou de présences policières dans le quartier, ils se déroulent normalement. Suivant les moyens disponibles, ils y effectuent des visites bien au-delà de 23 heures.
      Il n’existe aucun ordre de service, ni directive particulière mais seulement un règlement communal bien peu coercitif en ce qui concerne certaines mesures à l’égard des prostituées (localisation, fenêtre obturée, interdiction d’appeler le client, etc.). Il serait inadéquat de prescrire des directives en cette matière.
[37]    La police locale nous a signalé le fait que les bars de la rue Varin ne sont pas des lieux de prostitution mais des lieux où les filles poussent à la consommation. Bien que certaines privautés « ou gâteries » s’y produisent, obtenir une décision judiciaire basée sur l’exploitation de « maison de débauche » est très difficile. La dernière en date, démarrée par l’ex PJ, remonte à 1997 et cette affaire est toujours en cours. Sur une quinzaine d’années, il y a seulement eu six ou sept condamnations.
[38]    Dossier n°9906/98.
[39]    Toujours auprès de l’ex-gendarmerie et de l’ex-police judiciaire.
[40]    D’aucuns estiment que la chasse à l’information constitue le core business de l’enquêteur « De speurder op terrein moet dringend geherwaardeerd worden. Wie nog op informatie jaagt, wordt als een cowboy weggelachen, terwijl dit dan toch de kernactiviteit, de core business van ons werk is », Speurders gaan samen barbecueën, Knack, 27 juin 2001, p.31. Nul ne met en doute l’importance de la recherche d’informations. Cette recherche doit-elle maintenant constituer le core business de tout enquêteur ? Il s’agit d’une toute autre question (d’où l’importance de développer une vision, une stratégie en la matière). Qui plus est, la « chasse à l’information » semble désormais être d’une époque révolue, de même que la recherche de l’information « tous azimuts » est impossible (par manque de moyens). Quant à l’enquêteur, il n’est pas question de le voir définir sa propre méthode dans ce domaine. Car après tout, la « chasse » aussi obéit à certaines règles.
[41]    L’extrait suivant montre que ce point de vue est toujours bien ancré parmi certains enquêteurs : « Zo mag een speurder op zijn eentje geen pint meer drinken met een informant. We moeten met tweeën zijn. Van elke ontmoeting moeten we een verslag maken. Dat is niet werkbaar », Speurders gaan samen barbecueën, Knack, 27 juin 2001, p.29.
[42]    § 3.2.2.1.
[43]    § 3.2.2.7.
[44]    § 3.2.2.2.
[45]    § 3.2.2.4.
[46]    § 3.2.2.3.
[47]    « We moeten met zijn tweeën zijn. […] Dat is niet werkbaar. Als een informant belt en dringend iets wil laten zien of vertellen, moet elk van ons eerst zijn collega runner erbij halen. Is die niet vrij en ga je alleen naar de afspraak, dan doe je in feite iets wat niet mag. Deze manier van werken is contraproductief », Speurders gaan samen barbecueën, Knack, 27 juin 2001, p.29.
[48]    Dossier n°14616/2000.
[49]   a. le contrôle des personnes comprend non seulement la vérification des documents de voyage et des autres conditions d’entrée, de séjour, de travail et de sortie, mais encore la recherche et la prévention de menaces pour la sécurité nationale et l’ordre public des Parties Contractantes. Ce contrôle porte aussi sur les véhicules et les objets en possession des personnes franchissant la frontière. Il est effectué par chaque Partie Contractante en conformité avec sa législation, notamment pour la fouille.
      b. toutes les personnes doivent faire l’objet au moins d’un contrôle permettant l’établissement de leur identité à partir de la production ou de la présentation des documents de voyage.
      c. à l’entrée, les étrangers doivent être soumis à un contrôle approfondi, au sens des dispositions du point a.
      d. à la sortie, il est procédé au contrôle requis dans l’intérêt de toutes les Parties Contractantes en vertu du droit des étrangers et pour les besoins de la recherche et de la prévention de menaces pour la sécurité nationale et l’ordre public des Parties Contractantes. Ce contrôle est exercé dans tous les cas à l’égard des étrangers.
      e. si de tels contrôles ne peuvent être effectués en raison de circonstances particulières, des priorités devront être fixées. À cet égard, le contrôle de la circulation à l’entrée a, en principe, priorité sur le contrôle à la sortie.
[50]   Gendarmerie dans le texte d’origine.
[51]   Police maritime dans le texte d’origine.
[52]   M. B. du 31 décembre 1980.
[53]   D.I. 597.40 – D.O.C. 212.984 du 21 juin 2000 concernant l’immigration clandestine.
[54]   D.G. 1362 du 8 septembre 1992 relative à l’achèvement du marché interne européen et au renforcement de l'Union douanière pour le 1er janvier 1993.
[55]   Radioscopie du service d’audit interne du CGC, effectuée en vue de l’intégration de la brigade portuaire de Zeebrugge et de la SPN. Les résultats de cet audit ont été présentés à Zeebrugge le 24 août 2001.
[56]   « Introduction à la législation sur les étrangers et au fonctionnement de l’Office des étrangers » (« Inleiding tot de vreemdelingenwetgeving en de werking van de Dienst Vreemdelingenzaken »), cours transmis au Service d’enquêtes P à la suite d’une visite de travail à l’ODE dans le cadre de la présente enquête de contrôle, p.30.
[57]   SPNZ/2747/01.
[58]   SPNZ/4288.
[59]   Dossier n°4305/2001.
[60]   Dossier n°1517/2001.
[61]    Bien que la méthodologie proposée ait été respectée, l’incertitude actuelle liée à une structure policière changeante pourrait avoir partiellement influencé les résultats. L’impact et l’ampleur de cette donnée ne peuvent cependant pas être définis par les enquêteurs ; ils ne peuvent que les cerner de manière intuitive. Lors de l’examen et de la lecture des résultats et conclusions, il convient d’en tenir compte sous certaines conditions. Il faut répéter au cours de la lecture de ce rapport que les résultats d’enquête sont uniquement basés sur des données fournies par les personnes qui ont répondu au questionnaire, à savoir exclusivement des membres du corps même. Ce n’est que pour l’interprétation de ces données que les enquêteurs ont ajouté des éléments relativisant les données obtenues en fonction d’autres sources d’informations. Le degré élevé de fiabilité des réponses des personnes interrogées en tant que source d’informations primaires garantit cependant l’objectivité des résultats obtenus.
[62]    Dossiers n°26448/2000 et 14607/2001.
[63]    Rapport n°28660/2000.
[64]    Dossier n°8128/99.
[65]    Dossier n°3258/2001.
[66]    BOUCKAERT, G., Kwaliteitsmeting bij de gemeentelijke politiekorpsen d.m.v. een zelfbevragingslijst, 1999.
[67]    Dossier n°2219/98.
[68]    Les difficultés de fonctionnement auxquelles le Comité permanent P a été confronté durant l'année 1999 l'ont, en effet, empêché d'adopter un rapport final.
[69]    Issu des désignations intervenues à la Chambre des Représentants le 18 novembre 1999
[70]    Dossier n°9525/95.
[71]    M.B. du 7 juillet 1994, erratum du 16 décembre 1994.
[72]    Dossier n°23972/2000.
[73]    Dossier n°10734/2000.
[74]    Dossiers n°3255/2001 et 5367/2001.
[75]   Dossier n°1678/94.
[76]   Dossiers n°8506/2000 et 16740/2000.
[77]   Dossier n°20181/2001.
[78]   Dossier n°1692/94.
[79]    Police des chemins de fer, police maritime, douane, service de sécurité de la STIB.
[80]    Loi du 7 décembre 1998.
[81]    Rapports 1692/94 et 17856/2000 commentés dans le dernier rapport annuel.
[82]    Police des chemins de fer, police maritime, douane, service de sécurité de la STIB.
[83]    Loi du 7 décembre 1998.
[84]    Rapports n°1692/94 et 17856/2000 commentés dans le dernier rapport annuel.
[85]    Cf. notre rapport 9472/98 du 2 octobre 1998.
[86]    Couleur claire des voitures utilisées, feux lumineux, chemises et vestes bleues comme à la police.
[87]    Nouveaux logos de police, indications claires, etc.
[88]    Il n’y a pas à proprement parler de véritable collaboration : des patrouilles de police peuvent être dirigées dans les lieux où le SCG va procéder à des contrôles de plus grande envergure par exemple et être ainsi en « stand-by » en cas de besoin.
[89]    Extraits du rapport n°3843/2001
[90]    La STIB utilise ce terme tant en français qu’en néerlandais. Les noms de ces personnes sont connus de notre service.
[91]   « En ce qui concerne le problème récurrent de nos compétences, il est admis que le jugement de chaque agent doit entrer en ligne de compte quant à la façon de mener une intervention quelconque. Chaque agent doit être conscient des limites à ne pas dépasser et doit être conscient des risques qu’il peut encourir en cas de dépassement exagéré de celles-ci » (Rapport de la réunion de travail du 24 avril 2001)
[92]   Cass., 24 janvier 1996, Pas., 1996, I, 663 ; Cass., 12 mai 1987, A.C., 1986-1987, 1295.
[93]   M.B. du 18 septembre 1976.
[94]   L’article 41 de l’A.R. du 15 septembre 1976 a été remplacé par l’article 5 de l’A.R. du 21 février 1991.
[95]   Décision du 18 juillet 1996 (A.R. du 24 septembre 1996).
[96]    L’article 10 prévoit également que : « […] (2) Dans la mesure où la police n’est pas présente à chaque moment, la STIB est tenue d’exercer une surveillance suffisante du réseau du métro […] (4) La STIB fournira toute l’aide nécessaire aux autorités de police aux fins de mener des actions préventives et de prendre des mesures de sécurité et (5) La STIB prend des mesures préventives d’une nature différente que celle prévue ci-avant, qui sont adaptées pour faire face aux agressions et au vandalisme contre ses équipements, les membres de son personnel et ses clients. »
[97]   Une telle collaboration avec les « trekkers » était donc en quelque sorte possible et prévue.
[98]    M.B. du 2 octobre 1991, err. M.B. du 11 décembre 1993.
[99]    M.B. du 29 mai 1990.
[100] Dossier n°15211/2000.
[101] M.B. du 9 décembre 1975, erratum M.B. du 13 décembre 1975.
[102] Dossier n°1468/2002.
[103] Vu la loi sur la clause de non-concurrence, plus aucun tarif n’est imposé de sorte que chacun est libre de déterminer ses propres tarifs. L’asbl a établi des contacts avec le ministère des Affaires économiques et le ministère de l’Intérieur afin de préparer un arrêté royal, conformément aux articles 31 et 38 de la loi sur les pratiques du commerce.
[104] Le service de dépannage n’a aucune sécurité juridique en ce qui concerne la rémunération des services prestés. Une solution concrète serait de faire en sorte que le mandant (commune, ville ou parquet) règle directement le service de dépannage pour ensuite réclamer les montants aux conducteurs pris en défaut. Un accord de ce type a déjà été conclu avec la commune de Forest et les services de dépannages de l’endroit.
[105] Les lois suivantes sont d’application en cette matière :
a.        loi du 30 décembre 1975 (M.B. du 17 janvier 1976) concernant les biens trouvés en dehors des propriétés privées ou mis sur la voie publique en exécution de jugements d’expulsion – en particulier l’article 2 relatif aux véhicules abandonnés et à l’enlèvement de véhicules saisis avec obligation d’identification ;
b.       loi du 21 février 1983 (M.B. du 2 avril 1983, erratum du 12 octobre 1983) relative à la vente de certains objets abandonnés, en particulier les art. 2 et 3 relatifs au dépôt de véhicules automobiles ;
c.        règlement général sur la police de la circulation routière (A.R. du 1er décembre 1975), en particulier les art. 4.4., 21., 4., 4° et 59.6. relatifs au dépannage de véhicules ;
d.       loi du 21 novembre 1989 relative à l’assurance obligatoire de la responsabilité en matière de véhicules automoteurs (M.B. du 8 décembre 1989), en particulier les art. 20 et 21 relatifs à la saisie des véhicules en défaut d’assurance.
[106] Modifié par la loi-programme du 30 décembre 2001 (M.B. du 31 décembre 2001).
[107] M.B. du 16 juin 1999.
[108] Les zones pilotes concernées sont : Gent, Lokeren, Antwerpen, Lier, Leuven, Affligem / Roosdaal / Ternat / Liedekerke, Oostende, Blankenberge / Zuienkerke, Tongeren / Herstappe, Hasselt / Diepenbeek / Zonhoven, Silly / Brugelette / Lens / Chièvres /Jurbise / Enghien, Charleroi, Namur, Ciney / Hamois /Havelange / Somme-Leuze, Durbuy / Hotton / Erezée / Rendeux / Marche-en Famenne / Nassogne / Tenneville / Manhay / La Roche / Houffalize / Gouvy / Vielsalm, Libramont / Neufchâteau / Bastogne / Saint-Ode / Vaux-sur-Sûre / Fauvillers / Léglise, Ottignies, Louvain-la-Neuve, Jodoigne / Ramillies / Hélécine / Orp-Jauche / Perwez, Soumagne / Fléron / Beyne-Heusay, Seraing / Neupré/ Etterbeek / Woluwe-Saint-Pierre / Woluwe-Saint-Lambert.
[109] Un système informatique uniforme, une méthodologie et un vade-mecum pour l’exécution des plans de sécurité zonale ainsi qu’un soutien provincial et fédéral.
[110] Modifié par la loi programme du 30 décembre 2001 (M.B. du 31 décembre 2001).
[111] Modifié par la loi programme du 30 décembre 2001 (M.B. du 31 décembre 2001).
[112] M.B. du 31 mars 2001.
[113] Publiée le 4 avril 2001.
[114] M.B. du 21 décembre 2001.
[115] Aalst, Antwerpen, Beerse / Lille / Vosselaar / Baerle-Duc / Kasterlee / Oud-Turnhout, Beringen / Ham / Tessenderlo, Boom / Rumst / Niel / Schelle / Hemiksem, Bornem / Puurs / Sint-Amands, Deerlijk / Harelbeke, Hasselt / Zonhoven / Diepenbeek, Heist-op-den-Berg, Machelen / Vilvoorde, Mechelen, Menin / Ledegem / Wevelgem, Waregem / Anzegem / Spierre-Helkijn, Zwevegem / Avelgem, Ath, Namur.
[116] Ceci est précisé par la circulaire ZPZ 15 du 21 mars 2001 qui comporte notamment des dispositions relatives aux horaires de service, à la durée hebdomadaire normale de travail, aux périodes de repos auxquelles le membre du personnel a droit par 24 heures, aux prestations de nuit, etc.
[117] Gand, Hasselt et Genk.
[118] Circulaire PLP 17 du 6 décembre 2001 – M.B. du 24 janvier 2002.
[119] Handboek Politiediensten – Nieuwsbrief nr. 349 – 8 janvier 2002, p.20.
[120] Dossiers n°1692/94 et 17856/2000.
[121] Dossier n°15211/2000.
[122] Dossier n°14616/2000.
[123] Dossier n°17426/2001.
[124] Dossier n°2973/98.
[125] Dossier n°8506/2000.
[126] Dossier n°15211/2000.
[127] Dossier n°14616/2000.
[128] Dossier n°20162/2000.
[129] Publiée au M.B. du 3 février 2001. Un premier commentaire a déjà été publié par DUMORTIER, J., VAN OUDENHOVE, B. et VAN EECKE, P., « De nieuwe Belgische wetgeving inzake informaticacriminaliteit », Vigiles, tijdschrift voor politierecht, 2001, n°2, p.44 et plus récemment par KEUSTERMANS, J. et MOLS, F., « De wet van 28 november 2000 inzake informaticacriminaliteit : een eerste overzicht », Rechtskundig Weekbald, 2001-2002, 19 janvier 2002, p.721.
[130] Constitué sous la forme d’une asbl le 22 juillet 2000 à Paris. Cf. le site Internet www.cybercrimeinstitut.org.
[131] Dossier n°17426/2001.