Rapport annuel 2003 - Chapitre II, III, IV + Liste des abréviations
Chapitre II : Monitoring global des services de police
Section 1re : Informations disponibles et informations transmises au Comité permanent P – Première évaluation des tendances concernant les plaintes et dénonciations de l’année 2003
Section 2 : Suivi de la mise en œuvre des lois du 7 décembre 1998 et du 5 août 1992 (entre janvier et décembre 2003)
Section 3 : Perspectives – Vue d’ensemble sur la base des rapports annuels du service de police intégré, structuré à deux niveaux
79. Identification des propriétaires des véhicules qui ne s’acquittent pas de la redevance de stationnement80. Rédaction d’un procès-verbal pour infraction de roulage par un fonctionnaire de police personnellement concerné par les faits constatés
Chapitre II : Monitoring
global des services de police
À la demande expresse et répétée de sa Commission parlementaire d’accompagnement,
le Comité permanent P a suivi en 2000-2001 la mise en place de ce qui était
qualifié alors de réforme des services de police. À la suite de la précision
de ses souhaits par
Au vu notamment de la multiplicité des facettes de la question, le Comité
permanent P a également été contraint de s’écarter de sa manière habituelle
de travailler, de ses cadres usuels de référence et de ses méthodologies classiques
d’enquête. C’est ainsi qu’il a d’abord suivi l’ensemble de la question de
façon régulière, sur la base des sources ouvertes disponibles, du cadre de
référence légal et réglementaire progressivement précisé par différentes directives,
en demandant, chaque fois que cela était possible, des compléments d’information.
Plusieurs échanges de vues ont également eu lieu avec différents acteurs ou
intervenants concernés par
Il est bien entendu que toutes les informations ainsi rassemblées ont aussi,
dans toute la mesure du possible, été recoupées, voire vérifiées au travers
d’une confrontation avec celles qui étaient disponibles dans le cadre des
autres activités de contrôle du Comité permanent P ou qui doivent lui être
transmises de par
L’exercice auquel le Comité est invité à se livrer est aussi délicat et difficile
compte tenu du décalage entre les cinq moments essentiels dans le temps qui
le caractérisent : (1) la période sur laquelle le rapport porte
(année 2003) ; (2) le moment de la rédaction de la présente partie
du rapport (janvier-février 2004) ; (3) celui de son dépôt au Parlement
(1er juin 2004) et (4) celui de son examen par les Commissions
parlementaires d’accompagnement des Comités permanents de contrôle des services
de police et de renseignements (au plus tôt fin juin-début juillet 2004) ;
(5) enfin, la publication du rapport, qui ne peut avoir lieu qu’après
ce dernier examen. C’est pourquoi le Comité permanent P le complétera,
le cas échéant, par la remise d’un document approprié au moment de cet examen.
En raison de cet aspect particulier de la tâche qui incombe au Comité permanent
P, vu la possible transposition de ces considérations dans le rapport relatif
au monitoring global du fonctionnement des services de police qu’il doit assurer,
compte tenu aussi de la difficulté – évoquée par ailleurs – d’obtenir parfois
certaines informations ou à y accéder, ou encore de la lenteur avec laquelle
elles sont transmises, au vu plus particulièrement aussi de l’impérieuse nécessité
de prendre connaissance au préalable des rapports annuels ou généraux d’autres
intervenants ou acteurs [i]
, le Comité permanent P se demande dans quelle mesure le
système initialement prévu d’établissement et de dépôt des rapports annuels
des Comités permanents de contrôle des services de police et de renseignements
pour le 1er octobre, soit juste avant l’ouverture de l’année
parlementaire, ne présentait pas nettement plus d’avantages que l’actuel système :
une transmission pour le 1er juin, à une date donc peut-être un
peu trop proche de la clôture de l’année parlementaire, surtout les années
où des élections ont lieu.
Le présent rapport est établi sur la base des éléments de plaintes et de
dénonciations enregistrés dans la base de données du Comité permanent P.
Si les dossiers proprement dits ont été ouverts en 2003, les faits qui
y sont dénoncés peuvent dater d’avant cette année ou avoir des répercussions
ultérieures. De manière générale, on peut affirmer que les plaintes ou dénonciations
sont introduites peu de temps après les événements mais il arrive que l’on
enregistre des plaintes pour des faits qui remontent à plusieurs années.
La base de données est alimentée par les courriers, fax, e-mails et coups
de téléphone directement adressés au Comité permanent P ainsi que par
les auditions de plaignants effectuées par des membres du Service d’enquêtes.
Elle comprend par ailleurs des informations relatives aux plaintes et dénonciations
traitées par d’autres services, qui parviennent au Comité via les polices
fédérale et locale [ii] , l’inspection
générale de la police fédérale et de la police locale ainsi que, dans le cas
de certains faits ou d’infractions commises par des fonctionnaires de police,
via les procureurs généraux, l’auditeur général, les procureurs du Roi, les
auditeurs du travail, le procureur fédéral ou encore les fonctionnaires de
police [iii] . Toutes ces
instances ont, en effet, l’obligation légale d’informer le Comité permanent P
des plaintes et dénonciations qu’elles reçoivent, des crimes et délits qu’elles
constatent dans le chef d’un membre d’un service de police, des sanctions
disciplinaires prises ainsi que des jugements et arrêts prononcés. Enfin,
le Comité permanent P doit recevoir un exemplaire de tous les rapports
généraux ou annuels relatifs au fonctionnement de la police fédérale et de
la police locale [iv] reprenant
souvent des informations du même type.
Il va de soi que l’analyse effectuée par le Comité permanent P dépend
e.a. des données que ces différents acteurs lui transmettent.
Comme il le faisait remarquer dans ses précédents rapports annuels et, en
particulier, dans son rapport intermédiaire relatif aux plaintes et dénonciations 2003,
le Comité permanent P a pu observer que cette obligation légale est,
globalement parlant, de mieux en mieux respectée. De même, il observe avec
plaisir que la police locale est consciente de l’intérêt de cette transmission
d’informations et que de nombreux corps lui font parvenir spontanément et
de manière systématique les données requises en matière de plaintes et de
dénonciations. En ce qui concerne les rapports annuels et d’activités, il
y a par contre encore du chemin à parcourir, ceux-ci n’étant encore à l’heure
actuelle que très tardivement transmis au Comité. Quant à la coopération avec
d’autres services, des protocoles ont été conclus ou affinés et des procédures
ont été mises en place. On relève cependant encore quelques problèmes mineurs,
notamment lorsqu’une même plainte est adressée à l’inspection générale et
au Comité permanent P. À cet égard, l’article 10 de la loi organique
du 18 juillet 1991 n’est pas toujours appliqué de manière adéquate.
La teneur des informations transmises laisse aussi régulièrement à désirer.
Elles ne sont d’ailleurs complétées qu’après une correspondance ou demande
additionnelle. La situation ne semble pas s’améliorer, bien que le problème
soit régulièrement abordé depuis plus d’un an et demi, au cours de réunions
de concertation ou autres.
En ce qui concerne la charge de travail directe, l’analyse approfondie du
fonctionnement du Comité a fait ressortir que chaque dossier impliquait une
moyenne de 5 courriers, d’où une charge de travail relativement lourde
pour le Comité et son administration. Ainsi, en 2003, la gestion des
plaintes s’est traduite par la transmission de 9 000 courriers et de
plus de 1 200 apostilles. De tels chiffres équivalent à de nombreuses
heures de travail pour l’administration, sans compter l’input dans la base
de données de toutes les informations que le Comité reçoit quotidiennement :
identité éventuelle du plaignant et du policier concerné, encodage des faits,
résumé de la plainte, orientation qui lui sera donnée après discussion en
réunion plénière. La base de données attribue à chaque dossier un numéro unique
et en permet l’inventaire en temps réel.
50. Enquêtes du Comité permanent P
50.1. Dossiers relatifs aux plaintes et dénonciations sensu stricto
Tableau 1 : Plaintes (s.s.)
La tendance à la hausse amorcée en 1999 continue sur sa lancée. À la
date du 31 décembre 2003, le Comité permanent P avait reçu
1 786 plaintes, soit un chiffre qui représente une augmentation
de plus de 20 % par rapport à 2002 et de 72,85 % par rapport à 1999,
année de référence.
Les dossiers en cours en 2003 (17,08 %) ont augmenté de 3 % par
rapport à 2002.
En termes relatifs, la hausse connue en 2003 est plus faible que celle
qui a marqué les années précédentes.
Ce nombre élevé de plaintes s’explique par une certaine perception du citoyen,
qui semble toujours croire que la réforme n’a pas (encore) atteint ses objectifs,
même si de récents sondages ou études [v] dénotent
une confiance croissante dans
En dépit de toutes ces réserves, il n’en reste pas moins que chaque plainte
fournit des informations sur le fonctionnement des services de police. Les
plaintes qui ne s’inscrivent pas dans la « tactique » susmentionnée
présentent une constante, elles expriment un sentiment d’impuissance de la
part du citoyen, persuadé que le nouvel appareil policier n’est pas à même
de lui fournir la sécurité et la protection escomptées. On a annoncé des réformes
mais on n’a pas toujours parlé du timing. Le plaignant, qui s’était forgé
sa propre idée à ce sujet, nourrit des attentes qui ne correspondent pas aux
priorités fixées par les autorités. Ce qui compte aux yeux de Monsieur Tout
le Monde, c’est sa situation à un moment donné et non une quelconque norme
politique du plan national ou zonal de sécurité. En d’autres termes, les plaintes
relatives à des incidents individuels ou à des situations de contact direct
avec la police « se taillent la part du lion » sur l’ensemble des
chiffres.
Il importe de préciser, pour l’analyse future des données par allégation
de fait, que la perception du plaignant n’est pas toujours celle du policier
incriminé. C’est ce qui ressort clairement des décisions prises, tant par
le Comité permanent P que par le commissaire général, le chef de corps
local ou l’inspection générale.
N’est pas à négliger non plus l’influence des médias, qui donnent l’impression
d’un climat de méfiance généralisée alors qu’ils font seulement part d’incidents
ponctuels. Qui plus est, ce n’est pas avec de « bonnes nouvelles »
que l’on fait un journal. Aussi le téléspectateur ou le lecteur non averti
risque-t-il d’avoir une image faussée de la réalité qui ne l’aide pas vraiment
à relativiser les choses.
Les modifications de la loi organique du 18 juillet 1991 ont donné
aux corps de police la possibilité de traiter de manière autonome et dans
un climat de confiance mutuelle les plaintes initialement adressées au Comité
permanent P. Ils en informent eux-mêmes le plaignant qui, manifestement,
ne demande pratiquement jamais au Comité de revoir son dossier. Une telle
méthode permet aux corps de police de regagner la confiance du citoyen et
de réduire le fossé qui les sépare en apparaissant comme l’intervenant de
première ligne capable de résoudre directement un problème. Il s’agissait
là aussi d’un des objectifs à la base de la création du Comité permanent P.
Le Service d’enquêtes du Comité permanent P peut également être saisi par les autorités judiciaires, généralement par le ministère public ou le juge d’instruction, afin d’effectuer des enquêtes judiciaires conformément au Code d’instruction criminelle. Le Comité permanent P n’a donc pour ainsi dire aucune prise sur ce travail judiciaire assigné à son Service d’enquêtes alors qu’il pourrait l’aider à orienter celui-ci. Le président et le directeur général pourraient collaborer positivement dans ce domaine. Le volume du travail judiciaire est, par essence, fluctuant et, partant, difficile à estimer a priori. Qui plus est, il est aussi souvent fonction de l’actualité du moment.
Tableau 2 : Enquêtes judiciaires
A.
B.
À l’instar des plaintes, rien n’indique rebus sic stantibus que
la multiplication du nombre de dossiers judiciaires ne continuera pas sur
sa lancée. Les 556 enquêtes judiciaires confiées au
Service d’enquêtes représentent une augmentation de 4,14 %
par rapport à 2002 et de 35,25 % par rapport à l’année
de référence (1999).
Les missions de ce type étant effectuées par priorité,
il n’est pas étonnant que 344 dossiers parmi ceux ouverts en 2003
ont déjà été clôturés. On attend
encore une décision du parquet dans 130 dossiers, de sorte qu’il
reste 80 dossiers en cours.
Les chiffres présentés dans le tableau A, sous la rubrique
« En cours », sont le résultat d’une addition des enquêtes
en cours au travers des différentes années tandis que les
chiffres de la rubrique « Ouverts en 2003 » et « Apostilles
en cours 2003 » du tableau B présentent la situation actuelle
(à la date du 1er mai 2004). Les 423 enquêtes en cours représentent
18,03 % du total des enquêtes initiées depuis 1999.
Parmi les faits généralement à la base des enquêtes
judiciaires, les faits de coups et blessures tiennent le haut du pavé,
suivis par des actes arbitraires et des violations du secret professionnel.
Dans les tableaux infra, la colonne « S.E. » reprend chaque
fois le nombre de faits dont le Service d’enquêtes a été
saisi.
Avec l’entrée en fonction du nouveau gouvernement et donc d’un nouveau
ministre de la Justice, le Comité permanent P avait espéré
voir la finalisation d’une répartition sélective et réfléchie
des enquêtes entre le Service d’enquêtes, les services de l’inspection
générale et les services de police. Le Comité permanent
P a transmis en 2001 déjà au ministre de la Justice la proposition
de répartition qu’il était tenu d’établir en vertu
de la loi organique du 18 juillet 1991. Cette question a, depuis lors, été
débattue dans chacun de ses rapports annuels, ainsi que dans ses
rapports particuliers, sa correspondance ou ses discussions avec la Commission
parlementaire d’accompagnement. On ne peut se départir de l’idée
que certains acteurs s’efforcent d’entraver ou, à tout le moins,
de compliquer le processus sur la base de considérations injustifiées.
Si cela s’avère nécessaire, le Comité en fera, une
fois de plus, rapport au Parlement. Une répartition des tâches
conforme à la loi permettrait au Comité permanent P de mieux
remplir sa mission légale d’observatoire global de la chose policière
car il aurait ainsi accès aux informations relatives aux infractions
spécifiques directement en rapport avec ses missions et compétences
particulières, telles que le respect et la protection des droits
fondamentaux, la coordination ou encore l’efficacité/efficience des
services de police.
51. Allégations de faits et informations diverses gérées par le Comité permanent P
Comme nous l’avons précisé supra, le Comité permanent P reçoit
des informations directement du citoyen et de plusieurs organisations. Les
plaintes, qui représentent la majeure partie des allégations, ont généralement
trait à une intervention spécifique d’un fonctionnaire de police. Ces allégations
se voient attribuer un code, non seulement pour que la base de données puisse
en réaliser un traitement statistique efficient mais aussi pour en permettre
une première pondération et une analyse.
Les faits sont répartis en quelque 160 codes au total mais l’analyse
présentée infra ne traite que de 86 codes ou faits distincts.
Un tableau comparatif des différents codes aurait été illisible, de sorte
que l’on a opté pour une présentation de ces faits par groupe, afin d’obtenir
une meilleure image globale des attitudes des fonctionnaires de police.
Les faits directement rapportés aux services de police ont été pris en compte
pour la première fois en tant que tels. Leur nombre élevé (2 512) laisse
à penser que la police a pu attribuer plusieurs codes par dossier et qu’elle
applique donc un système d’analyse qui lui est propre.
Tableau 3 : Allégations de faits
Une valeur étalon de 100 a été attribuée aux données couvrant la période
du 1er janvier au 31 décembre 2003 pour les besoins
d’une comparaison sur x années.
De manière assez remarquable, le nombre de faits judiciaires communiqués
via le Service d’enquêtes reste relativement constant tandis que ceux qui
sont portés à notre connaissance via les dénonciations (judiciaires et non
judiciaires) des corps de police ainsi que les plaintes (non judiciaires)
sont en augmentation.
Si l’on divise le nombre de faits par le nombre de dossiers de plainte,
on constate que le Comité a inscrit en moyenne pour 2001, 2002 et 2003
respectivement 1,8 faits, 1,2 faits et 1,6 faits par dossier.
Sans préjudice des données relatives aux enquêtes judiciaires (article 26 de la loi du 18 juillet 1991), les informations transmises par l’inspection générale portent sur un nombre relativement limité de dossiers (319 en 2003) comprenant quelque 600 faits. Les informations de la police fédérale et de la police locale recouvrent 1 297 dossiers impliquant 2 512 faits. Précisons toutefois que les données de la police fédérale ne rendent finalement compte que d’une faible partie de ces chiffres, soit 77 faits au total, chiffre qui, à première vue, peut sembler négligeable au regard du nombre de fonctionnaires de police au fédéral.
Les aperçus suivants présentent les faits qui ont été inscrits, répartis en grandes catégories d’infractions. Il conviendra, pour en faire l’interprétation, de tenir compte du nombre relativement peu élevé d’informations dont on dispose pour la police fédérale. Nous procédons aux vérifications qui s’imposent. Précisons toutefois dès à présent que les policiers fédéraux ne rentrent pas si souvent en contact direct avec le citoyen dans la rue et qu’ils sont par conséquent relativement moins sujets à ses critiques.
Tableau 4 : Atteinte à la dignité du citoyen
Cette catégorie englobe des situations qui rentrent dans le cadre de qualifications
pénales, d’ailleurs reprises dans le Code pénal.
Parmi les plaintes pour atteinte à la dignité du citoyen, celles qui sont
directement déposées au Comité poursuivent leur tendance à la hausse tandis
que celles qui sont introduites via le Service d’enquêtes présentent une
forte diminution. En chiffres absolus, il est question de 135 allégations
directes au Comité pour 65 enquêtes judiciaires du Service d’enquêtes.
Au vu du nombre de plaintes introduites auprès de la police locale, il semble
qu’elles soient davantage formulées directement au Comité plutôt qu’aux
chefs de corps. Ce phénomène s’expliquerait en ce que les personnes confrontées
à de tels faits n’auraient aucune confiance dans la direction du corps lorsqu’il
s’agit d’intervenir pour des comportements racistes ou des menaces et injures.
Les membres des services de police ont également un œil sur ces attitudes
négatives, comme le montrent les 92 communications sur la base de l’article 26
de la loi organique du 18 juillet 1991. Le nombre de plaintes
et d’enquêtes judiciaires est en hausse, certes, mais ne faut-il pas relativiser
quelque peu les chiffres eu égard au nombre de policiers, qui s’élève à
quelque 40 000 ? Il n’est guère étonnant non plus que le plus
fort taux de plaintes se retrouve dans les zones à forte concentration d’étrangers
ou de Belges d’origine étrangère. Ainsi les zones de Bruxelles, de Schaerbeek
ou d’Anvers. Si cette hausse de plaintes et dénonciations devait perdurer,
il serait sans doute intéressant de mener une enquête thématique dans ces
zones.
En règle générale, ces plaintes sont directement transmises au ministère
public, qui décide de manière autonome d’y donner ou non une suite judiciaire.
Nous savons, des informations transmises en vertu de l’article 14, al.
1er, qu’il y a eu un prononcé pour faits de racisme, un pour injures
et trois pour menaces. Nous y reviendrons dans la rubrique sur les jugements
et arrêts mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer que le nombre d’enquêtes
pour cette catégorie de faits a augmenté. On a répertorié, en 2003, 37 enquêtes
pour menaces, 6 pour racisme et xénophobie et 19 pour calomnie et
diffamation.
Le Comité permanent P assure un suivi constant de ce type de plaintes
et, parallèlement à l’enquête judiciaire, prend contact avec le directeur
général du personnel ou avec le chef de corps en vue de soumettre aussi les
faits à son appréciation. À l’examen des décisions prises par le Comité permanent P
pour cette catégorie de faits, force est de relativiser ces allégations, un
certain nombre de plaintes étant, en effet, déposées à cause d’une sensibilité
exacerbée ou d’une sorte de mauvais réflexe de la part du plaignant.
Le Comité permanent P a rédigé un rapport sur l’ensemble de la problématique sous le titre « Intolérance, discrimination, racisme et xénophobie au sein des services ou parmi les fonctionnaires de police », lequel sera publié dans le courant de 2004, après avoir été soumis à sa Commission parlementaire d’accompagnement.
Tableau 5 : Atteintes aux droits et libertés
Ces infractions s’accompagnent généralement d’une connotation d’abord et essentiellement pénale, d’où leur « succès » parmi le travail accompli par notre Service d’enquêtes. Plus de la moitié de ses enquêtes ont trait à cette catégorie de faits. Le pourcentage des plaintes et dénonciations dans ce domaine conserve par contre sa proportion par rapport au nombre total de faits.
La moindre plainte pour atteinte aux droits et libertés est prise au sérieux.
Les 538 allégations de violences contre des personnes ou des biens et
les 132 privations de liberté arbitraires ont toutes été examinées. Les
269 actes arbitraires sont parfois liés aux deux catégories susmentionnées
mais ils peuvent aussi entraîner des suites distinctes. Les services d’intervention
étant le plus en contact avec le public, ils sont aussi le plus souvent visés
par les plaintes pour violences policières. Nombre de cas de violences se
situent dans le cadre du maintien de l’ordre à l’occasion de manifestations
ou d’événements sportifs. Quelque 45 % des dossiers examinés par le Comité
se sont avérés non fondés tandis que 43 % ont donné lieu à l’ouverture
d’une enquête subséquente.
Nous renvoyons, à cet égard, au rapport relatif aux allégations de mauvais
traitements à l’occasion de privations de libertés [vi] ainsi
qu’à la contribution du Comité permanent P aux rapports des autorités
belges relatifs au respect des droits de l’homme [vii] , lesquels
montrent clairement le souci du Comité d’instaurer un changement de mentalité
et d’encourager le dialogue afin de faire prendre conscience aux acteurs concernés
que la violence est l’échec du dialogue et qu’elle ne devrait être utilisée
qu’en tout dernier ressort dans un État de droit. Nous nous permettons ici
de citer un autre rapport, « Recours à la contrainte et à la force (contexte
policier) » [viii] et de préciser
que l’enquête globale a été préparée et progressivement mise en route en 2003.
Tableau 6 : Abus de pouvoir ou faux
On constate, en termes absolus, un accroissement du nombre d’allégations
de faits, surtout en ce qui concerne les communications conformément à l’article 26.
C’est aussi ce qui ressort du pourcentage par rapport au total des allégations.
Les communications d’abus de pouvoir via l’article 26 représentent
quand même 12,64 % du total des articles 26.
Nous faisions déjà part de notre inquiétude dans nos rapports antérieurs
concernant la tendance à la hausse des fausses déclarations, faux en écriture
et faux, principalement dans les procès-verbaux. S’y retrouvent également
liées les multiples allégations de violations du secret professionnel. Quant
aux violations de domicile, elles sont plus fréquemment rapportées en 2003
qu’en 2002.
Il a été souligné, tant dans notre rapport intermédiaire que dans les rapports
annuels antérieurs, que notre système juridique est tributaire de la restitution
correcte des informations par les verbalisants. Aussi les chefs de corps
doivent-ils redoubler de vigilance en cette matière. Si nous avons observé,
à l’occasion de nos contacts dans les corps de police et à la police fédérale,
qu’ils étaient conscients de l’impact de la rédaction d’un procès-verbal,
on n’en relève pas moins 133 allégations de faux.
Cette catégorie de faits étant liée à une approche ou à une qualification pénale des faux qui ont été commis, il n’est pas étonnant que le Service d’enquêtes ait effectué 31 enquêtes de ce type. Sur les 384 enquêtes pénales menées en 2003, 29 l’ont été pour faux en écriture et fausses déclarations. Les violations du secret professionnel ont donné lieu à 18 enquêtes pénales tandis que 53 faits sont rapportés dans les dossiers du Service d’enquêtes.
On s’est demandé, dans le rapport intermédiaire, si ces comportements négatifs étaient suffisamment sanctionnés au niveau administratif, statutaire ou disciplinaire. Sur ce dernier plan, 6 dossiers disciplinaires pour violation du secret professionnel ont été signalés et 13, pour fausses déclarations et faux en écriture.
Tableau 7 : Faits pénaux
Le nombre de plaintes relatives aux vols de toute nature présentent une
augmentation constante mais, en termes relatifs, elles ne prennent qu’un
faible pourcentage des allégations de faits. Les plaintes de ce type s’inscrivent
encore souvent dans le cadre d’une arrestation (administrative) et de la
conservation des biens de la personne détenue. Les objets qui se perdent
vont de l’argent au téléphone portable en passant par des bijoux ou autres
biens personnels. Le Comité permanent P a constaté, lors d’une de ses
visites à des amigos, que les biens saisis étaient correctement inventoriés
et glissés dans des sacs en plastique transparent mais que ces sacs étaient
ensuite conservés dans des armoires non verrouillées. Il semblerait donc
que les corps de police ne soient toujours pas suffisamment sensibilisés
à l’importance de conserver les biens saisis sous clé. Qui plus est, en
cas de disparition, c’est à eux qu’il revient de prouver qu’il s’agit bel
et bien d’une perte.
La consommation de stupéfiants est en hausse, nous l’avons déploré dans
nos rapports antérieurs et nous continuons de le faire car cette tendance
se confirme en prenant des proportions de plus en plus inquiétantes. Au-delà
des cas de consommation de drogue portés à notre connaissance, il existe
également des cas de détention de stupéfiants en quantités trop importantes
pour la seule consommation personnelle. Les parquets nous ont informés de
9 enquêtes menées dans ce cadre tandis que notre Service d’enquêtes
a examiné 3 affaires spécifiquement liées aux stupéfiants. Nombreux
sont les corps de police à pratiquer la politique de la tolérance zéro en
matière d’alcool mais cela n’empêche pas certains fonctionnaires de police
d’en faire une consommation problématique.
On a recensé un total de 10 dossiers disciplinaires pour consommation
d’alcool ou de stupéfiants en dehors du service et 42, pour consommation
pendant le service. La problématique des stupéfiants pourrait même être
plus grave que ce que les chiffres ne laissent paraître car les symptômes
sont moins évidents à repérer que pour l’alcool. Un test complémentaire
s’avère bien souvent nécessaire pour obtenir la preuve d’une consommation.
Les membres du groupe de travail « Réforme du statut disciplinaire »
se penchent aussi sur cette problématique mais des questions se posent :
faut-il fixer d’autres critères que ceux définis à l’article 37bis
de la loi relative à la police de la circulation routière, lesquels visent
à réprimer la conduite sous l’influence de substances (psychotropes) ?
Faut-il établir une distinction entre les différents types de stupéfiants ?
Qu’en est-il des traces de produits dopants ? Faut-il une politique
de tolérance zéro ? Que faire des produits détectables à long terme
mais qui n’ont pas eu de répercussions sur le service ? Ces questions
à elles seules justifient déjà un débat, et cela dans les plus brefs délais,
d’autant plus que des études ont démontré que la nouvelle politique relative
au cannabis jette la confusion parmi la jeune génération (la police recrute
actuellement des candidats nés dans les années ’70 et ’80) [1] .
Enfin, un troisième cas où les chiffres sont particulièrement frappants est celui des plaintes en matière de détention d’armes. Pas moins de 14 faits ont été rapportés concernant une utilisation fautive de l’arme de service, tant dans le cadre de la vie privée que pendant le service. Ces plaintes dénoncent toute une série de faits allant des tirs sur des chiens, des porcs ou des panneaux de signalisation à des cas d’intimidation du partenaire au moyen de l’arme de service. Quatre retraits de l’arme de service se retrouvent parmi les sanctions disciplinaires prononcées par les chefs de corps.
Tableau 8 : Attitude et comportement du fonctionnaire de police individuel
Cette catégorie recouvre 25 % des allégations, ce qui n’est pas négligeable,
même en termes absolus. On dénombre 747 allégations de ce type, parmi
lesquelles le refus d’acter, de dénoncer ou de transmettre vient – de manière
assez remarquable – largement en tête, directement suivi par l’attitude
agressive ou intimidante et ensuite par le manque de respect, de politesse
et le langage inapproprié.
De tels chiffres pourraient laisser à penser que de nombreuses personnes
paresseuses, agressives et impolies comptent parmi les rangs des fonctionnaires
de police. Gardons-nous de ce genre de raccourcis. L’enregistrement structuré
des plaintes a comme avantage de reprendre également les noms des intéressés
de manière à pouvoir distinguer les comportements négatifs persistants et
occasionnels.
On ne peut pourtant passer à côté du fait qu’au total, pas moins de 1 387 allégations
portent sur des attitudes et comportements de policiers individuels. Au
vu des sanctions disciplinaires qui nous ont été communiquées (15 cas
de comportements désobligeants), on pourrait conclure que les chefs de corps
considèrent les allégations comme pas établies (à suffisance) ou qu’ils
pensent que les agressions peuvent avoir été déclenchées par le plaignant.
De même, lorsque la version des faits du plaignant et celle du policier
ne concordent pas, ils donnent le plus souvent la préséance à celle du policier.
Même lorsqu’il y a des témoins, il est encore difficile de faire avouer
à un fonctionnaire de police qu’il s’est comporté de manière impolie ou,
à tout le moins, qu’il a surréagi (overacting). Il semble bien qu’il ne
soit pas toujours conscient de l’impact que peut avoir son attitude sur
l’image de la police en général. Qui, sinon le policier, a en tant que professionnel
les compétences et entraînements nécessaires pour garder la tête froide
en toutes circonstances et expliquer de manière claire et ferme au plaignant
que son comportement n’est pas le bon ? Faire soi-même montre d’une
attitude qui ne saurait être tolérable a des implications bien plus fondamentales
que la « victoire » à court terme au moment de la situation de
conflit.
Comme le Comité permanent P a pu le constater, le citoyen a gagné en assertivité. Mais dans combien de cas ne frise-t-il pas aussi l’insolence ou la provocation ? Les fonctionnaires de police que nous avons entendus font inlassablement remarquer qu’ils se sentent offensés, outragés – parfois à juste titre – au point qu’ils souhaitent à leur tour déposer plainte au parquet. Ce genre de réaction ne peut toutefois pas mettre un frein au droit du plaignant à exprimer ses griefs. La tentation est grande, en effet, de recourir au système du attempt of court tel qu’il existe dans le droit anglo-saxon.
Le Comité permanent P s’est lancé en 2004 dans une étude [2] sur le droit du policier à se défendre. Il s’efforcera d’en élargir le champ en tentant de répondre à une question : « Où se situe le seuil de tolérance en matière d’assertivité ? Où s’arrête l’assertivité et où commence l’injure ? »
Tableau 9 : Manquements aux obligations professionnelles
En 2003, les plaintes pour manque de neutralité sont celles qui se
détachent le plus mais celles qui portent sur la rédaction des procès-verbaux
restent en bonne place, à l’instar des années précédentes. Ces deux catégories
non seulement vont de pair mais touchent aussi immanquablement à la question
du professionnalisme du fonctionnaire de police éventuellement incriminé
ou responsable. De telles allégations dépassent la simple perception du
plaignant car il ne s’agit plus d’une interaction verbale mais bien d’un
écrit dont on peut juger la forme et le contenu.
Un procès-verbal ne peut être rédigé correctement qu’à partir du moment
où le policier est capable de s’exprimer correctement et connaît encore
les principes d’écriture et de description. De nombreux chefs de corps sont
conscients de l’importance d’un contrôle plus approfondi de la qualité de
la rédaction des procès-verbaux mais il leur est difficile de l’assurer
vu notamment leur nombre élevé. Le nouveau système ISLP d’aide à la
rédaction de procès-verbaux peut s’avérer utile pour la forme mais le policier
individuel reste responsable du contenu. Il doit en permanence avoir à l’esprit
qu’il représente les yeux et les oreilles, voire le « flair »
des magistrats et que, dans l’État de droit qui est le nôtre, il doit également
veiller à faire rapport de manière correcte et professionnelle, jusqu’à
preuve contraire.
Tableau 10 : Organisation policière – efficacité, efficience et coordination des services
Le fait que l’inspection générale de la police fédérale et de la police
locale enregistre, en termes relatifs, un plus grand nombre de faits que
le Comité permanent P via ses plaintes s’inscrit dans la lignée de
ses compétences. Le citoyen n’est pas toujours au fait de l’organisation
policière pourtant, l’une ou l’autre de ses plaintes peut être à la source
d’une enquête de contrôle pointue sur un sujet.
De manière assez remarquable, on observe pour 2003 une diminution dans
presque toutes les catégories, hormis « ambiance de travail »
et « mobbing ». Cette augmentation serait-elle due à une présence
accrue de femmes au sein de la police ? La question reste ouverte.
Quoi qu’il en soit, des femmes étaient impliquées dans tous les cas rapportés.
Les parquets ont fait état de 10 affaires judiciaires en matière de
harcèlement moral (stalking). Quant au Service d’enquêtes, il a examiné
28 faits de harcèlement sexuel au travail.
Sur le plan disciplinaire, 1 sanction a été prise pour mobbing, 3 pour
harcèlement moral (stalking), 15 pour arrivée tardive au travail ou
départ du service prématuré, 12 pour refus d’ordre, 10 pour abus
des moyens et 20 pour abus de la comptabilisation des prestations.
Ces derniers faits rentrent, pour le Comité P, dans la catégorie des
atteintes à l’intégrité. Les manquements retenus par le Comité permanent P
concernent les manquements à l’intégrité sciemment commis en vue de se ménager
des avantages ou d’en procurer à des tiers.
Tableau 11 : Décisions prises par le Comité permanent P
Les récentes modifications apportées à notre loi organique permettent de renvoyer les plaintes directement aux corps concernés pour traitement autonome, ce qui implique que le chef de corps ou la personne qu’il aura mandatée peut s’adresser directement au plaignant pour notamment l’informer des résultats de l’enquête. En 2003, 296 dossiers ont été transmis aux chefs de corps pour traitement autonome et 624 pour enquête par leur service de contrôle interne. Cette méthode présente, pour les corps, l’avantage d’un feed-back immédiat de la plainte permettant de remédier plus rapidement au problème et de prendre les mesures correctrices qui s’imposent.
Le choix reste cependant entre les mains du Comité permanent P, qui
peut aussi décider de faire examiner la plainte par son Service d’enquêtes
ou par le service de contrôle interne (ou l’inspection générale) du corps
concerné ou encore, dans certains cas, par l’inspection générale de la police
fédérale et de la police locale.
Le plaignant est, quant à lui, toujours informé de l’instance qui traitera
sa plainte et de la possibilité d’une deuxième lecture par le Comité permanent P
s’il en exprime le souhait.
En ce qui concerne les décisions ad rem prises en 2003, il s’avère
qu’aucune enquête complémentaire n’a été demandée dans 32,68 % des cas,
de sorte que les dossiers ont été évalués sur la seule base des pièces transmises.
Cette constatation serait le signe que le plaignant d’aujourd’hui a tendance
à mieux préparer sa plainte, à l’étoffer suffisamment pour qu’une décision
soit prise dès sa réception. Une chose en entraînant une autre, le nombre
de dossiers non fondés ou sans objet ne dépasse pas les 88 en 2003.
On observe par ailleurs une hausse en valeur absolue des plaintes pour lesquelles
le Comité permanent P n’est pas compétent, soit que la personne visée
n’est pas soumise au contrôle du Comité (incompétent ratione personae),
soit que la plainte porte sur une matière qui relève d’une autre instance
(incompétent ratione materiae).
Le Comité a en outre retenu une faute ou un dysfonctionnement dans 13 %
des cas, contre 24,43 % décisions « pas de faute ou de dysfonctionnement ».
Une extrapolation des chiffres du tableau à l’ensemble des dossiers de plaintes permet d’obtenir les pourcentages suivants : plainte non fondée : 24,17 %, pas de faute ou de dysfonctionnement : 24,43 % et plainte fondée : 18,77 %.
53. Évaluation des données communiquées au Comité permanent P
Vu le caractère trop peu fiable ou vérifiable des « renseignements » dont il devrait disposer à ce propos [x] , le Comité permanent P préfère ne pas rendre compte des informations et instructions impliquant un fonctionnaire de police au sens de l’article 3 de la loi organique du 18 juillet 1991.
Tableau 12 : Jugements et arrêts
L’aperçu que l’on a pu établir sur l’ensemble de l’année 2003 montre
le contraste qui existe entre le nombre relativement élevé des enquêtes
et celui, finalement nettement plus faible, des jugements et arrêts prononcés
à l’encontre de fonctionnaires de police. Dans l’hypothèse où le Comité
permanent P a reçu toutes les informations disponibles à propos de
ces jugements et arrêts [xi] et en tenant compte d’un délai
moyen de 2 ans avant qu’un tribunal ou une cour ne puisse se prononcer
sur un dossier, le Comité ne peut que conclure que les enquêtes ne donnent
que rarement lieu à un traitement au pénal. En 2000 et 2001, le Service
d’enquêtes et les parquets ont, au total, mené 1 622 enquêtes à charge
de fonctionnaires de police. Les données dont le Comité dispose en interne
font état de 192 classements sans suite pour 2002 et 2003. Il
ne lui est pas possible d’établir un bilan pour les années précédentes en
raison de données généralement insuffisantes.
Sur les 65 jugements ou arrêts, 47 impliquaient des membres de
la police locale et 18, des membres de la police fédérale.
Le Comité permanent P n’a jamais cessé de rappeler le caractère prioritaire
de l’exécution des enquêtes à charge de fonctionnaires de police. Ses principales
raisons sont les suivantes : (1) certaines plaintes sont introduites
contre des fonctionnaires de police afin de les empêcher de faire leur travail
d’investigation et de les discréditer. Il importe de faire la lumière le
plus rapidement possible sur ce genre de plaintes car tout dossier judiciaire
pendant à charge d’un fonctionnaire de police se répercute sur ses collègues
ainsi que sur l’organisation dans son ensemble ; (2) la loi sur
le statut disciplinaire [4] prévoit que l’autorité disciplinaire
puisse attendre la fin des poursuites pénales avant de rédiger un rapport
introductif. En d’autres termes, vu la durée moyenne d’une affaire pénale,
il n’est généralement plus utile d’initier une procédure disciplinaire qui,
au contraire, est alors le plus souvent perçue comme injustifiée et s’avère
contreproductive ; (3) le fonctionnaire de police concerné, qui
fait parfois l’objet depuis des mois d’une suspension ou d’une retenue de
traitement, souhaite lui aussi voire sa situation clarifiée dans les plus
brefs délais, même par une sanction éventuelle s’il devait s’avérer fautif,
afin de pouvoir reprendre son service.
Il arrive aussi que l’enquête soit assez rapidement menée à terme mais que
le magistrat en charge du dossier tarde à prendre une décision pour son
orientation future. Il ne faut pas confondre les infractions purement pénales
pour lesquelles le parquet a une pleine et entière compétence et les faits
qui ne rentrent pas dans une qualification pénale mais font l’objet d’une
enquête disciplinaire au sens large car le ministère public ne constitue
plus une autorité disciplinaire s.s. Le chef de corps et les autorités
disciplinaires supérieures ont intérêt à prendre rapidement connaissance
des dossiers d’enquête (ou d’en recevoir copie) à charge de fonctionnaires
de police ou à s’informer des faits qui peuvent leur être reprochés. C’est
pourquoi le chef de corps devrait sans tarder recevoir l’autorisation d’accéder
à certaines pièces, sans pour autant mettre un frein à la procédure pénale.
Les jugements et arrêts prononcés en 2003 ont fait l’objet d’une analyse.
On y a recensé : 20 % d’infractions de roulage commises en état
d’ivresse ou d’intoxication alcoolique, 20 % d’actes de violence contre
des personnes ou des biens, 11,58 % d’autres accidents de la route
et 7,37 % de faux en écriture. Le reste des faits se partagent principalement
entre violations du secret professionnel (4,21 %), recels et détournements
(5,26 %).
L’analyse des différents arrêts à, quant à elle, montré des différences
entre les ressorts des Cours d’appel. Pour celui de Mons, les 11 arrêts
rendus se répartissent en 5 décisions d’acquittement, 2 suspensions
de peine, et 4 condamnations. Le ressort de Gand a rendu 20 arrêts,
dont 17 condamnations, 3 suspensions de peine et donc aucun acquittement.
Les 5 arrêts rendus à Liège consistent dans 2 suspensions, 2 condamnations
et 1 acquittement. Anvers compte 8 arrêts, tous des condamnations,
et les 21 dossiers de Bruxelles se sont soldés par 1 acquittement,
1 suspension de peine et 19 condamnations.
Une autre analyse concerne les classements sans suite, soit 97 dossiers
pour l’ensemble du pays, dont 15 dossiers portaient sur des faits antérieurs
à 2003.
Dans le prolongement de cette analyse, le Comité permanent P prendra
contact avec le Collège des procureurs généraux afin d’obtenir des réponses
aux questions suivantes : existe-t-il au sein des parquets une politique
définie en matière pénale pour les dossiers à charge de fonctionnaires de
police ? Sur quelles bases les classements sans suite se fondent-ils ?
Comment les informations nécessaires à l’évaluation des faits dans le cadre
d’une procédure disciplinaire peuvent-elles être transmises dans des délais
raisonnables ? Toutes ces questions s’inscrivent dans le cadre du « nouveau »
droit disciplinaire.
Conformément à l’article 14bis, al. 2 [xii] , de la loi organique du 18 juillet 1991 du contrôle des services de police et de renseignements, les autorités disciplinaires compétentes informent mensuellement le Comité permanent P de toutes les mesures disciplinaires et mesures d'ordre prononcées à l'encontre d'un membre d'un service de police.
Sur ce plan également, le Comité ne reçoit bien souvent qu’au compte-gouttes des données lacunaires de la part des autorités disciplinaires de la police fédérale, notamment au niveau de la circonscription suffisamment précise des faits. Dans le même temps, la police locale lui fait régulièrement rapport mais seulement depuis qu’elle a pu se persuader que ces données n’auraient pas la même finalité auprès du Comité permanent P qu’au Conseil de discipline, à qui elle est tenue de transmettre des données similaires en vertu de la loi sur le statut disciplinaire [5] . Le Conseil de discipline a, en effet, pour objectif de développer une banque de données de jurisprudence tandis que le Comité permanent P procède à une analyse des données disciplinaires pour les besoins de ses missions légales. Force lui est toutefois de constater que toutes les décisions disciplinaires et mesures d’ordre ne lui auraient pas été transmises. En 2003, il a reçu communication de 497 décisions pour l’ensemble des corps tandis que le Conseil de discipline a été informé de l’existence de 699 dossiers pour la même période. L’argument parfois avancé d’une charge de travail administratif additionnelle ne tient pas la route en ce sens que le Comité permanent P ne reçoit finalement les informations qu’en copie ou vice-versa. Ce genre de comportement de la part de certains a sérieusement compromis l’analyse du Comité permanent P, très certainement sur le plan de son exhaustivité.
Ainsi le Comité permanent P a-t-il eu connaissance de dossiers disciplinaires à charge de policiers portant les grades suivants : (1) commissaire divisionnaire : 9 ; (2) commissaire : 28 ; (3) inspecteur principal : 64 ; (4) inspecteur : 294 ; (5) agent auxiliaire : 28 ; (6) élève-officier : 8 ; (7) Calog : 7 ; (8) indéfini : 41.
Environ autant de sanctions ont été prononcées au total, soit 479 pour 581
faits.
Quelque 93 décisions nous sont parvenues pour la police fédérale et 361 pour
la police locale [6]
.
Une grande partie des corps de police locale (estimée à plus de 30 %)
soit n’a pris aucune décision disciplinaire en 2003, soit n’a transmis
aucune information. En ce qui concerne les grands corps de police, Anvers
compte 51 décisions disciplinaires, Gand, 89, Liège, 51, Mons, 60 et
Bruxelles, 102, ce qui implique que seules 126 décisions auraient été prises
dans les 191 zones restantes. Ce faible taux de décisions ou de communications
pourrait s’expliquer par les changements globaux induits par la réforme, le
manque de suivi de la POL 48 et l’absence d’un service de contrôle interne,
la résolution des problèmes disciplinaires par une voie informelle, un code
de déontologie qui se fait toujours attendre et, enfin, les diverses perceptions
des cas disciplinaires en matière de politique de sanctions.
La moitié des décisions consistent dans des sanctions légères. Qui plus est,
nous avons appris de sources diverses que la retenue de traitement pouvait
être « rachetée » par la prestation d’heures supplémentaires non
payées de sorte que cette sanction perd de son impact. Est-il encore besoin
de rappeler que ce type d’impunité crée, à terme, une culture d’entreprise
négative qui se révèle néfaste tant pour le fonctionnement du policier individuel
que pour l’image de marque de la police ?
Les principales catégories de faits sont : (1) formalités administratives en cas de maladie ou justification de l’absentéisme : 50 ; (2) consommation d’alcool pendant ou en dehors du service : 42 et 10 ; (3) mauvaise exécution de la mission : 16 ; (4) refus d’ordre : 12 ; (5) attitude en dehors du service qui porte atteinte à la dignité de la fonction : 21 ; (6) violences contre des personnes : 12 ; (7) manque de respect, de politesse : 15 ; (8) traitement tardif des procès-verbaux, des apostilles : 22 ; (9) attitude laxiste lors de l’exécution des tâches/non-respect des procédures obligatoires : 62 ; (10) abus du service ou des moyens : 10 ; (11) abus de la comptabilisation des prestations : 20 ; (12) arrivée tardive au travail ou départ du service prématuré : 15 ; (13) faux en écriture : 13 ; (14) infractions de roulage de toute nature : 31.
Les faits susmentionnés et ceux dont on a relevé moins de 10 occurrences
ont donné lieu aux décisions suivantes :
Sanctions disciplinaires : (1) avertissement : 132 ; (2) blâme :
111 ; (3) retenue de traitement : 73 ; (4) suspension
par mesure disciplinaire : 43 ; (5) rétrogradation dans l’échelle
de traitement : 5 ; (6) démission d’office :10.
Mesures d’ordre : (1) suspension provisoire : 24 ; (2) note
de fonctionnement : 18 ; (3) changement de service : 15 ;
(4) interdiction d’accès aux locaux : 2 ; (5) réprimande :
1 ; (6) retrait de l’arme de service : 2 ; (7) accompagnement
personnel : 2.
Tant l’ouverture que la rigueur d’un corps de police et de sa direction se mesurent à l’aune de sa politique en matière de discipline, qui illustre clairement les normes et valeurs de l’organisation. S’il veut avoir confiance dans les services de police, le citoyen doit d’abord oublier cette conception selon laquelle le policier « couvre » le policier. En acceptant l’idée que les policiers soient des êtres humains qui peuvent se tromper et en suivant de près leurs erreurs, on servira davantage l’image de la police qu’en publiant d’innombrables statistiques.
54. Conclusions et perspectivesMeten is weten, mesurer pour en savoir plus, c’est ce que le Comité a fait dans le cadre de sa gestion des plaintes 2003. La précision de telles opérations de mesure nécessite toutefois que chaque corps de police comprenne que cette transmission d’informations, généralement légale, n’a pas été instituée pour les surcharger de travail mais pour assurer un feed-back sur l’ensemble du paysage policier. Les études, aperçus et conseils ponctuels du Comité permanent P comportent des éléments intéressants et utilisables pour tous. Le Comité permanent P et son Service d’enquêtes ont toujours mené leurs contacts personnels d’un point de vue positif, tant à l’égard des personnes que des organisations.
Un formulaire de transmission simplifié à été mis au point pour que les plaintes et dénonciations puissent aussi être mises à profit par les corps de police. Une deuxième phase verra le développement, en collaboration avec l’inspection générale, d’un formulaire électronique qui leur servira aussi de document de saisie permettant un traitement direct des données pour les besoins des analyses subséquentes. De cette manière, les corps pourront utiliser au mieux et avec de moindres efforts les données des plaintes et dénonciations, qu’ils pourront par ailleurs également analyser en vue de mesurer le taux de satisfaction du citoyen-client.
De pareilles analyses ne servent pas uniquement à ceux qui élaborent la politique à suivre. Elles peuvent également être utiles au fonctionnaire de police individuel, confronté à toute une série de plaintes qui lui donnent parfois le sentiment d’être constamment visé, d’être une sorte de « tête de Turc » pour un citoyen qui obtient chaque fois gain de cause.
Les études réalisées sur ces cinq dernières années montrent clairement que l’examen des plaintes par le Comité a contribué à lever divers préjugés et idées préconçues. Au vu du nombre de plaintes fondées et celui finalement pas si élevé de fautes et dysfonctionnements, il semble qu’il faille faire preuve d’une certaine circonspection à l’égard des plaintes, qui ne sont pas toujours basées sur une version des faits correcte, peu en importe les raisons. Aussi un contrôle externe permet-il davantage au policier de se disculper partiellement ou complètement des faits qui lui sont reprochés. Le fonctionnaire de police concerné, ou le chef de corps, est en outre tenu informé de l’avancement de l’enquête, ce qui, avec une intervention conséquente du Comité, contribue à faire en sorte qu’il ne se considère pas toujours dans le rôle de la personne visée. De cette manière aussi, la plainte est peut-être vécue de manière moins émotionnelle et il est possible d’opérer une réflexion objective sur ses propres actions.
Le Comité permanent P part du principe que, dans la démocratie qui est
la nôtre, le citoyen a le droit d’exprimer son avis, de donner sa version
des faits mais dans les limites de la plus élémentaire correction et sans
que la personne visée ne se sente immédiatement outragée. Un traitement des
plaintes optimal présuppose une certaine faculté de distanciation par rapport
à celle-ci, une approche neutre et détachée mais non dénuée d’empathie pour
la personnalité du citoyen et pour ses attentes.
Les chefs de corps devront donc relever un nouveau défi en 2004. Il s’agira
pour eux de faire du traitement autonome des plaintes transmises par le Comité
permanent P un instrument de travail valable garantissant au citoyen
un examen de sa plainte qui réponde aux mêmes critères que ceux appliqués
par le Comité.
Section 2 : Suivi
de
La police locale voulue par « Octopus », caractérisée par son souci
d’assurer une « police de proximité », doit, par essence, coller
au plus près des spécificités locales [7]
. L’effectif d’un corps de police doit être suffisant pour
lui permettre de fonctionner correctement, ce qui suppose de garantir un certain
nombre de missions pour les tiers et pour soi-même : diriger le corps,
former son personnel, assurer une fonctionnalité d’ordre public, veiller à
la police de la circulation, etc. Différents contacts ont aussi permis de
constater qu’un certain nombre de corps de police locale ne s’en sortaient
pas avec les normes de fonctionnalité minimales. Ainsi, notamment les plus
petites zones soutiennent avec force ne pas pouvoir assumer certaines fonctionnalités.
Des correctifs sont donc à apporter. Dans ce contexte, il conviendrait peut-être
de laisser une plus grande marge de manœuvre aux responsables locaux !
Certains responsables au niveau local dénoncent l’augmentation des tâches
de la police locale et une certaine possibilité de réquisition dans le chef
de la police fédérale alors que, légalement, seul le ministre de l’Intérieur
peut requérir. La crainte existe auprès de plus d’une autorité locale que
l’actuelle réorganisation, structurée à deux niveaux, soit vouée à l’échec.
Il reste encore à noter que le manque d’aptitudes dans certaines matières
et le manque de personnel opérationnel sont structurels dans beaucoup de zones,
de sorte que les besoins locaux ne sont pas suffisamment abordés. L’un des
points faibles se situe notamment dans le morcellement et le manque de puissance
dans les moments critiques. Une solution – nous l’avions déjà évoqué dans
notre précédent rapport annuel – pourrait résider dans le renforcement de
la coopération entre les zones de police, qui ne peut être facultative, tout
en tenant compte de l’autonomie locale et des besoins locaux [8] .
Un autre chef de zone explique que c’est au niveau du quartier qu’il convient
de savoir ce qui se passe et qui crée des incidents. Tout cela est en train
d’être développé au sein de sa zone ainsi que dans de nombreuses autres où,
à côté des initiatives spécifiquement locales, une centralisation au niveau
du Carrefour d’information zonal (CIZ) pourra gérer toutes ces données, ces
fiches d’identification et la classification systématique avec un contact
direct avec le Carrefour d’information d’arrondissement (CIA). Il y a donc
des interactions entre le CIA et le CIZ, qui est un peu le pendant du CIA
au niveau de
Au niveau du nombre de zones, à l’occasion de différents contacts, le Comité
permanent P a pu constater – et certains responsables locaux l’ont d’ailleurs
déclaré – que leurs zones étaient un peu trop petites ou mal associées. Et
d’évoquer, par exemple, des objectifs policiers qui ne sont pas les mêmes.
D’après le président de la Vereniging van Vlaamse Steden en Gemeenten
(VVSG), la qualité de vie de certaines zones devrait aussi faire l’objet d’un
nouvel examen. Toutes les zones ne sont en effet pas en mesure d’offrir le
service minimal pour assurer un sentiment de sécurité confortable ou acceptable
aux citoyens. L’accueil 24 heures sur 24 n’est pas réalisable dans une
zone trop petite. Chaque zone devrait normalement être en mesure d’effectuer
ses interventions sur son propre territoire, sauf dans des circonstances exceptionnelles.
Ce n’est cependant pas toujours possible dans l’état actuel des choses. N’oublie-t-on
pas trop facilement l’appui latéral et les accords interzonaux ? En différents
endroits, l’assistance aux victimes plaide également en faveur de zones plus
grandes. D’après certaines constatations faites, il nous semble, rebus
sic standibus toujours, qu’il est pratiquement impossible de travailler
dans une zone avec moins de 120-150 personnes. « Il subsiste
certainement encore une cinquantaine de zones de trop », aurait aussi
déclaré Brice de Ruyver, le conseiller en sécurité du Premier Ministre [9]
. En revanche, pour le ministre de l’Intérieur, « les
fusions occasionneraient d’interminables échanges de vue ». Il préconise
plutôt alors le renforcement de la collaboration entre les zones [10]
, piste qui, à notre sens aussi, a trop peu été explorée.
N’est-il pas temps de dépasser enfin les maladies de jeunesse engendrées par
la mise en œuvre de la loi du 7 décembre 1998 ?
N’oublions pas non plus que chaque nouveau changement affecte l’ensemble.
Tant les citoyens que les policiers et les autorités ont aussi besoin d’un
peu de stabilité ! Cette relative stabilité, tous y aspirent. C’est sur
ce point que nous souhaitons mettre l’accent, dans l’état actuel des choses
et compte tenu de toutes les circonstances.
En ce qui concerne l’intégration, on constate, comme l’année passée, des
différences de traitement entre zones, notamment au niveau des dotations,
des ratios utilisés pour les dotations ou contributions diverses. Sans doute
est-ce lié à toutes les spécificités locales. Mais ne va-t-on pas trop loin
dans un « village mondial » ? Une certaine transparence serait
cependant, elle aussi, la bienvenue.
À plusieurs reprises, il a été fait allusion à une forme d’abus de position
dominante de telle ou telle commune dans certaines zones pluricommunales,
où le système de pondération des voix est susceptible de poser problème.
La fonction de comptable spécial, importante même si elle ne fait pas partie
des préoccupations prioritaires du Comité permanent P, est parfois critiquée :
« la description de la tâche et de l’appui administratif est actuellement
très diffuse et diffère d’une zone à l’autre. Une description de la tâche
fait défaut. Il est donc souhaitable que l’ensemble des tâches du comptable
spécial soit repris dans la LPI » [11] .
L’article 30 de la loi sur la police intégrée prévoit la désignation
du comptable dans un système de cascade. Il n’est ainsi fait appel à un receveur
régional que lorsque aucun receveur communal ou du CPAS n’est disponible.
Se pose un problème en Région flamande, où le gouvernement régional veut supprimer
cette possibilité pour les fonctionnaires régionaux. La Commission d’accompagnement
de la réforme des services de police au niveau local ajoute enfin que :
« pour ce point, comme pour d’autres difficultés auxquelles les zones
de police sont confrontées, l’octroi de la personnalité juridique aux zones
monocommunales pourrait résoudre beaucoup de problèmes » [12] .
Nous ne pouvons que souscrire à cette dernière option, aussi en ce qui concerne
certaines questions d’opérationnalité et de professionnalisation.
Il est régulièrement question aussi de problèmes comptables. Ainsi, le VVSG
considère que le niveau local est soumis à la comptabilité locale. Il existe
toutefois des circulaires qui incitent à ne pas suivre cette réglementation
légale.
Plusieurs responsables nous ont affirmé que certaines communes, certains
responsables locaux, voire policiers, ne comprennent pas nécessairement tout
ce qui est attendu de leur part. Ils veulent ainsi continuer à envoyer, comme
antérieurement, différentes pièces dans l’ancien commissariat de
Nous évoquons par ailleurs la question de la fonction de contrôle interne.
Pour la police locale, l’évaluation et les procédures disciplinaires sont
avant tout des instruments de gestion. On estime que les premières évaluations
ne pourront se faire qu’en 2006 car il faut d’abord former les évaluateurs.
Ceci pourrait d’ailleurs poser des problèmes à court terme. Le monde policier
souhaite disposer d’un système d’évaluation qui promeut d’abord le service
et, dans ce service, l’individu. Les procédures disciplinaires paraissent
encore beaucoup trop lourdes, ce qui a pour conséquence que nombre de procédures
ne sont pas entamées. Une suggestion serait de simplifier celles-ci. La Commission
permanente de la police locale souligne que le Conseil de discipline a remarqué
une certaine peur des procédures. Plusieurs chefs de corps et responsables
ne maîtrisent pas, ou pas assez, les procédures en matière de discipline.
Il faut se réjouir de la décision du ministre de l’Intérieur d’avoir chargé
l’inspection générale de formuler des propositions d’adaptation du statut
disciplinaire.
Les termes « contrôle interne » peuvent définir deux notions complémentaires,
nous l’avons aussi évoqué par ailleurs. D’une part, le contrôle interne sensu
lato, recouvrant la gestion au quotidien et le management, d’autre part,
le contrôle interne sensu stricto, le contrôle en tant que tel. Une
enquête thématique a été menée à ce sujet par le Comité permanent P. Sa conclusion
générale est qu’il existe bien au sein des corps de police un système de contrôle
interne qui contribue d’une certaine manière au contrôle de la gestion mais
il faudrait promouvoir l’analyse systématique et globale des plaintes et proposer
ensuite des solutions structurelles destinées à améliorer le fonctionnement
interne du corps et à sensibiliser les autorités à certains problèmes.
La POL 48 invite les chefs de corps à instaurer un service de contrôle
interne s’ils disposent d’un service de recherche ou d’une brigade des mœurs,
indépendamment du fait que le corps compte 200 agents ou moins. Cette
fonctionnalité est maintenant organisée dans chaque corps de police et, en
conséquence, un service spécifique de contrôle interne aurait dû y être créé.
La Commission permanente a, elle aussi, informé le ministre de l’Intérieur
du réel besoin de diffuser une nouvelle circulaire concernant le contrôle
interne.
Le Comite permanent P remarque également que la gestion des corps de police
est trop souvent basée exclusivement sur
La relation personnelle du bourgmestre avec « sa » police a, bien
entendu, changé dans les zones pluricommunales. On doit aussi souligner qu’assez
souvent, le collège de police est l’une des initiatives qui fonctionne réellement
et correctement dans le cadre de
Pour certains, les conseils de police seraient un non-sens, un « truc
obligatoire » sans aucune utilité. Même un plan de sécurité ne doit pas
vraiment être soumis au conseil de police. Ce constat ne nous semble pas toujours
dénué de sens. Ne faudrait-il en effet pas laisser plus d’espace à l’autonomie
locale ?
L’arrêté royal visant à mettre en place la Commission permanente de la police
locale se fait toujours quelque peu attendre [xiv] . En
attendant, l’ex-commission permanente de la police communale a intégré quatre
anciens commandants de brigade de gendarmerie et un chef de police locale
pour être davantage représentative.
La Commission d’accompagnement de la réforme des services de police au niveau
local recommande le respect des procédures légalement prévues afin de permettre
au Conseil consultatif des bourgmestres de remplir sa tâche comme il se doit.
Le ministre de l’Intérieur devrait y être représenté officiellement, permettant
ainsi aux bourgmestres d’obtenir des explications supplémentaires. La Commission
recommande également une plus grande synergie entre le Conseil consultatif
des bourgmestres, l’Union des Villes et Communes et la Commission permanente
de la police locale.
Enfin, il convient de rappeler que, lors de la mise en place des zones de
police, il n’a jamais été prétendu qu’il s’agissait de la perfection même.
Il était même clair – un peu comme l’audit réalisé pour le niveau fédéral
de la police intégrée – qu’il serait nécessaire, à terme, d’évaluer comment
les choses s’étaient déroulées et de vérifier si des améliorations pouvaient
être apportées. Une telle évaluation ne devrait-elle pas être réalisée dans
certaines zones représentatives, à l’instar de ce qui a été fait pour le niveau
fédéral ? Une telle tâche pourrait être confiée à l’inspection générale
de la police fédérale et de la police locale, instrument par excellence pour
évaluer la mise en œuvre de la politique du gouvernement en vue de permettre
aux ministres de l’Intérieur et de la Justice de prendre toutes les initiatives
qui s’imposent dans ce cadre.
Il y a peu, un chef de zone bruxellois, relayé par d’autres, estimait satisfaisants
les premiers balbutiements de l’implémentation de la loi du 7 décembre 1998
au sein de la police locale. Il affirmait même que trois ou quatre mois plus
tard, la réforme serait pleinement réalisée. Il faut pourtant aussi tenir
compte du fait qu’entre-temps, de nouveaux paramètres sont venus s’ajouter
et que des missions ont connu d’autres développements pas toujours prévisibles,
sans que nécessairement la réforme soit en cause. Entre les sommets européens,
les visites de chefs d’État ou encore le transfèrement de détenus, certaines
zones affirment avec force, mais aussi avec une certaine exagération, qu’elles
ne savent plus où donner de la tête. À ce propos, on peut avancer que le manque
chronique d’effectifs, préexistant à la réforme – nous l’avons déjà souligné
–, constitue un autre souci. Une série de mesures ont ainsi été arrêtées le
14 juin 2002 pour favoriser l’apport de personnel à Bruxelles et pour le fidéliser.
Il faut cependant maintenant noter – effet en cascade – une hémorragie du
personnel dans les zones périphériques de
Dans un tel contexte, il nous semble aussi important que le parquet diminue
de façon significative le nombre des apostilles et des rappels pour les infractions
de roulage et qu’il recherche de nouvelles pistes. Une autre mesure consiste
à affecter d’office les nouveaux policiers à l’arrondissement de Bruxelles,
même si d’aucuns s’en plaignent malgré l’aspect positif (fût-il partiel et
temporaire) de telles mesures. Les chefs de corps de la capitale enregistrent
en effet l’arrivée de jeunes recrues, fraîchement sorties des écoles de police
de Bruges, de Namur ou autre. Certaines de ces jeunes recrues expliquent d’ailleurs
être attirées par la diversité des terrains sur lesquels elles sont amenées
à travailler, par les gens rencontrés. Il faudra aussi tabler sur la qualité
de l’accueil, de l’encadrement, sur le travail varié et passionnant, etc.
qui feront que certains voudront rester. Et puis, il y a aussi les possibilités
de mobilité vers des zones non urbaines qui s’amenuisent au fil du temps.
De nombreuses constatations, effectuées notamment en Région bruxelloise, semblent
indiquer que l’accueil peut sans aucun doute encore être amélioré dans certains
commissariats, que la communication n’est pas bonne et que la visibilité laisse
parfois énormément à désirer. L’état et la qualité du matériel ainsi que certains
retards administratifs ajoutent toujours à une certaine mauvaise humeur. Il
en va de même des locaux étriqués ou inadaptés et de certains retards dans
les salaires et les primes, non imputables au fédéral contrairement à ce que
d’aucuns soutiennent encore, parfois avec un brin de mauvaise foi. Dans un
certain nombre de zones ou services, l’absentéisme est parfois élevé et les
conditions de travail doivent encore être améliorées.
Des efforts pour lutter contre la criminalité et l’insécurité sont également
réalisés dans les grandes villes telles que Charleroi, qui avait déjà fait
l’objet d’une attention particulière sous la législature précédente et continue
d’ailleurs de le faire. Il ne faut cependant pas crier victoire trop tôt :
les efforts, notamment de professionnalisation et de rationalisation, doivent
être maintenus.
La réforme n’aurait-elle pas été imposée dans des délais qui ont fait brûler
des étapes ? Le gouvernement a négocié alors qu’il disposait de marges
budgétaires. Il n’y a pas moins de policiers qu’avant la réforme mais certains
chefs de zone disent parfois un peu vite qu’ils ont 15 % de personnel
en moins sur le terrain ! Cela ne se vérifie cependant pas toujours,
ni partout. Des données précises manquent en effet assez souvent, pour ne
pas dire pratiquement toujours, en vue d’étayer les critiques les plus virulentes.
La plus grande prudence s’impose donc en l’espèce.
De son côté, la Région de Bruxelles-Capitale lance un plan de financement
visant à aider les 19 communes à s’équiper en caméras de surveillance.
Certains mandataires bruxellois avaient pourtant fait part de quelque réserve
en la matière, en particulier en ce qui concerne le respect de la vie privée.
Pour un criminologue averti, « on veut rassurer le citoyen, lui procurer
un soi-disant sentiment de sécurité. C’est un leurre ». Pour lui,
rien ne remplacera la présence humaine, qu’elle soit policière ou non. À ce
niveau aussi, des efforts ont été faits mais la police ne saurait abandonner
toutes les tâches ! D’autre part, la police n’est pas le seul intervenant !
D’autres acteurs, intervenants, responsables et autorités, ont également leur
pierre à apporter à l’édifice.
Selon la note de politique générale de la police fédérale et du fonctionnement intégré [14] , « l’objectif principal est de réduire effectivement l’insécurité objective et subjective. La police fédérale contribuera substantiellement à atteindre ce résultat à caractère social, en collaboration avec les autres acteurs concernés ». Cette même note explique que les initiatives seront prises en vue de fonctionner, à la manière d’une entreprise, sur la base de concepts, de méthodes et d’instruments de management adaptés. L’attention sera particulièrement accordée à une approche méthodique planifiée et au travail basé sur les objectifs mesurables à tous les niveaux.
Depuis qu’il en a eu connaissance, le niveau fédéral du service de police
intégré s’applique clairement à traduire dans les faits la plupart des résultats
de l’audit PWC, même si cela demande aussi du temps. Plusieurs premiers résultats
tangibles – qui vont dans le bon sens – ont été enregistrés, soulignons-le,
dont : (1) la réorganisation des directions qui dépendent directement
du commissaire général, avec pour objectif de doter celui-ci des instruments
lui permettant de remplir le rôle de « grand coordinateur » qui
doit être le sien. Il doit aussi rendre (très) souvent compte au ministre
de l’Intérieur ; (2) le dégagement de capacité opérationnelle en
remplaçant des opérationnels qui occupent encore des tâches administratives
et logistiques par du personnel non policier. D’aucuns pensent que cela ne
va pas assez vite. Mais est-il possible d’accélérer le mouvement ? En
effet, il n’est pas évident, du jour au lendemain, de replacer sur le terrain
des gens qui occupent des fonctions administratives ou logistiques et il faut
aussi tenir compte du know-how.
Le 8 avril 2003, le ministre de l’Intérieur et le commissaire général de la
police fédérale ont présenté, avec un certain brio, les réalisations du niveau
fédéral de la police intégrée un an après l’audit effectué par
En ce qui concerne le plan national de sécurité, la première phase du cycle
de management, à savoir la préparation, la rédaction et l’approbation du plan
national de sécurité 2003-2004, est achevée [xv]
. Il a été tenu compte de plusieurs éléments, dont le contexte
international. Un autre instrument important utilisé lors de la prise de décision
est l’image policière nationale de sécurité. Les principaux phénomènes ont
été classés et regroupés, selon une méthodologie rigoureuse et défendable,
sur la base de 31 critères pertinents relatifs à l’importance, la gravité
et
Le niveau intermédiaire du service de police intégré, structuré à deux niveaux
– tant le directeur coordinateur administratif que le directeur judiciaire
– a été le dernier problème à être réglé (à un rythme effréné) dans le cadre
de l’élaboration de la loi du 7 décembre 1998. La porte est ainsi
ouverte à de nombreuses interprétations, allant d’un point de vue minimaliste
à un point de vue maximaliste qui confère un rôle plus permanent, plus structurel
aux services déconcentrés et à leurs directeurs. Sur le terrain, on a parfois
l’impression d’assister au développement d’un syllogisme un peu étrange. Les
DirCo disent qu’ils ont « envie de faire plein de choses ». De par
la loi, ils ont la possibilité théorique de remplir différentes missions et
de rencontrer divers besoins. En germe, les DirCo sont donc là pour offrir
de nombreux services mais ils ne reçoivent pas de directive de l’échelon central
leur permettant d’agir de manière proactive. La conclusion, disent les DirCo,
est parfois celle-ci au niveau fédéral : puisqu’ils ne font rien, c’est
qu’on n’en a pas besoin. Des potentialités énormes existent pourtant au niveau
du DirCo, qu’il conviendrait de mieux exploiter. En effet, tant pour les négociateurs
d’Octopus que pour le législateur, le DirCo est l’un des principaux mécanismes
d’intégration entre le local et le fédéral. On peut espérer que le groupe
de travail qui réfléchit à l’éventuel agrandissement d’échelle des attributions
territoriales du DirCo inclura cette dimension dans sa réflexion : qu’attend-on
des DirCo ? C’est notamment la réponse à cette question qui devra permettre
de déterminer le nombre et le ressort territorial des DirCo et de préciser
leurs missions, tâches et obligations.
L’option d’un ancrage au niveau de l’arrondissement d’une partie importante
de l’organisation policière n’est pas une donnée récente. Cette question a
été mise sur le tapis il y a quelques années, un « patchwork » de
27 îles ne pouvant servir à une recherche efficace de
Le pilier judiciaire n’a pas toujours reçu l’attention voulue. Certaines
réalisations gagneraient aussi à être mieux mises en valeur et prises en considération :
le modèle de fonctionnement interne de la Direction générale de la police
judiciaire (DGJ), l’étude de capacité, l’interaction avec les DirJu concernant
le plan national de sécurité, le concept d’intelligence led policing,
ce qui peut paraître surprenant lorsqu’on se réfère aux raisons de
Lors de la mise en place de la police fédérale, la capacité de chacun des
services judiciaires d’arrondissement a été calculée simplement en additionnant
le personnel des ex-brigades de surveillance et de recherche (BSR) et des
anciennes brigades de police judiciaire. L’hypothèse, même non formulée, était
que les effectifs qui préexistaient à la réforme devaient, en principe, suffire
et être parfaitement nécessaires aux tâches qui seraient les leurs. La Direction
générale de la police judiciaire – avec l’appui de l’Université de Gand –
a réalisé une très sérieuse étude en la matière, qui pourrait donner lieu
à un rééquilibrage intelligent des capacités des services judiciaires d’arrondissement,
voire des capacités judiciaires tout court. Il convient aussi de noter que
l’approche planifiée de l’exécution des missions de police judiciaire a véritablement
amené à un bouleversement des processus.
La collaboration interzonale se concrétise de plus en plus et de mieux en
mieux au travers de différents mécanismes, parmi lesquels la conclusion de
protocoles. Les zones où peut se créer une situation win-win doivent
être encouragées à conclure un maximum d’accords et de protocoles, tant dans
des domaines opérationnels que non opérationnels. Le DirCo doit jouer un rôle
primordial en cette matière.
Ne parle-t-on pas trop souvent non plus que de police locale ou que de police
fédérale ? Ne serait-il pas nécessaire de réfléchir plus fréquemment
à la notion de fonctionnement intégré ? L’absence de lien hiérarchique
entre le niveau fédéral et le niveau local, en tant que deux niveaux distincts
d’un ensemble intégré, est destiné à représenter à beaucoup d’égards une force
du système. Cela suppose bien sûr que chacun donne un contenu adulte à cette
autonomie, qui signifie une liberté dans l’interdépendance et dans la volonté
d’intégration. À cet égard, le DirCo mais également le DirJu ont un rôle important
de coordinateur et de facilitateur en ce qui concerne la responsabilité de
« la police fédérale » et de « la police locale » dans
le bon fonctionnement, notamment des Carrefours d’information d’arrondissement
(CIA) et des Centres d’information et de communication (CIC).
En matière d’appui logistique et administratif, les deux niveaux semblent
encore se chercher, même si les choses vont mieux depuis peu, nous y reviendrons
par ailleurs. D’une part, les polices locales ne savent pas toujours ce qu’elles
peuvent demander au niveau fédéral. D’autre part, le niveau fédéral ignore
ce qu’il peut offrir, du moins il ne connaît pas très bien les modalités de
l’offre de service qu’il peut donner. Il a été insisté auprès de la police
fédérale pour qu’elle fasse preuve d’ouverture en matière d’offre de service
auprès des polices locales. Une première traduction concrète réside dans la
mise à disposition sur le site de la police fédérale d’une série de marchés
publics, ouverts non seulement au niveau fédéral mais aussi au niveau local.
Il convient aussi de souligner qu’en pas mal d’endroits, cet appui se passe
très bien, il ne faut pas oublier de le mentionner, « la police fédérale »
ayant accompli de gros efforts en matière logistique et même d’administration,
notamment des ressources humaines.
Au fil du temps, il semble y avoir eu, du moins dans un premier temps et assez
souvent aussi, une lecture assez stricte de la part du niveau fédéral de sa
mission d’appui, ce qui a parfois créé certaines frictions et tensions. Il
convient toutefois de retenir une circonstance atténuante : « la
plus belle fille ne peut donner que ce qu’elle a ».
Différents projets et pistes de réflexion ont été évoqués en vue de renforcer
la Réserve générale. Un des objectifs d’une telle réorientation aurait dû
être de valoriser et d’utiliser au mieux les moyens qui existent au niveau
fédéral et pas au niveau local, tout en permettant aux deux niveaux de tirer
un bénéfice de cette approche nouvelle. Cette question devrait pouvoir être
réglée assez rapidement. Le récent sommet gouvernemental « Intérieur
– Justice » a ainsi pris des décisions
Selon une enquête menée par la Commission permanente de la police locale,
les chefs de corps des polices locales se montrent très critiques à l’égard
de la réforme et du niveau fédéral de la police intégrée, structurée à deux
niveaux. Pour le ministre de l’Intérieur, cette enquête n’est pourtant pas
représentative de l’ensemble de la police locale et l’image particulièrement
négative que donne le rapport du fonctionnement de la police fédérale serait
due surtout à la manière dont les questions auraient été posées. Il reconnaît
cependant que le rapport est révélateur de problèmes réels. Une des plaintes
les plus souvent citées concerne « le fanatisme des services de la
police fédérale à rédiger toutes sortes de directives et de règles, souvent
ambiguës, afin de tenter de tout régler dans le détail ». De son
côté, la police fédérale constate que la plupart des corps n’ont pas transmis
de propositions d’amélioration alors qu’un des buts de l’enquête était précisément
d’en obtenir. Et de conclure qu’il s’agit là sans doute d’une reconnaissance
tacite de la complexité des diverses problématiques et de l’indispensable
étalement dans le temps pour élaborer des solutions acceptables pour les deux
niveaux de la police intégrée. Lors de plusieurs contacts, la police fédérale
a également tenu à souligner que le rapport de la Commission permanente de
la police locale portait exclusivement sur des problèmes de fonctionnement
dont la résolution ne pouvait, d’abord et surtout, que se faire au niveau
local. Et de regretter que n’aient pas été abordés également les problèmes
d’ordre purement local. Ce point de vue a ses mérites et s’est confirmé à
différents égards. Pourquoi ne pas imaginer la mise en place d’une plate-forme
de concertation informelle entre les composantes fédérale et locale de la
police intégrée, composée de techniciens pouvant s’appuyer sur des expériences
de terrain, pour arriver à une meilleure compréhension mutuelle au sujet des
priorités et tâches.
La Commission d’accompagnement de la réforme des services de police au niveau
local soutient la demande des zones de voir s’étendre l’appui fourni par la
Direction des relations avec la police locale. Elle souhaite que la relation
fédéral-local parte de la philosophie d’un contrat de prestation de services,
ce qui implique que le niveau fédéral a réalisé une première analyse des attentes
et des besoins de ses clients – que sont les zones –, en collaboration
avec la Commission permanente de la police locale. Cette question est aussi
évoquée par ailleurs dans le cadre d’une de nos enquêtes de contrôle.
Les plans zonaux de sécurité, à l’instar du plan national de sécurité, seront
dorénavant valables pour deux ans [xvi]
. Il s’agit d’un progrès appréciable et la planification
pourrait même encore être plus souple en fonction des spécificités locales
(trois, quatre ans moyennant des ajustements périodiques). Il est aussi bon
que la procédure d’approbation des plans zonaux de sécurité soit également
adaptée prochainement, sur la base de l’évaluation de la procédure initiale
[15] .
Nous ne pouvons, pour ce chapitre, que rappeler nos réflexions figurant dans
notre rapport d’activités 2002 [16]
: « Un toilettage, une codification et une
coordination de ces directives pourraient cependant avoir lieu dans la foulée
de l’évaluation globale de la réforme de la police intégrée – et donc aussi
de son degré d’intégration – prévue en septembre 2003. Ne conviendrait-il
cependant pas de se demander si une réglementation, une directive ne devrait
pas aller à l’essentiel : ce qu’il importe de faire ? Le reste ne
pourrait-il, ne devrait-il pas être abordé par différentes formations ? »
ou par différentes informations ciblées ? Il faut cependant noter que
la surrégulation, si elle doit effectivement être évitée, constitue incontestablement
un mal nécessaire lors de l’introduction de n’importe quel nouveau statut,
de surcroît aussi complexe que « le Mammouth ». Par ailleurs, les
zones et les policiers sont aussi parfois demandeurs de directives, de précisions [17]
. Et cela n’est pas la moindre des contradictions du système.
La gestion de l’information commune constitue l’un des mécanismes essentiels
de la mise en œuvre de la « police intégrée » [18]
et une approche orientée vers l’information, l’un des piliers
du fonctionnement du service de police intégré, structuré à deux niveaux [19]
. Or, diverses sources révèlent que la gestion de l’information
souffre de plusieurs lacunes (non négligeables), ce qu’illustraient d’ailleurs
certaines enquêtes du Comité permanent P, notamment sur les statistiques criminelles [20]
. Celui-ci a donc décidé d’analyser la gestion de l’information
telle qu’elle est actuellement organisée. Il en ressort notamment que les
chefs de zones doivent impérativement prendre conscience de l’importance de
la circulation de l’information telle que prévue dans la MFO-3, reconnaître
et souscrire à l’esprit de cette directive et veiller à prévoir les moyens
et structures nécessaires permettant aux gestionnaires fonctionnels d’en respecter
les obligations. Dans le cadre de travail actuel, les zones individuelles
doivent se rendre compte que leur intérêt ne se situe pas qu’au niveau local
et qu’elles doivent être prêtes à fournir des efforts pour aider à améliorer
le fonctionnement des autres zones, du niveau fédéral, bref du « service
de police intégré, structuré à deux niveaux ».
Des circulaires communes des ministres de l’Intérieur et de la Justice ont
précisé ce qu’il faut faire au niveau des CIC et des CIA. Même si beaucoup
de leçons ont déjà été tirées, notamment dans le prolongement des enquêtes
effectuées et rapports déposés, il n’est pas possible d’affirmer que les CIA
fonctionnent de manière optimale. La polémique sur la publication des statistiques
en matière de criminalité l’a encore démontré. Certains responsables de la
Commission permanente de la police locale ont d’ailleurs aussi fait remarquer,
en ce qui concerne les problèmes rencontrés au niveau de la gestion et de
l’exploitation de l’information, que tous les niveaux (police locale, police
fédérale, service de police intégré et gouvernement) doivent prendre des initiatives.
L’un des principaux objectifs de la réforme des services de police risque
de ne pas être atteint. On se trouve en quelque sorte dans un cercle vicieux.
Les corps de police locale attendaient beaucoup des CIA mais, à court terme,
les CIA ne pouvaient pas toujours répondre à leurs demandes. Les corps de
police locale ont alors pallié ce manque en créant leur propre Carrefour local
d'information et, en conséquence, ils ont trop souvent tendance à moins transmettre
les informations aux CIA. Par ailleurs, le système informatique génère encore
régulièrement des rejets au-delà des erreurs ou insuffisances au niveau des
saisies.
Les statistiques de criminalité ne vont pas sans susciter
Le Comité permanent P s’est aussi penché sur la question et continuera de
suivre
L’analyse de la criminalité ne doit pas consister en une simple comparaison
de chiffres entre deux années mais bien en une analyse de tendances s’appuyant
sur une série chronologique de chiffres fiables s’étalant sur plusieurs années.
Cette approche prendra un certain temps. Les experts universitaires consultés
font remarquer que le nouveau système de collecte de données devra « tourner
à l’essai » pendant plusieurs années afin de pouvoir construire une série
suffisamment longue de chiffres au niveau des communes et qu’il sera impossible
de remonter jusqu’à la cause de la rupture d’alimentation en données, voire
de restaurer les données de 2001 d’une manière qui soit acceptable pour toutes
les parties. La problématique des statistiques criminelles interpolicières
fait partie de la problématique globale de la gestion de l’information au
sein de la police intégrée qui fera l’objet d’un suivi en 2004-2005.
En ce qui concerne la gestion administrative, il faut noter que la plupart
des corps de police locale (communale) n’étaient qu’exceptionnellement directement
vraiment impliqués dans la gestion financière, la gestion du personnel ou
encore la gestion logistique, ce qui constitue aussi l’un des grands changements
de
De nombreux auteurs et intervenants, à tous niveaux, ont une fâcheuse tendance
à oublier que le maintien de l’ordre public, de « la paix dans la Cité »
est, le plus souvent, une responsabilité et une compétence (essentiellement)
locale exercée sous l’autorité de l’autorité locale, le bourgmestre de la
commune concernée !
La directive ministérielle MFO-2 [25] du
3 avril 2002 avait instauré un système de solidarité supralocale entre zones
pour des missions de police locale d’envergure, le système de la capacité
hypothéquée (Hycap). Elle a été modifiée et complétée par la directive ministérielle
MFO-2bis
[26] du 17 janvier 2003
relative à la gestion de la capacité en personnel et à l’octroi de renfort
par la police locale lors des missions de police administrative [27] . Le contenu
en a été déterminé en grande partie par les décisions des conseils des ministres
des 7 et 14 juin 2002 dans le cadre du surcoût de la réforme des polices,
et en partie par l’évaluation (opérationnelle) réalisée entre-temps sur le
système Hycap. Selon le ministre de l’Intérieur, cette évaluation apprend
que l’organisation de la solidarité supralocale entre zones de police est
indissociablement liée au développement de la mise en place du nouveau paysage
policier dans son ensemble.
Selon certains, ce sont toujours les mêmes qui demandent et les mêmes qui
livrent du personnel. Le Comité permanent P a pu effectuer un certain nombre
de constatations et de vérifications mettant en évidence des problèmes ainsi
qu’un manque de correction ou de fair-play de la part de certains. Par exemple,
il faut, en cas de demande, avoir utilisé sa propre capacité de manière maximale
ou, en cas de refus, avoir de bonnes raisons de refuser de fournir ces renforts.
Pour le ministre de l’Intérieur, les communes qui autorisent ou organisent
des événements doivent tenir compte des limites de capacité policière et les
organisateurs doivent utiliser les possibilités de la loi sur le gardiennage
de manière maximale. Une autre contradiction est peut-être un manque d’adéquation
entre les options en matière de sécurité publique et de sécurité privée. Enfin,
comment ne pas pointer que 43,5 % de l’Hycap utilisée en 2003 l’a été
pour des matchs de football ! (12,4 % pour des manifestations ;
8,4 % pour des grèves).
La nouvelle directive en la matière ne résout pas tous les problèmes. Tant
que la Hycap propose une alternative gratuite, l’appui latéral relatif à l’ordre
public sera plutôt l’exception que
La gestion des ressources humaines appelle différents commentaires. Nous n’avons cependant pas pour objectif de les évoquer tous ici, vu notamment notre spécificité, nos missions et nos compétences. Parmi les points positifs, on peut mentionner le modèle de management réellement apparu dans de nombreux corps de police qui, indépendamment de la forme qu’il prend, contribue à plus de professionnalisme à court et à long terme, dans ce domaine-là aussi, peut-être même plus qu’en tout autre. Autre résultat positif : l’organisation en tant que telle suit la même tendance, de sorte qu’un corps ne dépend plus exclusivement des capacités d’une personne. Il faut cependant admettre qu’il reste des corps qui n’ont pas « suivi le mouvement ».
En matière de rémunération, il semble que les instruments techniques permettant
de garantir à chacun une rémunération correcte ont parfois été difficiles
à mettre en place. Tant le secrétariat social de la police intégrée que le
service central des dépenses fixes – qui calcule ce qui doit être payé aux
policiers – ont eu beaucoup à faire en très peu de temps : reconstitutions
de carrière, (re)constitutions de dossiers pour près de quarante mille policiers,
plus quatre ou cinq mille non policiers. Ces dossiers n’étaient pas toujours
tenus d’une très bonne manière et certainement pas partout de la même manière.
La coopération d’acteurs locaux essentiels a parfois aussi fait défaut. La
police fédérale a cependant procédé à un important investissement en personnel
pour étoffer ce service, ce qui a permis de mener à bien les régularisations
pour 2002 et d’assurer les paiements corrects « en régime » pour
l’ensemble de la police intégrée à partir de 2003. Restent toutefois deux
opérations importantes à mener, le contrôle des insertions à la date du 1er
avril 2001 et ensuite la régulation finale pour 2001.
Le ministre de l’Intérieur – rejoignant en cela différents chefs de corps
et bourgmestres – s’est déclaré favorable à une plus grande flexibilité dans
les statuts des policiers, ce qui devrait se traduire par une augmentation
des normes maximales relatives aux prestations de nuit et de week-end. En
effet, il semble qu’il ne soit pas toujours simple de rencontrer l’ensemble
des besoins tout en respectant le « Mammouth ». Des négociations
doivent encore avoir lieu en la matière mais elles semblent démarrer difficilement
et il est tout aussi malaisé de les mettre en œuvre.
Le 22 juillet 2003, la Cour d’Arbitrage [30] a annulé
certaines dispositions de « l’arrêté Mammouth » de mars 2001, qui
avait été confirmé par la loi programme du 30 décembre 2001. Cette
décision a eu et aura encore des conséquences énormes. Tout le problème sera
de trouver une solution qui soit respectueuse de l’arrêt tout en évitant d’ouvrir
de nouvelles revendications à d’autres catégories de policiers. Ce ne sera
probablement pas simple car toucher à un élément équivaut à ébranler l’ensemble.
On pourrait se passer de cette nouvelle spirale ascensionnelle lors de l’examen
du chemin qui reste à parcourir au niveau de l’assomption notamment de la
fonction de police et du service minimal équivalent sur l’ensemble du territoire.
Il importe de faire face et de résoudre les vrais problèmes, la sécurité des
citoyens, des institutions et des biens.
L’application correcte du statut du personnel pose parfois encore problème,
notamment en ce qui concerne les indemnités et les horaires de service. Certains
craignent ainsi une guerre entre les polices locales ayant pour enjeu la chasse
au personnel. Quant à la demande d’une allocation particulière pour les agents
de quartier, le ministre de l’Intérieur, convaincu de leur utilité
[31] , a déclaré :
« s’il devait s’avérer opportun de faire quelque chose de spécifique
pour les agents de quartier, cela ressortira de l’évaluation de l’application
du statut policier à laquelle [le ministre] procédera dans les mois
à venir avec les organisations syndicales représentatives »
[32] . N’oublions pas qu’ils
ont un rôle essentiel à jouer dans la réforme mais aussi que la complexité
du statut et l’abondance des indemnités ont donné lieu, ici aussi, à une spirale
ascensionnelle et à une administration qui, quand on voit les enjeux, peut
se comprendre.
Par ailleurs, les lois coordonnées sur l’emploi des langues du 18 juillet
1966, telles que modifiées par la loi du 12 juin 2002, sont également d’application
pour les services de police. À la suite de la réforme, les membres des anciens
corps ont été mutés vers la police fédérale ou vers une police locale déterminée,
d’où des implications parfois importantes pour certaines personnes. Une période
de transition de maximum 5 ans a dès lors été prévue. Les services doivent,
quant à eux, être organisés de telle façon que l’accueil du public s’effectue
d’une manière conforme aux lois coordonnées sur l’emploi des langues. La situation
en la matière est régulièrement critiquée par d’aucuns, qui évoquent sans
conteste aussi des problèmes réels.
Pour la Fédération royale des officiers de police de Belgique [33]
, le personnel du cadre administratif et logistique a également
droit à un statut complet dans lequel un planning de carrière est prévu pour
tous les niveaux. La Fédération constate que cette catégorie est encore toujours
traitée durement, ce qui peut provoquer un ressentiment entre collaborateurs.
Le recrutement ne peut pas être qualifié de mauvais [34]
. Un effort appréciable – qui mérite d’être souligné – a
été réalisé pour renforcer le cadre de base. La discordance entre le cadre
(de base) organique et le cadre (de base) réel des polices locales a amené
le Comité permanent P à constater que les autorités administratives communales
ne semblent pas toujours vouloir consentir les efforts financiers nécessaires
pour renforcer les effectifs du cadre de base. Le Comité permanent P se demande
s’il ne serait pas souhaitable de généraliser un minutieux suivi des effectifs
– tenant compte des mêmes paramètres – de manière à disposer de chiffres se
rapprochant plus encore de
Les multiples campagnes de recrutement et aussi, sans doute, les dernières
mesures adoptées afin d’encourager les candidatures de jeunes policiers à
Bruxelles semblent commencer à porter leurs fruits.
La procédure de statutarisation des Calogs est en cours d’exécution et se
déroule sans trop de problèmes : 71,54 % des membres du personnel
concernés de la police fédérale sont ainsi statutarisés au 1er
octobre 2003.
Un projet d’évaluation « EVA 2003 » a pour but d’assurer la qualité
du processus éducatif dans toutes ses dimensions. Plus de 500 personnes ont
pu s’exprimer sur le sujet.
Le ministre de l’Intérieur a confirmé qu’il y avait assez d’argent pour la
formation des nouveaux agents. Il a aussi expliqué qu’il n’existe pas de volonté
de centraliser la formation : « Néanmoins, un quart du personnel
de la police travaille à Bruxelles et 46 % des emplois ouverts à la mobilité
s’y trouvent aussi »
[35] pour, par exemple,
0,8 % dans le Limbourg. Pour le ministre, la réalité requiert donc qu’une
proportion importante des aspirants soient formés à Bruxelles ou envoyés à
Bruxelles après leur formation. La communauté germanophone, quant à elle,
demande aussi des formations barémiques dans la troisième langue nationale.
Enfin, « Comment trouver du temps pour la formation ? »,
est une récrimination souvent entendue par le Comité (notamment face aux
changements législatifs intervenus). Est-ce une question de volonté ou de
moyens ? Il convient de souligner que beaucoup d'efforts ont été consentis
en ce qui concerne les formations, notamment en matière de maintien de l’ordre.
Dans ce domaine, il importe aussi de reconnaître la qualité du projet initial,
émanation du groupe G5. Mais les conditions dans lesquelles la mise en place
de ces formations s’est faite ont altéré et ont assez régulièrement nui à
la qualité générale de
La non-synchronisation de la mise en place de la réforme notamment a abouti
à un décalage de perception, de conception et de critiques ou, tout au moins,
de participation active. Il faut aussi constater que la concrétisation dans
des textes légaux du bon travail de départ du groupe G5 a pris un certain
temps et a été, de surcroît, incomplète. Dans ce contexte, il importe aussi
de préciser que la formation n’est qu’un sous-ensemble du système de gestion
des ressources humaines. L’ensemble des acteurs, principalement les unités
clientes et leurs responsables, ont un rôle fondamental à jouer. Tous n’ont
cependant pas encore intégré vraiment le sens de leur rôle. Il y a encore
énormément de malentendus et de difficultés à se situer dans ce système.
La structure dans laquelle on travaille est donc extrêmement hétéroclite.
Il convient dès lors de dialoguer, de convaincre, d’essayer de standardiser
certaines pratiques, ce qui, toujours, prend plus de temps, d’énergie et de
moyens que de commander dans une structure hiérarchisée. À cet égard, les
arrêtés royaux sur respectivement la formation fonctionnelle, la formation
continuée et les normes d’encadrement et de qualité se font toujours attendre.
S’il existe des accords de partenariat pour tenter de développer certains
produits, ce qui manque surtout, c’est, d’une part la capacité en personnel
et, d’autre part, la faculté d’imposer le projet qui, en d’autres termes,
dépend de la bonne volonté des différents partenaires.
Dans certains centres, la problématique de la rentabilité a conduit à faire
passer le nombre moyen d’élèves dans une classe de 20-25 à 30-35, la subvention
dépendant du nombre d’élèves, d’où de possibles répercussions sur
Bien sûr, la formation est différente, elle se veut basée sur un terme de
12 mois et sur un niveau de qualité supérieur à ce qui était initialement
prévu. Les écoles ont donc dit : « D’une part, c’est plus long
et, d’autre part, c’est aussi plus exigeant par rapport à ce qu’on nous demandait
auparavant ». Auparavant, il suffisait de suivre les cours, il n’y
avait pas de normes de qualité, pas d’exigences. La nouvelle formation, plus
complète, se veut plus intégrée. Elle exige donc de la part des écoles un
effort supplémentaire, tout au moins au niveau de l’encadrement.
Des progrès énormes ont été accomplis au niveau des écoles de police anciennement
chargées de la formation des policiers communaux. Par contre, du côté des
écoles de la police fédérale, on semble désinvestir depuis des années dans
la formation par rapport à ce qui s’est fait par le passé.
Lorsqu’on parle de formation d’attitude, on peut également pointer des problèmes
de discordance entre l’ambition de qualité que l’on peut avoir et la qualité
de certains formateurs [36] .
Le cadre permanent dont disposent les écoles est le plus souvent très limité.
Des problèmes se posent au niveau pratique. Ainsi, seules deux écoles possèdent
un didacticiel d’un niveau suffisant pour former le personnel au système Astrid,
les infrastructures nécessaires aux exercices pratiques font largement défaut
et les moyens modernes d’enseignement à distance sont quasi inexistants. Il
convient aussi de signaler qu’il n’existe toujours pas de véritable logiciel
intégré ou prenant en compte toutes les données de la formation pour les gérer
globalement avec des données relatives au personnel. Certaines écoles ont
des sites de formation décentralisés, toutes les écoles n’ayant pas la capacité
d’avoir un centre de formation unifié. Il faut parfois parcourir plusieurs
kilomètres pour aller dans une autre salle de cours.
Il semble aussi que ce soit les zones les plus déficitaires en personnel qui
estiment être le moins capables d’apporter leur aide dans le cadre de
Il faut encore noter que le groupe 5 de l’ORA avait imaginé une formation
continuée intensive de 80 heures par an et par personne. La réalité est
toute autre, la formation n’atteignant que 10 heures par an, par personne.
Autre problème, 80 heures se traduisaient en pratique par deux semaines
et demi pendant lesquelles le personnel aurait été indisponible à un moment
où les zones étaient en construction. En 2004, on passera même de 1,5 journée
à une seule journée (de 10 à 8 heures), ce qui ne va pas sans occasionner
des problèmes. On pointe ainsi chez de nombreux intervenants ou acteurs que
La vigilance s’impose aussi quant au port et à l’utilisation de certaines
armes non réglementaires par certains policiers
[37] .
Il faut encore noter qu’on a supprimé le stage probatoire de six mois initialement
prévu, durant lequel l’étudiant aurait dû être accompagné dans la zone par
un mentor. Tout n’est cependant pas négatif non plus. Les évaluations réalisées
le confirment dans une large mesure.
La procédure de mobilité, qui est encore très longue et très lourde, devrait
être allégée. Il conviendrait de prendre en considération le nombre insuffisant
de garde-fous. Ainsi, par exemple : (1) un membre du personnel peut
poser sa candidature pour un nombre infini d’emplois [38]
. Chaque zone fixant elle-même son calendrier, certaines
procédures s’étendent sur 10 à 11 mois ; (2) d’exception, le
système de rétention de 6 mois par l’employeur tend à devenir
Un règlement correct des détachements intéresse les deux niveaux de police
et, en particulier, les niveaux charnières des CIA et des CIC. Il existe une
kyrielle d’autres services où du personnel est détaché mais pas encore d’arrêté
royal qui exécute la loi en la matière en prévoyant les modalités de ce détachement [xviii]
.
Selon d’aucuns, l’extension systématique de certains cadres fait qu’ils dépassent
totalement l’aspect organisationnel des dirigeants. En pratique, il est question
d’une relative multiplication de dirigeants par rapport à un cadre de base
ou moyen parfois vidé de sa substance, surtout au sein du pilier judiciaire.
Et de s’interroger dès lors quant aux perspectives de carrière des jeunes
officiers universitaires au sein de la police intégrée.
Il devra aussi y avoir un seul réseau d’information par province auquel seront
reliés tous les services et qui fournira des informations tant vers le haut
que vers le bas. On n’insistera jamais assez, il faut impérativement remplir
le cadre des CIC et des CIA. Ce problème concerne les deux niveaux
de la police intégrée : CIC et CIA ont toujours été inscrits en filigrane
de la loi sur la police intégrée et comptent parmi les principaux mécanismes
intégrateurs clairement voulus par « Octopus » et la loi du 7 décembre
1998. Deux articles y ont d’ailleurs été introduits pour spécifier clairement
qu’il existe des CIC et des CIA et préciser leurs rôles. Il a aussi été affirmé
que les deux niveaux de la police intégrée devaient leur fournir du personnel.
Cela n’allait pas nécessairement de soi pour tout le monde, essentiellement
pour les polices locales qui estimaient, les CIC et les CIA s’articulant dans
des structures fédérales, que c’était à ce niveau de fournir le personnel.
La Commission d’accompagnement de la réforme des services de police au niveau
local estime important que le contact des membres détachés de la police locale
avec le niveau local soit préservé au maximum, un système de rotation de personnel
étant recommandé. La Commission propose également qu’à moyen et long terme,
il soit fait appel d’une manière graduelle à davantage de personnel Calog,
qui peut apporter une solution en la matière si on veille à son professionnalisme.
Dans certaines zones, ainsi que sans doute aussi au niveau fédéral, se pose
toujours avec une certaine acuité le problème des non-actifs, des déçus, des
oubliés. Plusieurs chefs de zone évoquent aussi le problème de la « pensionnite »,
le fameux départ anticipé à la retraite, une sorte de droit à être malade
les dernières années. Mais ce problème – dont il faudrait s’occuper plus en
profondeur – est-il vraiment dû à la réforme ? N’est-il pas plutôt récurrent
dans de nombreuses zones de police locale et au sein de certains services
de police fédérale ? Ne s’agit-il même pas d’un problème plus global
dans certains services de l’État ? Un autre problème résulte du changement
de statut, qui permet à d’aucuns d’améliorer substantiellement leur pension
sans qu’il y ait eu, au préalable, de prestation compensatoire. C’est cela
aussi la réforme et nul ne saurait le reprocher à ces personnes.
La qualité du travail et le professionnalisme posent problème en certains
endroits. Il y a ainsi énormément de rejets au CIA qui s’expliquent, outre
par certaines maladies de jeunesse du système, aussi par des procès-verbaux
mal établis. Des formations seraient opportunes pour remédier à ces problèmes
mais qui dit formation dit affectation de personnel. Et pourtant, grâce à
un système comme l’ISLP, il est possible de connaître exactement la charge
de travail impliquée. Malheureusement, tous ne sont pas prêts à l’utiliser,
il existerait même de fermes oppositions. D’aucuns parleront alors parfois
de surcharge administrative, occultant ou refusant de voir les enjeux financiers.
« Plus de bleu en rue ». Selon la volonté contenue dans l’accord
gouvernemental, les emplois administratifs et logistiques doivent être occupés
par du personnel Calog. Sur la base de la répartition approuvée par le ministre
de l’Intérieur, 1 080 membres du personnel opérationnel de la police
fédérale occupant un emploi prévu pour un « Calog » devront quitter
cet emploi, soit pour occuper à moyen terme une fonction opérationnelle, soit
pour partir à
L’accord gouvernemental contient différentes mesures visant à augmenter la
capacité opérationnelle sans générer de coûts supplémentaires pour les communes.
Elles consistent notamment à : (1) confier les tâches purement administratives
à du personnel civil ; (2) améliorer le fonctionnement des services
communs des Directions générales du niveau fédéral, chargés pour les deux
niveaux de police de l’appui non opérationnel ; (3) renforcer la
police locale avec l’équivalent de 2 500 unités, sans coût supplémentaire
pour les zones de police ; (4) assouplir l’organisation du temps
de travail ; (5) simplifier le système de mobilité ; (6) mettre
en place un corps de sécurité ; (7) renforcer la collaboration interzonale
et entre le niveau local et le niveau fédéral ; (8) adapter le rôle
du DirCo.
L’implémentation du service de police intégré, structuré à deux niveaux, a
rendu plus que jamais nécessaire la planification proactive de la capacité
policière. Il convient ensuite, de façon rétroactive, de comparer la capacité
investie dans les différentes missions avec celle qui a été commandée. Une
analyse du temps consacré aux activités et de la nature de celles-ci doit
permettre de contrôler les capacités en hommes et en heures investies d’après
le type de mission. Pour pouvoir disposer à temps d’un instrument fiable pour
la gestion du personnel, un certain nombre de polices locales ont opté pour
l’utilisation du programme PPP, initialement créé pour la police fédérale.
Les premiers pas qui ont été fait se traduisent par une amélioration notable
de la situation, nous y reviendrons par ailleurs aussi.
Un chef de zone explique ainsi une amélioration dans le fonctionnement de
sa zone : « Avant, on ne savait pas où étaient les policiers,
avec pour résultat que c’était eux qui dirigeaient le dispatching et pas le
dispatching qui les dirigeait. […] Maintenant, on les suit, les gère. […]
Pour tout cela, il est nécessaire d’être près des gens ». Cet exemple
illustre ce que le Comité permanent P a pu constater en différents endroits.
Le travail dans les quartiers se résume trop souvent à l’exécution d’apostilles,
généralement en matière de roulage. Des ajustements sont en train d’être réalisés.
Un groupe de travail, un de plus, se penche actuellement sur l’actualisation
de la circulaire du 16 février 1999, qui met en œuvre l’article 25 de
la loi sur la fonction de police précisant que celle-ci ne peut être chargée
de tâches administratives autres que celles attribuées par ou en vertu de
la loi [39]
. Le ministre de l’Intérieur a confirmé que : « Le
futur texte tiendra compte du nouveau paysage policier afin que son application
soit uniforme en tout lieu. Le chef de corps devra être plus conscient de
ses responsabilités et disposera d’un texte lui permettant de refuser certaines
tâches ». Nous avons déjà évoqué cette question par ailleurs.
La mise en valeur des agents de quartier, maillons importants de la réussite de la réforme, pose problème. Les agents « promus » agents de quartier se plaignent assez souvent d’y perdre financièrement car ils n’effectuent plus de prestations de nuit ou de week-end. On constate aussi qu’il n’est pas facile de dispatcher des agents de police locale compétents vers la police fédérale. La capacité affectée à la recherche (fixée, arbitrairement selon d’aucuns, à 10 %) constituerait une lourde charge pour différentes zones. Un chef de zone parmi d’autres explique qu’il faut être particulièrement résistant au stress et posséder des dons d’équilibriste pour exercer cette fonction. Le stress serait ainsi devenu inhérent à la fonction, à l’instar de ce que connaissent les top managers du secteur privé. Enfin, il faut également compter avec le stress qui touche les intervenants de terrain.
Le choix du législateur de travailler avec un secrétariat social central
n’est pas remis en cause par la Commission d’accompagnement de la réforme
des services de police au niveau local [40]
et nous ne pouvons que souscrire à cette option, compte
tenu des circonstances. Le ministre de l’Intérieur déclare être « conscient
que le bon fonctionnement de ces services se heurte encore à de nombreux obstacles » [41]
. Interpellé à la Chambre, il a d’ailleurs reconnu que « des
maladresse ont […] pu être commises au niveau de l’information des membres
du personnel. L’effort est poursuivi afin d’y remédier » [42]
. Et parlant de la régularisation de la situation :
« j’insiste tous les jours sur ce point » [43]
.
Les payements « récurrents » (ex : rémunération mensuelle)
ne posent plus de difficultés car les données nécessaires ont été informatisées
au niveau du secrétariat social mais le remboursement de frais occasionnels
(ex : heures supplémentaires, frais médicaux, etc.) pour lesquels les
données sont encore transmises « manuellement » au secrétariat social,
prennent plus de temps. Une critique est d’ailleurs formulée à cet égard.
Le grand nombre de primes et indemnités engendre un surcroît d’administration
compréhensible ainsi que l’établissement de documents qui doivent être validés
par le secrétariat social. Les zones de police locale doivent elles-mêmes
valider ces suppléments, ce qui leur occasionne une charge de travail administratif
et de contrôle interne (comme par exemple pour les indemnités repas). N’oublions
pas non plus que, vu notamment les importantes conséquences financières, il
convient de garder un certain contrôle sur l’ensemble et donc une certaine
administration pour justifier ces dépenses publiques. Ou faudrait-il payer
sans vérifier ni contester ? comme d’aucuns le laissent sous-entendre,
faisant ainsi fi de certaines constatations de l’inspection générale de la
police fédérale et de la police locale et du Comité permanent P quant à certains
abus en
Des difficultés se posent encore pour l’année 2001. À l’époque, les administrations
communales ont été chargées de réaliser l’insertion du personnel du cadre
opérationnel des ex-polices communales dans la grille des salaires en fonction
du nouveau statut. Le fait de placer ce contrôle sur le travail réalisé par
les communes entre les mains du secrétariat social est assez délicat. Les
communes ont du mal à l’accepter et ne se montrent pas toujours coopératives.
Or, leur collaboration est indispensable pour pouvoir correctement régulariser
les situations pour l’année 2001. Une alternative pourrait consister en une
forme d’amnistie en partant du principe que les communes, employeurs de ces
policiers à l’époque, ont pris leurs responsabilités et ont réalisé correctement
l’opération d’insertion dans la grille salariale. Cela n’a malheureusement
pas toujours ni partout été le cas, comme on a pu le vérifier en certains
endroits. En intervenant uniquement à la suite de plaintes ponctuelles, on
devrait concéder une certaine marge d’erreur mais cela permettrait de ne pas
devoir réaliser l’opération de contrôle des insertions dans sa totalité. Dans
ce cas, l’opération de régularisation pour 2001 pourrait être réglée en un
an, un an et demi. Par contre, si le secrétariat social doit lui-même prendre
en charge et le contrôle des insertions et la régularisation en tant que telle,
il faudra alors compter un délai de deux à trois ans. Il faut encore rappeler
que, lorsqu’il s’est agi d’aller mesurer le surcoût réel admissible dans les
zones de police, c’est l’inspection générale, accompagnée d’experts du secrétariat
social, qui a été envoyée. Les mêmes techniciens devaient à la fois être détachés
pendant quelques semaines auprès de l’inspection générale et procéder à toute
une série de calculs au sein du secrétariat social.
Le Comité permanent P entretient des contacts positifs et réguliers avec le Conseil de discipline. L’échange informel d’informations qui s’organise entre eux permet de compléter les informations reçues par chacune des différentes autorités et de dégager ainsi une vision globale des problèmes rencontrés en matière de discipline. Il est cependant apparu que certains corps de police ne transmettent ni au Conseil de discipline, ni au Comité les informations en matière disciplinaire, la loi le prévoyant pourtant expressément. Il est également important de noter que la procédure disciplinaire n’est pas aisée à mettre en œuvre, ce qui nous a incité à suivre la question de plus près, en partie de concert avec le Conseil de discipline.
Le transfèrement des détenus de leur prison vers les palais de justice et
la sécurité à l’intérieur de ceux-ci sont confiés à un embryon de corps de
sécurité [44] .
Ces 318 agents de sécurité (158 dans un premier temps) ne seront pas armés.
Ils prendront en charge les détenus dans les prisons pour les convoyer vers
les tribunaux, une tâche dont la surveillance est actuellement essentiellement
sous la responsabilité des polices locales, leur permettant dès lors de se
concentrer sur leurs missions de proximité. D’aucuns n’ont pourtant pas manqué
de critiquer ce qu’ils qualifient de « grande improvisation » [45]
. Le corps de sécurité devait initialement être composé
de militaires, ainsi reconvertis. Cependant, le nombre insuffisant de candidats
– pas plus d’une cinquantaine – a nécessité une modification des arrêtés d’application [46]
en vue de permettre le recrutement de candidats externes.
Un nouvel appel à candidature a ainsi été lancé [47]
. Les cinquante premiers membres du corps de sécurité sont
entrés en fonction début septembre 2003. Il faut cependant pointer qu’ils
ont tous choisi une affectation en province, ce qui n’arrange en rien les
affaires de Bruxelles. Sur les 318 qui sont appelés à composer le corps, 158
sont prévus en province et 160 à Bruxelles.
Sur le fond, des critiques ont également été émises. Selon des spécialistes [48]
, « la protection des détenus reste une mission
des services de police, qui devront d’ailleurs également se tenir prêts à
reprendre en charge les personnes arrêtées ». En d’autres termes,
la police devra tout de même continuer à assurer une série de missions [49]
. Et de se demander en quoi cela règle le problème de l’insuffisance
de la capacité policière. Les auteurs affirment encore que le corps de sécurité
entraînera une régression dans le domaine du contrôle du déplacement des détenus.
Pour ces auteurs, « la création du corps de sécurité n’est qu’un maillon
d’une chaîne d’initiatives qui vident la fonction de police de son sens. […]
Il n’y aura bientôt plus que des managers policiers mais plus de capacité
policière sur laquelle négocier […] » [50] .
Ce à quoi la ministre de la Justice a répondu : « à l’instar
des agents pénitentiaires, les agents du corps de sécurité sont des fonctionnaires
du Service public fédéral Justice » [51]
.
Les auxiliaires de police sont de plus en plus régulièrement déchargés de
tâches en matière de police de la circulation routière, e.a. des horodateurs,
au profit d’autres personnes. En effet, cette tâche est maintenant assez souvent
considérée comme purement administrative, nous avons déjà évoqué la situation
supra. Selon différentes sources, les auxiliaires constituent les grands
oubliés de la réforme et le mécontentement gronde dans leurs rangs. Ils « ont
le spleen » et ont l’impression de vivre dans un régime de sous-statut.
De la gestion des carrefours à celle de l’agressivité de leurs concitoyens,
ils ne voient souvent qu’un horizon bouché. Une enquête de notre Service d’enquêtes
est actuellement en cours à ce sujet. Il ressort par ailleurs de plusieurs
contacts ou constatations qu’il y a trop d’auxiliaires dans certaines zones
et que cette décision a été prise pour compenser le manque de policiers.
Le ministre de la Défense a proposé les services de l’armée. Il n’y a là rien
de nouveau – contrairement à ce que d’aucuns voudraient nous laisser croire
–, c’était déjà le cas pour l’ancienne gendarmerie. Plusieurs protocoles existent
depuis le début des années ’90. L’armée peut ainsi fournir un appui ponctuel
et temporaire à la police, avec ses hommes, son matériel ou ses infrastructures.
La Défense aidera la police « sans s’y substituer », précise
le département de l’Intérieur. Ainsi, l’armée ne pourra pas intervenir directement
dans les situations de conflit à caractère social ou politique. En aucun cas,
les militaires ne doivent être confrontés physiquement à des manifestants.
Et dès qu’une compétence policière est nécessaire (demander des papiers, fouiller
quelqu’un, etc.), ce sont les policiers qui doivent intervenir. Si la situation
internationale devait s’aggraver, sans doute importerait-il de revoir la situation
et de prendre clairement position, s’il échet au travers d’initiatives législatives,
les dispositions réglementaires ne permettant pas nécessairement de répondre
au « terrorisme », tel celui auquel notre pays pourrait alors être
confronté.
Des points d’interrogation existent aussi à propos des relations et interactions
entre la sécurité « commerciale » et la sécurité publique. Ainsi,
le cas déjà évoqué de Rhode-Saint-Genèse, qui a pris la décision d’engager
une firme privée pour surveiller les espaces publics alors que l’on se trouvait
dans le cadre des missions réservées (à l’époque des faits) aux forces de
l’ordre. Le transfert de certaines compétences de police vers les firmes « commerciales »,
notamment de gardiennage, est un dossier qui avait provoqué pas mal de remous
lors de la législature précédente. Si tel était le choix politique, il conviendrait
aussi de donner à cet intervenant les moyens d’assumer la partie de la fonction
de police qu’on lui confie in fine et de le soumettre à un contrôle
digne de ce nom.
Le service de surveillance du métro souhaiterait disposer d’un statut juridique.
Le Comité a aussi décidé d’actualiser son enquête sur la police (fonction)
du métro et des transports à Bruxelles et a entretenu différents contacts
avec le département de l’Intérieur dans ce cadre.
Le Code de déontologie, pour lequel il existe déjà depuis un certain temps
un projet très acceptable, se fait malheureusement toujours attendre depuis
les années 1990-1992, on semble l’oublier un peu trop souvent.
La dernière phase de concertation avec différents acteurs a pris du temps
mais s’est révélée utile.
En décembre 2002, le Conseil d’État avait annulé l’arrêté royal fixant le
financement des quotes-parts communales dans les zones de police. Vu la nécessité
de rapidement rétablir la sécurité juridique, un nouvel arrêté royal a été
pris le 15 janvier 2003
[52] , fixant les règles
particulières de calcul et de répartition des dotations communales au sein
d’une zone de police pluricommunale. Ce nouvel arrêté royal a cependant été
cassé lui aussi par le Conseil d’État. Comme nous le précisions déjà dans
notre rapport 2002, il convient de relativiser la portée de cet arrêt car
il faut tenir compte du nombre et du type de zones concernées.
Il sera nécessaire un jour de se remettre autour de la table avec certaines
zones, qui connaissent parfois encore une situation critique. Toutes les corrections
des derniers mois ont débouché sur un nouveau calcul de l’intervention financière
de l’autorité pour 2002 et 2003. Le montant supplémentaire auquel chaque zone
a droit est repris dans un arrêté royal du 15 janvier 2003. Malgré
cette allocation supplémentaire, certaines zones sont toujours confrontées
à une situation problématique. On devrait prévoir pour elles des contrats
de police entre l’autorité fédérale et la zone concernée. Faut-il vraiment
être pessimiste ? En « off », les représentants de certaines
zones viennent cependant avouer qu’avec ce qui vient de leur être octroyé,
c’est « à l’aise » et qu’à la limite, elles font même du bénéfice.
Il n’est pourtant pas exclu que certaines zones puissent encore rencontrer
des difficultés, entre 15 et 20 zones pour l’ensemble du territoire sans
doute, pas davantage. Et il s’agit là plus d’un héritage du passé que d’une
conséquence directe de la réforme voulue dans le prolongement des accords
« Octopus ».
Les revendications du VVSG et de ses associations sœurs ou apparentées peuvent
être résumées comme suit : (1) les décisions de l’autorité fédérale
qui entraînent un surcoût pour les communes sans qu’elles en soient elles-mêmes
responsables doivent être payées par l’autorité fédérale ; (2) le
transfert de nouvelles tâches policières au niveau local doit soit être indemnisé,
soit être arrêté ; (3) lors de l’élaboration d’un mécanisme de financement,
il faut garantir que les communes ayant, par le passé, consenti un effort
appréciable pour leur fonction de police ne soient pas sanctionnées. Les communes
qui ont fait trop peu d’efforts doivent procéder à un rattrapage (étalé dans
le temps) mais jusqu’à un niveau réalisable (en tant que petite commune).
Un mécanisme de solidarité doit également être prévu dans ce cadre ;
(4) le mécanisme de financement doit en outre tenir compte de la situation
de communes qui ont des moyens financiers très limités. Dans ce cas, il faut
une adaptation structurelle ; (5) le mécanisme de financement doit
être basé sur des critères objectifs
[53] .
Dans ce contexte global, qui n’a pas été surpris d’apprendre que « la
réforme des polices ne coûte rien aux communes » ? Selon Dexia,
la banque des communes, la réforme des polices n’a globalement pas d’effet
sur les budgets communaux. Si on prend les budgets communaux de 1990 à 2003,
on note une croissance moyenne annuelle des dépenses pour la police de 5,8 %.
Un taux que l’on retrouve aussi si on se limite uniquement aux budgets 2002
et 2003. Une enquête de l’Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW)
pointe, quant à elle, une augmentation moyenne de 7 % entre 2002 et 2003.
Cette enquête de l’UVCW confirme que ce sont bien les petites communes de
moins de 10 000 habitants (7,1 %) et, en particulier, celles de
moins de 5 000 habitants (11,5 %) qui subissent, entre 2002 et 2003,
la plus forte augmentation de la dotation communale par habitant consacrée
à
N’oublions pas non plus que les communes disposaient, avant la réforme, d’une
aide fédérale gratuite et constante :
La Commission d’accompagnement de la réforme des services de police au niveau
local recommande, avec d’autres, que la nouvelle norme de financement donne
lieu à une loi de financement qui doit pouvoir répondre à tous les critères
de vérification tels que l’objectivité, le principe d’égalité, etc. Nous ne
pouvons que souscrire à cette recommandation. Il importe en effet qu’une certaine
stabilité voie le jour et que les décisions ad hoc soient prises et
assumées.
L’infrastructure informatique (matériel et gestion de l’information) pose
un grave problème dans certaines zones de police locale. Il n’est pas rare
qu’il existe toujours plusieurs systèmes ou serveurs pour une même zone (un
serveur par commune plus un par ex-brigade territoriale de gendarmerie) qui
fonctionnent séparément, sans être interconnectés. Les investissements voulus
ne sont pas toujours consentis et l’intérêt adéquat fait parfois défaut. Certains
dénoncent aussi le fait que les applications informatiques ne seraient pas
adaptées les unes aux autres. Le système RBS de la police fédérale ne serait
pas compatible avec le système ISLP de la police locale, ce qui hypothèque
considérablement l’échange d’informations. Des vérifications s’imposent encore
en
L’UVCW dénonce le manque de dépenses d’investissement des zones de police
wallonnes, qui ne dépassent pas les 9 euros par habitant en 2003 alors
que les investissements des communes se chiffrent à 1 000 euros
[54] . On ne peut passer
sous silence le rôle déterminant des communes dans l’adoption des budgets
communaux en général et en matière d’attribution des moyens à la police locale
en particulier. Il convient aussi de rappeler que l’ex-gendarmerie et la police
fédérale ont été astreintes depuis de nombreuses années à des restrictions
budgétaires, en particulier dans le domaine des investissements, notamment
au niveau des bâtiments de l’ex-gendarmerie et de leur caractère peu fonctionnel.
Il en va de même pour le matériel et les véhicules. Quant au coût du système
de communication Astrid, il importe que tant la police fédérale que la police
locale payent dans les mêmes conditions et selon les mêmes critères.
L’arrêté royal [55]
organisant les conditions et modalités du transfert des bâtiments administratifs
et logistiques de l’État aux communes ou aux zones de police pluricommunales
est paru cinq ans après la loi du 7 décembre 1998. Les communes ou les zones
peuvent cependant faire appel quant aux évaluations des bâtiments et aux superficies
transférées. Il faudrait, ici plus qu’ailleurs, éviter de se lancer dans un
nouveau bras de fer entre fédéral et communal qui, finalement, ne portera
préjudice qu’à la mise en œuvre de la fonction de police. Il faut encore noter
qu’il existe aussi des problèmes d’infrastructure, parfois non négligeables,
à la police fédérale. On peut en particulier relever que les Services judiciaires
d’arrondissement travaillent encore souvent sur divers sites et ne se trouvent
pas dans le même bâtiment que le Service de coordination et d’appui d’arrondissement,
ce qui est parfois préjudiciable à leur opérationnalité.
Astrid est le nom du nouveau système de télécommunication pour les services
de secours et de sécurité. Le dispatching ou l'orientation des équipes est
un moment clé pour la suite du traitement de l'appel. Le réseau couvre à présent,
en tout ou en partie, la Flandre orientale, la Flandre occidentale, Anvers,
Bruxelles, le Hainaut et Namur. L’objectif est de couvrir l’ensemble du territoire
en 2004. Certains dispatchings régionaux sont maintenant installés. Deux obstacles
doivent néanmoins encore être surmontés. D’une part, il faut convaincre les
différents services de secours de se connecter car, malgré ses avancées technologiques,
le système n’a, semble-t-il, pas encore convaincu tout le monde. D’autre part,
le coût d’Astrid représente un obstacle majeur. Si le ministre de l’Intérieur
a affirmé au Parlement que le projet Astrid devait être mis en œuvre sans
surcoût pour les villes et communes [56]
, l’enjeu financier reste cependant très important pour
les communes. On peut y voir une nouvelle pomme de discorde très sensible
pour le futur. Il s’agit en effet d’une question d’argent proprement dite
mais aussi de critères à déterminer pour évaluer « à combien chacun à
droit » étant donné qu’il est prévu de tenir compte des efforts consentis
dans le passé, en n’oubliant pas la nécessité de disposer d’un système qui
fonctionne partout sur base de critères équivalents et de la priorité au fonctionnel
et à la police de proximité.
Il apparaît aussi maintenant que les chefs de zone adoptent des positions
divergentes en ce qui concerne le dispatching : certains souhaitent continuer
à dispatcher de façon locale (décentralisée), d’autres veulent travailler
de façon plus centralisée. Lors de la mise en place des dispatchings centralisés,
la question qui se posera surtout est de savoir selon quels principes ou critères
les équipes d’intervention, attribuées à une zone déterminée, seront dirigées
pour intervenir en dehors de leur propre entité géographique. S’agit-il encore,
dans un tel contexte, d’une police intégrée telle que voulue par le législateur
dans le prolongement d’Octopus ?
Autre piste de réflexion encore davantage sujette à polémique : l’affectation
de personnel Calog aux tâches de call-taking et de dispatching. Selon certains,
un recrutement de Calogs est impossible car ils estiment qu’une formation
et une expérience policière sont indispensables pour pouvoir exercer une activité
au centre intégré. Des décisions urgentes s’imposent encore sans conteste
en la matière [xix]
.
En 2003, le Comité permanent P a réalisé un suivi de l’enquête de contrôle sur la capacité policière en matière de criminalité informatique, entamée en 2001 à l’occasion de l’entrée en vigueur de la loi du 28 novembre 2000 relative à la criminalité informatique. De manière générale, on constate que les développements technologiques en matière d’applications informatiques et de télécommunications poursuivent une évolution constante (réseaux sans fil, technologie MMS combinée aux GSM avec GPRS et caméras incorporées, livraison de services via GSM sur base de messages SMS, etc.) et s’accompagnent d’un accroissement et d’une complexification de la criminalité informatique. Les besoins des services de police en matière d’assistance en termes de recherche dans l’environnement ICT (Information and Communication Technology) ne cessent d’augmenter, entraînant des répercussions immédiates sur la charge de travail du Federal Computer Crime Unit (FCCU) et des Computer Crime Units (CCU). Les moyens humains et financiers doivent encore être renforcés en la matière, même si des efforts non négligeables ont déjà été accomplis. Le Comité a aussi évoqué cette question supra.
Les presque 40 000 policiers devraient tous être dotés du nouvel uniforme à partir de l’été 2004. « Ce n’est pas trop tôt », diront certains et nous en sommes car, sur le terrain, la situation est – n’ayons pas peur des mots – parfois lamentable ou catastrophique. Il y a aussi un problème, loin d’être négligeable, de discipline et de contrôle au niveau du port de l’uniforme. Cette problématique concerne également les étudiants, qui ne reçoivent généralement pas leur tenue dans les délais, sans compter le fait qu’elle n’est pas toujours à la bonne taille, par exemple. Cela peut avoir des effets sur la mentalité et pose un modèle de manque de rigueur, de manque de prévision.
Comment, en de telles circonstances, convaincre les policiers eux-mêmes de
la réalité de la police intégrée ?
Avant toutes choses, il s’agit de ne pas perdre de vue les nombreux points
positifs déjà réalisés depuis le changement du paysage policier, assez souvent
au niveau de la concrétisation de la fonction de police et de la disponibilité
au profit, tant de la société civile que de l’ensemble des citoyens. Après
un an en ce qui concerne la police locale et après deux ans en ce qui concerne
la police fédérale, il n’y a pas vraiment de signaux clairs et vérifiables
disant que les choses fonctionnent vraiment plus mal qu’avant, même s’il y
a quand même pas mal de points qui pourraient être améliorés. Au contraire,
il existe des signaux – peut-être parfois contestables au niveau des chiffres
– qui indiquent que cela semble aller mieux. Des économies d’échelle ont ainsi
pu être réalisées, des commissariats sont maintenant ouverts 24h/24. En matière
de circulation routière, on relève en différents endroits qu’il y a moins
d’accidents, moins de dommages graves aux personnes, certainement sur les
autoroutes et les routes régionales. Confronté en deux ans à des services
d’ordre qui n’étaient quand même pas banals (Euro 2000, Beleur, Eurotops,
etc.), parfois même durant sa période de transition, la structure policière
mise en place par la loi du 7 décembre 1998 s’en est plutôt bien sortie. Même
si l’on a beaucoup travaillé de manière empirique, les choses n’ont pas toujours
si mal fonctionné, bien au contraire.
Des reproches existent, bien sûr, mais dans certaines zones, comme
dans la zone 5344, selon différentes informations recoupées dont nous
disposons, les choses se passent plutôt bien. Le déficit en personnel a été
partiellement résorbé par une meilleure gestion des ressources humaines. Malgré
les problèmes financiers dus à la situation budgétaire d’une commune, la criminalité
semble y être en baisse, ce qui est de nature à démontrer que la police est
plus active qu’avant ou qu’elle multiplie les actions ciblées. Dans de telles
situations, la réorganisation de la police s’avère salutaire puisque celle-ci
augmente son efficacité. La télépolice et notamment la multiplication des
patrouilles par secteur donnent aussi des résultats en différents endroits.
Dans plusieurs zones, on peut aussi noter le renforcement de l’action des
services de recherche locaux. Ainsi, en Région bruxelloise, sur les cinq communes
d’une zone, deux seulement disposaient de brigades judiciaires dignes de ce
nom. Selon certains témoignages recueillis récemment, avec la mise en place
des zones, il a été possible de créer plusieurs services de recherche plus
performants que par le passé, au point que le parquet leur donne de plus en
plus de travail. Ici et là, sans la réforme, il aurait été impossible de créer
une nouvelle cellule, par exemple sur l’environnement, qui est relativement
performante. « Nous avons pu aussi commencer à lutter efficacement
contre les marchands de sommeil, ces gens qui se font un argent fou en donnant
en location de petites chambres cloisonnées, insalubres… cela n’aurait pas
été possible sans la réforme ».
La mise en place de la loi du 7 décembre 1998 ouvre assurément des perspectives.
Un des principaux éléments est que l’on constate en certains endroits une
amélioration certaine en matière d’échange d’informations. Même si nous sommes
encore confrontés à des maladies de jeunesse, le nouveau système doit permettre
de mieux travailler sur le plan structurel. Il existe un besoin de réseau
de communication fiable sur le plan professionnel. « N’oubliez jamais
qu’une structuration performante de la gestion de l’information représentait
une des raisons principales qui motivèrent l’élaboration de cette réforme »,
rappelait d’ailleurs le Premier Ministre le 17 décembre 2002 à l’occasion
d’un congrès sur la réforme des polices. C’était un des objectifs essentiels,
dont autorités et responsables policiers se préoccupent et s’occupent activement,
même s’il y a toujours du chemin à parcourir en différents autres endroits.
Beaucoup de nouveautés sont apparues pour certaines zones, qui sont passées
d’un simple registre de procès-verbaux, au PIP ou à la dernière version d’ISLP.
Pour ces zones, il s’agit de changements considérables sur une très courte
période de temps. De plus, la communication au personnel de ces évolutions
n’est pas toujours simple. Il faut, à cet égard, garder à l’esprit que la
criminalité ne se concentre pas sur une seule zone, ni même dans une seule
province ou pays, mais se déplace. Un policier peut par conséquent autant
tirer profit de l’information que d’autres ont introduite que de l’information
qu’il a lui-même enregistrée. D’aucuns l’oublient parfois.
Un autre élément positif se retrouve dans le constat de l’amélioration de
la qualité de la mise en œuvre de la fonction de police à certains endroits,
mais pas partout. Pensons aux communes où on était encore au « système
du garde champêtre-facteur » [57] . Cette
amélioration (potentielle) de la qualité est un progrès indéniable en de nombreux
endroits. Enfin, beaucoup de communes ont explicitement été incitées à coopérer
et elles en tirent certainement la force de réaliser d’autres liens de coopération.
La proximité, déjà évoquée supra, est l’un des principaux enjeux et
objectifs poursuivis par la loi du 7 décembre 1998. Dans cet esprit, certaines
zones ont développé des patrouilles à vélo tandis que d’autres, avec bonheur,
font appel à l’escadron de cavalerie de la police fédérale. Plus rapides et
plus visibles, ces patrouilles présentent en outre l’avantage d’être bien
perçues par
D’autres zones de police encore ont fait leur entrée sur le Net, par la création
d’un site informatif et interactif. On pourrait en énumérer quelques exemples,
bons mais parfois aussi moins heureux qui, notamment, ne vont ni nécessairement
ni a priori dans le sens de l’intégration des deux niveaux de police.
Parmi les autres points positifs que l’on peut encore citer, pointons :
(1) le défi relevé d’un rapprochement entre corps de police aux habitudes,
statuts et mentalités différents. Le récent arrêt de la Cour d’Arbitrage a
cependant ravivé certaines querelles et rancoeurs ; (2) la revalorisation
du salaire des policiers (même si cela coûte très cher aux finances publiques) ;
(3) la détermination de plus en plus présente à faire progresser, malgré
de lourdes critiques, l’exercice de la fonction de police dans le nouveau
paysage policier ; (4) un certain accroissement des contrôles policiers,
plus ou moins efficients, peut-être même effectifs ; (5) là ou cela
s’imposait, la bonne gestion de certaines tensions, notamment entre communautés
à la suite du regain de violence du conflit au Moyen-Orient et de la guerre
en Irak, etc.
Les vols dans les habitations, les nuisances liées à la toxicomanie, l’environnement
et l’insécurité routière sont les priorités de nombreux plans zonaux de sécurité :
la sécurité routière et la proximité constituent aussi l’enjeu de la nouvelle
police. Très régulièrement, des opérations FIPA (Full integrated police
action) associent des membres de la police locale et de la police fédérale,
ce qui produirait ses effets, ne fût-ce qu’au niveau du sentiment de (in)sécurité.
Nous procédons cependant à un certain nombre de vérifications en la matière
car nous n’en sommes pas pleinement convaincus. D’autre part, n’oublions pas
que mesurer la police est loin d’être une tâche aisée.
D’aucuns sont cependant plus satisfaits que d’autres. Ainsi, le ministre de
l’Intérieur a accordé 89 hommes à la zone monocommunale de Huy au lieu
des 72 recommandés par
Il faut cependant constater que, de la discussion et du débat contradictoire,
des options et des pistes particulièrement porteuses peuvent être dégagées,
au-delà d’un certain chaos dans l’expression des critiques, voire des justifications
qui y sont apportées.
Un commentaire similaire peut être fait à propos de certaines études ou analyses
plutôt critiques d’organisations représentatives ou de groupes de pression.
Les arguments utilisés et les assertions formulées ne sont pas toujours objectivées
ou vérifiées et trop souvent rarement objectivables ou vérifiables. Le ton
interpelle parfois aussi !
Tout n’est pas encore fait ou accompli mais des résultats, il y en a :
« Certaines opérations plus ou moins ciblées auraient permis de sécuriser
la population et de créer un sentiment d’insécurité chez certains truands.
Si les car-jackings diminuent de 45 %, ce n’est quand même pas pour rien ».
Cependant, le ministre de l’Intérieur a conscience que certains réglages plus
ou moins fins restent encore à faire et c’est là que le projet de community
policing intervient. « À quoi cela sert-il de voir patrouiller
des policiers dans des quartiers où il ne se passe rien ? C’est bien
d’avoir des policiers dans les rues mais encore faut-il qu’ils servent à quelque
chose ! Qu’ils écoutent les gens, leurs attentes ! » Il
faut satisfaire le citoyen comme un commerçant satisfait son client, pour
qu’il ait envie de revenir. « Il faut que les policiers aient la volonté
de ne pas simplement bien faire mais de toujours mieux faire ». « La
réforme ne sera cependant un succès que quand nos concitoyens diront dans
quelques années : ça a évolué, les policiers sont en rue, dans les quartiers
difficiles et ils nous parlent ».
Soulignons, au risque de se répéter, que la réforme des polices n’engendre
pas partout des tensions, loin s’en faut. Des communes se réjouissent ainsi
de leur collaboration jugée harmonieuse et efficace. L’osmose qui s’y est
opérée entre les anciens policiers communaux et les anciens gendarmes est
également soulignée même si, assez souvent, des questions se posent, notamment
quant au transfert des bâtiments, à certains payements, à la tenue à jour
de certaines données ou dossiers. Certaines tensions, parfois exacerbées,
existent encore entre certaines personnes. Il s’agit surtout de problèmes
d’individus. On peut le penser et l’espérer.
Certains font remarquer que le débat sur la réforme a été un débat de statuts,
un débat de coûts et de budgets. On n’a jamais parlé de la fonction de police
ni du fait que les policiers sont d’abord là pour remplir correctement leurs
missions : « ce que doit faire la police ».
Même s’il ne s’agit pas d’une des préoccupations prioritaires du Comité permanent
P, il convient quand même de souligner que la sérieuse revalorisation salariale
du métier représente un important incitant externe. Il découle cependant des
principes de management que cet incitant n’a qu’un effet limité dans le temps.
Il est donc souhaitable de s’orienter le plus rapidement possible vers une
plus grande sécurité en clarté, notamment grâce à des conditions de travail
satisfaisantes et un cadre légal clair.
La fusion du potentiel humain territorial offre plus de possibilités, le travail
double sera évité. L’accueil, la prévention, l’intervention, le travail de
quartier sont dorénavant attribués à un seul corps de police, le niveau local
du service de police intégré, structuré à deux niveaux.
Dans le cadre des approches préconisées, le chiffrage des résultats de la
police, l’évaluation quantitative jouent souvent un rôle déterminant. Il ne
faut cependant pas, selon nous, trop attendre d’une telle démarche et tenir
compte aussi de possibles dysfonctionnements ou effets indésirables. En effet,
comment mesurer les prestations de police ? Les chefs de corps aux Pays-Bas
doivent conclure des prestatieafspraken (accords de prestations) avec
leur autorité. Ils s’y engagent à réaliser une série d’objectifs dans un délai
déterminé. Le bureau du plan néerlandais a réagi avec scepticisme à cette
idée. La fixation préalable d’accords de prestation dans un contrat est difficilement
conciliable avec la nature du travail policier et la liberté des corps sur
le plan de la politique ! Le bureau du plan est toutefois d’accord sur
le fait qu’il faut augmenter la responsabilisation des chefs de corps. Mais
la qualité du travail policier peut difficilement être résumée à une série
d’indicateurs de prestation. Il est ainsi aisé d’augmenter le nombre d’amendes
en ne sanctionnant que les infractions les plus faciles. La conclusion d’accords
de prestations peut aussi limiter la possibilité de réagir aux changements
futurs de la situation en matière de sécurité.
Parmi les points nécessitant une plus grande attention ou devant être améliorés,
on ne peut que relever : (1) une assez mauvaise estimation et/ou
maîtrise des coûts de la réforme des polices ; (2) les négociations
à répétition entre gouvernement fédéral et communes à propos du coût de cette
réforme et aux critères à mettre en œuvre ; (3) les critiques au
sein même des partenaires de la coalition sur le coût du niveau local du service
de police intégré, structuré à deux niveaux ; (4) l’intégration
des populations étrangères ou d’origine étrangère, qui reste un problème pendant
et potentiellement explosif ; (5) en certains endroits, comme l’a
fait un chef de zone rencontré et comme le démontrent certaines données consultées,
on peut aussi pointer une moyenne d’âge particulièrement élevée dans certaines
zones (45 ans), avec e.a. la lourdeur salariale que cela suppose. Il ne faudrait
cependant pas condamner les plus anciens à se retrouver à la Direction de
la réserve générale. Le ministre de l’Intérieur reconnaît par ailleurs que
« le statut peut être amélioré, que le système de la mobilité ne fonctionne
pas, que la réglementation du temps de travail est trop pesante et qu’il faut
davantage de possibilités de déplacer du personnel de tâches administratives
vers des tâches policières »
[59] , tant à la police
fédérale – nous l’avons déjà souligné à suffisance –, qu’à la police locale,
qu’il importe de ne pas perdre de vue dans ce contexte ; (6) parfois
et en certains endroits encore, des résistances et des oppositions, au-delà
de certaines critiques assez souvent non fondées, voire gratuites et, dans
certains cas aussi, excessives dans leur formulation.
Il fallait faire cette réforme mais le volet budgétaire n’a pas été envisagé
suffisamment en profondeur. C’est vrai, nous avons aussi pu le vérifier, sans
doute plus en Région bruxelloise et dans certaines grandes villes qu’ailleurs,
il y a aussi un certain déficit de visibilité et de proximité. Il faut cependant
relativiser certains slogans ou affirmations assénés de façon lancinante par
d’aucuns.
Selon certains, l’intégration de l’organisation des différentes sous-cultures
aurait fait l’objet de trop peu d’attention. Une solide collaboration s’avère
difficile si les méthodes de travail sont, depuis tout temps, si différentes
et impliquent de ne pas être familiarisé avec le jargon et les abréviations
inhérentes, de ne pas être habitué à une date butoir très courte lorsqu’il
faut fournir du personnel, de ne pas avoir l’habitude de travailler avec d’autres
normes après concertation avec les syndicats locaux.
Depuis un peu plus d’un an, toutes les zones de police essaient de s’inscrire
dans ce concept de community policing et, quand elles le font vraiment,
c’est chacune un peu à sa manière. Il existe une directive de référence pour
11 zones pilotes. Pour certains responsables, il est urgent – également
d’un point de vue symbolique – de rencontrer cette difficulté le plus vite
possible car c’est vraiment la philosophie de l’ensemble de la réforme des
polices au niveau local que doit traduire ce concept de community policing
à
Même si la question est relativement secondaire au niveau du noyau dur de
ses préoccupations, le Comité P tient à souligner aussi qu’en Région bruxelloise,
capitale de l’Europe, la connaissance des langues est importante mais fait
souvent défaut. Même le simple bilinguisme pose parfois problème. Il n’y aurait
plus qu’un tiers de bilingues. Le ministre de l’Intérieur a cependant précisé
que : « Les six zones de police bruxelloises octroient une prime
de bilinguisme à 3 873 de leurs 5 263 agents. […] En outre, certains
agents n’ont pas encore pu faire la preuve de leurs connaissances linguistiques
auprès du Selor » [60]
. Beaucoup de nouvelles recrues ne connaîtraient
pas bien Bruxelles non plus. Il faut encore compter avec les prisons, où il
faut parfois suppléer aux gardiens sur-le-champ. La police n’est cependant
pas là pour tout résoudre ni pour faire face seule à tous les imprévus :
« le policier, seul pompier du social ? » Autorités politiques,
autorités de police administrative ou de police judiciaire ainsi que différents
autres acteurs et intervenants ont aussi un rôle non négligeable à jouer.
Ce problème n’est cependant pas nouveau. Différents responsables expliquent
aussi qu’ils aimeraient organiser des formations mais que cela n’est pas toujours
possible, faute d’effectifs suffisants. Ces derniers mois, on remarque néanmoins
une moins grande mobilité vers les autres zones depuis que certains incitants
financiers sont promis aux policiers bruxellois. Qui plus est, les autres
cadres commencent à être complets. Sans préjudice de la complexité de la situation
et des 400 à 500 détachés journellement dans les corps de l’arrondissement
de Bruxelles-Capitale, les places à ouvrir ou non sont relativement nombreuses,
surtout en Région bruxelloise mais aussi dans d’autres corps où on avait peut-être
initialement envisagé de vivre au-dessus de ses moyens. Dans un tel contexte,
continuer à poursuivre une trop grande politique de détachements ne constitue
pas nécessairement la meilleure des approches.
Des solutions nouvelles ou différentes peuvent aussi améliorer
Il est très important que le ministère public et la police soient reliés de
manière électronique. Un projet pilote est actuellement en cours en matière
de roulage. Grâce à cette liaison, un dossier créé par la police peut être
récupéré avec des efforts limités par le parquet, d’où un gain d’efficacité
appréciable : « une modernisation globale et intégrée est plus que
souhaitable ». En plus d’une concertation politique globale et d’un lien
électronique, une communication – qui doit dépasser la simple délivrance et
exécution d’apostilles – entre les agents de police qui effectuent l’enquête
sur le terrain et les membres du ministère public est nécessaire. Si c’est
déjà le cas pour les « gros » dossiers, une telle communication
est aussi utile pour ceux dits « plus petits », notamment ceux pour
lesquels la police mène l’enquête de manière autonome ou devrait
Des problèmes se posent également au niveau des tâches administratives imposées
aux agents. Certains corps annoncent ainsi plus de 10-15 hommes à temps plein
pour signifier les plis d’huissier. D’aucuns parlent même de la « dictature
des criminologues de Bruxelles », les charges administratives imposées
aux services et parfois aussi aux agents se seraient amplifiées [61] . Ici
aussi, des vérifications sont en cours ! Une fois de plus, il n’est pas
possible de démontrer, chiffres ou autres données à l’appui, que cela est
fondamentalement différent du passé ni, surtout, que cela est dû à la mise
en œuvre de la loi du 7 décembre 1998.
Pour le pilier judiciaire, la fusion des anciennes BSR et de l’ancienne PJ
semblait porter ses fruits et offrir un service identique à tout le monde
sur l’ensemble du territoire, en tout cas jusqu’à août-septembre 2003, soit
avant l’arrêt de la Cour d’Arbitrage. Il n’en va pas de même pour toutes les
modalités et composantes instituées par la loi du 7 décembre 1998. N’est-ce
cependant pas lié à tout processus de changement, de modernisation, du moins
dans une large mesure ? Du côté des zones de police locale, il en va
tout autrement. Impossible ici de faire des généralités : tout dépend
des zones, il y en a qui fonctionnent très bien mais, souvent, on se plaint
en termes budgétaires, en termes de matériel et aussi en termes de travail
et de compétences cédées du fédéral au local, parfois avec une grande méconnaissance
du cadre de référence légal ou théorique. C’est parfois aussi perceptible
au niveau des compétences, des cadres notamment mais ce qui a le plus changé,
selon différents interlocuteurs s’exprimant parfois avec une certaine exagération,
c’est un certain accroissement de bureaucratie et de technocratie. Faut-il
prendre alors en considération certaines fraudes récurrentes, notamment en
matière de comptabilisation des heures, ainsi que la nécessité de savoir ce
qu’on fait vraiment avec l’ensemble des moyens dont on dispose ?
L’optique de la police unique reste très prégnante dans l’esprit de beaucoup,
avec plus ou moins de réserve ou de nuance. D’autres critiquent le fait que,
sur ce point, le ministre de l’Intérieur n’a pas vraiment la tutelle sur cette
police fédérale, qui reste omnipotente. « Certaines propositions sont
une réinvention de l’eau chaude, comme par exemple en matière de lutte contre
la bureaucratie de certains services : des recommandations d’un audit
sont déjà en cours de mise en œuvre »
[62] , le plus souvent sans
beaucoup de fondement.
Dans un mémorandum publié en mai, l’UVCW expose en six axes, définis en concertation
avec les associations sœurs de la Région de Bruxelles-Capitale et de la Région
flamande, les dysfonctionnements qui, selon elle et en vertu de ses préoccupations
et de son point de vue, subsistent dans le fonctionnement des polices :
(1) insuffisance des moyens accordés aux zones pour remplir leurs missions
et demande que le mécanisme de financement tienne compte non seulement de
la situation des zones mais aussi de celle de chaque commune dans les zones ;
(2) en matière de gestion du personnel, mise en place d’une procédure
rapide pour rectifier les états de service et régulariser les traitements
car « la gestion du personnel par le fédéral reste préoccupante » ;
(3) l’évaluation en matière de transfert des bâtiments doit être contradictoire ;
(4) simplification et assouplissement des procédures administratives ;
(5) clarification de la répartition des missions entre le niveau fédéral
et le niveau local ; (6) subsidiation du surcoût du système de communication
Astrid par rapport aux systèmes actuellement en place.
Pour le président du VVSG, toujours dans la même optique que celle évoquée
supra, dans les villes et communes qui avaient précédemment un service
de police fonctionnant bien, la réforme des polices aurait peut-être fait
baisser la qualité, ce qui reste à vérifier (dans la mesure où cela l’est !).
L’UVCW, quant à elle, affirme, aux termes d’une récente enquête menée auprès
des chefs de corps, que le travail de quartier, cœur de la police de proximité,
serait clairement victime de la nouvelle organisation policière, dans son
fonctionnement actuel. Pour 65 % des responsables policiers, la mission
de police qui nécessiterait l’intervention la plus urgente de la part du Gouvernement
serait la police de proximité (agents de quartier).
S’il est incontestable que l’effectif réduit de certaines zones leur permet
difficilement de faire face à leurs charges opérationnelles, on peut toutefois
se demander comment on parvenait à le faire auparavant, parfois avec moins
d’effectifs encore. L’analyse de l’overhead installé dans beaucoup
de zones devrait apporter des éclaircissements à ce propos, celle de certaines
initiatives intéressantes mais non indispensables dans un système en évolution
intégrée aussi !
Sans oublier les nuances qui, sans aucun doute, s’imposent – il y aurait moins
de policiers en rue, l’administration ne serait pas simplifiée, au contraire,
etc. –, la situation progresse toutefois globalement. Nous sommes également
de cet avis après avoir vérifié certains éléments sur le terrain. On ne peut
cependant exclure qu’en certains endroits, la police locale soit toujours
attelée à des priorités fixées par trop d’autorités, qui vident l’organisation
policière de son sens, souvent au détriment du travail de quartier. Cela signifie
de facto une diminution de la qualité de la fonction de police de base.
Toutefois, si l’on peut compter sur une approche financière et organisationnelle
correcte à l’égard de l’autorité locale, les responsables politiques locaux
devront veiller, eux aussi, à ce que la police soit efficace (efficiente et,
dans toute la mesure du (difficile) possible aussi, effective) parce que c’est
ce que la population locale attend sans conteste d’eux. Là, il y a, en certains
endroits, encore des progrès à faire.
Il faut encore noter que rien ne sert d’avoir amalgamé les différents corps
de police « si c’est pour se trouver en aval avec le bouchon de la
justice qui ne peut « digérer » les affaires que nous avons traitées »,
se plaint un responsable policier bruxellois. Certaines instances syndicales
aussi constatent que le parquet est débordé. Les auteurs de crimes et délits
ne peuvent être poursuivis correctement. Ce que d’aucuns qualifient de laxisme
entraîne un sentiment d’insécurité chez le citoyen et une forte démotivation
du côté des policiers, magistrats et travailleurs sociaux.
Classiquement, dans le cadre de la procédure belge, la police exécute une
partie de la phase d’information, la direction de l’enquête étant, quant à
elle, du ressort du ministère public et se trouvant actionnée par les juges
d’instruction dans le cadre d’instructions judiciaires. Certains fossés ont
ainsi pu se créer entre ces trois institutions, avec par exemple des méthodes
de travail ou des systèmes notamment informatiques différents, ce qui n’est
pas sans effet sur l’efficacité de l’information ou de l’instruction judiciaire.
La politique de recherche de la police n’est pas toujours alignée sur celle
du ministère public. Ou serait-ce l’inverse ? De nombreux efforts ont
cependant été accomplis ces dernières années au travers de différents systèmes
et structures.
Les juristes de parquet devraient eux aussi contribuer à l’amélioration quantitative
et qualitative de la production du parquet. D’importantes initiatives ont
déjà été prises pour réduire le fossé entre la police, le ministère public
et l’instruction. Il y a cependant encore beaucoup à faire. Ce qui se passe
aux Pays-Bas pourrait peut-être nous inspirer.
Pas assez de policiers en Belgique ? Selon le European Sourcebook
of Crime and Criminal Justice Statistics établi par le Conseil de l’Europe
[63] , notre pays se situe
dans la bonne moyenne européenne, avec 1 policier pour 265 habitants [64] . Il faut préciser
que les chiffres disponibles englobent le personnel administratif. On peut
donc légitimement supposer que, moyennant quelques adaptations, la Belgique
devrait disposer d’un nombre suffisant de policiers, ce qui ne veut cependant
pas dire qu’il en soit ainsi de chaque composante de la police intégrée, structurée
à deux niveaux, à quelque endroit que ce soit. C’est la structure et l’organisation
des services, principalement dans les polices locales, qui doivent normalement
permettre de remplir les missions que la population demande et d’assurer le
service minimum équivalent sur l’ensemble du territoire.
La mise en œuvre de la fonction de police – « ce que fait la police »
– doit surtout être meilleure pour le citoyen : le policier doit être
plus visible en rue, davantage accessible et abordable. Il serait dommage
que toute la discussion se réduise à une question financière et strictement
organisationnelle. La mission de police est d’accroître la sécurité et la
qualité de vie du citoyen. Les aspects financiers et organisationnels, même
s’ils sont importants, fondamentaux même en certains endroits et à certains
égards, ne sont finalement que des conditions relativement annexes. Laissons
les autorités et la direction s’occuper de la question du paiement de la fonction
de police et laissons les policiers être présents pour le citoyen. Ils doivent
s’occuper de la sécurité et de la qualité de vie de la communauté locale.
La dernière déclaration gouvernementale prévoit « une plus grande
sécurité et une diminution des incivilités. La politique menée doit contribuer
à diminuer le sentiment d’insécurité dans les villes. Une plus grande sécurité
physique et une plus grande sécurité d’existence et d’emploi doivent être
visées pour chaque citoyen. Le dialogue ainsi que la collaboration avec les
différents acteurs chargés de la sécurité dans la ville sera renforcé ».
Un plan de lutte contre les incivilités sera intégré dans le cadre des
plans zonaux de sécurité.
Selon différents observateurs avertis, c’est moins le grand banditisme que
la petite délinquance et les « incivilités » qui préoccupent le
citoyen. C’est donc sur ce terrain-là qu’il faut porter prioritairement l’effort
en renforçant la police de proximité, en favorisant la visibilité de la police,
en redéployant des agents de quartier. Malgré cela, l’agent de quartier semble,
en de nombreux endroits, être resté le parent pauvre de tout ce qui a été
entrepris depuis plusieurs années pour revaloriser la fonction de police au
niveau local.
Certains semblent avoir eu tendance à miser sur la visibilité des actions
en montant – et en montrant – des opérations lourdes qui ne peuvent en aucun
cas s’assimiler au travail d’une police de proximité (selon d’aucuns, elles
seraient toutefois payantes et demandées par la population). Ces opérations
sont pourtant à ce point consommatrices de moyens humains qu’elles nécessitent
parfois de soustraire des agents de première ligne, voire de quartier, de
leurs tâches quotidiennes. On peut cependant s’interroger sur leur effectivité
réelle.
Il semble également trop souvent perdu de vue que la priorité à la police
de proximité implique aussi que le policier ait davantage d’autonomie mais,
au-delà du traitement policier autonome [65] qui
n’existe pas encore partout en fait et dont la mise en œuvre semble rencontrer
ici et là des résistances, cette question peut parfois aussi se heurter au
cadre légal. Ainsi, le code d’instruction criminelle et certaines personnes
chargées de le mettre en œuvre considèrent trop souvent la police comme un
simple instrument du pouvoir judiciaire, parfois même comme un simple commis
ou facteur. En tant que tel, le policier n’a donc pas à prendre la moindre
initiative. D’où un policier contraint en quelque sorte au « grand écart »
entre ces deux tendances.
Le community policing, à savoir une police de qualité dans une communauté
citoyenne, devrait se baser sur une approche beaucoup plus large de la sécurité
et de la qualité de vie.. Ce choix découlerait d’une certaine inefficacité
et d’un certain manque de légitimité de la police (ancienne) dans l’esprit
de beaucoup. Cette approche devrait viser une police intégrée dans la société,
à la disposition du citoyen et cherchant, avec les « communautés »,
des solutions qui se concentrent sur des circonstances locales causes d’insécurité.
Une approche de type « communautaire » ou « proximité »
implique notamment que les policiers repensent ensemble de manière critique,
avec leurs partenaires et la population, leurs propres tâches et la manière
dont elles sont exécutées. Ne perdons jamais de vue qu’il s’agit-là d’une
entreprise ambitieuse, difficile et de longue haleine qui ne se réalisera
pas du jour au lendemain et les facteurs critiques de succès sont nombreux
et variables dans le temps.
Un véritable changement de mentalité et de culture s’impose au plus vite,
aussi bien au niveau local que fédéral. Les jeunes recrues semblent le plus
souvent déjà formées à ces nouvelles valeurs, les anciens policiers vont être
formés au fur et à mesure et devront l’accepter : il y a là un grand
défi à rencontrer ! La formation permanente et continuée ainsi que la
qualité de certaines formations semblent cependant laisser beaucoup de questions
ouvertes, notamment dans ce domaine. Certains soulignent qu’on proclame urbi
et orbi que, dans toutes les zones, on s’attache au community policing,
priorité du gouvernement. Ce ne serait pourtant pas vrai [66]
. Contrairement à ce qui est affirmé, l’idée du community
policing n’est menée que du bout des lèvres par certaines zones et est
absente ailleurs. Il y a bien quelques zones qui font du bon travail mais
la masse critique n’est pas encore atteinte. D’autres expliquent que chaque
zone de police essaie de s’inscrire dans ce concept de community policing
mais chacune à sa manière. On relève également une différence entre le nord
et le sud du pays. Tradition d’essence anglo-saxonne, le community policing
a pris pied au nord du pays où, tant les experts que la documentation existent
davantage. Quasi aucune documentation acceptable et pertinente n’a été diffusée
du côté francophone. Il y a bien eu la circulaire qui a certes donné lieu
à beaucoup de palabres sans cependant apporter quelque chose de nouveau. On
a parfois aussi pu constater que les zones qui ont bénéficié des formations
initiales d’un Corps Team ne souhaitent pas toujours soutenir les autres
zones : « nous avons déjà trop avec l’opération en profondeur
pour dispenser à tout notre personnel les formations et pour mener nos projets
de community policing ». Du coup, l’initiative de tâche d’huile n’a
pas les effets escomptés.
Selon certains, dans les zones pluricommunales, la rupture du cordon ombilical
entre la commune et « sa police » de proximité pourrait être un
des défauts du système mis en place par la loi du 7 décembre 1998.
Il faut toutefois noter que le bourgmestre reste l’autorité de police administrative
sur son territoire et qu’il y a un poste de police dans chaque commune. Une
parfaite connaissance du terrain et une bonne intelligence avec d’autres services
communaux sont, en effet, de nature à assurer un réseau d’information et de
communication permettant de mieux identifier les problèmes, de les détecter
et de les suivre. Peut-être faudra-t-il se pencher plus en profondeur sur
cette question aussi. Un bourgmestre bruxellois observe que la réforme des
polices a eu pour effet d’aspirer vers le haut (grand banditisme, etc.) l’essentiel
de l’activité policière. « Il faut inventer un nouveau statut pour
la police de proximité », insiste-t-il. Au vu des nombreuses initiatives
telles que la création d’agents de sécurité ou de gardiens de square, cette
analyse semble partagée par d’autres bourgmestres, pas seulement bruxellois.
Cette question fait aussi l’objet d’un suivi en cours par le Comité permanent P.
Pour certains juges d’instruction, la réforme des polices aboutit à une moins-value
pour le citoyen. Elle aurait coupé les ailes aux agents de la police fédérale
affectés aux enquêtes. D’aucuns pointent « l’idée de management »
qui handicaperait le travail de la police sur le terrain : « les
enquêteurs sont contraints de passer leur temps à dresser des rapports pour
justifier de leur emploi du temps ». Et de dénoncer ce qui est qualifié
de fonctionnarisation du travail des enquêteurs. Pour ces juges d’instruction,
les services d’enquête devraient être placés sous l’autorité des magistrats.
Le ministre de l’Intérieur [67] se
dit convaincu que la nouvelle police peut bel et bien fonctionner convenablement,
« même si on a peut-être parfois agi à la hâte au cours de la précédente
législature et même si certaines erreurs ont peut-être été commises lors des
négociations avec les syndicats. L’opinion publique n’aurait cependant pas
accepté une réforme plus lente ». Le ministre de l’Intérieur tient
à souligner un avantage de la réforme des services de police : jamais
auparavant des matières telles que le fonctionnement de la police, les priorités,
le nombre d’hommes par habitant, etc. n’avaient été débattues de la sorte
à l’échelle locale. Et de pointer également que : « la réforme
a révélé que, par le passé, toutes les villes et communes n’ont pas consenti
les mêmes investissements en matière de sécurité. Ceux qui ne se souciaient
guère de sécurité par le passé devront compenser cette attitude à l’avenir » [68] .
Nous ne pouvons que souscrire à une telle analyse, que nous avions d’ailleurs
faite en d’autres temps et circonstances. En ce qui concerne le financement,
le ministre de l’Intérieur reconnaît que
Le niveau fédéral de la police intégrée a été mis en place le 1er
janvier 2001 et les zones de police locale ont été créées le 1er
janvier 2002. Deux ans plus tard, il ne serait pas sérieux de parler d’un
échec. Le changement du paysage policier a, somme toute, été réalisé rapidement.
Une série de conditions annexes mais pourtant essentielles n’ont pas toujours
ni partout été correctement évaluées, sans parler de l’accompagnement et de
l’accueil des policiers. Selon les chefs de zone de l’arrondissement d’Anvers
dans une lettre ouverte, la nouvelle organisation policière a encore trop
de points faibles : morcellement des zones, bureaucratie, conseils de
police sans autorité démocratique, Commission permanente de la police locale
inexistante, délimitation pas toujours claire des compétences, statut rigide.
Mais de pointer que, malgré tout, le système fonctionne. Et de souligner aussi
que l’on travaille d’une manière acceptable en beaucoup d’endroits, ce que
nous ne pouvons que confirmer en fonction de nos constatations, enquêtes ou
analyses. Des problèmes subsistent cependant encore.
Section 3 : Perspectives
– Vue d’ensemble sur
Le Comité permanent P a procédé à une analyse des rapports annuels des corps de la police locale, laquelle constitue l’un des actes d’enquêtes du dossier Beeldvorming [69] dont le but est d’informer le Parlement, de manière structurée et systématique, de la mesure dans laquelle le service de police intégré exécute ses missions légales et de la manière dont les principes régissant son fonctionnement sont concrétisés et respectés. L’objectif de cette (première) analyse qui, compte tenu des informations reçues, ne porte que sur les rapports annuels des corps de la police locale, est de permettre au Comité permanent P de se prononcer globalement sur : (1) l’aspect conceptuel et (2) les éléments de contenu des rapports annuels respectifs. Les objectifs, la méthodologie appliquée et le calendrier ont été définis par le Comité permanent P. Il sera procédé à l’analyse des rapports annuels d’unités de la police fédérale lors d’une prochaine phase de l’enquête.
En vue de l’exécution de cette mission : (1) certains ouvrages [70]
portant sur l’établissement de rapports annuels ont été
consultés et (2) une check-list a été mise au point. Cette check-list permet
une analyse uniforme et contient des questions pertinentes pour l’appréciation
à la fois du concept et du contenu des rapports annuels.
Pour être à même de juger ces deux éléments distincts – à défaut de directives
pour les rapports annuels des services de police –, on a recherché dans la
littérature un cadre de référence comportant des critères d’appréciation des
rapports annuels. Une analyse de ceux-ci a été exécutée sur la base d’un certain
nombre de critères descriptifs, sans émettre un jugement de valeur sur le
concept et le contenu des rapports respectifs.
Pour l’évaluation des rapports annuels, les éléments conceptuels et de contenu
suivants ont été examinés en détail : (1) la structure utilisée
ou le cadre ; (2) le nombre de rapports annuels établis ; (3) le
groupe cible ; (4) l’avant-propos ; (5) la présentation ;
(6) les organes légaux ; (7) une vue d’ensemble des parties
du contenu ; (8) le plan zonal de sécurité ; (9) d’autres
informations pertinentes ; (10) les partenaires externes ;
(11) le Comité permanent P.
Lorsque nous évoquons les résultats de l’analyse, nous ne mentionnons qu’une
référence théorique – restreinte – à ces questions pertinentes. Pour un exposé
complet reprenant les directives en matière de rédaction de rapports annuels,
nous renvoyons notamment aux sources citées.
64. Constatations et conclusions
Au total, 11 rapports annuels francophones et 22 néerlandophones, provenant
des corps de la police locale, ont été examinés dans le cadre de la présente
analyse. Les rapports annuels pris en considération pour l’analyse sont donc
au nombre de 33, ce qui représente 16,8 % du nombre de zones de police [71]
.
Outre les rapports annuels, 19 autres rapports ont également été transmis
au Comité permanent P, parmi lesquels deux rapports décrivant le fonctionnement
et les résultats d’un service de contrôle interne. L’analyse de ces rapports
ne relève toutefois pas de la première phase de cette enquête.
Un rapport annuel est un rapport concernant les activités, événements, etc.
d’une année écoulée, un rapport ayant principalement trait à des sociétés
anonymes et contenant un récapitulatif annuel de la situation économique et
financière et des perspectives pour l’année à venir d’une entreprise.
À l’origine, un rapport annuel est de nature économique et représente, pour
les entreprises, une sorte de justificatif financier légalement imposé ou
non, par la voie duquel la direction d’une entreprise rapporte à ses actionnaires,
les activités de l’exercice écoulé. Dans ces rapports annuels, les actionnaires
sont informés de la manière dont l’organisation est gérée, des activités réalisées
par l’entreprise et des conséquences financières de celles-ci pour l’avenir.
Les entreprises ne sont pas les seules à publier des rapports annuels. Diverses
autres organisations, notamment les services de police, essaient également
de donner aux intéressés une image objective de leur (forme d’)organisation,
de leurs activités et plans (zonaux et de projet) et des perspectives d’avenir
postulées.
« Le commissaire général de la police fédérale, les chefs de corps
de la police locale, l’inspecteur général de la police fédérale et de la police
locale et la direction des services de police, visés à l’article 3 de la loi
du 18 juillet 1991, qui établissent un rapport annuel ou tout autre
rapport général portant sur leur fonctionnement, sont tenus d’en faire parvenir
un exemplaire au président du Comité permanent P dans les deux semaines » [72]
. Ce nouvel article 14ter de la loi organisant le
Comité permanent P a été inséré lors des modifications introduites par la
loi du 3 mai 2003 et ne contient aucune obligation légale pour les
services de police d’établir un rapport annuel. Il oblige uniquement les responsables
désignés à transmettre un exemplaire au Comité permanent P lorsque, le cas
échéant, un rapport annuel a été établi.
Tous les chefs de corps et autres responsables de la police se sont vus notifier
par écrit les adaptations de la loi du 18 juillet 1991, introduites par la
loi du 3 mai 2003, et ont ensuite été informés à plusieurs reprises du contenu
des articles 9, 10, 14, 14bis, 14ter et 26 de la loi adaptée.
À la suite de cette information, la plupart des rapports existants auraient
été transmis mais, à la date du 1er mai 2004, le Comité permanent
P n’avait encore reçu aucun rapport du commissaire général ou d’un directeur
général de la police fédérale, ni de l’inspecteur général de la police fédérale
et de la police locale [73]
.
Aucune autre source contenant une obligation légale pour les services de police
d’établir un rapport annuel n’a été trouvée. La Direction des relations avec
la police locale (CGL) a pris des initiatives préliminaires à ce propos, tant
au niveau de la philosophie qu’au niveau de la méthodologie mais aucun projet
de réglementation n’a encore été développé. La contribution apportée par ce
service à l’élaboration d’un rapport annuel pour les services de police (locale)
nous paraît importante et fera l’objet d’un éclaircissement dans cette analyse.
L’intérêt des rapports annuels n’augmente pas seulement dans le secteur économique.
Bon nombre d’organisations sans but lucratif reconnaissent l’importance d’un
compte rendu périodique sur leur organisation et, partant, ont pris l’initiative
de produire ce genre de publications. Faisant partie de la panoplie de moyens
de communication d’une organisation, ces rapports annuels constituent non
seulement un instrument important de justification mais peuvent également
renforcer l’image de l’entreprise. La reprise d’informations non obligatoires
et la publication de rapports intermédiaires illustrent à quel point les rapports
annuels revêtent sans cesse plus d’importance. L’attitude de plus en plus
critique des diverses parties intéressées force les organisations à établir
des rapports annuels plus performants.
Le rapport annuel peut être considéré comme l’un des moyens les plus importants
dont une organisation dispose pour communiquer avec ses intéressés. C’est
la raison pour laquelle le rapport annuel doit permettre de transmettre le
message prévu à ses groupes cibles. Les attentes et besoins en informations
spécifiques des différents groupes cibles influencent le concept et le contenu
du rapport annuel.
En analysant un certain nombre d’éléments du rapport annuel, on va vérifier
s’il est possible d’atteindre ces objectifs de la manière dont les rapports
annuels des services de police sont actuellement rédigés.
Un rapport annuel ne peut pas être une initiative unique mais doit s’inscrire
dans le cadre d’un programme de communication externe global [74]
, comme étant l’un des éléments servant à communiquer les
informations requises aux intéressés. Le concept utilisé du rapport annuel
mérite la continuité pour que l’aspect identifiable de la forme et du contenu
soit garanti et contribue à l’image de l’organisation concernée.
Un grand nombre de rapports annuels analysés faisaient mention d’une édition
antérieure. Il n’a pas été possible de procéder dans cette enquête à une comparaison,
au niveau du contenu et du concept, entre ces rapports annuels antérieurs
et les rapports annuels analysés. Ce genre de comparaison pourra toutefois
être envisagée dans le futur en guise d’information sur les tendances.
L’avant-propos d’un rapport annuel est une partie importante qui doit indiquer
ce que le lecteur peut attendre du document en question. Il doit également
s’adresser au(x) groupe(s) cible(s). On remarque que tous les rapports annuels
ne contiennent pas forcément un avant-propos. Dans les rapports renfermant
un avant-propos (63 %), ce dernier est généralement rédigé par
le chef de corps. Dans les autres cas, l’avant-propos est rédigé par le bourgmestre
ou par le président du collège de police.
Comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, le rapport annuel doit tenir compte
des besoins en informations des différents groupes cibles. Cette remarque
vaut aussi pour les rapports annuels de la police et l’on ne peut perdre de
vue que le rapport annuel doit non seulement informer les autorités mais qu’il
doit également répondre aux besoins en informations des autres parties intéressées [75]
.
Dans les rapports annuels examinés, le groupe cible est rarement spécifié.
Toutefois, lorsqu’il l’est, nous constatons que le groupe cible est décrit
de manière vague et que le rapport est davantage conçu comme instrument de
justification vis-à-vis des autorités et/ou comme document informatif à l’attention
des citoyens, habitants de la zone de police.
Les rapports annuels omettent de stipuler clairement quelles sont les autorités
visées et quel contenu leur est spécifiquement destiné. Ils renferment peu
de références à d’autres sources d’informations (brochures, sites Internet,
communiqués de presse, rapports intermédiaires) auprès desquelles les intéressés
pourraient obtenir des informations supplémentaires.
Dans un cas uniquement, l’avant-propos fait référence à l’obligation de justification
de la police comme le prévoit
La mise en page du rapport annuel est non seulement un élément formel important
mais elle doit aussi contribuer à faire passer le message aux divers groupes
cibles. Le texte du rapport annuel est, certes, important mais les photos,
graphiques, tableaux et illustrations doivent également soutenir, de manière
créative et fonctionnelle, le message que l’organisation entend véhiculer.
La mise en page du rapport annuel révèle le style de l’organisation et le
choix du concept. Le choix de ce concept dépend de l’utilisation du rapport
annuel et des groupes cibles respectifs. Nous avons signalé plus haut que
ces groupes cibles n’étaient quasiment pas déterminés et que la lecture des
rapports annuels ne permettait pas non plus de discerner clairement ceux-ci.
Le concept du rapport annuel est fortement influencé par la mise en page.
Pour le choix des chapitres, le rapport annuel peut être subdivisé par service,
fonctionnalité ou thème ou encore présenter une autre répartition. L’important
est que le concept adhère au message que le rapport annuel veut transmettre
à ses lecteurs et que les objectifs de communication soient atteints. La mise
en page doit contribuer à répondre aux besoins en informations des lecteurs
et doit informer efficacement, de manière claire et synoptique, les intéressés,
par une composition adéquate de la couverture, du contenu et des annexes.
Une table des matières, une liste de mots-clés, un colophon, des textes clairs
et des titres univoques peuvent répondre à la demande de simplicité et de
lisibilité.
En matière de mise en page, la plupart des rapports annuels sont rédigés de
manière relativement sobre. Alors qu’on trouve systématiquement des tableaux
(94 %) et des graphiques (76 %) pour expliquer des parties
de textes, les dessins (48 %) et photos (36 %) sont
moins utilisés bien qu’ils soient la solution idéale pour visualiser les messages
contenus dans le texte.
À l’analyse des mises en page, nous constatons une différence significative
entre la Région flamande et la Région wallonne, les zones néerlandophones
utilisant davantage ces techniques. Deux zones de police seulement proposent
leur rapport annuel via Internet et une zone de police ne distribue même plus
de version papier. Elle n’utilise, en plus d’Internet, que des cd-rom contenant
le rapport annuel en format PDF.
Le nombre moyen de pages – y compris les annexes – est de 55, bien que l’on
ait observé des extrêmes contenant 4 et 153 pages.
Peu de rapports sont établis suivant le modèle de management EFQM/INK bien
qu’un grand nombre de zones néerlandophones aient suivi une formation à cette
technique [77] .
La plupart des rapports annuels ont une structure classique. Seules quelques
zones de police ont développé une forme de présentation originale, à savoir :
(1) présentation du rapport annuel sous la forme d’un bulletin d’informations
communales ; (2) insertion de coupures de journaux pour illustrer
des événements importants ; (3) suppression de la version papier
mais diffusion via site Internet et cd-rom.
Les organes de gestion et d’administration de la zone de police – le conseil
de police (58 %), le collège de police (45 %) et le conseil
zonal de sécurité (39 %) – sont généralement abordés dans le rapport
annuel avec mention de leur composition et un aperçu de leurs activités et
réalisations. Nous constatons que les zones de police néerlandophones s’intéressent
davantage à ces organes dans leur rapport annuel que ne le font les zones
francophones.
Il n’est que limitativement question du comptable spécial et du secrétaire
du conseil et du collège de police (18 % chacun) dans les rapports
annuels examinés.
Un rapport annuel a pour but d’informer le lecteur sur le fonctionnement
de l’organisation en abordant un certain nombre de thèmes. Il doit en outre
contenir un ou plusieurs messages-clés véhiculés à travers le rapport comme
un fil rouge et faisant autorité pour les différents thèmes traités. Il est
recommandé de faire référence à ces messages-clés dans chacun des domaines
traités du rapport annuel. Ainsi la vision de l’organisation, les résultats
obtenus, un thème (annuel) unique, un point d’attention particulier, les priorités
auxquelles on souhaite, en tant qu’organisation, s’attaquer l’année prochaine,
les résultats que l’on espère atteindre, le partenariat que l’on souhaite
développer, etc.
À défaut d’une directive sur les rapports annuels, les thèmes abordés dans
les rapports annuels transmis sont divers. Nous envisageons ici brièvement
les parties développées les plus importantes que l’on retrouve dans les rapports
annuels respectifs.
Il est frappant de constater que le mission statement n’est que rarement
mentionné dans le rapport annuel (36 %). Sans toutefois devoir être développé
en long et en large comme dans le plan zonal de sécurité, on rate quand même
ici l’occasion d’attirer l’attention sur celui-ci, d’y familiariser le personnel
et les partenaires. Aucun rapport annuel francophone n’a fait mention de la
mission, de la vision ou des valeurs.
Presque chaque rapport annuel contient un relevé des effectifs actuels (88 %)
et reprend la problématique en matière de capacité hypothéquée (Hycap) (70 %).
Il est également fait explicitement mention de l’absentéisme pour cause de
maladie et des formations qui sont dispensées et/ou planifiées, 67 %
pour ces deux cas.
Dans chaque rapport annuel, des données (objectives) relatives à la sécurité
sont reproduites. Ces chiffres sur la criminalité ont trait aussi bien à des
infractions de roulage qu’à des faits pénaux. Pour ces chiffres (sur la criminalité)
enregistrés, il manque généralement des informations contextuelles. Dans un
certain nombre de cas, des chiffres sont pris en considération qui, vu leur
ampleur, ne peuvent pas être insérés dans le corps du rapport annuel mais
doivent faire l’objet d’une annexe.
Les données relatives à la sécurité (94 %), la charge de travail
liée aux tâches d’intervention (91 %) et un aperçu du nombre de
procès-verbaux rédigés (également 91 %) figurent dans la plupart
des rapports. Les données en matière d’élucidation d’affaires sont
par contre très rarement reproduites (18 %). Les fonctionnalités de
base, en tant que processus primaires d’un corps de police locale, ne
font pas défaut dans les rapports annuels (79 %). Toutefois, la manière
dont sont rapportées ces fonctions est très variée.
Le nombre de privations de liberté est généralement stipulé (70 %)
mais des informations détaillées sur cette partie sont souvent absentes.
L’affectation des ressources (capacité) (70 %) est souvent illustrée
au moyen de graphiques et tableaux circonstanciés, insérés dans le corps du
rapport annuel ou joints en annexes. Dans un nombre restreint de cas, des
informations détaillées qui sont fournies méritent plutôt une place en tant
qu’annexe ou, d’une manière plus concise et contextuelle, dans le corps du
rapport.
En ce qui concerne la gestion des plaintes (52 %), on énumère
généralement le nombre et le type de plaintes, le service interne ou externe
qui s’est chargé du traitement et la suite qui a été réservée à
Les moyens (70 %) et, en particulier, les moyens financiers (64 %)
sont également abordés. Dans un seul cas, les moyens financiers occupent même
l’avant-plan du rapport annuel, ce qui pourrait donner l’impression que les
autres parties sont d’une importance accessoire. L’importance croissante des
implications financières du travail de la police et de la justification de
ces moyens disponibles est illustrée par un compte rendu sur le sujet.
Les relations avec les syndicats (24 %) et avec les services
de prévention et assistants de prévention et de sécurité (15 %) sont
abordées de manière limitée et ne sont reprises que dans quelques rapports
annuels néerlandophones. La collaboration avec des partenaires externes
est abordée dans nombre de rapports annuels (58 %).
Le simple fait de mentionner les possibilités de contact de la zone de police,
avec indication des noms des responsables des différents services, stimule
la prise de contact. La formulation d’une invitation à transmettre un feed-back
fait partie du processus de communication entre la zone de police et les intéressés.
Les réactions, suggestions et recommandations complémentaires des lecteurs
permettent aux intéressés de communiquer leurs attentes aux services de police.
La possibilité de donner un feed-back sur le rapport annuel est rarement
proposée de manière explicite (12 %) et est encore une occasion ratée
d’utiliser ce rapport comme encouragement au dialogue et à la discussion.
Nous ne remarquons que des mentions sporadiques à propos du Comité permanent P dans les rapports annuels. Les références qui y sont faites ont trait à la gestion des plaintes et à la notification des enquêtes menées par le Service d’enquêtes ainsi qu’à la collaboration de la zone de police à des enquêtes thématiques du Comité permanent P.
64.3. Plans zonaux de sécuritéLe rapport annuel n’est actuellement pas conçu comme un instrument de compte
rendu obligatoire du fonctionnement de la zone de police en général ni comme
une justification de l’évolution et du suivi des plans zonaux de sécurité
en particulier.
Un vaste nombre de rapports annuels (70 %) font mention des activités
développées en rapport avec le fonctionnement général (régulier et particulier)
et le développement de l’organisation. Les objectifs qui ont été fixés
dans le plan zonal de sécurité (67 %) et les résultats obtenus
(67 %) entrent également en ligne de compte. Nous ne retrouvons les perspectives
d’avenir que dans peu de rapports (21 %).
En parcourant quelques rapports annuels de la police néerlandaise, on constate
que ces rapports contiennent les rubriques suivantes : (1) un avant-propos
rédigé par le chef de corps ; (2) la vision du corps ;
(3) l’organisation du travail ; (4) les missions
(points prioritaires) avec indication des objectifs, des résultats
et des perspectives d’avenir.
Ces rapports annuels contiennent un message-clé clair, à savoir « la
police de proximité » et s’inscrivent clairement dans le cycle organisationnel
et fonctionnel du corps. Dans ces rapports néerlandais, il est non seulement
fait référence aux organes et partenaires légaux mais ceux-ci prennent
aussi la parole et fournissent des informations sur la collaboration avec
le corps en question. Les rapports annuels sont également publiés sur un site
Internet en version abrégée et en version détaillée et sont disponibles sur
cd-rom.
Comme précisé supra, l’objectif de l’enquête était d’analyser les
rapports annuels des corps de police locale afin de permettre au Comité permanent
P de se prononcer de manière générale sur : (1) l’aspect conceptuel
et (2) les éléments de contenu des rapports annuels respectifs.
Bien qu’il n’existe pour le moment aucune obligation légale pour les services
de police d’établir un rapport annuel, certains corps ont conçu un rapport
annuel ou rapport d’activités. Divers arguments justifient d’ailleurs l’établissement
d’un rapport annuel.
L’importance de l’établissement d’un rapport annuel par les corps de police
locale doit donc être soulignée. À la lumière des attentes et exigences légitimes
en matière de transparence et de justification des interventions de la police
et de son fonctionnement, le Comité permanent P est convaincu que l’établissement
d’un rapport annuel contribue indéniablement à atteindre ces objectifs.
Les recommandations formulées portent sur : (1) le partenariat pour
le développement d’un rapport annuel ; (2) le concept ; (3) le
contenu ; (4) le cadre légal ; (5) le calendrier.
En collaboration avec la Direction des relations avec la police
locale, un modèle de compte rendu annuel doit être développé, pour lequel
un cadre réglementaire doit être défini, outre un certain nombre d’éléments
de contenu (obligatoires) et un concept uniforme. L’implication du Comité
permanent P dans le développement des rapports annuels des services de police
locale mais aussi fédérale doit être soulignée, vu les missions fondamentales
qu’il doit exécuter. Il faut également stipuler qui doit et/ou peut être considéré
comme intéressé par un rapport annuel afin de déterminer de manière univoque
les destinataires obligatoires, le mode de publication et les éléments de
contenu requis.
Une analyse des attentes des divers groupes cibles, dont fait partie le Comité
permanent P, doit être réalisée au préalable. Pour répondre aux besoins
du Comité permanent P en général et du projet Beeldvorming (vue d’ensemble)
en particulier, une identification des domaines et indicateurs requis
s’impose.
Il faut chercher à développer un modèle uniforme de rapport annuel dans
lequel tous les intéressés peuvent disposer de l’information souhaitée. L’application
et l’utilisation du modèle de management EFQM/INK en tant qu’instrument
de rapport semble, à cette fin, une des possibilités. Pour tendre vers une
grande efficacité, l’idéal est de rechercher une symbiose entre le rapport
annuel et le rapport mensuel que le chef de corps doit remettre au bourgmestre
ou au collège de police à propos du fonctionnement de son corps et des plaintes
reçues.
Pour traiter efficacement les données quantitatives dans le cadre du projet
Beeldvorming, la transmission d’une version informatisée du
rapport annuel au Comité permanent P paraît souhaitable.
Un éclaircissement ultérieur de l’article 14ter de la loi organique
dans lequel est prévu le délai de transmission du rapport annuel au Comité
permanent P doit contribuer à un timing correct pour une exploitation
optimale des rapports annuels. On peut y arriver en fixant une date uniforme
de publication et de remise des rapports annuels aux diverses autorités intéressées.
Chapitre III: Quelques
considérations particulières sur les enquêtes menées ou les dossiers traités
Dans le cadre des enquêtes de contrôle s.s. qu’il est amené à effectuer
et du traitement des plaintes et dénonciations qui sont portées à sa connaissance,
le Comité permanent P fait ressortir des situations, des comportements répétitifs
ou représentatifs d’un problème d’intervention ou de fonctionnement des services
ou fonctionnaires de police sur lesquels il souhaite tout particulièrement
attirer l’attention.
Jusqu’à présent, il a chaque année évoqué un certain nombre d’analyses de
ce type dans les rapports annuels qu’il a adressés au Parlement avant de les
rendre publics en tout ou en partie. Cette année encore, il en sera ainsi
pour un certain nombre de constatations effectuées.
Par ailleurs, dès à présent, le Comité permanent P communiquera aussi de telles
analyses ou considérations trimestriellement à sa Commission parlementaire
d’accompagnement, aux autorités responsables et aux services de police. Cette
rubrique du rapport annuel est dès lors appelée à disparaître nonobstant l’intérêt
certain de telles analyses, parfois cependant trop anecdotiques par rapport
aux autres thèmes et problèmes abordés dans un rapport relatif au monitoring
global du fonctionnement des services de police.
Bien que bon nombre de corps aient déjà investi dans un accueil adéquat et
aimable, on constate malheureusement encore que certains fonctionnaires de
police n'arrivent pas à intervenir poliment et correctement ou à témoigner
de suffisamment de compréhension à l'égard de la personne se trouvant face
à eux, généralement dans une situation de stress.
Par ailleurs, ils continuent encore à affirmer aux personnes que leur plainte
ne changera pas grand-chose, que c'est du temps perdu, etc. Rien ne s'oppose,
bien entendu, à ce que l'on explique au plaignant la suite du déroulement
de la procédure mais l'intervention dissuasive pour ne pas devoir enregistrer
la plainte n'est pas de nature à promouvoir la confiance du citoyen dans les
institutions. Cela témoigne en outre d’un certain désintérêt.
En ce qui concerne l'organisation générale de l'accueil, on a constaté que
l'on travaille parfois encore avec une affectation fixe et qu'il n'y a pas
suffisamment de flexibilité pour faire face aux moments d'affluence. La conséquence
est donc généralement un fonctionnaire de police fortement stressé qui note
les plaintes d'une manière peu efficace, des personnes qui attendent et s'énervent
(surtout lorsque des fonctionnaires de police semblent ne rien faire aux abords
de l'accueil), etc.
La fonction de police guidée par l'information est présentée dans le plan
national de sécurité 2003 comme l'un des concepts pour le fonctionnement
des services de police.
Le Comité Permanent P a constaté dans plusieurs dossiers que l'information
obtenue est utilisée un peu trop à
Cet aspect ne peut pas être perdu de vue, maintenant que les structures devant
permettre un échange optimal des informations sont progressivement mises en
place. Sur la base de ce dossier et d'autres, le Comité Permanent P a
l'impression que les fonctionnaires de police ne se rendent pas toujours compte
que la collecte d'informations constitue en partie une intrusion dans la vie
privée des personnes, particulièrement s'il s'agit d'informations sensibles,
et que, notamment pour justifier cette intrusion, ces informations doivent
être traitées de manière professionnelle et être évaluées correctement sur
le plan, entre autres, de leur véracité et de leur pertinence.
Malgré les possibilités de communication actuelles, plusieurs enquêtes ont
montré que l'on envoie encore assez souvent des équipes sur place sans mission
précise. Il n'est pas toujours indiqué non plus à l'appelant, même lorsque
c'est possible, combien de temps il devra éventuellement attendre une intervention.
Nombre d'interventions ont lieu sans compte rendu ou établissement d'un rapport.
On a constaté en 2003, lors de certains services d'ordre, que des personnes
ayant fait l’objet d’arrestations administratives avaient été privées de boisson
et de nourriture.
Il apparaît également que l'on ne fait pas toujours de distinctions suffisantes
lors d'arrestations « massives » et que des personnes qui n'ont
rien à voir avec l'affaire sont également arrêtées. Il est bien connu qu'il
n'est pas toujours facile de faire cette distinction mais le fait que des
« innocents » puissent également être arrêtés doit justement être
une raison pour « faire le tri » le plus rapidement possible après
l'arrestation.
Une enquête a été effectuée par le Service d'enquêtes à l'occasion d'une
déclaration par un responsable d'école concernant un demandeur d'asile débouté
que l'on est venu chercher en vue de son rapatriement. Il a été constaté qu'il
n'existait aucune directive contraignante en
Un rappel de cette lettre a été envoyé le 8 mai et le 4 juin 2003,
après que la presse ait mentionné le 3 juin 2003 que le ministre
de l'Intérieur allait adopter une circulaire en
En réponse aux lettres précitées, une photocopie de la publication susmentionnée
dans le Moniteur belge a été envoyée au Comité Permanent P par lettre
du 25 juin 2003.
Dans un certain nombre de dossiers, le Comité Permanent P constate qu'un contrôle d'identité est utilisé de manière inappropriée, comme une sorte de « sanction ». Ainsi un habitant dont l'identité est suffisamment connue et qui est interpellé concernant le dépannage de son véhicule est néanmoins soumis à un contrôle d'identité parce qu'il engage une discussion sur le dépannage. Dans une autre affaire, une personne qui – pour des raisons linguistiques – aide quelqu'un qui demande des explications à l'accueil est elle-même l'objet d'un contrôle d'identité et est enfermée administrativement à défaut de pouvoir présenter ses documents d'identité. On peut bien entendu argumenter qu'aucune illégalité ne s'est produite. Toutefois, l'intervention policière n'est plus seulement régie par les principes de légalité mais aussi par la légitimité, la proportionnalité et l'effectivité. Ce n'est apparemment pas encore clair pour tout le monde.
Le Comité P constate également dans un certain nombre de dossiers que des fonctionnaires de police ne font pas toujours preuve de la maîtrise nécessaire d'eux-mêmes lors d'infractions de roulage : ils frappent sur le capot du véhicule en infraction, utilisent un langage inapproprié, etc. Ces situations peuvent toutefois s'expliquer par l'émotion du moment, surtout si l'infraction est si flagrante que tout conducteur normal ne la commettrait en principe jamais. Cela étant, on attend malgré tout d'un fonctionnaire de police qu'il puisse être « au-dessus » de cela.
Une constatation récurrente consiste également dans la verbalisation pour une infraction de roulage et, selon la réaction du contrevenant, dans le contrôle complémentaire relatif à la trousse de secours, à l'extincteur, au triangle de danger, etc. Sur le plan de la légalité, il n'y a bien entendu aucun problème mais l'intervention policière n'est plus évaluée sur cette seule base. Il faut aussi tenir compte des critères de légitimité et de proportionnalité. En outre, une telle intervention est souvent contre-productive car le temps qui est consacré à de telles affaires pourrait être utilisé plus utilement autrement.
L'aspect humain est également encore trop souvent oublié lors de certaines
interventions. Ainsi une personne chez qui devait avoir lieu une visite domiciliaire
avec consentement a été amenée à son domicile dans un véhicule avec gyrophare
et menée à l'intérieur avec un grand déploiement policier, tout cela à un
moment où l'on pouvait s'attendre à ce que beaucoup de voisins l’aperçoivent
et sachant que ses enfants étaient probablement en train de jouer dans
L'intervention d'unités spéciales, notamment lors d'une arrestation sur la voie publique ou dans une habitation, ou lors d'une visite domiciliaire « musclée » suscite un certain nombre de questions. En premier lieu, une telle intervention repose sur une demande d'une unité qui pense ne pas disposer elle-même des moyens et techniques suffisants pour accomplir cette intervention compte tenu de la dangerosité des personnes concernées. Dès que cette appréciation est faite, les unités spéciales interviennent d'une manière qui correspond parfaitement au niveau de danger mais qui peut néanmoins représenter un événement particulièrement important pour les suspects concernés et leur famille, surtout lorsque l'on pénètre chez les suspects à 5 heures du matin et que des petits enfants sont présents. Il n'y a rien à remarquer quant à l'intervention des unités spéciales en tant que telle. En effet, si on estime qu'il faut les engager, cela doit se faire de manière appropriée. On constate toutefois que cette appréciation ne se fait pas toujours de manière objective ou encore que l'unité demanderesse n'a pas fait suffisamment d'efforts pour savoir quelles personnes pourraient être rencontrées en plus des suspects. Il semble que l'impact d'une telle intervention sur des tiers (épouse, enfants, etc.) ne soit pas toujours pris en compte dans l'évaluation.
73. Enfermements [84]Une série de plaintes concernent les personnes enfermées.
Comme mentionné dans le rapport annuel précédent, il y a des plaintes concernant
la disparition prétendue ou non d'objets remis ou retirés. Les possibilités
de supprimer de telles plaintes ou d’en réduire le nombre ont été décrites
à suffisance dans le rapport annuel précédent.
Un autre point est l'intervention contre des personnes qui ont présenté un
comportement violent ou destructeur pendant leur séjour dans la cellule de
passage. Bien intentionnés, les fonctionnaires de police ont essayé de « calmer »
l'intéressé mais, dans ce type de situations, de tels moyens ne calment généralement
pas et une violence en entraîne une autre. Si une personne enfermée présente
un comportement violent et que le fonctionnaire de police estime que l'intéressé
doit être calmé, il est préférable d'appeler un médecin.
Le Comité Permanent P reçoit régulièrement des plaintes concernant les
procès-verbaux rédigés. Dans un certain nombre de cas, cela concerne la personne
entendue même, qui prétend que son audition ne correspond pas suffisamment
à ce qu'elle a réellement dit ou voulu dire, qu'on ne l'a pas suffisamment
informée de ses droits, que des modifications n'ont pas été apportées.
Il semble au Comité Permanent P que les obligations légales en la matière
sont respectées mais qu'il n'est pas suffisamment tenu compte de la personne
entendue pour laquelle toutes les choses ne sont pas nécessairement aussi
claires ou compréhensibles. Il ne suffit pas de satisfaire « formellement »
aux prescriptions, il faut également veiller à ce que les personnes comprennent
leurs droits.
Par ailleurs, il y a également lieu de constater que, notamment en ce qui
concerne la rébellion ou des affaires dans lesquelles il est fait usage de
violence par ou contre des fonctionnaires de police, les procès-verbaux permettent
rarement de reconstituer les faits. Il n'y a souvent pas de description du
fond de la violence commise, le procès-verbal ne permet pas de déterminer
quelle est l’intervention de chacun, les témoins entendus ne sont pas toujours
interrogés sur la violence utilisée, etc. Cette indispensable recherche de
précisions additionnelles nécessite bien entendu plus de temps mais c'est
peu de chose comparé aux éléments à charge et à décharge que l’on peut en
retirer pour les deux parties.
Qu'il y ait recours à la violence ou non, il est régulièrement constaté que,
lors d'interventions impliquant plusieurs fonctionnaires et équipes de police,
il est rarement fait mention nominativement – ou au moins d'une manière permettant
une identification ultérieure – des équipes qui prêtent assistance. Elles
sont cependant au moins témoins et peut-être même témoins à décharge.
Nous recevons également régulièrement des plaintes des autorités judiciaires,
qui affirment que les auditions sont incomplètes, qu'il y a des imprécisions,
qu'il n'est pas indiqué si une déclaration a ou non été faite spontanément,
que les procès-verbaux sont établis et envoyés tardivement, que les détails
de la prise de contact avec le magistrat de service sont reproduits de manière
incomplète ou inexacte, que la législation linguistique n'a pas été respectée.
En ce qui concerne les accidents de la circulation, on constate de manière
récurrente : le fait de ne pas mentionner tous les témoins possibles
ou de ne pas les auditionner, le problème des schémas établis « suivant
les déclarations des parties » alors que seule une des parties a été
interrogée, des dessins réalisés à l'échelle et d'autres pas, le tout sur
une même feuille, les dommages aux véhicules impossibles à concilier avec
le schéma, la localisation des témoins par rapport à l’accident qui manque,
etc.
La verbalisation des infractions de roulage dans lesquelles le verbalisant est lui-même partie « prenante » est encore un phénomène toujours récurrent. Dans un certain nombre de cas, le policier est reconnaissable en tant que tel mais dans d’autres, le policier, en civil, se contente de se présenter verbalement sans toutefois se légitimer comme il se doit et indique ensuite à la personne concernée qu'il y a infraction sans mentionner qu'un procès-verbal sera dressé.
75. AttitudeLe langage utilisé reste apparemment un problème. Plusieurs dossiers ont trait à un langage inapproprié qui peut s'expliquer par les émotions du moment mais qui est probablement généralement l’expression d'un comportement arrogant induit par une position de force. Des déclarations comme « si vous aviez une arme, vous tireriez, sans doute » et « n'essaie pas de me baiser » dépassent toutefois les limites du raisonnable. De plus, de telles choses se produisent souvent pendant une audition, ce qui est clairement contraire à tous les principes de la technique d'audition. Même si les esprits peuvent parfois s’échauffer, le policier doit travailler de manière efficace et ce type de comportement verbal n'y contribue certainement pas. L'existence d'une interdiction de fumer dans un bureau de police est également particulièrement irritante si le policier fume pendant l'audition.
76. Intégrité [85]Plusieurs dossiers d'enquête montrent que la banque de données nationale générale (BNG) est consultée à des fins privées par des fonctionnaires de police. Ainsi, des données relatives au partenaire sont utilisées dans un procès en divorce dans lequel le fonctionnaire de police ou un de ses amis est impliqué.
77. Intervention dans son propre quartier [86]Il a été constaté, dans un certain nombre de dossiers, que des fonctionnaires de police qui habitent dans un endroit qui n’est pas de leur ressort essayent de « mettre de l'ordre » dans leur propre quartier. Il est évident que si un fonctionnaire de police est concerné par un conflit ou s'il subit des nuisances, il ne peut intervenir lui-même ni éventuellement au nom de son entourage mais doit laisser faire la police locale.
78. Incompatibilités professionnelles [87]Il appert de différents dossiers que les dispositions légales et réglementaires relatives aux incompatibilités professionnelles ne sont pas toujours respectées. Plus encore, les chefs n'estiment pas toujours nécessaire de procéder à un examen plus détaillé d'un fait connu publiquement ou à tout le moins d'aborder la question avec le fonctionnaire de police concerné.
79. Identification des propriétaires des véhicules qui ne s’acquittent pas deÀ l’occasion d’un certain nombre de plaintes ou de questions au sujet de
la légalité de la pratique de certaines administrations communales de demander
à la Direction pour l’immatriculation des véhicules (DIV) de communiquer l’identité
des personnes ne s’étant pas acquittées de la redevance de stationnement –
sur la base des plaques minéralogiques via le système POLIS – aux sociétés
de gestion des parkings communaux ou aux sociétés privées auxquelles a été
confiée la gestion des emplacements de parking payants sur la voie publique,
le Comité permanent P en est arrivé aux constatations développées ci-après.
L’état actuel de la législation permet à la DIV de communiquer les données
d’identification des propriétaires des véhicules n’ayant pas payé la redevance
de stationnement due [88]
.
L’article 6, § 2, 2° de l’arrêté royal du 20 juillet 2001 [89]
est d’ordre général et non limitatif. On peut en déduire
qu’ont accès au répertoire des véhicules à moteur tant les services compétents
de l’administration communale que les sociétés privées qui remplissent une
mission de service public dans le cadre d’une concession qui leur a été accordée
par l’autorité compétente. Qui plus est, la loi du 22 février 1965
confère aux communes la compétence d’établir des redevances de stationnement
applicables aux véhicules à moteur. Il ressort toutefois de réponses aux questions
parlementaires ayant trait à cette problématique que le ministre de la Mobilité,
compétent pour la DIV, ne souhaite pas que ce service communique directement
des informations aux sociétés de gestion des emplacements de parking. Il estime
plus approprié que cela se fasse par l’intermédiaire du bourgmestre. On s’appuie
ici sur des considérations relatives au respect de la vie privée mais, surtout,
sur le fait que les dispositions au sujet du stationnement payant sont toujours
reprises dans le Code de la route et que les données du répertoire des véhicules
à moteur transmises sont traitées dans le cadre de la police de la circulation
routière, de la sécurité routière et de la police administrative, si bien
que ces données peuvent être demandées par le bourgmestre, en sa qualité de
chef de la police administrative [90]
, via les services de la police locale.
Le Comité permanent P constate donc que la manière de procéder décrite ci-dessus,
à savoir l’identification des titulaires des plaques d’immatriculation via
POLIS, n’est pas à considérer comme illégale. Cependant, il faut remarquer
que, dans ce cas, le rôle des services de police n’est finalement réduit qu’à
servir d’instrument permettant aux sociétés de gestion de parking d’accéder
au répertoire des véhicules à moteur.
Le Comité permanent P estime donc, indépendamment du point de vue adopté par
le ministre de la Mobilité, qu’une telle intervention doit être considérée
comme l’exécution d’une tâche purement administrative et, dans ce contexte,
il faut se demander dans quelle mesure cela est compatible avec les dispositions
de l’article 25 de la loi du 5 août 1992 sur la fonction de police, qui dispose
que les fonctionnaires de police ne peuvent être chargés de tâches administratives
autres que celles qui leur sont attribuées expressément par ou en vertu de
la loi, sauf si elles sont reprises dans la liste arrêtée de commun accord
entre le ministre de l'Intérieur et le ministre de
Le Comité permanent P a donc demandé au ministre de l’Intérieur de faire connaître
son point de vue à ce sujet.
Un certain nombre de plaintes déposées au Comité permanent P ont trait
à la rédaction de procès-verbaux par des fonctionnaires de police pour des
faits de roulage dans lesquels ils sont eux-mêmes parties [91] .
Il s’agit notamment d’accidents ou d’incidents en matière de roulage impliquant
des fonctionnaires de police, le plus souvent en tenue civile et en dehors
du service.
Outre une condition de déontologie générale en vertu de laquelle l’intervention
d’un fonctionnaire de police ne peut susciter le moindre soupçon de partialité
dans son chef, se pose aussi la question de la preuve en matière de roulage.
En effet, l’article 62, al. 1er de la loi relative à la police
de la circulation routière [92]
attache une force probante particulière aux procès-verbaux
établis par les agents de l’autorité qualifiés. Citons, à cet égard, l’arrêt
du 14 juillet 1997 rendu par la Cour d’Arbitrage à la suite d’une
question préjudicielle concernant l’article 62 susmentionné, dans lequel
il a été dit pour droit que : « L’article 62 de la loi relative
à la police de la circulation routière viole les articles 10 et 11 de
la Constitution en ce qu’une force probante particulière s’attache, jusqu’à
preuve contraire, aux procès-verbaux visés dans cette disposition législative
sans distinguer suivant que le verbalisant est ou non personnellement concerné
par les faits qu’il a constatés » [93]
.
Bien que l’arrêt de la Cour d’Arbitrage, rendu à la suite d’une question préjudicielle,
n’ait pas force de chose jugée absolue, le Comité permanent P estime
néanmoins qu’il faut en tenir compte dans le cadre des interventions de fonctionnaires
de police en matière de roulage. Il convient toutefois de souligner que l’on
ne précise pas dans le dispositif de l’arrêt ce qu’il y a lieu d’entendre
par « personnellement concerné par les faits ». On peut toutefois
constater dans les considérants de cet arrêt qu’ils portent sur des situations
dans lesquelles le verbalisant n’est pas un tiers indépendant mais se trouve
concerné, d’une manière ou d’une autre par l’infraction constatée en ce qu’il
a encouru ou risqué, du fait de l’infraction, un dommage matériel et/ou moral
quelconque, ou, de l’interprétation du Comité permanent P, en ce qu’il y trouve
un intérêt personnel.
Dans le prolongement de ces considérations, on peut estimer que cet arrêt
n’est pas d’application pour les constats d’infractions de roulage dans lesquels
des fonctionnaires de police sont impliqués lorsque lesdits constats se font
dans l’exercice de la fonction ou pendant le service et que les fonctionnaires
de police ou leur véhicule sont identifiables en tant que tels par le citoyen.
Les fonctionnaires de police n’ont, dans ce cas, aucun intérêt personnel dans
les constats. Ils interviennent tout simplement dans l’exercice de leur fonction
de police. La Cour d’Arbitrage n’a quand même pas entendu que les procès-verbaux
relatifs à des infractions de roulage manifestes rédigés par des fonctionnaires
de police dans l’exercice ou dans le cadre de leur service, échappent à la
force probante prévue à l’article 62 sous le motif que les fonctionnaires
de police seraient personnellement concernés par les faits.
Les fonctionnaires de police impliqués dans un accident de roulage, tant pendant
qu’en dehors de leur service, doivent s’abstenir de dresser eux-mêmes procès-verbal
de leurs constatations.
Indépendamment de l’avis du Comité permanent P, selon lequel les fonctionnaires
de police, en dehors de l’exercice de leurs fonctions, ne peuvent faire usage
de leur qualité de fonctionnaire de police que dans des cas exceptionnels
lors de leurs interactions en tant que citoyens avec d’autres citoyens, ces
mêmes fonctionnaires de police doivent s’abstenir de dresser eux-mêmes procès-verbal
pour des incidents de roulage où ils se trouvent personnellement concernés
en tant que citoyens, en dehors de leur service.
Des directives contraignantes doivent être prises en cette matière.
81. Dépôt administratif des armes (à feu) par les services de police
Le présent document ne traite pas des circonstances visées au Code pénal
dans lesquelles les services de police procèdent à la saisie d’une arme et
à son dépôt au greffe lors du constat d’une infraction. Il porte sur les interventions
policières dans des situations de crise en dehors du contexte pénal telles
que conflits conjugaux, problèmes liés à l’état psychique d’une personne au
point de soupçonner un possible acte désespéré alors que l’un des acteurs
est détenteur d’une arme susceptible de mettre en danger son intégrité physique
ou celle de son entourage.
Dans ce cadre, la police peut, à titre préventif, retirer une arme à son détenteur,
que celle-ci leur soit remise volontairement ou non par le propriétaire ou
par un membre de la famille.
En 2002 et 2003, le Comité permanent P a demandé à son Service d’enquêtes
de mener une enquête de contrôle quant à la sécurisation de l’armement des
corps de police locale. Une visite à différents commissariats de police locale
a permis de constater dans certains cas un stock d’armes important que les
saisies lors des interventions non pénales dans les situations de crise venaient
étoffer au cours des ans. Il s’agissait généralement d’armes à feu répertoriées
sous la catégorie d’armes de sport ou de chasse, d’armes prohibées ou de panoplie.
Dans un cas exceptionnel, les armes découvertes constituaient au sens légal
des armes de défense sujettes par conséquent à une autorisation. Hors les
armes sujettes à autorisation, il était souvent impossible de retrouver les
propriétaires et/ou le moment et les circonstances de
Le Comité permanent P s’est de nouveau senti interpellé par cette matière à la suite d’une plainte introduite par un fonctionnaire de police. Sa conjointe avait remis en mars 2000 aux services de police son arme de service ainsi qu’une arme de défense personnelle qu’il conservait au sein de la sphère familiale. L’arme de service a, comme il se doit, immédiatement été transmise à la hiérarchie du corps auquel le policier appartenait. Quant à l’arme de défense personnelle autorisée du policier, elle ne lui a toujours pas été restituée début 2004, bien que sa situation familiale ne puisse plus justifier de la rétention de ladite arme. Pendant trois ans, le propriétaire n’a pas eu la moindre idée de ce qu’il était advenu de son arme. Les policiers intervenants ne l’ont pas davantage informé de la procédure à suivre pour la récupérer de manière légitime. L’arme dont question était cependant consignée dans un registre et conservée de manière correcte, avec le soin qui s’impose et dans le respect des mesures de sécurité.
Si ce cas de figure n’est pas repris en tant que tel dans une réglementation,
il représente pourtant bel et bien une saisie administrative à laquelle ni
la lettre, ni l’esprit de l’article 30 de la loi sur la fonction de police
ne s’appliquent. Cette compétence policière se fonde uniquement sur la circulaire
coordonnée 3630/1/8 du ministre de la Justice relative à l'application des
dispositions légales et réglementaires relatives aux armes [94]
. Ces circonstances y sont décrites dans : « Dépôt
temporaire de l’arme en dehors de toute infraction.
La partie supérieure droite du modèle n° 10 [95]
est réservée aux dépôts temporaires d'armes, en
dehors de la constatation de toute infraction. Il arrive par exemple qu'une
arme à feu non sujette à autorisation soit déposée à titre préventif par un
membre d'une famille en crise, ou, s'agissant d'une arme sujette à autorisation,
qu'on juge que la procédure de suspension de cette autorisation ne doive pas
être entamée.
Par définition, il s'agit d'un dépôt temporaire. Au-delà d'une certaine période
à apprécier en fonction du cas et aussi des possibilités matérielles de dépôt,
il conviendra soit d'entamer la procédure de suspension ou de retrait de l'autorisation,
soit d'inviter le propriétaire de l'arme à s'en défaire.
Les principes de déontologie indiquent que soit examinée avec une extrême
réticence l'acquisition par un membre de votre corps de police d'une arme
déposée temporairement.
Lorsqu'un service de police est amené à rédiger un modèle 10 dans ces circonstances,
il est tenu de l'encoder immédiatement on-line au RCA si le déposant a son
domicile dans la zone concernée. Sinon, la police locale compétente doit recevoir
dans les 48 heures une copie du modèle 10 aux fins d'enregistrement on-line.
Des modifications ultérieures (restitution de l'arme, etc.) doivent également
être enregistrées ».
Dans la plupart des cas, il était impossible de savoir si ces armes, qui
avaient fait l’objet d’une saisie administrative, avaient été retirées à leurs
propriétaires dans un but légal car l’enregistrement de ces rétentions d’armes
(à feu) était particulièrement limité voire inexistant. Par ailleurs, cette
méthode finalement née de la pratique peut également constituer une violation
des droits des propriétaires. En effet, contrairement à l’esprit du cadre
légal, il est apparu que la plupart des saisies opérées par la police avaient
finalement pris un caractère définitif et que, dans d’autres cas, pour les
armes autorisées, la procédure de suspension ou de retrait de l’autorisation
via l’autorité administrative compétente n’était pas appliquée.
Au vu des lacunes du cadre légal actuel – nous y reviendrons infra
– dont le Comité permanent P est par ailleurs conscient, on peut attendre
des services de police qu’ils agissent dans un souci de légalité, d’opportunité,
de proportionnalité et, aussi et surtout, qu’ils respectent les règles de
bonne administration. Il nous semble dès lors inacceptable qu’aucun registre
de saisie préventive des armes à feu ne soit tenu à jour ou que la période
déterminée par la circulaire « à apprécier en fonction du cas et aussi
des possibilités matérielles de dépôt » dépende des circonstances
justifiant
Il est intolérable que le propriétaire d’une arme à feu légalement autorisée
doive s’adresser à une instance supérieure pour récupérer sa propriété légitime.
Si l’on entend lui retirer cette arme pour une longue durée ou à titre définitif,
il convient d’appliquer la procédure légale. Dans les autres cas, les services
de police sont tenus de suivre l’évolution de la situation à la base du retrait
de l’arme.
En outre, le Comité permanent P se demande ce qu’il est advenu des stocks d’armes de ce type à la suite de l’uniformisation des services de police, lorsque des nouveaux responsables ont été confrontés à ces stocks d’armes « gris » au moment de l’inventaire général.
81.3. PerspectivesComme précédemment évoqué, la réglementation actuelle ne définit pas clairement
les modalités d’intervention de la police ni les règles formelles à respecter.
La circulaire dans sa forme actuelle n’a pas toujours tenu compte de la pratique
policière ni des circonstances de terrain.
Ainsi la circulaire prévoit-elle « qu’une arme à feu non sujette à
autorisation soit déposée à titre préventif par un membre d'une famille en
crise ». On part ici du principe que la remise de l’arme à feu, autorisée
ou non, se fait à l’initiative d’un membre de
Un autre point obscur de la législation actuelle se retrouve dans le délai
de dépôt de l’arme saisie. L’esprit de la circulaire projette quelque clarté
sur la problématique des armes à feu sujettes à autorisation en précisant
qu’une procédure de suspension ou de retrait de l’autorisation doit intervenir
en cas de conservation de longue durée. On n’est par contre pas plus avancé
en ce qui concerne les armes non sujettes à autorisation. Là où la loi sur
la fonction de police non seulement prévoit un délai de six mois en matière
de saisie administrative – dans un autre contexte, il est vrai – mais aussi
et peut-être surtout introduit la possibilité de détruire les biens saisis,
la réglementation sur les armes n’offre manifestement aucune réponse sur ce
plan.
C’est ainsi qu’en matière d’armes à feu sujettes à autorisation, des inégalités
peuvent survenir entre les services de police concernant le moment (délai)
et les circonstances pour entamer une procédure de suspension.
Pour ce qui est des armes (à feu) non sujettes à autorisation telles que les armes de sport, les armes de chasse, les armes prohibées ou de panoplie, la police ne peut contraindre les autorités administratives à prendre une décision formelle, temporaire ou définitive, et doit donc elle-même décider du délai de rétention de l’arme. Précisons également que, dans les cas d’abus de boisson récurrents par exemple, ou de problèmes psychiques permanents, il peut être préférable de détruire l’arme (à feu) plutôt que de la restituer à son propriétaire. Or, la législation actuelle ne prévoit pas directement cette possibilité.
En dépit de ces imprécisions dans la réglementation, force nous est de constater
que de nombreux services de police locale – et peut-être aussi fédérale –
ne respectent pas les principes de bonne administration en matière de dépôt
temporaire d’armes (à feu). On pourrait cependant attendre d’un service de
police efficient que, dans un tel contexte, (1) il tienne à jour un registre
circonstancié des armes conservées dans ce cadre ; (2) il définisse
lui-même la notion « temporaire » de manière appropriée ; (3) il
vérifie d’office et activement si les circonstances ayant donné lieu à la
saisie existent toujours et, si ce n’est pas le cas, restitue immédiatement
l’arme à son propriétaire ; (4) pour les armes autorisées, il permet
à l’autorité administrative compétente, in casu le gouverneur, de prendre
ses responsabilités et d’initier la procédure de suspension ou de retrait
de l’autorisation.
C’est surtout sur ce dernier point que des négligences ont pu être relevées
parmi plusieurs corps de police. Vu l’existence d’une procédure légale, cette
pratique peut être considérée comme une violation des droits du propriétaire
de l’arme et, à ce titre, faire l’objet d’une plainte pour détournement de
pouvoir ou abus de pouvoir.
On est en droit d’attendre d’un service de police qu’il applique les principes de bonne administration dans un domaine où la législation présente un défaut de clarté et d’exhaustivité. Mais, plus encore, on part du principe qu’il est censé protéger les droits des personnes en prenant des mesures policières correctes et adaptées et en y mettant fin d’office dès lors que plus aucune circonstance ne les justifie.
Cela étant, il serait bon d’adapter la réglementation existante afin de combler les vides laissés par le législateur concernant certaines situations auxquelles les policiers sont concrètement confrontés. Dans le contexte actuel, il conviendrait de mieux définir les concepts de saisie administrative et de retrait temporaire de l’arme en tenant compte des aspects suivants : (1) l’obligation de tenir un registre de conservation des armes reprenant notamment une description circonstanciée de la situation à la base de la saisie ; (2) la définition d’un délai de conservation légal afin de remplacer la notion imprécise de « temporaire » en ce qui concerne les armes sujettes à autorisation de sorte que l’autorité de police sera censée lancer la procédure de « retrait ou de suspension » de l’autorisation à l’expiration de ce délai via le gouverneur de province compétent ; (3) si le législateur ne souhaite pas l’exprimer autrement, l’obligation pour les services de police de suivre activement l’évolution des circonstances ayant donné lieu au retrait de l’arme, plus particulièrement dans le délai imparti, c.-à-d. avant qu’une procédure de retrait ou de suspension ne soit initiée par l’autorité administrative supérieure ; (4) l’instauration d’une procédure pour les armes (à feu) non sujettes à une autorisation, qui permet à l’autorité administrative de retirer une arme à son propriétaire à titre temporaire ou définitif.
La loi sur la fonction de police, qui est l’instrument de travail par excellence des services de police, n’empêche pas qu’il serait bon d’inclure dans le « vade-mecum de la police », sous forme de sous-point ou en sus de l’article général relatif aux saisies administratives, les dispositions légales existantes telles que les parties de la circulaire décrites supra, ainsi que les dispositions à venir.
82. Participation de services de police à des programmes télévisés [96]Le Comité permanent de contrôle des services de police reçoit un jour un
courrier dans lequel une personne dénonce avoir vu dans un programme télévisé
que des policiers commettaient eux-mêmes des infractions de roulage. Elle
affirme que, dans certains cas, ces infractions pouvaient particulièrement
mettre en danger les autres usagers de
Le programme en question montrait une patrouille de surveillance routière
par l’intermédiaire d’un caméraman, assis dans le véhicule de police et filmant
toutes leurs actions. Une deuxième caméra, installée dans le véhicule banalisé,
enregistrait le comportement routier et la vitesse des contrevenants. Ceux-ci
étaient ensuite confrontés, moyennant leur assentiment, au film de leur infraction.
Les patrouilles qui participent à l’émission se déplacent en voitures banalisées,
équipées à l’intérieur d’un moniteur qui enregistre différentes données lorsqu’un
véhicule contrevenant est « pris en chasse ». Ces données étaient
retransmises par le caméraman : l’heure, la vitesse du véhicule de police,
la distance parcourue à partir d’un point donné et la vitesse moyenne pour
parcourir cette distance. La vitesse du véhicule poursuivi est constatée une
fois que la distance qui le sépare du véhicule de police reste constante.
Cette plainte a donné lieu à l’ouverture d’une enquête de contrôle, le Comité
permanent P ayant chargé son Service d’enquêtes d’examiner trois des
neufs corps de police participant au programme. Cette enquête a porté sur
un programme de la première série d’émissions diffusées en mai et juin 2003.
Deux grands thèmes ont été étudiés : (1) la problématique de la
circulation qui découle d’une participation à ce programme télévisé et le
comportement routier des policiers dans ce cadre, en particulier dans l’émission
évoquée supra ; (2) la manière dont le chef de zone prépare
et suit la participation à de tels programmes.
L’enquête n’envisage par contre aucune considération quant à l’ensemble des
problématiques liées à ce type de programmes. Ainsi la vie privée des personnes
filmées, la loi sur la police intégrée, l’article 35 de la loi sur la
fonction de police et l’opportunité d’une participation d’un service de police
à ce genre de programmes. N’est pas davantage abordée l’influence de la présence
d’une caméra sur le comportement du contrevenant ou du policier qui, en général,
n’y sont pas familiarisés. Pour ce dernier point, cependant, le Comité permanent P
estime qu’il est particulièrement pertinent et intéressant de prendre connaissance
du compte rendu du discours donné par Carrol Tange, le 13 novembre 2003,
à l’occasion du colloque célébrant les dix ans d’existence du Comité permanent P [97]
.
Le Comité permanent P se doit de souligner les dangers inhérents à ce
type d’émissions, notamment le risque de banalisation des actes de contrainte
à l’égard du citoyen.
Il est en effet apparu, à la vision des images de l’émission, que les véhicules
de police avaient – comme le faisait remarquer le plaignant – dépassé la vitesse
maximale autorisée lors des poursuites.
Par analogie avec les conditions d’utilisation de la force, on a cherché à
savoir si l’excès de vitesse pouvait se justifier sur la base des trois principes
fondamentaux de légalité, de subsidiarité et de proportionnalité.
Principe de légalité
La mission de surveillance de la circulation routière fait référence à l’article 16
de la loi sur la fonction de police, qui confie la police de la circulation
routière aux services de police. Leurs activités consistent à faire respecter
le code de la route et – dans le cadre de leur fonction éducative – à confronter
le contrevenant à son ou ses infractions dans le but ultime d’améliorer son
comportement à l’avenir.
Il importe avant tout de savoir s’il s’agissait en l’espèce – le cas de vitesse
excessive – d’une infraction au code de
Principe de subsidiarité
Les véhicules de police clairement reconnaissables produisent généralement
un effet dissuasif de sorte qu’un véhicule banalisé s’avère plus efficace
pour repérer les « pirates de la route ». De ce point de vue-là,
la voiture banalisée se justifie.
Dans l’émission télévisée dénoncée, les contrevenants sont poursuivis et leur
comportement routier filmé. Le constat d’infraction ne s’en trouve que plus
utile si le véhicule contrevenant est poursuivi et stoppé. Il est en effet
préférable, d’un point de vue éducatif, d’interpeller directement le contrevenant
plutôt que de dresser un procès-verbal « à la volée ».
Cela étant, les policiers doivent toujours se demander si la fin justifie
les moyens car une poursuite à grande vitesse crée immanquablement une situation
de danger plus ou moins important, non seulement pour d’éventuels passants
mais aussi et surtout pour tous les acteurs concernés, y compris eux-mêmes.
Tout policier qui constate une infraction doit – dans la mesure du possible
– la faire cesser et interpeller le contrevenant. S’il n’est pas en mesure
de le faire et qu’il dispose des données nécessaires pour connaître l’identité
de l’intéressé, il peut alors rédiger un procès-verbal « à la volée ».
Principe de proportionnalité
Les poursuites montrées dans le programme télévisé, au cours desquelles les
policiers dépassent la vitesse maximale autorisée ont été faites au volant
d’un véhicule banalisé. Ce n’est qu’au moment de l’interception que le gyrophare
et la sirène sont actionnés. Cette manière d’agir, que ce soit en agglomération
ou en dehors, met en danger le contrevenant, les policiers et les autres usagers.
Nous avons relevé dans deux cas une poursuite à grande vitesse en agglomération
en vue de constater encore plus d’infractions.
Si de telles pratiques satisfont le côté spectaculaire des émissions télévisées,
il n’en reste pas moins qu’elles mettent à mal la sécurité routière. Il est
essentiel de mettre en balance d’une part les préoccupations éducatives de
la police, qui s’efforce de rectifier le comportement futur du contrevenant
en le confrontant à ses infractions, et d’autre part le surcroît d’insécurité
routière provoqué.
La question de savoir si les fonctionnaires de police sont ou non en infraction
reste une question de faits, dépendant en grande partie de la mission qui
leur est confiée. Ils peuvent en principe dépasser la vitesse maximale autorisée
dans le but de mettre fin à une infraction. S’ils disposent ainsi d’une certaine
liberté pour apprécier la gravité de l’infraction constatée, ils devront pourtant
surtout tenir compte de l’opportunité de leur intervention à la lumière des
priorités fixées dans le plan zonal de sécurité et de la politique de poursuites
du procureur du Roi. En d’autres termes, l’intervention de police ne peut
accroître l’insécurité routière.
Deux des cas examinés satisfont au principe de légalité et, en conséquence,
la vitesse maximale autorisée pouvait légèrement être dépassée. Le principe
d’opportunité exige, quant à lui, que l’excès de vitesse ne dépasse pas le
temps strictement nécessaire pour faire cesser l’infraction. Dans les deux
cas susmentionnés, les poursuites se sont éternisées et, de surcroît, en agglomération
et avec un véhicule banalisé sans sirène ni gyrophare. Postposer ainsi l’interception
du contrevenant n’a fait que créer une situation de danger additionnel dans
le but – que ne peut justifier l’effet préventif que de telles émissions de
télévision sont supposées rechercher – de pouvoir filmer encore d’autres infractions.
Les préoccupations policières semblent, en l’espèce, incompatibles avec les
finalités commerciales des producteurs de télévision.
Notre enquête a mis en lumière une grande diversité d’approches de la part
des chefs de corps concernés. Il a été question dans deux zones d’une réflexion
et d’une concertation certaine avant de décider de prendre part à une émission
de télévision. Toutes les zones n’en ont pas fait autant.
Nous avons demandé s’il y avait eu une concertation avec le parquet. Les réponses
que nous avons reçues illustre bien notre propos. Certaines zones ont explicitement
demandé le feu vert du parquet et une zone en particulier a régulièrement
consulté le parquet tout au long de sa collaboration à l’émission télévisée.
Un autre chef de zone a par contre considéré que l’accord que le procureur
du Roi avait donné pour une autre émission, antérieure à celle-ci, était toujours
valable. Il n’a pas été le seul à tenir ce genre de raisonnement.
La décision de participer à une telle émission relevait de la compétence autonome
du chef de corps – au moment où la première série d’émissions à été tournée
et donc durant la période examinée. Depuis lors, l’autorisation du procureur
du Roi est devenue nécessaire, à la suite d’un jugement rendu par le tribunal
de police d’Anvers le 18 décembre 2002. Une circulaire du procureur
du Roi à ce propos a été diffusée dans les zones de police visitées dans le
courant de l’année 2003.
Seule dans une des zones visitées, on a explicitement demandé au contrevenant
s’il ne voyait pas d’objection à être filmé. L’autorisation a été consignée
sur support sonore et visuel. Dans les deux autres zones, on s’est contenté
d’informer le contrevenant de la présence d’une caméra en partant du principe
que, si la personne n’était pas d’accord, elle le ferait savoir.
Il appert que l’installation du véhicule de la société de production a été
étalonnée aux Pays-Bas mais pas en Belgique. Deux zones y ont cependant veillé
en utilisant un radar de la police.
En ce qui concerne la problématique de la circulation routière, il est indiqué de dispenser des informations claires à tous les membres du personnel, notamment par rapport aux principes de légalité, d’opportunité et de subsidiarité.
Quant à la préparation nécessaire à la participation à ce genre de programme, les recommandations suivantes peuvent être formulées : (1) l’assentiment du procureur du Roi doit toujours être demandé et les images de l’émission doivent d’abord être visionnées par un responsable policier, en présence du procureur du Roi ; (2) l’accord des personnes filmées doit aussi être obtenu ; (3) les autorités administratives doivent être tenues informées ; (4) la sélection des fonctionnaires de police participants est importante vu la fonction d’exemple qu’ils sont censés remplir. Si celle-ci leur est imposée toujours et en tout temps, elle prend d’autant plus d’ampleur dans de tels programmes, qui mettent leur travail « sous les feux de la rampe » ; (5) le matériel utilisé doit être homologué en Belgique.
Chapitre IV : Principales
conclusions et recommandations du Comité permanent P
Au cours des dernières décennies, le législateur a clairement marqué sa volonté
de voir le rôle de la police, dans le modèle sociétal qui est le nôtre, évoluer
vers un fonctionnement démocratique et efficient soucieux du concept de police
de proximité. À la lumière de ces préoccupations, il a voulu mettre l’accent
sur la protection des droits et libertés individuels et sur la contribution
de la police au développement démocratique de
Ces préoccupations ont été cristallisées dans la loi du 5 août 1992
sur la fonction de police, la loi organique du 18 juillet 1991 du
contrôle des services de police et de renseignements et la loi du 7 décembre 1998
organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux.
À cet égard, le Comité permanent P entend faire observer que les responsables
hiérarchiques ou autres qui, au sein de leur zone ou sur d’autres forums,
tendent à imputer d’office leurs problèmes ou difficultés aux changements
du paysage policier, passent manifestement à côté de la volonté du législateur
exposée ci-dessus. Si la loi du 7 décembre 1998 organisant un service
de police intégré, structuré à deux niveaux prévoit effectivement l’autonomie
de ces deux niveaux, ils perdent néanmoins assez souvent de vue que cette
loi, approuvée à une large majorité, met indéniablement l’accent sur un service
de police assuré par les deux niveaux ensemble, de manière intégrée.
Cette police intégrée doit donc avant tout s’efforcer d’assurer une fonction
de police responsable, transparente et équivalente sur l’ensemble du territoire,
tant au bénéfice du citoyen qu’à celui des autorités.
La volonté d’exercer la fonction de police à son niveau et non de manière
intégrée équivaut à une vision à court terme, en contradiction avec la volonté
du législateur, qui n’aura d’autre conséquence que de déboucher sur un travail
déficient au niveau de la zone ou de la partie du niveau fédéral concerné.
Le Comité permanent P entend en outre souligner que le fait d’invoquer
les réformes policières pour justifier les problèmes et difficultés dont les
causes sont à rechercher dans le passé, lui semble être une solution de facilité
qui ne saurait se justifier.
Précisons enfin que s’inscrivent également dans le prolongement de la volonté
du législateur les dispositions de la loi organique du 18 juillet 1991,
qui font porter le contrôle du Comité permanent de contrôle des services de
police en particulier sur la protection des droits que la Constitution et
la loi confèrent aux personnes, ainsi que sur la coordination et l’efficacité
des services de police.
Dans la foulée de ces différents textes légaux, on peut évaluer la mise en
œuvre de la fonction de police par les services de police selon différents
axes : (1) le développement démocratique et le respect des droits
de l’homme et des droits et libertés fondamentaux. Cette analyse s’articule
autour de l’évaluation non seulement de la mise en œuvre de la loi sur la
fonction de police précisée par la réglementation relative au service minimal
équivalent sur l’ensemble du territoire et les six fonctionnalités de base
du fonctionnement policier, mais aussi de la qualité de l’interaction entre
l’autorité de police et la police, ou encore de la concrétisation de la police
de proximité ; (2) le degré d’intégration du service de police intégré,
notamment au travers des mécanismes facilitateurs de cette intégration ou
des mécanismes de coordination. Une attention particulière doit être portée
à l’ensemble de la communication au sein des services de police, spécialement
en matière de recherche, d’évaluation, d’exploitation, de diffusion, etc.,
bref de traitement professionnel de l’information ; (3) l’efficacité/efficience
de la mise en œuvre de la fonction de police au travers des résultats obtenus
et d’une évaluation e.a. des structures, systèmes, moyens, valeurs et stratégies
mises en œuvre.
Au travers de plusieurs de ses enquêtes, notamment de contrôle s.s.,
le Comité permanent P a continué à s’intéresser tout particulièrement
à la fonctionnalité de contrôle interne, au fonctionnement des Carrefours
d’information d’arrondissement (CIA) et des Centres d’information et de communication
(CIC), aux mécanismes d’appui entre les différentes composantes de la police
intégrée, structurée à deux niveaux, à la gestion négociée de l’espace public
(maintien de l’ordre), à l’usage de la force, à certains processus primaires
d’intervention, au stress et aux suicides au sein de la police, à la gestion
de la discipline [98] , etc.
et continuera de le faire en 2004-2005.
Le 11 décembre 2003, en réunion commune, les Comités permanents de contrôle
des services de police et de renseignements ont décidé d’initier une enquête
de contrôle commune portant sur les échanges d’informations et les interactions
entre les différents services de police et de renseignements dans la lutte
contre le terrorisme.
Une synthèse des analyses réalisées ainsi que de certaines conclusions et
recommandations est évoquée dans le corpus.
Ci-après, le Comité ne s’attachera qu’à confirmer et souligner l’essentiel de ses conclusions générales ou particulières en renvoyant, non seulement à l’ensemble des analyses et considérations qui précèdent, mais aussi aux conclusions et recommandations formulées dans ses différents rapports particuliers, intermédiaires ou finaux transmis à sa Commission parlementaire d’accompagnement, et rappelées, du moins en partie, dans ses rapports publics.
84. Une police démocratique, responsable, transparente et respectueuse des droits de l’hommeLe Comité permanent P a notamment pour mission légale de veiller à la protection
des droits et libertés fondamentaux des citoyens par les services de police
et lors de l’exercice de la fonction de police. Or, tout recours excessif
ou disproportionné à la force est de nature à porter directement atteinte
à ces droits, tout comme certaines autres interventions intrusives, notamment
dans le domaine de la recherche d’infractions. En outre, le Comité doit veiller
à l’efficacité et à la coordination des services de police au-delà du service
de police intégré, structuré à deux niveaux.
Le recours à la contrainte et à la force – respectivement en tant que mesure
ou moyen ultime dans des missions, ordres et instructions – doit se faire
de manière structurée et réfléchie. Il doit aussi faire l’objet d’un suivi
permanent. Il en est de même de l’utilisation des banques de données et des
processus primaires ou particuliers de recherche. En toute hypothèse, les
enseignements doivent toujours être tirés des dysfonctionnements, erreurs
ou fautes du passé.
À cet égard, il peut être conclu dans la majorité des cas examinés que, le
plus souvent, les principes de gestion de la violence ont été assimilés et
que l’on fait de plus en plus place à la communication et l’absence d’« escalade ».
À plus d’une reprise, nos observations et enquêtes ont confirmé ce qui avait déjà été commenté ou mis en avant dans nos deux derniers rapports annuels en ce qui concerne la connaissance, l’assimilation et l’application de la loi, plus particulièrement du Code d’instruction criminelle, ainsi que de la loi du 5 août 1992 sur la fonction de police. À titre d’exemple, on peut relever que de nombreux policiers ne connaissent pas la différence entre les divers types de fouille ou méconnaissent, voire ignorent encore totalement, le contenu de la circulaire relative au ravitaillement des personnes en état d’arrestation.
La police de proximité n’a pas encore emporté l’adhésion de tous. Une police
de qualité dans la communauté citoyenne doit se baser sur une approche beaucoup
plus large de la sécurité et de la qualité de vie. Ceci implique que les policiers
– ensemble, avec l’autorité, leurs partenaires et la population – repensent
de manière critique leurs propres tâches et la manière dont elles sont exécutées.
Il s’agit donc d’un changement de culture qui peut nécessiter un certain temps.
Ce « facteur temps » a d’ailleurs été l’un des aspects quelque peu
perdus de vue au moment de passer à la mise en œuvre de la loi du 7 décembre
1998. Mais pouvait-il en être autrement ? La critique négative et a
posteriori est de loin la plus aisée.
Cette philosophie du community policing s’incruste lentement mais sûrement
dans les esprits. Le changement des mentalités doit être poursuivi et encouragé.
Il s’agit d’une entreprise de plus longue haleine qu’initialement prévu et
il existe encore des résistances au processus de changement initié.
De façon générale, les autorités tant de police administrative que de police
judiciaire sont davantage et mieux impliquées dans le fonctionnement des services
de police. Leur autorité est loin d’être une fiction, pas moins d’ailleurs
que leur responsabilité corrélative. Le mécanisme des plans de sécurité et
les nouvelles approches en matière de gestion ont impliqué et responsabilisé
de nombreuses autorités aux questions de police et de sécurité. Sans risque
de se tromper, il peut être conclu que la police intervient et fonctionne
bien, comme l’a expressément souhaité le législateur, sous l’autorité des
autorités tant au niveau fédéral qu’au niveau local ou de l’arrondissement.
Cela est vrai tant en matière de police judiciaire qu’en matière de police
administrative, sans préjudice des doléances – à nuancer – de certains juges
d’instruction.
La « sécurité du citoyen » et « la paix dans la Cité »
sont loin de ressortir à la seule responsabilité du service de police intégré,
structuré à deux niveaux, ou des autres services de police. Les interactions
non seulement entre police et autorités mais aussi entre police et autres
intervenants et acteurs s’améliorent de jour en jour.
Dans les analyses qui seront faites, notamment par le Comité permanent P,
il convient en tout état de cause de ne jamais perdre de vue que, pour pouvoir
exécuter efficacement et convenablement leurs missions, il est essentiel que
les services de police disposent des moyens et des compétences nécessaires.
C’est ainsi qu’à juste titre, ils sont habilités à intervenir, s’il échet,
dans la sphère des droits fondamentaux et des libertés démocratiques des citoyens.
La cause de justification que les services de police ont en principe lorsqu’ils
mettent ces compétences légitimement et légalement en œuvre est indispensable
à l’exécution de leurs missions mais comporte toutefois, en puissance, le
danger qu’ils en usent de façon impropre, injustifiée, voire illégale, bref
qu’ils n’en abusent en certaines occasions.
Les accusations exprimées contre les services de police par les voies les
plus diverses ne sont, sans aucun doute, pas toutes fondées. Il est cependant
fondamental que l’action des services de police soit supervisée, voire contrôlée
par une instance absolument neutre et qu’on puisse établir sans équivoque
qu’il n’y a aucune raison de se préoccuper de leurs interventions ou actions
ni d’être a priori méfiant ou réservé à leur égard.
La possibilité des services de police d’invoquer des causes de justification
particulières à leur interventions et actions, le plus souvent appelées « compétences »
générales ou spéciales ou encore « pouvoirs de police » constitue
une prérogative nécessaire, qui implique et exige d’autre part une attention
et une vigilance permanentes afin d’éviter que les droits et libertés fondamentaux
des citoyens ne soient trop gravement entravés, lésés, voire violés. Ceci
est d’autant plus vrai pour les missions de police judiciaire, dans la mesure
où les services de police ne devraient en principe pas donner de publicité
à leurs méthodes ni aux résultats de leur travail.
L’obligation de réserve qui découle de la mise en œuvre de la fonction de
police et de l’exécution de ses missions de police judiciaire, administrative
ou de renseignement voire, dans certains cas, le secret exigent un contrôle
strict et permanent, tant hiérarchique et interne qu’externe, afin de pouvoir
attirer l’attention des autorités judiciaires et, le cas échéant, politiques,
sur les actions qui compromettent ou risquent de compromettre les droits du
citoyen et de pouvoir formuler des propositions et des avis relatifs à la
politique et aux moyens ou actions à mettre en œuvre.
L’étude des privations de liberté, des arrestations ainsi que des différents
processus ou autres modalités y liés a permis d’évaluer les risques et, déjà,
de rectifier certains comportements. Il en est de même de l’analyse effectuée
de l’usage de la force par les fonctionnaires ou services de police. Tirer
des enseignements de façon positive pour éviter la répétition de certains
incidents et ainsi améliorer le fonctionnement de la police doit être l’une
des options fondamentales de toute démarche de contrôle ou d’inspection mais,
quand la fermeté s’impose, il convient de ne pas hésiter non plus. En matière
de renforcement démocratique et de respect des libertés et droits fondamentaux,
la police doit être la première des lerende organisaties.
Elle doit en permanence se garder aussi de certaines dérives, notamment en
matière d’usage de la force ou de démarches ou recherches trop intrusives
qui font fi des principes de légalité (légitimité), subsidiarité et proportionnalité
dans le respect le plus strict du cadre légal et réglementaire tracé. La police
doit aussi conserver à l’esprit son obligation de respect de la vie privée,
du secret professionnel ou de l’information/instruction ainsi que son obligation
de réserve. Le cas des formations alternatives à l’usage de certaines armes
ou à certaines techniques de recherche est symptomatique d’un risque de dérives,
d’inadéquations par rapport aux valeurs, aux principes et à l’éthique que
le législateur a entendu préciser pour la mise en œuvre démocratique de la
fonction de police dans notre pays. Le danger est donc bien réel de voir émerger,
parmi les policiers de terrain et à l’insu des responsables et des autorités,
une culture policière qui n’est pas reconnue et qui risquerait de porter atteinte
aux droits et libertés individuels. Il convient de ne pas perdre de vue non
plus que de tels comportements peuvent aussi être induits par l’insatisfaction
des fonctionnaires de police par rapport au matériel et aux formations mis
à leur disposition, ce qui n’est pas moins symptomatique d’une situation à
améliorer.
Les bases de données utilisées par les fonctionnaires de police, tout comme leurs locaux et leur matériel informatique, contiennent des données particulièrement sensibles. Elles ne sont accessibles qu’à des membres du personnel dûment habilités et dans la mesure où ils ont un besoin légitime d’en connaître. La situation est transposable à celle relative à la gestion des armes et munitions.
D’autres enquêtes ont aussi permis de vérifier que, de façon générale, les membres des services de police ne sont pas toujours suffisamment sensibilisés au respect de la vie privée, notamment lors de l’utilisation de moyens informatiques s.l. et de banques de données, ni à leur consultation par des tiers non habilités, parmi lesquels aussi les policiers qui n’ont pas de need to know.
Le Comité P a continué à réaliser une observation proactive et des enquêtes réactives en ce qui concerne le maintien de l’ordre public en général et à l’occasion de manifestations sportives, rencontres de football, en particulier. Dans la plupart des cas, il a pu constater le caractère extrêmement professionnel de l’intervention de la majorité des services ou fonctionnaires de police, malgré parfois de virulentes critiques.
Le Comité P suit la problématique des centraux 101 depuis plusieurs années
déjà. Son enquête va se poursuivre en étant axée désormais sur la mise en
œuvre du nouveau système Astrid. La question a été de nouveau et à plusieurs
reprises évoquée avec la Commission parlementaire d’accompagnement et avec
les ministres de l’Intérieur et de la Justice ou avec leurs proches collaborateurs.
En effet, dans l’attente de la mise en route du nouveau système, le Comité
P a dû constater qu’en certains endroits, l’équipement des centraux 101 n’est
plus rénové ou n’est plus réparé ou entretenu qu’avec parcimonie, ce qui ne
serait pas sans risques, voire problèmes. Par ailleurs, l’enquête a aussi
permis de souligner et de rappeler l’urgence de procéder à la mise en place
responsable et intégrée des CIC, éléments essentiels à une mise en œuvre efficace
et efficiente, pour ne pas dire effective, de la loi du 7 décembre 1998
sur le service de police intégré, structuré à deux niveaux. Enfin, si
de façon générale la question des connaissances linguistiques des call
takers continue de se poser avec une certaine acuité, ses impacts ont
une dimension particulière à Bruxelles à côté de la complexité même de la
situation bruxelloise et du nombre des appels à y gérer.
Au vu des problèmes rencontrés quant à la gestion de l’information au
sein du service de police intégré, le Comité P a mené une enquête de contrôle
sur le sujet. Cette enquête, plusieurs fois évoquée avec la Commission parlementaire
d’accompagnement, lui a permis de suivre la mise en place des nouvelles structures,
e.a. les Carrefours d’information d’arrondissement (CIA) tant évoqués par
tous les intervenants de la res politia. L’enquête de suivi portant
sur les statistiques criminelles interpolicières, déjà commentée dans le rapport
2002, est désormais bouclée et a été évoquée avec la Commission parlementaire
d’accompagnement. Il en ressort que des difficultés subsistent toujours et
mettront un certain temps à être résorbées mais l’on a pris conscience du
problème à tous les niveaux et différentes mesures concrètes en vue de l’amélioration
ou de l’affinement du système ont été prises, même si des maladresses sont
encore régulièrement commises par d’aucuns, qui ont parfois un peu vite recours
à des données sujettes à controverse ou ne permettant finalement aucune réelle
comparaison.
Il faut encore souligner ici que, de façon intelligente, il a été décidé en plusieurs endroits de limiter les prestations des call-takers à 8 heures. En effet, au-delà de ce temps de travail, leur attention se relâche. Ils sont moins aptes à conserver la maîtrise du dialogue et il y a un risque qu’ils ne réagissent plus adéquatement. En ce qui concerne les CIC, CIA et dispatchings, de nombreux policiers sont opposés à un recrutement de Calogs. Ils estiment qu’une formation et une expérience policières sont indispensables pour être à même d’exercer une activité dans ces domaines. Les demandes ou revendications convergentes de conserver la gestion du dispatching ou d’assurer le suivi des centraux 101, ne dénotent trop souvent rien de plus qu’une certaine résistance au changement qui explique, en partie, l’attitude conservatrice rencontrée.
Importante tant en matière de police administrative qu’en matière de police
judiciaire, la gestion de l’information présente plusieurs lacunes. Les chefs
de zone et les policiers de base doivent impérativement prendre conscience
du caractère crucial et de l’importance de la transmission, de l’exploitation
et de la circulation de l’information. Ils doivent reconnaître et souscrire
à l’esprit des dispositions légales et réglementaires ou des directives en
Reste à rappeler que le développement de la banque de données nationale générale
a été rendu plus difficile par l’existence de systèmes différents et par le
manque de conviction de certains. En effet, l’infrastructure informatique,
le matériel et la gestion de l’information posent encore parfois de graves
problèmes dans certaines zones. Il n’est pas exceptionnel de rencontrer toujours
plusieurs systèmes ou plusieurs serveurs. Le nouveau système mis en place
connaît encore des maladies de jeunesse. L’implémentation de la banque de
données nationale prendra dès lors encore un certain temps. Elle se fera,
en principe, dans les cinq ans sur la base du Projet information opérationnelle
(PIO), si les priorités tant des autorités que du service de police intégré,
structuré à deux niveaux, ne changent pas, ce qui ne constitue certes pas
qu’un cas d’école.
Les enquêtes effectuées ont aussi mis en évidence un certain nombre d’imperfections
ou de lacunes en différentes matières : formation à l’utilisation de
moyens de communication, ISLP, mise en œuvre de la loi sur la fonction de
police, utilisation des armes, plus particulièrement à feu, ou encore de
Le rapport sur la fonction de contrôle interne a été rediscuté en janvier 2004. Dans ce contexte, le Comité P a entendu souligner la nécessité, pour un service de contrôle interne ou pour les officiers de police en charge de cette délicate fonction, de disposer des moyens suffisants à leur fonctionnement. En tout état de cause, le Comité P est d’avis que l’existence d’un contrôle interne efficient (comprenant la gestion des plaintes et dénonciations mais aussi d’autres fonctionnalités de contrôle) constitue la pierre angulaire de tout le système de contrôle et d’inspection des services de police. Il estime également que la circulaire du ministre de l’Intérieur POL 48 du 7 juillet 1994 est dépassée, voire plus d’application en raison de l’entrée en vigueur de la loi du 7 décembre 1998. Il conviendrait de la repenser et de voir son champ d’application étendu.
La fonction de police appartient par essence à la puissance publique. Elle
est mise en œuvre par des services de police publics traditionnels ou d’autres
organes autorisés et/ou contrôlés par les pouvoirs publics dont l’objet premier
consiste à assurer le maintien de l’ordre dans la société civile, la « paix
dans la Cité ». Dans une société démocratique régie par le principe de
la prééminence du droit, les principaux objectifs de cette police consistent
à : (1) protéger et respecter les libertés et droits fondamentaux
de l’individu ; (2) fournir assistance et service à la population ;
(3) assurer le maintien de la tranquillité publique, le respect de la
loi et de l’ordre dans la société ; (4) prévenir, dépister la criminalité
et contribuer à la répression des infractions.
Dans ce contexte, nous pensons également qu’il faut tempérer la tendance et
être très prudent lorsque des tâches sont retirées aux services de police.
Même si, dans beaucoup de cas, il s’agit de tâches le plus souvent de nature
administrative, il faut être attentif à ne pas enlever à ces services une
partie de leur essence même. L’exercice de la police présente en effet de
nombreuses facettes. Aller trop loin risque réellement de faire considérer
le service de police intégré comme une institution apportant moins que ce
qu’elle ne coûte à la collectivité et aux citoyens.
Ainsi, par le passé, des agents auxiliaires ont porté des armes et des menottes
dans certaines communes. Plusieurs constatations faites par nos services et
notre propre expérience confirment la tendance à la diversification des tâches
confiées aux agents auxiliaires. Le niveau présenté par les agents auxiliaires
au moment de leur recrutement et les formations qu’ils suivent par la suite
rendent difficilement envisageables une trop grande extension de leurs compétences.
D’autres pistes devraient être explorées. Dans le cadre de plusieurs enquêtes,
nous avons aussi pu constater qu’une partie des agents auxiliaires ne sont
pas capables de préciser ni les tâches qui leur sont assignées, ni leurs compétences,
même s’il ne faut pas tirer de conclusions générales en
Certains responsables et certaines zones demandent toujours trop et trop facilement des forces en renfort sans évaluation digne de ce nom ni sans engager d’abord l’ensemble de leurs moyens et ressources. L’attribution des renforts ou détachements est parfois encore simplement liée à des événements particuliers ou aux décibels produits par les demandeurs et pas toujours à une analyse en profondeur ou à moyen ou long terme. Sans préjudice du cas particulier de Bruxelles, on peut aussi s’interroger sur le recours pratiquement institutionnalisé à des détachés dans certaines zones. S’agit-il d’un choix financier délibéré ? D’une stratégie de positionnement ou de développement ? De l’indication d’erreurs dès le départ dans la détermination des besoins et des missions ?
Le Comité constate que ce qui a été qualifié par d’aucuns de « surenchère » de textes réglementaires a aussi et parfois surtout découlé de la demande persistante de précisions ainsi que des nécessités de la mise en place du service de police intégré, structuré à deux niveaux, de surcroît régi par des statuts du personnel ou disciplinaire particulièrement compliqués et difficiles à mettre en œuvre. Certaines tâches qualifiées de « surcharge administrative » sont aussi expressément prévues par la loi ou indispensables à une saine gestion des deniers publics.
Le recours à la Réserve générale en tant qu’unité mobile ne semble ni toujours ni a priori être la solution la plus indiquée. Cette option débouche en effet sur la perte très rapide des acquis de la formation de base de ses membres et de son caractère d’unité spécialisée. Peut-on justifier l’existence de policiers qui ne seraient que des fantassins « CRS » ou « gendarmes mobiles » dans le service de police intégré, professionnel et moderne que le législateur a entendu mettre en place par la loi du 7 décembre 1998 ? Une telle option est-elle payable ? Rentable ? Efficace ? Efficiente ? Ou effective ? Contribuera-t-elle à plus de bleu en rue ?
Lors d’une rencontre de travail, le directeur général de la logistique a pu nous convaincre des progrès atteints ces derniers mois concernant l’appui au local ainsi que le fonctionnement intégré. De nombreux corps locaux ont aussi conclu des protocoles d’accord avec ses services et en sembleraient assez satisfaits. Le recours de plus en plus fréquent, pour l’appui de la police fédérale, à des contrats de prestation de service prédéfinis, de nature à rencontrer les principaux besoins et attentes, est une évolution récente positive. Lors d’une autre réunion de travail, le directeur général des ressources humaines et ses collaborateurs nous ont fourni d’utiles précisions sur la contribution de leur Direction générale au fonctionnement intégré. Les problèmes sont connus et des solutions acceptables y sont apportées.
Les niveaux intermédiaires (DirCo et DirJu) sont indispensables au bon fonctionnement de l’ensemble, notamment par leur rôle intégrateur au niveau de la mise en œuvre responsable de la fonction de police même. Au travers de son rôle de facilitateur, de coach et d’appui, le DirCo est – et doit rester – un élément essentiel de la dynamique du fonctionnement intégré. Les tâches confiées aux officiers de liaison auprès des gouverneurs de province ne sauraient empiéter sur ses responsabilités et missions. L’apport des officiers de liaison du pilier judiciaire auprès des zones devra aussi être évalué.
Hors quelques exceptions, il ne nous semble pas souhaitable de maintenir des centres de communication ou de dispatching au niveau intermédiaire. Des directives claires devraient également être données pour les Carrefours locaux d’information afin d’éviter d’inutiles doubles emplois ou redondances avec les CIA, le plus souvent coûteux en personnel et en moyens.
86. Efficacité et efficienceLe modèle de management réellement apparu dans de nombreuses composantes du service de police intégré, indépendamment de la forme qu’il prend, contribue sans conteste à plus de professionnalisme à court et à long terme. Il constitue indubitablement l’un des points positifs de la réforme, à côté de la plus grande implication des autorités de police qui va de pair.
En fonction des différentes informations recueillies, on peut légitimement estimer que, moyennant quelques adaptations au niveau de l’engagement des personnes et de leur statut, le service de police intégré, structuré à deux niveaux, devrait disposer d’un nombre suffisant de policiers. Tous ne sont cependant peut-être pas encore au bon endroit, tant au niveau fédéral que local, tant dans le pilier administratif que judiciaire. Un jour, des choix clairs devront aussi être effectués.
Le développement de certaines initiatives locales de recherche peut être
considéré comme l’un des points positifs de
La « surrégulation » doit sans conteste être évitée, tout comme
la bureaucratisation à outrance. Il convient cependant de ne pas perdre de
vue que certaines obligations sont légales ou découlent directement de
Il faut constater que certaines directives sont longues et compliquées. Souvent
aussi, elles consistent plutôt en des cours et ouvrages de référence qui ne
vont pas à l’essentiel de ce que devrait contenir une directive : l’impulsion,
la direction, le moyen de trancher clairement. Qui plus est, elles manquent
parfois de clarté. Par exemple, les circulaires successives visant à clarifier
les modalités de délivrance des certificats de bonnes conduite, vie et moeurs
ainsi que les mentions devant ou non y figurer, n’ont pas eu l’effet escompté.
Il n’existe toujours aucune réglementation fixant précisément la contribution
de la police dans cette matière délicate.
Les unités spéciales de la police fédérale sont toujours confrontées à un
manque cruel d’effectifs. Ces unités ont pourtant largement fourni leurs preuves
et leurs qualités sont d’ailleurs reconnues à l’étranger. Leur rôle dans les
opérations particulières de police judiciaire est très important.
Le Comité P pointe aussi l’évolution inquiétante qui consiste à équiper également
d’unités spéciales ou d’armes particulières certains corps de police locale.
Cette évolution, qui est contraire à la lettre et à l’esprit de la loi du
7 décembre 1998, est d’autant plus inquiétante que ces unités ne suivent pas
nécessairement une formation standardisée. Un esprit de compétition risque
également de s’instaurer. Il convient, pour des raisons évidentes, d’éviter
à tout prix cette évolution. C’est pourquoi le Comité P suivra de très près
les groupes de travail mis sur pied au sein de la police intégrée en vue de
mieux coordonner ces initiatives.
De façon plus générale aussi, à plus d’une reprise, le Comité permanent P
a pu constater que, dans l’une ou l’autre zone, on développait des fonctionnalités,
des services, des missions ou des tâches incombant avant tout à la police
fédérale, et cela plutôt en concurrence ou sans la moindre concertation, sans
que cela ne réponde nécessairement à un défaut d’appui de la police fédérale.
Parfois cependant, à la perception d’un défaut d’appui, certaines zones veulent
encore et toujours faire face seules ou quasiment seules à tous les problèmes,
sans tenir compte du fait que la loi du 7 décembre 1998 tend, d’abord et avant
tout, à mettre en place une police « intégrée » avec des composantes
de première ligne, d’appui ou spécialisées, avec des mécanismes de base, spécialisés,
d’appui ou intégrateurs. Il nous semble que d’aucuns l’oublient trop souvent !
Le Comité P entend également souligner le manque d’effectifs, voire de moyens, dont souffrent plusieurs laboratoires judiciaires. Des mesures correctives sont cependant en voie de concrétisation.
Dans différentes enquêtes, nous avons, une fois de plus, dû constater que les chiffres ou autres données pertinentes et vérifiables sont assez difficiles à obtenir et peuvent varier considérablement, tant dans le temps que d’un corps à l’autre. Ceci est dû au faible niveau d’enregistrement et à une divergence dans la conception même des choses.
Il est impossible pour l’instant d’établir un véritable « zérotage »
pour les zones de police de la Région de Bruxelles-Capitale. Les chefs de
corps concernés ont réaffirmé il y a quelques mois ne pas être à même (voire
ne pas avoir la volonté) de fournir les données chiffrées requises, étant
donné que les divers systèmes informatiques, les prescriptions en matière
de personnel et les équipements utilisés par ces zones de police ne sont pas
encore totalement intégrés. Aucun autre élément de la police intégrée, structurée
à deux niveaux n’a, à ce jour, pu nous informer ou aider plus avant. S’il
est vrai que les cadres et le nombre d’effectifs sont connus, il n’est pas
toujours possible de quantifier la capacité que nécessite l’accomplissement
des diverses tâches. Les dernières enquêtes en matière de recrutement l’ont
aussi démontré ! Ce problème ne se limite certainement pas aux six zones
de police bruxelloises. Une évolution positive s’observe cependant dans un
certain nombre de zones de police, bruxelloises ou autres, étant donné que
l’on a commencé à dresser les relevés nécessaires, notamment à la suite des
questions posées par le Comité P. Par ailleurs, le fédéral appuie le local
en différents endroits et à différents égards. Dès lors, de plus en plus de
progrès s’enregistrent en
Mais, de manière générale, des données chiffrées précises vérifiables et pertinentes
font encore et trop souvent défaut. Sous couvert de « surcharge administrative »,
d’aucuns refusent de communiquer ces données ou de se soumettre à quelque
contrôle ou inspection que ce soit.
Le recrutement ne peut être qualifié de mauvais. Un effort appréciable a été réalisé pour renforcer le cadre de base. Les 600 à 700 détachés du niveau fédéral sont un élément de plus démontrant que des effectifs sont bien là pour combler certains déficits. Parfois, ce sont surtout les volontés qui manquent. Ou la préférence serait-elle donnée à la solution la moins coûteuse, laissant en certaines hypothèses toutes les charges et les risques au budget de l’état fédéral plutôt qu’à celui du niveau local ?
Le Comité P attire aussi l’attention sur le fait que quatre zones de police sont toujours privées de chef de corps, ce qui pourrait parfois être interprété comme une volonté insidieuse de continuer à y fonctionner comme avant la réforme des polices.
87. Suivi deÀ la demande de la Commission parlementaire d’accompagnement, dans le prolongement du rapport annuel 2001, le rapport d’activités 2002 donnait déjà une bonne image de la mise en place du nouveau paysage policier. Il résulte des renseignements recueillis auprès d’un certain nombre de personnalités-clés et au travers de différentes enquêtes de contrôle ou subséquentes à des plaintes ou dénonciations que le système dans son ensemble est toujours relativement bien sur les rails, même si on est aujourd’hui confronté à un ralentissement, le plus souvent compréhensible, du processus d’intégration. Plusieurs membres de la Commission parlementaire d’accompagnement ont en outre considéré que le document du Comité P pourrait servir de base méthodologique pour le suivi de l’évaluation de la mise en place du nouveau paysage policier assurée par le gouvernement, à laquelle le Comité a aussi été associé à plusieurs reprises, très récemment en ce qui concerne la transmission et le traitement de diverses données, le fonctionnement des « 101 », l’évaluation de certaines formations, etc. La plupart de nos rapports les plus récents ont aussi été transmis aux ministres compétents et, assez souvent, à la Commission d’évaluation de la mise en place de la réforme.
Pour ce qui est de la mise en œuvre des lois du 5 août 1992 sur la fonction de police et du 7 décembre 1998 organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux, le Comité a aussi tenu à préciser que, si ses différents rapports contiennent des commentaires sur des points forts ou des points faibles, des points susceptibles d’amélioration ou parfois même négatifs, c’est uniquement parce que les services concernés doivent pouvoir tirer les leçons des problèmes constatés, en toute liberté, transparence et de manière responsable. Le suivi de la mise en œuvre de la réforme des polices ne vise absolument pas, dans l’état actuel des choses, à remettre cette réforme en question et aucune des constatations faites ces derniers mois n’est de nature à induire une telle approche. Le Comité P estime que le service de police intégré, structuré à deux niveaux, a besoin maintenant d’une période de stabilité afin d’approfondir et d’optimiser son fonctionnement. Le Comité P plaide une nouvelle fois pour que l’on cesse désormais de parler de « réforme de la police » ou de mise en place du nouveau paysage policier et que l’on s’attache de pied ferme à la mise en œuvre de la fonction de police telle que circonscrite par les lois du 5 août 1992 et du 7 décembre 1998 [99] , à « ce que fait la police », dès lors que l’on examine désormais ce que font les services de police plus que ce qu’ils coûtent ou les préséances en leur sein.
88. Indispensable équilibre entre management et éthiqueDans l’ensemble, le traitement des plaintes et dénonciations et les enquêtes
du Comité permanent P montrent que le respect de la norme « légale »
par la plupart des fonctionnaires de police n’est finalement pas si critiquable.
Les services de police se trouvent pourtant toujours dans une période de grande
vulnérabilité, notamment en raison du processus de modernisation et de professionnalisation
en cours. Les suites amères d’un certain nombre d’affaires et leur récente
évocation dans différents forums laissent inévitablement supposer que des
formes inadmissibles d’inconscience, d’irresponsabilité et même de corruption
sont apparues dans notre société, en ce compris au sein des services de police.
Dans sa relation ambivalente, répressive et préventive, avec le citoyen, la
police éprouve des difficultés, si pas à gagner l’opinion publique à sa cause,
du moins à rétablir une certaine relation de confiance, ce à quoi le Comité
permanent P a aussi pour mission de contribuer. En effet, s’il est vrai que
nombreuses sont les personnes qui lui manifestent de la sympathie – comme
le démontrent de multiples enquêtes plus ou moins scientifiques [100]
–, il est également vrai que d’autres personnes font preuve
d’une hostilité irréductible à son égard. Dès lors, sa tâche est particulièrement
difficile. Notre société est en évolution constante. Le maintien de l’ordre
social n’est plus une activité statique. Il n’est pas non plus la tâche exclusive
des services et des fonctionnaires de police. De nouveaux phénomènes, de nouvelles
formes d’expression et d’appréciation, à savoir la tentative de provoquer
des changements politiques et sociaux, sont des phénomènes que la police doit
reconnaître et respecter au sein d’une démocratie, voire « contribuer »
à leur développement. Une mission de cette nature ne peut être menée à bien
que si elle se fonde non seulement sur des normes « légales » mais
aussi sur des normes éthiques. En effet, on court le risque que la police
se laisse mener par ce qui n’est pas interdit et que, pour le reste, la fin
justifie les moyens... En maintien de l’ordre, de sérieux efforts ont été
accomplis ces derniers mois au sein de la police intégrée, notamment au travers
du concept de gestion négociée de l’espace public.
Il sera donc plus que nécessaire, hormis le respect constant de la norme juridique
et l’attention soutenue pour la « police en mutation », de considérer
la profession d’un point de vue éthique. Il ne s’agit pas là d’un projet social
théorique concernant le sens et le non-sens du système, mais de la conception
personnelle qu’a chaque homme et chaque femme policier des aspects positifs
et négatifs de l’exercice de la profession et de l’influence de l’éthique
sur la mission qu’il assume ou la tâche qu’il exécute.
Le management devra ici aussi jouer un rôle. D’une part, il est de nature
à contribuer à l’efficacité/efficience de
Le point de vue éthique de chaque individu se reflète dans cette culture organisationnelle.
Ces aspects, considérés comme essentiels par l’organisation, trouvent généralement
leur interprétation dans le comportement réel du policier. La police exécute
les missions et tâches qui lui sont confiées en recourant à des compétences
parfois drastiques. Le maintien strict de la norme « légale » conduit
alors à
Une approche de crime fighting et la référence sans nuance au « monopole
de la violence légitime » rendent la police plus vulnérable qu’elle ne
l’imagine parfois. Sur la base de la norme prescrite par la loi, on pourrait
s’attendre à ce que la force ne soit utilisée qu’après confrontation des critères
bien décrits mais cela s’avère beaucoup plus difficile dans ce que l’on appelle
les cas limites de recours à la force psychique et/ou verbale : les situations
dans lesquelles on intimide, on harcèle et où le citoyen n’est pas toujours
animé des meilleures intentions, il faut le souligner aussi !
L’exigence la plus importante qui peut être imposée à la police et aux policiers
est leur intégrité s.l. mais, là encore, on ne leur facilite pas
Une approche éthique de la profession policière doit stimuler la réflexion
critique sur les organisations, les tâches et les compétences. Elle doit surtout
être un moyen de souligner les manquements et d’essayer d’y remédier.
Le management et l’éthique doivent être développés conjointement. En effet,
si l’on peut exiger de la police que son objectif essentiel soit de protéger
les droits fondamentaux de chaque citoyen, il faut en même temps garantir
que les circonstances professionnelles, psychologiques et matérielles dans
lesquelles le policier doit réaliser son travail, au-delà d’être bonnes, préservent
au moins son intégrité.
C’est pourquoi il est nécessaire que le policier connaisse ces valeurs et
ces normes, qu’il reçoive son cadre formel et moral et qu’il puisse coexister
dans cet ensemble en toute responsabilité et en toute liberté, avec un cadre
de référence suffisamment précis qui, à un moment particulièrement critique,
se fait toujours attendre.
Tout observateur averti ne peut que reconnaître la complexité des différents
aspects du fonctionnement intégré, des diverses problématiques auxquelles
les responsables sont confrontés ainsi que l’indispensable étalement dans
le temps pour élaborer les solutions acceptables ou indispensables pour les
deux niveaux de la police intégrée.
À côté des services et des fonctionnaires de police, certains acteurs, intervenants
ou responsables extérieurs, devraient eux aussi mieux prendre en considération
les objectifs du législateur sous-tendant la mise en place du nouveau paysage
policier. En effet, tous les intervenants ne se meuvent pas nécessairement
dans les mêmes eaux, ni surtout à la même vitesse. D’aucuns ont même parfois
d’autres destinations.
Il convient aussi de prendre garde de ne pas vider la fonction de police de
sa substance. S’il y a une place pour un « partenariat public-privé »
responsable et transparent, il est de l’essence de l’autorité (et du partenaire
public) d’y jouer « les premiers violons », même pour des tâches
parfois qualifiées de secondaires ou de moins intéressantes pour les fonctionnaires
de police. La fonction de police ne se réduit pas uniquement à
La sécurité des citoyens et de « la Cité » comporte aussi d’autres
aspects, comme le mettent notamment en évidence le Moniteur de la sécurité
ou d’autres études, scientifiques ou non.
Avant toutes choses, il conviendrait de prendre en compte, le mieux et le plus complètement possible, les objectifs du législateur de 1991, confirmés en 1992 et une nouvelle fois précisés en 1998. Il est plus que temps de cesser de concevoir et de parler en termes de réforme des services de police ou de police locale ou de police fédérale. C’est un fonctionnement intégré et une mise en œuvre intégrée, coordonnée et professionnelle de la fonction de police que le législateur a entendu mettre en place en organisant le service de police intégré, structuré à deux niveaux.
Il appartient aux autorités, aux responsables et à tous les acteurs de contribuer
à la réalisation d’un équilibre acceptable en matière de management et d’éthique,
d’efficacité/efficience et de respect des droits et libertés fondamentaux.
Le respect de la réglementation relative à la protection de la vie privée
passe par un impératif : rappeler et convaincre les membres des services
de police du caractère sensible et intrusif des données mises à leur disposition
et de l’interdiction absolue de faire usage des moyens qui leur sont confiés
à des fins autres que professionnelles.
Dans un tel contexte, tout comme en matière de recours abusif ou excessif
à la force, les différents responsables hiérarchiques doivent être clairement
invités à assumer leurs responsabilités dans la mise en œuvre intelligente,
responsable et transparente des dispositions adéquates du régime disciplinaire.
Les policiers reconnus coupables de mauvais traitements doivent se voir imposer
les mesures les plus appropriées par les responsables hiérarchiques. En cas
d’erreurs répétées ou de faute, c’est en effet le plus souvent eux qui sont
le mieux à même, compte tenu de toutes les circonstances et éléments du cas
d’espèce, de prendre les mesures qui s’imposent.
L’octroi de la personnalité juridique aux zones monocommunales pourrait constituer un plus en de nombreuses hypothèses ou circonstances et permettrait une approche plus professionnelle et davantage intégrée des questions de sécurité.
On peut être tenté d’apporter des correctifs au niveau des normes, notamment
en ce qui concerne Bruxelles et Anvers. Elles pourraient être adaptées en
fonction des modifications sociologiques, morphologiques, infrastructurelles,
etc. de
Dans ce contexte, la coopération latérale entre les zones doit être encouragée
et renforcée.
La portée de l’articulation des responsabilités, des droits et devoirs des différents mandataires entre eux, notamment du fédéral, doit être précisée. Certes, il s’agit de mandataires mais dans un seul et même bateau. Cela suppose bien sûr que chacun donne un contenu adulte à sa relative autonomie qui signifie, avant tout, une liberté dans l’interdépendance et dans la volonté d’intégration. Cela suppose aussi que le capitaine, au travers du management adapté à sa situation particulière soit le « skipper » qui mène le bateau et la cargaison à bon port et assure finalement la satisfaction du citoyen et de l’autorité préoccupée de l’intérêt général.
Le DirCo n’a pas toujours eu l’occasion d’exprimer toutes ses potentialités ni d’apporter ainsi toute son énergie et son know-how à l’intégration des deux niveaux de police en vue d’un fonctionnement plus efficace et d’une plus grande sécurité. Lui en a-t-on vraiment donné les moyens ? Toute initiative positive ou constructive en la matière doit être encouragée. Le commissaire général et les directeurs généraux concernés pourraient aussi donner les impulsions et orientations ad hoc ou qui s’imposent, voire le cas échéant, proposer des mouvements de moyens et de ressources.
Pourquoi ne pas imaginer la mise en place d’une plate-forme de concertation plus ou moins formelle entre les composantes fédérale et locale, constituée de techniciens reconnus, pouvant s’appuyer aussi sur des expériences de terrain, pour arriver à une meilleure compréhension mutuelle au sujet des priorités et tâches et de la meilleure manière de les concrétiser ? En quelque sorte, des cercles de qualité intégrés ou un réseau d’expertises intégré. Sans perdre de vue que, tout comme les modalités de fonctionnement impliquées par les lois du 7 décembre 1998 et du 5 août 1992, ceci aussi prend du temps et des moyens, notamment en personnel, ce qui se traduit donc quelque part aussi par moins de « bleu en rue ». Si les choix qui s’imposent sont faits, qu’ils le soient en toute connaissance de cause.
Là où les choses se passent plutôt bien, parfois aussi grâce à une conjonction
de facteurs favorables, il faut maintenir les efforts de rationalisation,
de simplification, de modernisation et de professionnalisation, sans perdre
de vue les exigences de l’éthique professionnelle et de la confiance du citoyen.
Sacrifier cette professionnalisation en engageant de nouveaux partenaires
publics ou privés, voire des auxiliaires de police au détriment de policiers
pourra s’avérer un mauvais investissement à moyen ou à long terme pour la
mise en œuvre de la fonction de police et la sécurité des citoyens et de la
vie dans
Astrid et les CIC sont indispensables pour assurer une mise en œuvre efficace
et responsable de la fonction de police, un service de police efficace et
efficient aux citoyens et, dans l’intérêt général, aux autorités de police.
La mise en place des CIC est synonyme de nouveaux changements dans le paysage
policier. S’il existe une volonté de coopération de la part de nombreuses
zones, elle est toutefois, comme pour les CIA, assez souvent relativement
limitée.
En tout état de cause, il importe d’accélérer le mouvement de la réelle mise
en place des CIC et des CIA, de manière pertinente et efficace aussi, si l’on
veut vraiment pouvoir forcer le barrage des résistances et les imperfections
qui se présentent à différents niveaux du service de police intégré, structuré
à deux niveaux.
Il faudra accorder l’attention voulue à la qualité et au professionnalisme
du personnel affecté aux CIA et aux CIC et, le cas échéant, leur assurer les
formations d’appoint ad hoc.
Un contrôle de qualité doit également être effectué sur les différentes informations
à transmettre aux CIA.
L’escorte des transports de fonds par des policiers devrait faire l’objet
d’une réévaluation en profondeur et des choix devront alors être opérés, en
connaissance de cause, sans perdre de vue non plus les exigences de visibilité
et la volonté de voir de plus en plus de policiers affectés à des tâches policières :
notamment « plus de bleu en rue ».
Dans le même ordre d’idées, il convient aussi de s’interroger sur les « pistes
de circulation », « les policiers spécialisés en technoprévention »
et « Monsieurs conseil » en tous genres qui, souvent, relèvent
plus d’initiatives ou de soucis de relations publiques ou d’image que de besoins
policiers réels.
Le cadre de référence légal des détachements des fonctionnaires de police reste toujours à préciser. Cette situation peut affecter la mobilité temporaire du local vers le fédéral ou vers les CIA et CIC. Il en est de même pour la Commission permanente de la police locale et pour le rôle réel du Conseil consultatif des bourgmestres.
Une plus grande uniformité devrait aussi être implémentée au niveau des différentes
formations dispensées. Certains chargés de cours ou de formation devraient
faire l’objet d’une évaluation, compte tenu notamment des changements intervenus
dans le paysage policier depuis leur désignation.
Une disposition suffisamment claire et précise fixant les normes et standards
applicables en matière de formation devrait aussi être prise dans les meilleurs
délais. Il nous est aussi d’avis qu’un seul examen final pourrait être organisé
dès à présent pour l’ensemble des candidats et par catégorie. Par ailleurs,
les formations, cours et entraînements devraient également être « suivis »
par un élément de la police intégrée et inspectés de manière assez régulière
par un organe autonome.
Des formations particulières pourraient être développées ou connaître une nouvelle dynamique dans les domaines suivants : utilisation de certains moyens informatiques ou de communication, gestion des situations de crise, déontologie, multiculturalisme et désoeuvrement, violences intrafamiliales, usage de certaines techniques de maîtrise de la violence, usage des armes à feu, etc. En ce qui concerne les formations alternatives organisées par une zone ou une école de police agréée, nous continuons à soutenir que l’on ne devrait pouvoir prévoir ou permettre que les formations qui ont été intégrées dans les programmes de formations policières ou spécialement approuvées par l’autorité en charge de la gestion de la question.
Sans tomber pour autant dans le travers d’une surrégulation, des directives
(plus) claires devraient être données en matière de mise en œuvre de l’assistance
aux victimes et de la fonction de renvoi, de tâches administratives, d’interactions
ou de partenariat privé-public, de sécurité informatique et des responsabilités
y liées, d’utilisation et de port des armes, de sécurité de l’armement et
des munitions, de statistiques, etc.
Au-delà de toute polémique et de toute évaluation complémentaire du Code de
déontologie, il nous semble aussi important et urgent de l’implémenter ainsi
que, le cas échéant, de l’évaluer dans toutes ses implications dans les trois
ans. De bonnes idées sont déjà programmées à cet égard, notamment au niveau
d’un commentaire évolutif et interactif autour du Code de déontologie (d’éthique
professionnelle). La qualité de la communication, de l’information et de(s)
formation(s) constituera un facteur critique de succès pour l’ensemble de
l’entreprise.
Sans conteste, pour une meilleure mise en œuvre de la fonction de police
aussi, plus de flexibilité s’impose au niveau de l’application du statut des
policiers. Le système est aussi trop compliqué. On peut légitimement se demander
s’il faut vraiment payer plus tous ceux qui ont obtenus les emplois les plus
en vue, les plus spécialisés ou les plus spectaculaires. Une simplification
de cette « tour à la Gaudi » ne pourrait-elle pas être atteinte
par une certaine forfaitarisation ?
Les procédures disciplinaires paraissent beaucoup trop lourdes et gagneraient
à être simplifiées et, surtout, à être mises en œuvre chaque fois que cela
s’impose pour le bon fonctionnement d’un service de police ou d’une de ses
composantes, dans les limites de l’appréciation responsable et transparente
de chaque chef de corps ou autorité disciplinaire. Là aussi, un certain nombre
d’initiatives seraient prêtes.
La fonction de contrôle et d’inspection internes doit être mieux organisée
et reconnue au sein de l’ensemble du service de police intégré, structuré
à deux niveaux. Par rapport aux instructions antérieures, elle doit être réévaluée,
étendue dans ses modalités et objectifs ainsi qu’au niveau fédéral. Il s’agit
là de la pierre angulaire du système global d’inspection et de contrôle de
la mise en œuvre responsable, transparente de la fonction de police dans une
société démocratique. Une place particulière doit y être réservée à un traitement
des plaintes de qualité, responsable et transparent.
Dans ce contexte, vu les différentes missions qu’il entend assumer, dans les
limites aussi de ses compétences, le Comité permanent P doit également clairement
être désigné officiellement comme destinataire de toutes les informations
relatives à l’usage d’une arme à feu ou d’un spray, aux incidents significatifs
à l’occasion d’une privation de liberté ou d’un enfermement, de même qu’aux
suicides ou tentatives de suicide de membres de services de police.
Vu l’obligation faite au Comité de tenir compte des rapports particuliers,
généraux ou annuels établis par les différents acteurs ou intervenants de
la mise en œuvre de la fonction de police ou de la res politia, les
obligations de chacun – notamment en matière de timing – devraient être précisées.
La question se pose alors de savoir s’il ne faudrait pas revenir à la synchronisation
initiale entre les activités parlementaires et les rapports annuels des Comités
permanents de contrôle des services de police et de renseignements.
À l’instar de ce qui a été fait pour le niveau fédéral, il pourrait être utile
et riche d’enseignements d’organiser une évaluation du fonctionnement d’un
certain nombre de zones de police représentatives en vue d’en tirer tous les
enseignements en ce qui concerne les mécanismes intégrateurs, les flux d’informations,
les mécanismes d’appui latéral et vertical, mais aussi la manière d’articuler
et d’engager les moyens disponibles : leur efficacité ou leur efficience,
voire leur coût auquel, dans l’état actuel des choses, le Comité permanent
P et son Service d’enquêtes n’entendent s’intéresser qu’à la demande expresse
du Parlement et avec le concours des experts les plus représentatifs.
Semper
plus ultra… En route vers plus de légitimité dans un climat de confiance et
à
En conclusion de son dernier rapport annuel, le Comité permanent P écrivait
dans une rubrique « Facteur critique de succès : effectivité de
la circulation de l’information » que : « Force est de constater
– et de déplorer – que les deux aspects de ce devoir d’information ne sont
que partiellement remplis par les services et autorités en question et, qui
plus est, moyennant une certaine insistance. Si ce n’est pas la première fois
que le Comité permanent P relève ce manque de respect du devoir d’information,
il lui tient à cœur de le rappeler car il en va de son fonctionnement et ce
phénomène prend de l’ampleur. La réforme pourrait en être la cause, entend-on
dans le cas des services de police. Outre son caractère temporaire, on peut
se demander si l’on invoque le bon motif. […] Si cette vision des choses se
maintient et que l’on continue à négliger ce devoir d’information général,
pour quelque raison que ce soit, le Comité permanent P n’en éprouvera que
plus de difficultés à conférer un caractère global et proactif à l’exercice
de ses missions et, plus important encore, ses enquêtes souffriront de retards
inutiles qui ne profiteront à aucune des parties » [101]
.
Les développements de plusieurs enquêtes ont amené, une fois encore, le
Comité permanent P à constater – et il le déplore – les difficultés à
accéder à certaines données ou à des informations suffisamment complètes ou
pertinentes ainsi que le manque de transparence de certaines composantes du
service de police intégré, structuré à deux niveaux, voire de certains policiers.
D’une manière générale, le Comité P ne peut que souhaiter, voire exiger
en certaines circonstances, que les différentes obligations en termes de transmission
d’informations à son égard soient mieux respectées par les services de police,
les autorités de police administrative ou de police judiciaire, ceci afin
de lui permettre d’accomplir ses missions au service du Parlement et donc
du citoyen. Il faut aussi souligner d’une part, un certain manque d’initiative
du Comité P à l’égard de certaines autorités, partiellement comblé depuis
peu, et d’autre part le fait que des progrès notables ont été réalisés ces
derniers mois et que, par ailleurs, le Comité a entrepris de nombreux efforts
en cette matière à l’égard d’un maximum d’intervenants. Certains oublis, parfois
même à répétition, ou résistances ou encore réticences existent cependant
toujours, ce que le Comité ne peut que regretter.
Au cours de l’année écoulée, à l’occasion des discussions en Commission d’accompagnement
– et dans le prolongement de la correspondance adressée au ministre de la
Justice de l’époque –, le problème inutilement récurrent depuis 2000 de la
répartition des tâches entre le Service d’enquêtes du Comité P, l’inspection
générale de la police fédérale et de la police locale et les différentes composantes
du service de police intégré en ce qui concerne les missions de police judiciaire
a plusieurs fois été évoqué. Il est urgent que la ministre de la Justice prenne
la directive dont question à l’article 16, alinéa 4 de la loi organique
du 18 juillet 1991 du contrôle des services de police et de renseignements.
Il faut qu’elle tranche, s’il y a lieu. Le 25 mars 2003, il y a plus d’un
an donc, le ministre de l’Intérieur de l’époque déclarait devant le Parlement
que son collègue de la Justice était sur le point d’édicter la directive contraignante
en
Le Comité P a la volonté d’être à l’écoute des citoyens, du Parlement, des autorités mais aussi des fonctionnaires de police eux-mêmes. Il s’attache en particulier à toutes les démarches susceptibles de privilégier le bon fonctionnement des rouages policiers de notre société démocratique. L’amélioration et la mise en œuvre professionnelle, responsable, transparente, bref démocratique de la fonction de police ainsi que le renforcement des aspects positifs du fonctionnement des services de police constituent les premières de ses préoccupations essentielles. Dans ce contexte, il veille aussi à assumer ses missions en toute objectivité, en toute neutralité et en toute transparence, tant à l’égard du Parlement que des fonctionnaires de police mêmes, des ministres et autres autorités compétentes que des citoyens.
Le citoyen devenu dans une certaine mesure « client » est désormais
porteur d’attentes, sans doute plus qu’il y a dix ou quinze ans et en tout
cas, plus que jamais. Sans doute sait-il que la police et la sécurité doivent
êtres traitées dans toute leur complexité, que la police n’est pas la seule
administration à pouvoir apporter une réponse, que sa capacité à le faire
est d’ailleurs limitée. Il entend néanmoins que la police apporte sa part
de réponses. À défaut, il considérera que ses attentes n’ont pas été suffisamment
prises en compte parmi tant de réformes intellectuellement satisfaisantes
mais, surtout depuis peu, considérées comme très coûteuses.
Au-delà des principes et conceptions qui sous-tendent la police d’orientation
communautaire ou « de proximité», l’idée de rapprocher la police du public
a un contenu assez précis. Il s’agit évidemment d’une part de mieux équilibrer
les missions de la police, d’utiliser rationnellement les moyens, d’instaurer
un dialogue avec les usagers mais c’est d’autre part aussi plus de transparence
dans le chef des services et fonctionnaires de police. Le citoyen doit retrouver
la confiance en sa police. C’est également là un des objectifs du Comité permanent P.
« Dans un souci de continuité et dans le respect des principes de transparence et de bonne administration, le Comité permanent P s’efforce, en toutes circonstances, de développer une approche positive de ses missions : les services et les fonctionnaires de police sont, en effet, en droit d’attendre une parfaite compréhension de leur rôle et de leur mission ainsi qu’une action positive, s’il échet, sous forme d’avis et de recommandations » [102] .
Le Comité permanent P a eu l’occasion de rappeler dans plusieurs de ses rapports [103]
« qu’il n’a pas pour mission première de constater
des faits individuels au sein des services de police ni d’examiner systématiquement
lui-même l’ensemble des plaintes en
Nous l’avons évoqué par le passé à plus d’une reprise et nous ne cessons
de le répéter dans le présent rapport, les missions des fonctionnaires de
police sont difficiles. Assez souvent aussi, ces derniers font l’objet de
critiques injustifiées ou excessives.
Monsieur De Swaef, avocat général, a confirmé de manière percutante dans les
conclusions de l’arrêt de la Cour de cassation du 14 octobre 2003
que le travail policier devenait de plus en plus ardu [104]
. L’essence même de cet arrêt, qui ouvre de nouvelles perspectives,
est qu’il n’invalide pas un cas de fouille de véhicule non conforme à la loi
sur la fonction de police. La Cour a, en effet, estimé qu’une preuve obtenue
de manière illicite ne peut être écartée que si les conditions formelles prescrites
à peine de nullité n’ont pas été respectées, si le droit à un procès équitable
est menacé ou si – et c’est en cela qu’elle innove – l’irrégularité commise
a entaché la fiabilité de
Il appert clairement que la législation, qui ne cesse de se complexifier,
ainsi que les difficultés rencontrées par la police et la justice à suivre
le même rythme sont autant de facteurs d’excuse [106]
.
Le Comité permanent P rejoint ces conclusions, qui illustrent le caractère
complexe et ardu du travail policier sur le terrain, qui ne se résoudra pas
par un recrutement, une sélection ou une formation performants. Ces conclusions
constituent également un signal à l’adresse du législateur, afin qu’il veille
à ne pas rendre ses règles trop vagues ou compliquées. Il doit être conscient
que, si elles apparaissent simples dans un environnement académique, elles
ne sont pas forcément aisées à appliquer sur le terrain. Cette jurisprudence
ouvre la voie vers une vision plus réaliste mais il faut se garder d’utiliser
celle-ci comme un blanc-seing permettant de ne pas appliquer ou, à tout le
moins, d’appliquer avec moins de rigueur une réglementation qui n’est pas
sanctionnée (ainsi les dispositions de la loi sur la fonction de police, à
un article près) sous peine de produire l’effet inverse de celui recherché.
Une réglementation simple, claire et stable n’implique pas ce risque.
Plus que jamais, le Comité permanent de contrôle des services de police tient
à souligner qu’aucun service ou fonctionnaire de police dénoncé n’a jamais
été considéré d’emblée comme suspect. Chaque dénonciation, chaque allégation
fait toujours l’objet d’une enquête objective où tous les éléments tant à
charge qu’à décharge sont pris en compte. Le fait que les services de police
soient le plus souvent appelés à intervenir dans une situation de crise ou
de conflit et la complexité du travail policier sont aussi pris en considération.
Si le Comité permanent P ou son Service d’enquêtes ont été saisis de quelques
plaintes manifestement fantaisistes, il faut néanmoins admettre qu’un certain
courage est aussi généralement nécessaire pour dénoncer le comportement fautif
d’un fonctionnaire de police.
S’il n’appartient pas au Comité de préjuger des décisions du ministère public
concernant les plaintes que son Service d’enquêtes a traitées depuis sa création,
l’analyse de ces dossiers laisse toutefois apparaître que certaines d’entre
elles peuvent constituer dans le chef des plaignants une action dilatoire
et/ou visant à discréditer un ou plusieurs verbalisants, voire à leur nuire.
Plusieurs enquêtes ont en effet déterminé que des plaintes dirigées contre
des fonctionnaires de police trouvaient leur origine dans des interventions
de police légitimes, à l’occasion de la constatation d’infractions pour lesquelles
des procès-verbaux avaient été dressés régulièrement et conformément au déroulement
des faits incriminés ou à l’origine de l’intervention. L’attitude des fonctionnaires
de police intervenant est alors assez souvent mise en cause. Certains plaignants
ont le sentiment d’avoir été verbalisés parce que, selon eux, les fonctionnaires
de police seraient racistes. Pour d’autres, les fonctionnaires de police se
seraient montrés impolis, auraient proféré des insultes ou usé abusivement
de
Les plaintes ou dénonciations adressées au Comité permanent P peuvent donc
parfois paraître abusives, mensongères voire, en certaines circonstances plutôt
exceptionnelles, calomnieuses ou diffamatoires. Il appartient au ministère
public de porter un intérêt particulier à la suite qui leur sera réservée,
notamment en ce qui concerne les légitimes intérêts, et à l’honneur de certains
fonctionnaires de police ainsi salis ou visés.
À côté de ces plaintes apparemment non fondées, d’autres méritent cependant
une attention particulière de la part de
À plusieurs reprises, les enquêtes menées ont en effet permis de déterminer
qu’une disposition pénale ou une règle déontologique avait manifestement été
transgressée par des fonctionnaires de police.
| AEL |
Ligue arabe européenne |
| BBT |
Bijzonder bijstandsteams |
| BNG |
Banque de données nationale générale |
| BSR |
Brigade de surveillance et de recherche |
| CCU |
Computer Crime Unit |
| CDC |
Centre de documentation |
| CGC |
Direction du fonctionnement et de la coordination de la police fédérale |
| CGF |
Direction du fonctionnement policier intégré |
| CGI |
Direction de la politique en matière de coopération policière internationale |
| CGL |
Direction des relations avec la police locale |
| CGPP |
Service presse et relations publiques |
| CIA |
Carrefour d’information d’arrondissement |
| CIC |
Centre d’information et de communication |
| CIZ |
Carrefour d’information zonal |
| CPT |
Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants |
| DAC |
Direction de la police des voies de communication |
| DAG |
Direction de la politique, de la gestion et du développement |
| DAO |
Direction des opérations et de l’information en matière de police administrative |
| DAR |
Direction de la réserve générale |
| DGA |
Direction générale de la police administrative |
| DGJ |
Direction générale de la police judiciaire |
| DGP |
Direction générale des ressources humaines |
| DGS |
Direction générale de l’appui opérationnel |
| DirCo |
Directeur coordonnateur administratif |
| DirJu |
Directeur judiciaire |
| DIV |
Service d’immatriculation des véhicules |
| DJB |
Direction de la lutte contre la criminalité contre les biens |
| DPEF |
École fédérale |
| DPEO |
École des officiers |
| DPG |
Direction de la politique, de la gestion et du développement |
| DPM |
Direction de la mobilité et de la gestion des carrières |
| DSB |
Direction de la banque de données nationale |
| DSCH |
Service du support canin |
| DST |
Direction de la télématique |
| DSU |
Direction des unités spéciales |
| EFQM/INK |
European Foundation for Quality Management/Instituut Nederlandse Kwaliteit |
| FCCU |
Federal Computer Crime Unit |
| FIPA |
Full Integrated Police Action |
| IACOLE |
Association internationale de surveillance civile du maintien de l’ordre |
| ICAC |
International Commission against Corruption |
| ICT |
Information and Communication Technology |
| IMMI |
Cellule Immigration de la Direction de la police des voies de communication |
| INS |
Institut national des statistiques |
| IPNS |
Image policière nationale de la sécurité |
| ISLP |
Integrated system for Local Police |
| KUL |
Katholieke Universiteit Leuven |
| LPTS |
Laboratoire de police technique et scientifique |
| MPR |
Méthodes particulières de recherche |
| MRAX |
Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie |
| OPA |
Officier de police administrative |
| OPJ |
Officier de police judiciaire |
| PIO |
Projet information opérationnelle |
| PIP |
Projet informatique de police |
| PJ(P) |
Police judiciaire (près les parquets) |
| POSA |
Peloton protection, observation, support et arrestation |
| PRC |
Service presse, relations publiques et communications du commandement général (ex-gendarmerie) |
| RAAK |
Regionaal Administratief Afhandelingskantoor |
| RBS |
Geautomatiseerde recherchebeheersysteem |
| RCA |
Registre central des armes |
| SCA |
Service de coordination et d’appui |
| SCDF |
Service central des dépenses fixes |
| SCII |
Statistiques criminelles interpolicières intégrées |
| SER |
Service d’enquêtes et de recherches |
| SIDIS |
Système informatique de détention |
| SJA |
Service judiciaire d’arrondissement |
| SPC |
Police des chemins de fer |
| SPF |
Service public fédéral |
| SPN |
Police de la navigation |
| SSD GPI |
Secrétariat social de la police intégrée, structurée à deux niveaux |
| TEH |
Traite des êtres humains |
| TO |
Tableau organique |
| TPA |
Traitement policier autonome |
| ULg |
Université de Liège |
| UPC |
Unité provinciale de circulation |
| USI |
Unité spéciale d’intervention |
| UVCW |
Union des Villes et Communes de Wallonie |
| VPC |
Poste de circulation |
| VVSG |
Vereniging van Vlaamse Steden en Gemeenten |
[i]
Article 14ter de la loi organique du 18 juillet 1991 :
« Le commissaire général de la police fédérale, les chefs de corps
de la police locale, l’inspecteur général de la police fédérale et de la police
locale et la direction des services de police visés à l’article 3 qui établissent
un rapport annuel ou tout autre rapport général portant sur leur fonctionnement,
en font parvenir un exemplaire au président du Comité permanent P dans les
deux semaines ». Voy. également les différents documents parlementaires
relatifs à l’article 6 de la loi du 3 mai 2003 portant modification
de la loi organique du 18 juillet 1991 du contrôle des services
de police et de renseignements et de la loi du 5 août 1992 sur la fonction
de police (M.B. du 1er juillet 2003).
Au moment de déposer le présent rapport, nous venons de recevoir celui
du Conseil de discipline. Nous n’en avons reçu que deux pour l’ensemble des
services de la police fédérale mais aucun du commissaire général, qui n’est
d’ailleurs pas légalement tenu d’en établir un et nous n’avons pas encore
reçu non plus le rapport annuel 2003 de l’inspection générale de la police
fédérale et de la police locale, qui doit nous être transmis dans les deux
semaines de son établissement, pour lequel aucune date limite n’est prescrite.
[ii] Article 14bis : « Le commissaire général de la police fédérale, l’inspection générale de la police fédérale et de la police locale et les chefs de corps de la police locale transmettent d’office au Comité permanent P une copie des plaintes et dénonciations qu’ils ont reçues concernant les services de police ainsi qu’un bref résumé des résultats de l’enquête lors de la clôture de celle-ci ».
[iii] Article 26 : « Tout membre d'un service de police qui constate un crime ou un délit commis par un membre d'un service de police rédige un rapport d'information et le communique dans les quinze jours au directeur général du Service d'enquêtes P ».
[iv] Article 14ter : « Le commissaire général de la police fédérale, les chefs de corps de la police locale, l’inspecteur général de la police fédérale et de la police locale et la direction des services de police visés à l’article 3 qui établissent un rapport annuel ou tout autre rapport général portant sur leur fonctionnement, en font parvenir un exemplaire au président du Comité permanent P dans les deux semaines ».
[v] Voy. e.a. ACKAERT, J. et VAN CRAEN, M., « Veiligheidsscan. Ontwikkeling instrument en proefproject in de Politiezone Beringen-Ham-Tessenderlo », Diepenbeek, Limburgs Universitair Centrum, 2004, 142 pp.
[vi] Voy. rapport supra, pp. 23 et sv.
[vii] Voy. rapport supra, pp. 20-21.
[viii] Voy. rapport supra, pp. 42 et sv.
[ix] Hors décisions de renvoi pur et simple à un autre service ou constat d’examen par un autre service.
[x] Article 14 : « Le procureur du Roi, l'auditeur du travail, le procureur fédéral ou le procureur général près la Cour d'appel, selon le cas, informe le président du Comité P chaque fois qu'une information ou qu'une instruction pour un crime ou un délit est ouverte à charge d'un membre d'un service de police ».
[xi] Article 14 : « Le procureur général et l'auditeur général adressent d'office au président du Comité permanent P copie des jugements et arrêts relatifs aux crimes ou délits commis par les membres des services de police ».
[xii] Article 14bis, al. 2 : « Les autorités disciplinaires compétentes informent mensuellement de manière complète le Comité des mesures disciplinaires et des mesures d'ordre prononcées à l'encontre d'un membre d'un service de police ».
[xiii] Le présent compte rendu est une synthèse d’un document plus large, arrêté pour l’essentiel à la date du 31 janvier 2004 et portant donc sur les informations disponibles à cette date concernant la mise en œuvre de la loi du 7 décembre 1998. Par ailleurs, notre rapport ne pouvant être rendu public qu’après son examen par notre Commission parlementaire d’accompagnement, un certain nombre de constatations et de commentaires auront perdu de leur acuité ou de leur pertinence au moment de la publication du présent rapport.
[xiv] Le projet d’arrêté royal y relatif vient d’être soumis au Conseil consultatif des bourgmestres le 5 mai 2004.
[xv]
Il s’agit d’un rapport rédigé en 2003. Entre-temps, un nouveau plan national
de sécurité 2004-
[xvi] Très récemment, il a été décidé de porter ce délai à 4 ans.
[xvii] Des projets de réglementation sont cependant en voie de finalisation à l’heure où ces lignes sont écrites.
[xviii] Idem.
[xix] Elles ont été prises lors du Conseil des Ministres des 30 et 31 mars 2004.
[1] Voy. l’étude de GELDERS, D. et VAN MIERLO, J., Het nieuwe cannabisbeleid in België. Een verwarrend debat, een verward publiek, Panopticon, 2004, n° 3.
[2] Contribution ayant pour titre « Comment concilier le droit du citoyen de dénoncer un dysfonctionnement policier avec le droit du policier de se défendre, au niveau judiciaire, d’une dénonciation ou imputation qu’il estime calomnieuse, de la part dudit citoyen ? »
[3] - 296 pour traitement entièrement autonome par la police locale.
- 624 pour traitement par le service de contrôle interne, à titre préparatoire de la décision du Comité permanent P.
- 324 pour traitement par le Service d’enquêtes, à titre préparatoire de la décision du Comité permanent P.
- 8 pour traitement par l’inspection générale, à titre préparatoire de la décision du Comité permanent P.
- + 99 transmission au ministère public.
1351
- 32 contrôle marginal.
- 26 enquête de contrôle.
- 608 divers.
[4] Article 56 de la loi du 13 mai 1999 portant le statut disciplinaire des membres du personnel des services de police : « En cas d'information judiciaire ou […], ce délai commence à courir le jour où l'autorité disciplinaire est informée par l'autorité judiciaire, qu'une décision judiciaire définitive est prononcée ou que le dossier est classé sans suite ou l'action publique éteinte ».
[5] Conformément à l’article 65bis de la loi du 13 mai 1999 portant le statut disciplinaire des membres du personnel des services de police, toute décision disciplinaire doit être transmise au conseil de discipline en vue de son enregistrement dans la banque de données de jurisprudence.
[6] Vingt-cinq dénonciations n’ont pas pu être identifiées.
[7] A.R. du 17 septembre 2001 déterminant les normes d’organisation et de fonctionnement de la police locale (M.B. du 12 octobre 2001).
[8] Voy. cependant les recommandations de la Commission d’accompagnement de la réforme des services de police au niveau local.
[9]
[10] Le ministre de l’Intérieur, Chambre, CRABV 51 COM 010.
[11] Commission d’accompagnement de la réforme des services de police au niveau local, Un rapport d’évaluation intermédiaire, p. 41, octobre 2003.
[12] Idem, p. 42.
[13] CRABV 51, COM 048, p. 28.
[14] CRABV, DOC 51 0325/028.
[15] Circulaire GPI 38 relative au caractère biannuel des plans zonaux de sécurité.
[16] DOC 51, Chambre, 0453/001 et Sénat, 3-320/1, p.152.
[17] Le marché d’un certain nombre de publications professionnelles est particulièrement florissant !
[18] Développements de la proposition de loi organisant un service de police intégré, structuré à deux niveaux, Doc. Parl., Chambre, 1997-1998, n° 1676/1, p. 9. Voy. également l’avant-propos des ministres de l’Intérieur et de la Justice dans le Plan national de sécurité 2003-2004 : « Dans ce contexte, force est de souligner la nécessité de la réalisation prioritaire des éléments de la réforme des polices favorisant l’intégration comme la coopération latérale, le fonctionnement performant des carrefours d’information d’arrondissement (CIA) et des centres d’information et de communication (CIC) ainsi que l’implémentation d’un système national d’information et de documentation opérationnelles ».
[19] Ministre de l’Intérieur et Ministre de la Justice, Plan national de sécurité 2003-2004, Partie I, p. 4.
[20] Dossier n° 35091/2002.
[21] Chambre, CRABV 51, COM 054.
[22] Le ministre de l’Intérieur, Chambre, CRABV 51, COM 054.
[23]
Voy. e.a. BRUGGEMAN, W. en collaboration avec BOURDOUX,
Gil. L., « La Criminographie policière belge » in BRUGGEMAN, W.,
VAN KERCKVOORDE, J. en collaboration avec BOURDOUX, Gil. L. et ELIAERTS, C.,
« Criminographie » in Manuel des services de police, Bruxelles,
Ced. Samson, 1985, IX. A., 160 pp.
À propos de cette délicate question, les auteurs notaient déjà : « Les
statistiques policières contiennent et doivent certainement contenir plus
que des données phénoménologiques quant à la criminalité et les composantes
envisagées peuvent être traitées sous différents angles, en fonction entre
autres, des objectifs poursuivis au travers de ce précieux outil. Cette approche
permet de résumer ainsi les objectifs poursuivis : (1) rapporter
aussi fidèlement que possible le phénomène criminel tel qu’il est perçu par
la police et en engendrer dès lors une meilleure connaissance. […] ;
(2) rendre compte de la structure ainsi que du fonctionnement des services
de police et en favoriser une meilleure gestion. […] ; (3) suivre
la gestion du personnel par l’emploi de différents indicateurs qui ont trait
au recrutement, à la formation, à la mise en place du personnel et à son avancement,
aux mutations ainsi qu’aux mesures disciplinaires et aux punitions encourues ;
(4) favoriser et faciliter la mise en œuvre d’une politique criminelle
au niveau des autorités responsables et de stratégies ou tactiques à celui
des polices grâce à une interprétation judicieuse de certaines données disponibles
dans les statistiques policières. […] ; (5) constitue également
un des sous-objectifs du système, l’organisation optimale des activités de
police en fonction de la répartition de la criminalité dans le temps et dans
l’espace ainsi que des priorités établies ou à fixer. La formation du personnel
et sa dotation en matériel doivent en effet être adaptées à l’exécution réelle
des tâches.
Il importe aussi d’évaluer le taux d’emprise sur le comportement répréhensible
(« pakkans »), soit la densité des interventions et de déterminer
le taux d’élucidation ».
[…]
« Avec regret nous devons constater qu’il n’existe pratiquement aucune
statistique de police convenable en Belgique. Jusqu’en 1984, on ne disposait
d’aucune statistique policière relative à l’ensemble du pays et à l’activité
de tous les services de police ordinaires. Les directives interpolicières
de coordination relatives aux statistiques de nature à permettre l’intégration
et leur comparaison faisaient cruellement défaut. […] Depuis 1984, la gendarmerie
publie de nouvelles statistiques qui, pour un nombre bien déterminé de délits,
malheureusement encore limité, reprennent toutes les constatations des polices
régulières. Des initiatives doivent absolument être prises, cela est inévitable,
dans le but de réaliser une nouvelle approche plus rationnelle et mieux coordonnée
de la criminographie policière en Belgique. Si nous n’atteignons pas rapidement
cet objectif, nous sommes voués à l’immobilisme et à la stagnation qui ne
pourront mener qu’à un isolement total en matière de recherche statistique
(144) ».
[…]
« 1. Publications de la police communale
[…] Cette distinction transparaît clairement des publications à but statistique.
Conçus essentiellement de manière décentralisée et compte tenu d’autre part
de l’absence de directives nationales, certains services de police tiennent
des statistiques et les publient, d’autres non. Différentes polices se contentent
de rassembler le matériel chiffré en leur sein.
Il convient également de signaler au préalable que les statistiques qui existent
éventuellement au niveau communal ne peuvent pas être évaluées décemment parce
que trop de facteurs sont soumis à (et dépendent) des modifications chronologiques.
Un des principaux obstacles [souligné par nous] à une étude sérieuse en la
matière réside dans les fusions successives de communes. Il est impossible,
dans un travail limité comme celui-ci, de produire une liste exhaustive des
communes qui établissent ou non des statistiques ou de donner un inventaire
des publications connues. […]
Certaines polices tiennent pourtant des statistiques très convenables en matière
de criminalité ». […]
« Les adaptations, changements et renouvellements possibles en matière
de statistiques policières sont légion.
Les statistiques qui envisagent l’ensemble des infractions constatées et pour
le traitement et l’élaboration desquelles des procédures et des unités de
comptage identiques sont utilisées par les différents services de police devraient
retenir l’attention en premier lieu.
Il peut aussi être particulièrement indiqué d’intégrer les statistiques de
police et du parquet en favorisant l’utilisation des mêmes unités et procédures
de comptage et en réalisant des comparaisons systématiques.
La criminographie policière doit, autant que possible, s’inspirer de et s’aligner
sur les dénombrements existants de l’INS ou d’autres services officiels. Les
pondérations et relativisations indispensables en fonction de populations
à risque relevantes ne pourront se faire que de cette manière.
Des statistiques policières globales doivent encore être élaborées concernant
les auteurs connus. Les données relatives aux victimes devraient recevoir
une meilleure attention, également plus soutenue, si on veut développer une
politique criminelle digne de ce nom ».
Ensuite vint en 1994 le Service général d’appui policier, suivi quelques
années plus tard par la loi du 7 décembre 1998. À cet égard, voyez
e.a. les rapports annuels 2000 et 2001 du Comité permanent P.
[24] Chambre, CRABV 51, COM 054.
[25] Directive ministérielle MFO-2 du 3 avril 2002 relative à la gestion de la capacité en personnel et à l’octroi de renfort par la police locale lors des missions de police administrative (M.B. du 25 mai 2002).
[26] Directive non publiée en date du 18 décembre 2003.
[27] La circulaire
interprétative du 8 septembre
[28] Journal de la police – L’officier de police, avril 2003, p. 16.
[29] Commission d’accompagnement de la réforme des services de police au niveau local, Un rapport d’évaluation intermédiaire, octobre 2003, p. 61.
[30] Cour d’Arbitrage, 22 juillet 2003, n° 102/03.
[31] Le ministre de l’Intérieur, Questions et Réponses, Sénat, 2 décembre 2003 (n°3-5).
[32] Ibidem.
[33] Le Journal de la police – L’officier de police, février 2004, n°1.
[34] Ainsi pour le prochain concours d’officiers, pas moins de 1 500 universitaires se sont inscrits pour 25 places à pourvoir. La police compte d’ailleurs parmi les trois premiers pourvoyeurs d’emplois en Belgique. Une autre idée reçue battue en brèche en ce qui concerne le cadre de base, est que ce n’est pas si facile. Sur 100 candidats policiers, 81 sont écartés en cours de route. Il en va de même pour les auxiliaires : 100 places à pourvoir en 2003 et déjà 4 000 inscriptions enregistrées.
[35] Réponse du ministre de l’Intérieur à la question orale n°3-124 de M. Ludwig Vandenhove, Sénat, Annales, 3-31.
[36] Il faut aussi attirer l’attention sur l’importance d’être attentif au choix des partenaires externes en matière de formation afin d’éviter à l’avenir de faire appel à des personnes anciennement détenues ou au passé douteux pour faire office de maîtres d’armes. Il faudrait être tout autant attentif à certaines formations « extérieures » en ce domaine. Le Comité permanent P l’a déjà évoqué et a très récemment rendu public un de ses rapports à ce propos.
[37] Le Comité permanent P confirme par ailleurs sa volonté d’être l’instance externe qui suit la problématique de l’usage de la force.
[38] Lors du premier cycle de mobilité, il y a même une personne qui a posé 18 demandes !
[39] Nous avons également évoqué cette question supra.
[40] Commission d’accompagnement de la réforme des services de police au niveau local, Un rapport d’évaluation intermédiaire, octobre 2003, p. 41.
[41] Le ministre de l’Intérieur, Chambre, CRABV 51, COM 035.
[42] Le ministre de l’Intérieur, Chambre, CRABV 51, COM 059.
[43] Le ministre de l’Intérieur, Chambre, CRABV 51, COM 059.
[44] Loi du 25 février 2003 portant création de la fonction d’agent de sécurité en vue de l’exécution des missions de police des cours et tribunaux et de transfert de détenus (M.B. du 6 mai 2003) ; Arrêté royal fixant au 9 mai 2003 la date d’entrée en vigueur de la loi du 25 février 2003 (M.B. du 6 mai 2003).
[45] Chambre, CRABV 51, COM 060.
[46] Arrêté royal du 9 octobre 2003 modifiant les arrêtés d’exécution de la loi du 25 février 2003 portant création de la fonction d’agent de sécurité en vue de l’exécution des missions de police des cours et tribunaux et de transfert des détenus (M.B. du 30 octobre 2003).
[47] La ministre de la Justice, Chambre, CRABV 51, COM 024.
[48] PONSAERS, P. et BERKMOES, H., « Faut-il encore une police ? Commentaires et considérations sur la création de la fonction d’agent de sécurité » in Vigiles, Revue du droit de la police, 2003/3.
[49] Chambre, CRABV 51, COM 001.
[50] PONSAERS, P. et BERKMOES, H., o.c.
[51] La ministre de la Justice, Chambre, CRABV 51, COM 005.
[52] M.B. du 13 février 2003.
[53] Journal de la Police – L’officier de police, n°2, mars 2003.
[54] Chiffres Dexia 2000.
[55] Arrêté royal du 9 novembre 2003 organisant les conditions et modalités du transfert des bâtiments administratifs et logistiques de l’État aux communes ou aux zones de police pluricommunales et la détermination des mécanismes de correction et déterminant les principes de la prise en charge par les communes ou les zones de police pluricommunales du coût des locations (M.B. du 29 décembre 2003).
[56] Le ministre de l’Intérieur, Chambre, CRABV 21, COM 010.
[57] Journal de la Police – L’officier de police, n°2, mars 2003.
[58] Le Soir du 26 février 2003.
[59] Le ministre de l’Intérieur, Chambre, CRABV 51, COM 010.
[60] Le ministre de l’Intérieur, Chambre, CRABV 51, COM 109.
[61] Le Soir du 8 septembre 2003.
[62] Le ministre de l’Intérieur, CRABV 50, COM 966.
[63] Pas encore publié officiellement.
[64] Allemagne : 1 agent/325 habitants ; Autriche : 1/270 ; Belgique : 1/265 ; Danemark : 1/400 ; Espagne : 1/215 ; Finlande : 1/480 ; France : 1/240 ; Grande-Bretagne : 1/290 ; Grèce : 1/325 ; Irlande : 1/290 ; Italie : 1/175 ; Luxembourg : 1/350 ; Pays-bas : 1/330 ; Portugal : 1/225 ; Suède : 1/315.
[65] Traitement policier autonome (TPA) – Ambtshalve politioneel onderzoek (APO), antérieurement Autonome politiële afhandeling (APA).
[66] Compte tenu des spécificités de celle-ci, le gouvernement et plus particulièrement le ministre de l’Intérieur pourrait demander que les vérifications et évaluations ad hoc soient effectuées.
[67] CRABV 51, COM 048, p. 26.
[68] Ibidem.
[69] Dossier n° 40710/2003.
[70] FRATEUR, G., Jaarverslagen, ICTL/Steunpunt Taal en Communicatie, UAMS et VAN AERSCHOT, D., « Het jaarverslag » in Praktijkboek voor organisatieontwikkeling van de politie.
[71] On remarquera que les rapports annuels qui ont été transmis – à l’exception d’une zone de police – proviennent de zones de police contenant un nombre restreint d’effectifs (zones de police de la catégorie allant jusqu’à 75 membres du personnel et catégorie allant de 75 à 150 membres du personnel).
[72] Article 14ter de la loi du 18 juillet 1991.
[73] Le rapport 2002 nous est parvenu dans le courant du mois de juillet, sans référence aucune au Plan national de sécurité et avec, finalement, une partie significative d’informations à propos des relations avec le Comité permanent P.
[74] Après consultation du site Internet CGL (www.infozone.be) le 29 avril 2004, il ressort que sur les 506 plans d’action transmis, 49 ont trait à la gestion interne et au fonctionnement de la zone de police. Sur ces 49 plans d’action, 17 sont conçus autour du thème de la « communication ». L’analyse de ces plans d’action révèle que la plupart ont trait à la communication interne et qu’aucun plan d’action ne présente le « rapport annuel » comme moyen pour rendre des comptes, expliquer le fonctionnement du corps ou optimaliser la communication externe.
[75] Il ressort d’un contact informel avec CGL que, compte tenu des articles 35 à 37 de la loi sur la police intégrée, le rapport annuel doit surtout être un instrument qui est utilisé par le chef de corps pour rendre des comptes au conseil zonal de sécurité. Il s’agit toutefois d’une vision provisoire, qui devra encore être affinée avec les divers partenaires concernés.
[76] Circulaire CP 1 du 27 mai 2003 (M.B. du 9 juillet 2003) : « La mise en place de mécanismes par lesquels la police peut rendre des comptes à propos des réponses qu’elle a fournies aux questions et besoins de la société au service de laquelle elle se trouve ».
[77]
[78] Dossier n° 3425/2003.
[79] Dossier n° 23696/2002.
[80] Dossier n° 61693/2003.
[81] Dossier n° 27232/2002.
[82] Dossier n° 14945/2000.
[83] Dossier n° 2036/2003.
[84] Dossier n° 61090/2003.
[85] Dossier n° 40429/2003.
[86] Dossier n° 40404/2003.
[87] Dossier n° 31409/2002.
[88] L’article 6, § 2, de l’arrêté royal du 20 juillet 2001 relatif à l'immatriculation de véhicules prévoit en effet expressément que : « Les finalités pour lesquelles les données à caractère personnel du répertoire peuvent faire l'objet d'un traitement sont : […] 2° l'identification de la personne physique ou morale par laquelle sont dues les taxes ou les redevances liées à l'acquisition, l'immatriculation, la mise en circulation, l'utilisation ou la mise hors circulation d'un véhicule ».
[89] Voy. note supra.
[90] Ce qui, à différents titres, peut se défendre.
[91] Dossiers n° 4912/2003, 8403/2003, 17395/2003, 20788/2003, 23600/2003, 33843/2003 et 38388/2003.
[92] Arrêté royal du 16 mars 1968.
[93] Arrêt n° 48/97 du 14 juillet 1997 – Numéro du rôle 965.
[94] Circulaire du 30 octobre 1995.
[95] Formulaire spécial que les services de police doivent remplir en cas de saisie administrative ou judiciaire d’une arme à feu.
[96] Dossier n° 31311/2003.
[97] TANGE, C., « La police spectacle : les droits individuels pris entre marketing policier et audimat » in BOURDOUX, Gil. L., BERKMOES, H. et VANDOREN, A. (Éds.), o.c., p. 193.
[98] Les rapports publics du Comité permanent P sont consultables sur son site Internet www.comitep.be.
[99] Le Comité P a organisé le 13 novembre 2003 un colloque : « Dix ans après… La fonction de police sous la loupe du Comité permanent P », Palais d’Egmont, Bruxelles.
[100] Voy. e.a. ACKAERT, J. et VAN CRAEN, M., « Veiligheidsscan. Ontwikkeling instrument en proefproject in de Politiezone Beringen-Ham-Tessenderlo », Diepenbeek, Limburgs Universitair Centrum, 2004, 142 pp.
[101] Rapport d’activités 2002 du Comité permanent de contrôle des services de police, Doc. Parl., Chambre, 2003-2004, n° 0453/001 et Sénat, 2003-2004, n° 3-320/1, pp. 228-229.
[102] Doc. Parl., Chambre, 1990-1991, n°1305/1, p. 6.
[103] BOURDOUX, Gil. L., « Neutralité, indépendance, vigilance, loyauté et transparence – Le Comité P au service du Parlement et du citoyen en partenariat avec les autres contrôles » in Interne en externe contrôle – Contrôle interne et externe, Cahiers Custodes, Bruxelles, Politeia, 2/2001, pp. 44-45.
[104] Cass. 14 octobre 2003, n° P030762N, conclusions de l’avocat général, Monsieur De Swaef, www.cass.be et Nieuw juridisch Weekblad du 17 décembre 2003, 1367-1368 ; commentaire de SCHUERMANS, F., « Ook de onrechtmatige voertuigzoeking kan dienen als geldig bewijs », (note sous Cass. 14 octobre 2003), Vigiles, 2004, pp. 16-27.
[105] Article 1er de la loi sur la fonction de police.
[106] SCHUERMANS, F., l.c., (16) 20.